chroniques de couples - Page 2 - C'est un recueil de nouvelles sur le thème du couple A Delphine, Céline et André : amis pour toujours A tous ceux qui aiment et qui sont aimés SOMMAIRE Préface 4 Histoire 1 Paul et Virginie DUPONT 5 Histoire 2 Pierre ANTIFAME et les femmes 12 Histoire 3 Anthony et Catherine : l’amour perdu et retrouvé 16 Histoire 4 Régis ET Florence JEMETAVI : le coup de foudre 20 Histoire 5 Mathieu et Lucie ZENE et l’amour encore et toujours 23 Histoire 6 Péter et Suzanne REGAIN 29 Histoire 7 Cat QUEISTILLON et son amour impossible 33 Histoire 8 Monique et Lucie MEALOR 39 Histoire 9 Alain et Albert QUEFER 46 Histoire 10 Alphonse SI, son rêve et son cauchemar 53 3 Préface Je suis l’auteur d’un autre manuscrit : "Lucie, sa vie". Cette oeuvre n’est pas la suite mais plutôt une série d’histoires sur le thème du couple et de l’amour. Ecrire cet "essai" m’a permis de beaucoup réfléchir sur le pourquoi de la vie, l’amitié, l’amour mais aussi la méchanceté, la solitude dans les relations humaines. Trouver les mots pour traduire mon état d’esprit est un exercice mental, très long, très difficile mais je m’y suis astreinte avec grand plaisir. Dans cette société d’image, de TV, de cinéma, d’Internet, nous écrivons de moins en moins sauf des SMS (ces messages phonétiques), nous préférons nous gaver d’images toutes faites, d’imbécillités, de grossièretés vite vues, vite digérées. Nous n’écrivons plus de belle lettre d’amour comme avant dans lesquelles les mots avaient un sens, une histoire, une poésie. Les maux des jeunes se traduisent en graffitis, en violence, en silence mais rarement (chez eux plus qu’ailleurs) en mots. Je préviens mon lecteur ou ma lectrice que ces histoires sont fictives et n’engagent que moi. Les commentaires qui suivent ne servent qu’à expliquer ces bouts de vies et bien entendu sont ouverts à toutes discussions… J’ai rajouté quelques poèmes originaux. Je vous laisse à la lecture de cette oeuvre et à la méditation de cet extrait du magnifique poème de RILKE : "Ne te fie pas aux livres ; ils sont du passé et de l’avenir. Saisis de l’existant. Et la maturité, elle non plus ne sera donc pas tout. (…)" 4 Histoire 1 Paul et Virginie DUPONT LEOPARDI : "La douleur et le désespoir qui naissent des grandes passions et des illusions ou de quelques déboires de la vie ne sont pas comparables au naufrage qui vient de la certitude et du sentiment vif de la nullité de toutes choses, et de l’impossibilité d’être heureux en ce monde, et de l’immensité du vide que l’on sent de l’âme." Paul et Virginie DUPONT formaient un beau couple. Ils s’étaient mariés dans ce petit village de la France profonde dans cette jolie église romane avec ce curé qui se remettait de son enterrement d’avant. Quelques amis étaient venus, pour les voir plus qu’autres choses. La décoration : une très bonne idée de la mère de Virginie : Josiane qui était fleuriste. Elle avait su donner ce côté romantique et gai d’une noce, un côté festif. Un beau soleil couronnait le tout. Et pourtant, malgré tout ce bonheur, un des deux mariés allait plus tard quitter sa famille pour aller mourir au bord d’une route… Paul et Virginie s’étaient rencontrés à l’Ecole du village, ils partageaient le même banc, avaient eu les mêmes professeurs et étaient allés à la même Université. Au début s’étaient des copains, quand ils sont devenus adolescents, s’étaient des amis, de très bons amis. Souvent, ils se regardaient sans savoir ni trop quoi penser, ni trop quoi faire. Et puis les années ont passé et quand Virginie disait à ses parents qu’elle avait rendez-vous avec une copine, en fait, elle était en train de filer le parfait amour avec Paul. Ses parents, à force de la surveiller finirent par découvrir la vérité et par penser que c’était de son âge. Ils la laissèrent donc vivre sa vie. C’était le bon temps de la gaieté, des rendez-vous amoureux bras dessus bras dessous, des oeillades, des petits mots doux que chacun d’eux retrouvait sur sa tablette, des baisers sur la bouche sur le banc du parc ou de la cantine ou partout où ils avaient envie et où ils pouvaient être seuls. A la sortie de l’école, ils s’arrangeaient pour être ensemble et allaient s’asseoir dans un petit jardin pas loin du lycée. Quelquefois, ils se parlaient, se racontaient leurs journées mais les 3/4 du temps, ils se regardaient les yeux dans les yeux, la main dans la main, le cœur ouvert à l’autre. Ils étaient bien et cela se voyait. Ils rayonnaient. Ils ne se lavaient pas pour garder l’odeur de l’autre et ils étaient heureux de vivre. Quand on est jeune, on a moins de préjugés, moins d’habitude. Le moule de glace n’est pas encore formé, les yeux et l’âme sont neufs. Quand on est voisin de paliers, copains de classe, passer de la camaraderie à l’amitié puis à l’amour comme ils ont fait, c’est facile quand on se voit tous les jours, on peut prendre le temps de s’apprécier, de se connaître. Avec la jeunesse, l’intellect ne fonctionne pas encore et le cœur est disponible. Les jeunes ont le temps de découvrir que la vie est belle, de s’occuper d’eux même, de se choyer, de s’aimer (sans quoi on ne peut aimer tout court). Paul commençait à ressentir sa virilité, sa puissance de séduction, Virginie aimait se sentir apprécier, belle, sentir qu’elle pouvait plaire et QU’ELLE PLAISAIT !! Leurs roucoulements de colombes amourachées ont duré plusieurs semaines avant qu’ils ne se décident à en parler à leurs parents respectifs. Les parents de Paul ne savaient pas qu’ils se voyaient contrairement aux parents de Virginie. Comme tous les parents, leurs premières réactions ont été qui est cette fille ? Qui est ce garçon ? Pour Josiane, cette réflexion s’est traduite par es-tu prête pour le mariage car c’était de cela qui s’agissait sans aucun doute. Pour ce qui est des deux colombes, le mariage était loin d’être envisagé, 5 la vie commune non plus et l’acte sexuel non plus. Ils se sentaient bien ensemble pour sortir, s’embrasser, pour être ensemble mais c’était tout et dans leurs têtes, c’était clair. Paul commençait bien à ressentir des choses qui lui démangeaient quelque part dans son anatomie mais il n’osait pas, ce n’était pas essentiel… Ils avaient tous les deux une éducation trop guindée, trop pro-catholique pour envisager les relations sexuelles avant le mariage. Ce qui n’est d’ailleurs pas plus mal, car une femme qui a ses règles est fécondable et peut avoir un enfant, ce qui n’est pas l’idéal pour une adolescente en étude… L’enfant serait élevé par sa grand-mère, ce qui serait néfaste à son état psychologique car un enfant doit être élevé par sa mère et/ou son père et uniquement par ses parents. Mais revenons au cas de Paul et Virginie. Sa mère mit la puce à l’oreille de Virginie, Paul voulait-il des enfants d’elle ? Un jour la question allait forcément se poser si elle continuait de fréquenter un homme. Ensuite, elle lui parla de la vie de couple faite de concessions, c’est une entrave à la liberté, elle sera obligée d’être responsable en tant qu’épouse, que femme et que mère. Mais eux, ils n’en avaient jamais parlé. Un jour Virginie se décida à aborder ce sujet avec Paul, c’était après la FAC : Paul : "Tu as l’air soucieuse, c’est les exams qui te mettent dans un état pareil ou c’est tes parents qui ne veulent plus qu'on se voit ?" Virginie : "Non, ce n’est pas ça – silence – Je voudrais juste savoir si tu veux faire ta vie avec moi pour toujours et si tu veux avoir des enfants de moi ?". P : "Bien sûr que je veux faire ma vie avec toi mais il ne faut pas dire toujours mais un certain temps. Nous ne sommes pas immortels ! Quant aux enfants, tu sais…". V : "Tu as tort de dire que nous ne sommes pas immortels car si le corps se volatilise, notre âme et notre amour restent. Tout ce que tu m’as donné, je le garderais à vie dans ma tête. J’ai trouvé ce qu’il me faut en toi. Je repose ma question : veux-tu des enfants de moi ?". P : "Si tu veux une réponse précise, eh bien !… –silence et réflexion – pas forcément. Tout ce que je veux, c’est toi". V : "Ta réponse me déçoit car les enfants, c’est l’avenir d’une famille, c’est le ciment du couple (d’un couple adulte s’entend), c’est important et puis, je veux être mère ! Mais peut-être changerastu d’avis plus tard ?? En tout cas, pour éviter toutes discussions, je vais dire à ma mère que tu en veux ?" Et, il s’embrassèrent à pleine bouche au mépris de toute convenance et se séparèrent bien décidés à faire leur vie à deux avec ou sans enfants. Paul avait toujours fait ce qu’il voulait. Il respectait ses parents et le travail des autres, il ne dégradait pas les affaires des autres, ne faisait pas de graffitis, respectait l’environnement et était propre sur lui (comme peut l’être un ado). Il buvait de temps en temps une bière, il fumait de temps à autre mais jamais jusqu’à en devenir accro. Dans ses relations, il était apprécié pour sa franchise, il disait ce qu’il faisait et faisait ce qu’il disait. Il n’avait pas la langue dans sa poche et connaissait l’argot et les gros mots et ne s’en privait pas. Pas devant ses parents qui étaient très attachés au langage châtié. Sa réputation d’homme solide, bien dans sa tête avait fait le tour de la ville comme une traînée de poudre et il avait son carnet d’adresses rempli de noms qu’il voyait régulièrement. Extraverti, il ne choisissait pas ses amis et parlait à tout le monde. Il n’aimait pas la solitude, seul, il se sentait nécrosé de l’intérieur. Il ne gardait rien pour soi, c’était une coquille vide pas très intéressante alors il s’entourait d’amis de toutes sortes, banquetait, sortait mais restait fidèle à Virginie. Pour ne pas succomber à la tentation, il ne connaissait que très peu de filles. Ses conversations tournaient autour du sexe, du travail, du dernier groupe de rock ou des parents. La même rengaine revenait : c’était des emmerdeurs de première ; quand ils donnaient des conseils, des recommandations, ils étaient adorés comme des Dieux ou quand ils donnaient des sous, quand, à midi, le repas était prêt, quand ils faisaient l’interface entre leurs petiots et le professeur exaspéré. Dans les rapports humains, nous voyons l’autre avec un prisme réglé en fonction de notre éducation, de notre sensibilité. L’autre nous renvoie une image et en fonction de notre perception de 6 cette image, nous réagissons de différentes manières. L’autre nous est sympathique ou pas, on veut devenir son ami ou pas. Deux amis ne se rencontrent pas par hasard, l’un a ce que l’autre cherche et l’autre a ce que l’un cherche. Je ne crois pas en l’amitié gratuite, je crois par contre à la camaraderie. C’est notre animalité sociale qui se réveille et nous réagissons par instinct vers celui qui pourra nous servir dans notre quête de l’amitié, de la tendresse, d’une connaissance quelconque, etc. Le hasard n’existe ni en amitié ni en amour. Notre Paul avait beaucoup de liberté, de tendresse, d’attention pour s’épanouir ; il ne voulait pas être jugé comme il l’était dans sa famille. Alors, me direz-vous, pourquoi le mariage qui est une entrave à la liberté personnelle puisqu’il y a une notion de l’autre donc des concessions à faire, une obligation de devoir s’entendre avec une personne qui ne fonctionne pas du tout comme soi. Il aimait Virginie parce qu’elle était belle avec ses cheveux blonds, ses yeux bleus, sa peau douce, sa voix fluide, sa discrétion, sa féminité, son intelligence pratique et intellectuelle, sa philosophie, son caractère égal en toutes circonstances. Elle obtenait toujours ce qu’elle voulait de tout le monde. Oui, il voulait vivre sa vie avec elle sans bien savoir ce que c’était que l’amour physique, que la vie en couple, pour lui c’était une expérience à tenter, une de plus. Lui, c’était un grand garçon aux cheveux bruns, aux yeux gris, au corps d’athlète, aux mains fines mais fermes. Il faisait toujours attention à ce qu’il disait et savait se tenir en société, il aimait la vie au jour le jour pour ce qu’elle lui donnait. Il aimait Virginie et c’est tout ce qui comptait. Virginie voulait Paul mais elle réfléchit beaucoup plus que lui. Dans sa tête, tout se mélangeait, beaucoup de sentiments contradictoires, la prudence, la peur, la violence, la témérité ; la bohème, … Très gentille, très serviable, ses parents la laissèrent moins sortir que Paul et de ce fait, à part Paul, elle connaissait beaucoup moins de monde. Ses parents étaient très stricts et dans sa chambre, elle avait un nombre incalculable de livres, de BD, de CD, de DVD. Son expérience de la vie, c’était un succédané de ses lectures, de ce qu’elle voyait à travers le prisme de son imagination. Paul vivait entièrement son ego, Virginie se retenait. C’était pratiquement la seule différence (de taille) entre eux car au fond ils étaient pareils (même CSP ; même niveau intellectuel). Paul finira par quitter Virginie car son ego finira par prendre le dessus sur les conventions sociales. Pour l’instant, ils étaient en parfaite osmose. C’est beau d’imaginer qu’un tel amour peut exister dans l’esprit des jeunes ados. Il faut considérer ces moments de bonheur comme les derniers de notre vie (l’amour rend fragile, aveugle mais grandit). Tout nous est donné, rien ne nous est dû, la vie, l’amour pas plus qu’autre chose. Ils se laissaient aller dans leur amour et ils avaient raison, ils étaient très jeunes, ils attendaient de se marier avant de faire leur amour car l’acte charnel est un acte grave qui doit être l’aboutissement d’un sentiment profond. Le baiser, ce n’est pas de l’amour, il peut se donner sans lien, sans amour comme un baiser factice de cinéma. Ne sommes nous pas tous des acteurs dans le grand théâtre de la vie ? Quant deux jeunes gens veulent se marier, ils en parlent à leur famille pour avoir un aperçu de ce que les parents pensent. Même s’ils en tiennent aucun compte, ils font ce qu’il faut pour obtenir ce qu’ils veulent. Dans notre cas, les familles étaient d’accord ; voisins, ils se connaissaient déjà, ils passaient certain dimanche ensemble, allaient à la messe ensemble. Quelquefois la bonne entente est une apparence ; pour paraître bien en société, il faut bien s’entendre avec tout le monde, faire des concessions, pour avoir des amis, pour être bien vu : il faut raconter tout et n’importe quoi sur sa famille, sur soi. Plus nous rentrons dans le moule du groupe, mieux c’est, même si, nous avons que mépris pour la plupart, c’est le prix à payer : la diplomatie. Qui sommes-nous réellement, la société s’en moque, que pouvons nous lui rapporter, c’est beaucoup plus intéressant pour elle. Pour des amis comme eux, voir ses enfants se rapprocher au point de se marier, c’est l’idéal. Néanmoins ; les deux familles n’avaient pas la même conception de l’éducation. Paul avait été élevé très librement, très tôt ; il avait reçu tout de même une solide éducation étant enfant, ce n’était pas un voyou, il connaissait les limites à ne pas dépasser et ne les dépassaient pas. Ses parents lui servaient aujourd’hui de tiroir caisse, de conseillers et de restaurant comme la plupart des parents riches. Fils unique de famille bourgeoise, il avait sa chambre, sa TV, ses livres, son ordinateur. Quant à Virginie, ce n’était pas pareil. Autant elle avait une totale liberté de choix pour ses loisirs personnels (livre, CD ; DVD), autant elle était surveillée quand elle était en public (pour ses 7 fréquentations, ses vêtements, son maquillage, ses notes scolaires). Ses parents tenaient beaucoup à l’apparence de leur fille et à l’opinion des autres. Tout ce qui n’était pas à son avantage était exclu. Elle devait leur rendre des comptes sur ce qu’elle faisait d’ailleurs avec complaisance car elle aimait être le point de mire. Ses parents étaient des personnes cultivées, riches, cela la flattait. Les conversations avec sa mère étaient présentées comme des relations amicales mère/fille mais en fait, elles étaient obligatoires, Virginie ne pouvait pas refuser sous peine d’être punie. Quand un enfant quitte sa famille, c’est toujours un déchirement même si ce n’est que la vie. Pour nos deux tourtereaux, leur décision était prise, ils allaient se marier et quitter la ville pour ne pas être dérangés dans leur ménage par leurs parents qui étaient bien gentils mais encombrants et envahissants. Ils voulaient, avant tout, s’affranchir de la tutelle parentale et fonder un nid douillet et privé où ils se sentiraient bien, à l’unisson. Comme ils se fréquentaient depuis longtemps au vu et su de tous, il n’y eut pas de fiançailles, la date du mariage fut discutée et décidée en famille. Il fut célébré à l’église le 14 novembre 19N à 15H00. J’en ai parlé au début de l’histoire, aussi je ne vais pas trop revenir sur cet épisode. La mariée avait une longue robe de dentelle qui mettait en valeur sa poitrine généreuse et sa taille fine (pas trop juste ce qu’il faut, les apparences étaient sauves !) et un voile. Le marié était en costume sombre, cravate et chemise en soie blanche : très élégant, très bel homme. Il s’était rasé de près et faisait honneur à tout le monde. Le mariage se déroula sans anicroche, tout le monde savait ce qu’il avait à faire et dire (les répétitions ne sont pas organisées pour des chiens). Le baiser fut un petit peu osé (ils mirent la langue) et le curé en parla pendant des jours et puis le temps passa et il oublia. Après, ce fut le repas organisé par les deux familles au restaurant. Ce fut un moment très agréable pendant lequel les gens se lâchèrent un peu, ils purent se parler ; rire ensemble. Les deux mariés pensaient de plus en plus à leur nuit de noce mais ils restèrent stoïques et à la disposition de tous. Comme ils avaient de la voiture à faire, ils partirent tout de suite après le repas après moult recommandations de leurs familles respectives. Ils avaient 100 Km à faire et s’étaient installés dans un appartement spacieux et luxueux. C’était dans un immeuble bourgeois. Le hall d’entrée donnait sur le séjour où ils recevaient leurs amies, à droite, la salle à manger et à côté la cuisine. A gauche, se trouvaient les deux chambres plus une chambre d’amis et deux salles de bain. Ils avaient beaucoup dépensé pour le matériel audio-visuel ; pour la cuisine ultra moderne, pour le jacuzzi et pour la Hi fi. Ils avaient réuni leurs collections respectives de K7, de CD, de DVD et de livres. Virginie s’était occupée de la décoration car c’était son métier, elle était propriétaire de sa boutique. Elle avait choisi des meubles anciens, des tapisseries aux couleurs chatoyantes, des tapis moelleux. Elle aimait le luxe, les choses uniques comme les sulfures qu’elle achetait dans le midi. Les parents avaient largement participé aux frais mais eux, ils avaient tous deux une situation qui rapportait bien (elle était décoratrice d’intérieur et lui directeur financier d’une des succursales de la banque de son père). Mais nous verrons que ce bonheur intégral tant matériel que financier et que sexuel (je vais en parler, ne vous inquiétez pas, cher lecteur !) ne suffira pas à l’épanouissement de Paul (car c’est lui qui va tout quitter…). Le premier moment fort de leur vie commune fut leur nuit de noce. Ils attendirent tout juste d’être rentrés pour continuer leur si langoureux baiser de l’église. Arrivés dans la chambre, ils se déshabillèrent l’un et l’autre et continuèrent leurs étreintes sur le lit. Nus, ils ont commencé à se caresser puis Paul se mit à suçoter les tétons de Virginie puis à descendre sur son ventre, son bas ventre puis il lui écarta les jambes et excita son clitoris. Pendant ce cunnilingus, Virginie gémissait, elle était en extase, son corps était chaud, très chaud. Et quand Paul la prit brutalement, ses gémissements se transformèrent en cris et son corps devint flamme éternelle. Les entrées et les sorties de sa caverne intime furent un moment sublimement douloureux. Puis, fatigués, épuisés (Virginie l'était moins que Paul car elle s’était laissée aller) mais satisfaits, ils s’endormirent blottis l’un contre l’autre, leurs sueurs se mélangeant. L’amour physique fait passer un corps de jeune fille en un corps de femme. Si on n’a jamais fait l’amour de sa vie, le corps prend l’habitude de ne jamais être touché même si je doute que cela soit très bon pour la libido. Mais je reste persuadée que l’on peut être vierge toute sa vie et être détendue, épanouie et surtout heureuse !! Etre adulte, c’est encore différent, on est adulte quand on 8 sait dire non en toute connaissance de cause et quand on s’y tient, quand on est responsable et quand on l’assume. Cela dit, nous sommes tous et toutes de grands enfants, nous avons nos rêves, nos chimères, nos fantasmes, notre insouciance, heureusement !! Sexuellement, P et V s’entendaient bien. Ils se faisaient l’amour avec plaisir, c’était un amour plein de draps froissés, de bruit et de sueur. Quelquefois V faisait les préliminaires et menait la révision des 100 000 mais elle aimait se laisser faire, être passive, elle, si active dans sa vie, l’amour était une détente, une parenthèse, elle ne pensait pas à l’enfant. Ils ne pouvaient considérer leur vie de couple sans le sexe (surtout maintenant qu’ils savaient ce que cela voulait dire.) La mère de V pensait à raison que le sexe ne cimente pas un couple (pas plus que l’enfant même si c’est le but de tout couple) car le sexe ne dure que le temps de la jeunesse, s’il n’y a que ça, le couple bat de l’aile rapidement, ce n’est pas une base solide, une base qui perdure dans le temps. V avait beaucoup de travail avec sa boutique de déco et P avait beaucoup de responsabilités mais ne se déplaçait pas souvent et rarement plus d’une nuit. Ils ne se retrouvaient souvent que le soir, ils mangeaient dans leur spacieuse cuisine, V était excellente cuisinière mais elle n’avait pas le temps sauf les week-end puis ils sortaient soit dans des boites de nuit très sélectes, soit au cinéma ; s’il pleuvait, ils se regardaient un film sur leur TV high-tech et finissaient toujours par faire la bête à deux dos. Pour ce qui concerne les vacances, ils n’arrivaient jamais à avoir les mêmes congés mais quand cela arrivait, ils allaient voir leurs familles. Leurs projets étaient toujours à court terme, et les mots venaient au compte goutte, cela dépendait de la journée de travail, ils se parlaient avec leurs corps pendant l’amour. Pourtant, ils se connaissaient bien, quand ils s’offraient des cadeaux, ils ne rataient pratiquement jamais leur coup. Les mots sont un langage de communication mais encore faut-il avoir quelque chose à communiquer et avoir envie de le communiquer à l’autre !! C’était un couple sans but mais pas sans amour et sans affection. P disait à V qu’ils n’avaient plus rien à découvrir l’un de l’autre, ils avaient trop vécu avant le mariage qui n’aurait d’ailleurs pas dû avoir lieu. Et même avec l’enfant, cela ne changerait rien. Et V de rajouter, nous sommes trop absorbés par notre travail, nous n’aurions pas le temps de s’en occuper comme il se doit, notre couple est ce qu’il est, nous nous amusons bien et nous sommes ensemble et c’est pas si mal. V était très optimiste ou se forçait à l’être… Tout plutôt que d’être seule. Leur couple allait être ébranlé et P allait connaître cette solitude et cette bohème… Le 12 avril 19N, Les parents de V décidèrent d’aller rendre visite à leurs enfants et prirent leur voiture. Au bout de 6 ans, ils allaient enfin voir leur si bel appartement de visu et plus seulement sur des photos. Ils regrettaient de ne pas avoir de petits enfants et sa mère culpabilisait de ne pas avoir éduquer sa fille dans ce sens plus attentivement. Pourtant, quand V était partie, elle n’était pas contre avoir un enfant. Que s’était-il passé dans sa tête ? Les parents de P comprenaient mieux la chose, leur fils était généreux, adorable mais incapable de faire des concessions, de se dire non pour dire oui à l’autre. Ils n’étaient donc pas étonnés outre mesure. Bref, ils partirent en voiture à 7 h 1/2. Pendant les longs trajets, ils ne se parlaient presque pas, ils étaient attentifs à la route, ils étaient très prudents. C’était la femme qui avait pris le volant, elle savait aussi bien conduire que son mari. Ils n’étaient plus qu’à 15 petites minutes de leur destination quand se fut l’accident. Il pleuvait et, brusquement, ils rencontrèrent la dame en noir sous la forme d’un bolide à contre sens. Ils ne purent rien faire pour l’éviter et le choc fut effroyable et mortel pour les 3 personnes : un irresponsable, un fou dangereux, un assassin et un couple qui n’avait pas envie de mourir et qui roulait tranquillement pour aller voir leur unique enfant. La mort est injuste, brutale, impartiale. Des tôles déchiquetées, les policiers et les ambulanciers sortirent 3 corps carbonisés : celui d’un jeune homme ivre dans sa belle voiture étincelante et notre couple. La nouvelle fut annoncée à V 3 heures plus tard. Fragilisée par le stress de son travail, ce fut un coup de massue. Le choc mental qu’elle reçut fut comparable à celui de ses parents. Elle resta sans voix et puis d’une voix blanche elle répondit qu’elle n’avait besoin de personne et surtout pas de psychologue. La personne au téléphone n’insista pas. Après, elle en voulut au hasard, pourquoi eux qui étaient si gentils ?? Les choix de notre faucheuse sont un grand mystère, pourquoi eux et pas les autres, s’ils s'étaient arrêtés plus longtemps, s’ils étaient partis un jour après ou simplement une heure après ??? Est-ce par la souffrance amenée par la mort 9 et la maladie que l’homme peut s’approcher de Dieu, sentir plus que les autres sa présence ?? Qu’en pensez-vous chers amis ? P rentra après son travail et trouva sa femme les yeux hagards, négligée, assise sur le canapé le combiné du téléphone à la main. Il demanda plusieurs fois ce qui se passait et finit par comprendre que ses beaux-parents n’étaient plus de ce monde. Il ne les connaissait pas beaucoup. Il mangeait avec eux presque tous les week-ends, c’était ses voisins mais surtout les connaissances de ses parents pas les siennes. Il l’embrassa et la porta dans sa chambre, lui donna un calmant pour qu’elle dorme et c’est ce qu’elle fit. P pensa que sa femme était solide et que le déni du deuil allait vite se faire et que tout rentrerait dans l’ordre très vite. Mais, il se trompa car V n’était pas solide et ce deuil l’avait détruite. Elle commença par ne plus faire à manger, ne plus rien nettoyer. P fit appel à une bonne pour pallier cet état de fait. Puis, elle décida qu’elle ne voulait plus lui faire l’amour car elle n’aurait jamais quitté ses parents sans lui et que c’était de sa faute. Il vivait de plus en plus avec une ombre. Le temps n’arrange rien, n’estompe rien, il dilue notre marasme au fil des jours. La vie tape très dur, on ne peut être prêt à l’affronter que si on a eu une enfance heureuse, paisible, alors on a de la matière pour se battre. La carapace que Virginie avait cru se faire au fil du temps était en fait très mince et elle n’avait pas résisté à un choc sérieux comme un deuil d’un très proche. Puis le temps passa. Virginie n’était plus à son travail, la boutique avait fermé ; P voulait rentrer plus tôt, était moins disponible pour son patron, avait perdu sa confiance et avait un poste moins important. Il ne pouvait plus refléter l’image du yuppie dynamique et motivé. Tout cela est résumé en quelques lignes mais a pris des mois bien entendu. V regardait ses photos, instantanés de bonheur éphémère et factice. Parfois elle pleurait parfois elle riait aux éclats. Les parents de P se trouvèrent de nouveaux amis (ceux qui avaient emménagé à la place de leur voisin disparu). Les gens sont hypocrites et l’amitié ne sert souvent que comme un paravent au vide de leur vie. Ce n’est pas par méchanceté mais leurs yeux ne voient pas l’essentiel et leurs oreilles n’entendent pas ce qu’il faut. La couverture, le verni leur suffit, un sourire et un verbiage agréable leur suffit, mais ce n’est pas notre propos, chers lecteurs. Et puis, un jour P perdit pied, il ne pouvait supporter l’indifférence de V. Il lui dit de se secouer, de voir un psychologue, de parler (donner des mots à ses maux soulage parfois), de sortir pour oublier, que la vie continue. Mais V ne l’écoutait pas, elle regardait toujours ces photos. Le cœur de sa bien-aimée était en hiver alors que le sien était toujours en été, cela ne pouvait continuer… Alors, désespéré, P décida de partir. Il liquida son compte bancaire et fit ses bagages, il dit à V qu’il partait pour un long voyage et qu’il ne savait pas quand il reviendrait (s’il revenait un jour mais ça il ne le dit pas). Il suivait comme d’habitude son instinct et le voilà sur les routes. En fait, P aimait V mais il ne pensait pas à l’avenir, il était fait pour être libre. La société nous oblige à nous enfermer dans un carcan d’habitude, de préjugé, de solitude, de superficialité. L’amour d’une femme n’est pas suffisant quand on est comme un cheval sauvage. Il avait fui la sécurité d’un travail, la douceur d’un foyer pour se retrouver seul (il l’était avant comme nous tous) sur les routes (nous le sommes aussi sur les routes de la vie). Il serait parti un jour ou l’autre et n’attendait qu’une justification pour cela. Avec son argent, il quitta la France pour aller aux USA sur les chemins poussiéreux de la Californie, du désert, il en avait envie de se fondre avec la nature et de se mesurer à lui-même. Il couchait où il y avait de la place. Dans un premier temps, il pouvait se payer des hôtels, il avait encore belle allure, une bonne lumière dans le regard, on l’acceptait, les chiens n’aboyaient pas à son passage, les gens ne sortaient pas tout de suite leur fusil, il avait de l’argent pour se payer à manger. Puis les mois passèrent et ses vêtements devinrent rapiécés, en plus il avait dû troquer ses beaux habits contre un costume de motards (blouson en cuir et jeans). Son visage devenait de plus en plus celui d’un clochard, il était devenu sale et, comme il souffrait de la solitude, il avait pour compagnon un autre vagabond. Comme je l’ai dit plus haut, l’image qu’on donne est primordiale, c’est uniquement sur celle-ci que l’autre se base pour nous accepter ou nous rejeter. Pour être 10 accepté, il faut rentrer dans un moule qui est fonction de notre éducation, de nos préjugés, de notre code de vie. Les gens n’aiment pas les étrangers car ils leur envient leur liberté, leur façon de parler (jalousie et frustration) en plus de leur xénophobie latente (haine, peur de la différence, de ce qu’on ne connaît pas ou qu’on ne peut pas contrôler). Un jour qu’ils marchaient tranquillement sur une route (ils ne demandaient rien à personne, ne volaient pas), le compagnon de P se fit soudain renverser par un camion qui avait eu "l’intelligence hallucinante" de faire un écart juste à l’endroit où il marchait !!! Naturellement, le choc fut très violent, alors P se mit à courir derrière le camion fautif pour l’obliger à s’arrêter pour porter secours à son compagnon très gravement blessé. Le camion s’arrêta, P crut que le conducteur allait reculer pour faire ce qu’il devait faire mais le passager du camion ne trouva rien de mieux que de lui tirer un coup de carabine en pleine tête. Notre Paul mourut instantanément sans bien comprendre ce qui lui arrivait. Son ami eut moins de chance que lui (mort rapide) car ils le laissèrent agoniser… L’homme est un animal social pour l’homme disait un philosophe. Les bêtes tuent pour se nourrir, quand elles ont peur ou mal mais jamais, contrairement à nous, pour le plaisir ou pour s’amuser. Les bêtes telles que les éléphants ont un culte des morts très significatif pourtant elles ne pleurent pas et n’ont aucune connaissance du bien et du mal comme nous. L’homme qui a des regrets, des remords, un sourire, pourquoi tue-t-il pour une aussi abominable raison que son propre plaisir ??? S'il tue pour l’argent, pour une femme, pour un territoire, pour son honneur, si prendre une vie est impardonnable, ses raisons peuvent malgré tout aider à expliquer, à justifier ce qui est par définition injustifiable. Je reviens à mon histoire. Après leur amusement, ils allèrent à la messe car c’était un dimanche, ils furent bien accueillis par le curé, par leurs amis, chantèrent de toute leur voix comme si rien ne s’était passé. Mais si la justice humaine est déficiente, la justice divine est présente pour tout arranger. Le tireur fut piqué par une vipère alors que d’habitude il n’y en avait pas (sans doute un collectionneur de serpent qui a laissé échapper un de ses serpent car il n’y a pas de vipère en Californie). Comme il était seul, il souffrit atrocement avant de mourir comme un chien. Son frère, le passager mourut enfermé dans sa cave, dévoré par des rats qu’il voulait tuer (il rata une marche, perdit connaissance quelques minutes mais ce fut suffisant à ces braves bestioles pour en faire leur repas). Dans mon histoire la mort est payée par une autre mort. Ils sont morts comme des chiens et j’estime qu’ils l’ont mérité ! Paul était vengé mais cela lui faisait une belle jambe !!! S’il avait attendu encore un peu, V se serait remise et il aurait continué à vivre heureux et longtemps… Si vous voulez savoir ce qui s’est passé pour Virginie : c’est très simple, elle tomba dans la déchéance puis entra en clinique. Bien soignée, elle s’en sortit et elle rouvrit une autre boutique de déco et vécut en parfaite célibataire. Les affaires CD, DVD, etc de Paul étaient dans un carton chez ses parents. En fait, elle fit le deuil de ses parents puis le deuil de son mari, ce fut pénible, long mais elle y arriva. Malgré tous les mauvais souvenirs nous pouvons prendre en nous-même la force de rallumer notre flamme et de continuer à écrire et à tourner les pages du roman. Rien ne s’efface, rien ne s’oublie mais rien n’est impossible, tout est un éternel recommencement, la vie nous en donne des tas d’exemple. Ceci est juste pour ne pas finir d’une manière trop pessimiste mon histoire… 11
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