lucie sa vie - Page 1 - C'est la vie d'une femme d'aujourd'hui. 2 SOMMAIRE CHAPITRE 1ER : LUCIE JEUNE CHAPITRE 2 : UN NOUVEAU DEPART CHAPITRE 3 : NEW YORK CHAPITRE 4 : SUZIE CHAPITRE 5 : MICHEL CHAPITRE 6 : MICHEL ET LUCIE CHAPITRE 7 : CAT CHAPITRE 8 : LES BEAUX-PARENTS DE LUCIE CHAPITRE 9 : LUCIE ET SES PARENTS CHAPITRE 10 : LA VIE DE CAT EPILOGUE NOTES DE L’AUTEUR 3 Le roman que vous allez lire raconte la vie et la pensée d'une femme de notre époque, qui ressemble à votre mère, votre sœur, votre voisine ou votre amie et pourquoi pas à vous-même, chère lectrice !! C'est une femme qui s'est laissée flotter au gré des flots de la vie. Son train de vie est passé par des prairies fleuries (son enfance, son mariage, la naissance de sa fille), par des déserts (sa solitude) et par des tunnels bien sombres (la mort de sa famille).Ne soyez pas trop sévère avec elle si, d'aventure, elle ne réagit pas comme vous l'auriez souhaité ou comme elle aurait dû. Elle est remplie de contradictions, de peurs, de doutes comme chaque être humain. Elle a géré sa vie selon ce que lui dictaient son cœur et son âme, de la manière la plus humaine possible. Vous l'admirerez, vous la haïrez, vous la mépriserez mais je pense que vous aurez une émotion en lisant sa vie et si vous l'avez, j'aurais bien fait mon travail car toute œuvre doit avoir un suc, un sel, une âme qui s'attache à votre âme et la force de ressentir. Je la fais mourir car la mort n'est que la suite de la vie. Pourquoi cette femme ? Elle me ressemble par son coté passionnel, curieux à la fois frondeur et très timide, tigresse et chienne bien obéissante, par sa manière de vivre casanière, par son goût pour la lecture, l'art et les autres. Elle s'éloigne de moi car elle a quitté sa famille, elle aime le théâtre, elle a une grosse capacité de travail et une grande résistance physique. En tout cas, j'ai crée une femme la plus humaine, la plus attachante possible. Dans cette histoire, je ne suis intéressée que par les sentiments et les relations entre les différents protagonistes. L'action et le sexe étant secondaires pour moi. J'ai aussi apporté quelques descriptions qui, je pense, vous permettront, à vous lectrice, de vivre tout à fait avec cette femme. Mon imagination est fertile et ma connaissance de l'autre est assez travaillée. J'ai écrit ce premier roman avec tout mon amour de l'écriture, toute ma générosité. Vous me reprocherez peut-être des répétitions et un style simpliste mais soyez indulgents, ce n'est que mon premier roman !!! En notice, je cite des noms de lieux où elle est allée durant sa vie à New-York. J'espère qu'ils n'alourdiront pas trop cet ouvrage ! Maintenant, je vous laisse pénétrer dans la vie de cette créature. Bonne lecture !!! L'auteur 4 "Les rêves sont les clés pour sortit de nous-mêmes" G. RODENBACK CHAPITRE 1ER : LUCIE JEUNE Elle est née il y a 100 ans dans une ville française. C'était une citée moyenne avec ses rues sales, ses quartiers tristes, ses jardins (tâches de verdure dans le béton), que les gens ne regardaient plus, tant ils étaient obnubilés par une seule lumière : celle de l'argent. Les gens des villes ne contemplent plus rien, ils restent enfermés dans leur petit monde comme des marionnettes désenchantées. Dans ces jardins, des fleurs étaient articulées en massifs, les promeneurs pouvaient admirer des ormes, des chênes, des plantes vivaces ; les allées étaient bien entretenues avec du sable blanc ou du gravier, l'herbe était drue et verte, l'hiver, un blanc manteau de neige immaculée recouvrait de tout. Et, ça et là, des bancs en pin verni ou en bois étaient installés. Sa famille étant très pauvre; Lucie n'avait pas d'autres loisirs que ces promenades dans ces parcs (il y en avait un au centre de la ville, un autre moyen près d'une bibliothèque (son autre lieu favori) et un 3ème plus petit). A part ces coins de campagne, cette ville était comme toute les autres avec ses administrations (immeubles mastocs, gris, somme toute à l'image des utilisateurs sans âme), ses maisons avec leurs jardinets regroupées en banlieue, ses immeubles, ses magasins, ses carrefours, ses voitures, ses feux rouges parfois verts ou oranges pour réguler ce trafic d'insectes. Revenons à la famille ! Dans celle qui nous intéresse, l'argent ne rentrait pas beaucoup. Son père était ouvrier et sa mère s'était arrêtée de travailler à la naissance de leur unique enfant : Lucie. Ils vivaient, C'EST TOUT; ils touchaient tout de même quelques allocations juste pour pouvoir rester chez eux et avoir une voiture, être propriétaire de quelque chose semblait pour eux une marque de dignité. C'était une famille où il y avait malgré tout une joie de vivre, où l'on se mourrait pour un absent, un retardataire, où la flamme de la sérénité, du bonheur, celui indéfinissable, bien loin de la raison, du matérialisme et du "trop vouloir parce que c'est bien d'avoir", incendiait chaque seconde de leurs vies. Ils avaient des plaisirs simples, une vie de famille chaleureuse, réelle. Certaines soirées d'été, ils se promenaient pour voir ces ombres fantomatiques qui effrayaient Lucie et la fascinèrent plus tard. Ils étaient unis par le seul lien qui est valable au cours d'une existence : l'amour ; l'amour de l'autre pour ce qu'il est, chacun solidaire de l'autre. Quand 5 le salaire était important (les primes pour Noël par exemple), ils s'offraient des cadeaux, ils mangeaient mieux et quand le salaire était bas, ils s'en contentaient sans se plaindre, sans faire la grève. Les voisins les aidaient le plus possible pour garder la petite ou pour le repas de fin d'année, c'était une vraie communauté celle qui résiste aux vents et aux marées. Bref, elle vivait heureuse chez ses parents. Elle est allée à l'école publique comme d'autres enfants, elle savait lire dans le texte, écrire sans ratures à l'âge de 5 ans, elle a su compter un peu plus tard à 7 ans. Plus tard, elle s'est inscrite dans une école privée avec une bourse de l'état et à l'Université. Ses matières préférées étaient l'Histoire, la Philosophie, les langues (elle en parlait couramment 6) et le Français. Elle a appris en autodidacte l'ethnologie, la sociologie et la médecine. Elle était très brillante partout mais surtout dans les matières plutôt littéraires par rapport aux mathématiques, à la physique ou à la chimie, même à la géographie (elle obtenait des notes tout à fait "médiocres" de 14). Dans la vie, elle avait deux passions : les livres et les gens ; elle aimait apprendre, comprendre, investiguer, aider et partager car elle, en sa qualité de première, elle se devait d'aider les plus faibles à s'en sortir : les plus forts doivent aider les plus faibles. Je me rends compte que c'est totalement utopiste mais cela ne me dérange pas... Elle adorait les livres pour leurs beautés, les histoires riches d'enseignements qu'ils abritaient derrière leurs couvertures ; ils l'entraînaient vers un monde idéal ou idéalisé, trop réaliste parfois. Elle appréciait ce renouveau permanent, cette culture sentimentale et religieuse, philosophique ou amoureuse qui émanait de ces reflets de pensée, cette généreuse présence dans sa solitude de fille émotionnellement et intellectuellement à part. Et les gens pour leur présence, leur chaleur humaine, une rencontre, un sourire, un "comment ça va, je peux t'accompagner". L'autre (je parle de la personne que l’on ne rencontre pas de l'ami(e) ou de l'amant(e)), c'est un pansement, ce lien ténu qui fait que je+je =nous ensemble comme la grande famille que nous sommes. Chaque être humain a besoin des autres pour se connaître, s'apprécier, communiquer et s'épanouir, nous ne pouvons donner que ce que nous recevons, nous n'existons que par rapport aux autres. Pour Lucie, c'était important. Elle aurait bien aimé concilier ses deux passions dans son futur métier. Ses notes et son excellente réputation lui ouvraient beaucoup de portes. Elle en discuta avec, tout d'abord son conseiller d'orientation : il lui proposa des métiers dans la documentation, la recherche, le journalisme, psychologue ou dans le professorat et, comme elle était extravertie, professeur de théâtre ou biologiste ou médecin. Et puis, le hasard s'en mêla, elle entendit parler d'un poste de directeur de théâtre : le fameux actors studio de New-York, une formation de metteur en scène était à envisager. Elle aimait le contact mais la formation de metteur en scène serait pour elle, à défaut d'être son métier, une expérience 6 enrichissante au niveau culturel et humain. Mais avant de prendre toute décision, elle décida d'en parler à ses parents, surtout qu'il fallait partir longtemps loin de ses racines, de sa famille sur une terre inconnue ; ceci même si elle remplissait toutes les conditions : un bon niveau en langues, une bonne culture générale, elle serait hébergée là-bas, tout était prévu pour son accueil mais tout de même, elle ne pouvait prendre cette décision toute seule. Ses parents étaient vraiment de très bons conseils. Son père était grand, brun et ombrageux, il en disait plus par ses silences que par ses mots. Il travaillait dur et le soir, quand il rentrait, il mangeait, parlait un peu et allait se coucher. C'était un bon ouvrier, il savait être juste, honnête, un regard remplaçait une punition, il remplissait son rôle de père : garant de la justice de la famille. Sa mère, quant à elle; était joviale, souriante, elle avait toujours le mot pour mettre à l'aise, pour apaiser. Cuisinière émérite, mère tendre, affectueuse, à l'écoute, elle avait tout de même un défaut : elle ne se décidait qu'après mûres réflexions même pour prendre une décision sans importance. Mais c'était une mère admirable, qui ne s'est pas contentée de pondre un petit monstre et de le mettre dans la rue mais elle l'a élevé du mieux qu'elle a pu, elle le faisait passer avant elle. Son cœur et son âme de mère et de femme lui dictait sa conduite ; son seul trésor, c'était sa fille unique, c'était son but, son idéal, son intégrité, tout pour elle. Elle n'a cessé de prodiguer ses conseils, sa morale, sa joie de vivre, somme toute son humanité. Mais revenons à sa petite enfance, Lucie est née un matin froid d'hiver quand la neige avait mis son blanc manteau et que le vent glacial emportait les soucis au loin, les arbres étaient devenus des squelettes branchus et les gens se calfeutraient chez eux. Sa mère accoucha chez elle (l'hôpital était trop loin et de toute manière trop cher) d'un bébé tout beau (le plus beau évidemment), tout rose et tout hurlant. Le père ne fut pas prévenu tout de suite et ce fut une belle surprise quand il rentra le soir quand il découvrit sa femme commençant à se remettre de son accouchement avec ce petit être, les yeux fermés qui dormait dans ses bras. Ce petit être qu'il faudra guider à travers les rouages et les méandres de la vie. Il avait maintenant un double rôle : le sien et celui de père, et ce dernier n'était pas le plus facile mais un enfant est le but dans toute famille; il représente son devenir. Lucie était une enfant totalement désirée, elle passait son temps à dormir. Pour cette délicieuse créature, tout était émerveillement et motif de curiosité : la sonnette de la porte, le moindre bruit, l'eau qui bouillait, le moindre regard, la voix de sa mère, de son père, elle réagissait très bien aux voix de ses proches, et une chanson suffisait à l'endormir, une douce voix suffisait à la calmer. Débarrassée de tous soucis matériels, elle eut une enfance très heureuse, ses parents étaient attentifs, elle jouait avec ses petits voisins et voisines. Elle n'eut pas beaucoup de jouets : une poupée offerte par un collègue de son père 7 plus aisé que lui, une peluche offerte par ses parents et surtout elle reçut quelques cadeaux magnifiques dignes des plus grands rois : une bonne santé, de la tendresse, les sourires de tout le monde, la sérénité et un esprit curieux et une intelligence très vive. Et puis, elle alla en classe, cet univers triste, neutre et aseptisé où elle se fit malgré tout des connaissances. Elle fut très bonne tout au long de ses études mais jamais elle ne sentit le poids de la compétitivité, du mépris du plus faible, de la concurrence ; elle faisait bien ce qu'elle avait à faire pour pouvoir, un jour transmettre des connaissances, peut-être écrire et ainsi être éternelle. Ses relations avec les autres : discrètes, basées sur l'écoute, sur l'émotion, l'attachement. Elle était extravertie mais avec beaucoup de sentiments qu'elle savait canaliser (à la différence des pareils qu'elle mais qui ne savent pas canaliser leurs émotions et qui sont taxés de personnes manquant de confiance en soi !). Elle croyait en l'amitié, en l'homme, à la sincérité des sentiments, les secrets étaient avec elle bien gardés. Tout ceci, quitte à être "has been" ; elle fut souvent déçue par les autres qui étaient faits d'un bois plus dur, imperméables aux émotions, peu discrets et incapables de garder la moindre parole pour eux, indifférents et enfermés dans leurs cocons. Mais par ailleurs, capables d'être très gentils, capables de rendre service mais tellement superficiels... Elle fut placée dans une école mixte dès la seconde ce qui ne changea rien pour elle car elle s'intéressait guère aux garçons car son but était d'aller en classe pour bosser, elle eut beaucoup de copains mais elle refusait toujours d'aller plus loin. En plus d'une bonne santé, elle avait une bonne mémoire ce qui était deux atouts majeurs pour réussir. Elle allait jusqu'au bout de tout ce qu'elle entreprenait, chaque évènement dans sa vie était comme une sorte d'engrais qui lui permettrait de grandir en beauté et en intelligence de l'âme. Elle n'avait pas l'impression de parler à un noir, un jaune, un pauvre ou un riche mais à un être humain de chair et de sang comme elle avec les mêmes doutes, peurs qu'elle .Sa condition faisait d'elle quelqu'un pouvant se contenter de petits riens, de plaisirs simples. L'esprit de Lucie était clair, net et sain, logique. Elle voulait mettre un pourquoi sur tout même sur ce qui la dépassait comme la violence gratuite, la cruauté humaine, le racisme et la bêtise. Elle arrivait mieux à comprendre les animaux que les hommes car ceux-ci sont cruels entre eux (et encore pas toujours) mais ils n'ont aucune conscience, aucune mémoire, ils n'ont pas comme nous la faculté de se dépasser, de pardonner, d'essayer d'améliorer son présent pour réparer son passé. L'être humain, ce singe raté, ce microbe, ce tas d'os et pourtant cette créature magnifique du Très Haut était pour Lucie un sujet d'étude passionnant car elle se demandait parfois en lisant le récit de tous ces viols, ces tueries, ces 8 massacres, toute cette hypocrisie, ce retournage permanent de sa veste, le degré d'animalité de l'homme, si la bête n'était pas moins bestiale que nous. Mais, selon elle, même la plus immonde personne a le droit à l'écoute, à la parole et à une aide médicale ou psychologique. Elle vivait avec des êtres formidables et s'était fait quelques amies qu'elle avait perdues de vue. Elle étudia en philosophie un sujet qui lui a bien plu : celui de la normalité. L'Homme est-il normal ? Qu'est-ce-qu'un être humain normal ? Il est toujours issu d'une société, d'une culture, d'une histoire. Avec la culture s'associent les manières de s'habiller, de parler, de bouger, de se comporter. La société est-elle normale ? oui et non ; il n'y a pas une société mais plusieurs sociétés (celle de l'hindou, du papou, de l'occidental, de l'autiste, du muet aveugle et sourd). Chaque société a son propre mode de culture, des propres repères, un papou qui viendrait en France tout nu serait montré du doigt voire enfermé dans un asile, tout pareil au français qui visiterait la Papouasie habillé en costume cravate, il serait regardé curieusement ; les papous n'excluent pas, ils se sauvegardent de l'extérieur comme nous mais de manière différente. Chaque être humain réagit selon la norme de sa société. Un être sensible, hyperémotif sera considéré comme presque anormal, à soigner. Pourquoi ? Parce que notre société a comme piliers l'argent, le paraître, le culte de l'image et de la productivité. Il a besoin de tout comprendre, tout maîtriser. Les sentiments ? Une société basée sur des valeurs moins superficielles, basée sur le respect de l'autre, la contemplation des choses, l'écoute comprendrait ces êtres très intelligents mais peu capables de le montrer et les accepterait. Ce n'est pas le cas de cette société telle qu'elle est aujourd'hui. D'autres pensées me viennent à l'esprit. Lorsqu'on écoute le violon de Sibélius pleurer ses notes magiques ou la grande Callas chanter, nous nous mettons à rêver. Notre réalité devient trop petite. Moi, j'imagine un être humain qui serait lui-même au lieu de passer son temps à copier ou à vouloir plaire à cette société qui le méprise et qui ne le comprendra jamais. Ce qu'il a envie de faire, réaliser ses rêves passent avant et s'il laisse les autres lui dicter sa conduite ou sa pensée, c'est un idiot ! Beaucoup de personnes, au lieu d'avoir la tête remplie d'encyclopédies, devraient regarder, simplement regarder, la nature, les merveilles de Dieu, la magie d'un arc-en-ciel, d'une rose, la complexité d'une toile d'araignée. Un "je t'aime" sincère donne plus d'humanité au singe raté que nous sommes que n'importe quels de ses créations et de ses discours, le cœur récite des poèmes que l'intellect le plus brillant ne comprendra jamais. Je me mets à rêver d'un monde où les peuples vivraient ensembles, où l'argent ne serait plus maître des âmes, où cette âme serait cultivée, entretenue au même titre que n'importe quelle connaissance apprise à l'école. L'être émotif et timide a souvent des sentiments en pagaille, il ne sait pas les utiliser à bon escient et la société est là, vicieuse et maligne pour bien lui montrer qu'il est pudiquement 9 différent, qu'il faut aller chez le psy pour se vider de cette substance qui nous fait vivre et non pas simplement rentrer dans le moule. C'est très important, c'est pour ça que je le souligne. Cette parenthèse refermée, revenons à la grande décision qu'elle avait à prendre. Elle était arrivée à 22 ans, belle et épanouie comme tout, elle avait fini ses études et sa vie commençait à prendre un tournant et il fallait qu'elle le prenne du mieux possible. Elle en discuta avec ses parents ; en général les discussions se déroulaient soit dans la cuisine, soit dans le salon où ils recevaient leurs amis. Sa maman avait très peur de la séparation, très angoissée du monde inconnu si loin d'eux qui attendait son bébé chéri. Quant à son père toujours plus "pragmatique", il était partagé ; elle avait l'âge de vivre sa vie comme elle l'entendait et surtout où elle le voulait, rester chez ses parents, d'accord mais pas pour faire son malheur. D'autre part, il était comme sa mère, inquiet de cet éloignement. Il ne pourrait jamais aller la voir, les voyages représentaient un luxe qu'il rechignait à se payer. Lucie le comprenait, en dernier lieu, ce fut à elle de choisir car c'était sa vie. Elle décida qu'elle allait accepter cette formation en leur promettant de leur écrire chaque semaine (ce qu'elle fit par ailleurs). Son désir d'apprendre, sa curiosité avait pris le dessus sur le profond amour qu'elle ressentait pour ses parents. Ils étaient deux et ce n'était pas son genre de se faire des soucis. Un jour, son enfant s'en va, c'est le destin et il faut l'accepter car on y peut rien même si son coeur ressent comme une fêlure. Ils la laissèrent donc partir. Les adieux se firent à la maison et furent éprouvants ; maintenant, il fallait laisser sa vie prendre son cours, le cordon ombilical était définitivement coupé. Sa formation devait durer 4 ans mais son séjour allait durer bien plus longtemps que prévu... Si ce fut dur pour ses parents, Lucie ressentit ce départ avec un pincement au cœur aussi. Elle quittait la quiétude et la douceur d'un foyer aimant pour l'inconnu. Elle croyait au destin, en l'avenir, qu'importe sa peur. Comment s'est passé son dernier jour chez ses parents ? J'adore reculer dans le temps, ce qui possible dans un roman pas dans la vie ; comme c'est dommage, que d'erreurs réparées si cela était possible !!! Elle se leva tôt (7 h 00), elle déjeuna, fit la vaisselle, se lava et s'habilla. Puis elle aida sa mère à faire les courses et le ménage comme tous les autres jours. Arriva 11 h00, l'heure de préparer le dîner. 12 h30 : le moment où le père rentre de son travail pour manger. Ce fut un repas (comme tous les autres repas) très animé, une heure plus tard, il était reparti. L'après-midi était moins chargé que le matin en général, sa mère faisait la vaisselle pendant que Lucie faisait la sieste en lisant un bouquin de la bibliothèque. Vers 15 h 00, elle sortit. Elle s'assit dans ce jardin qu'elle aimait tant près de la bibliothèque. A coté du banc il y avait une fontaine. Elle aimait ces monuments immobiles et sereins, ces coins de verdure 10 au milieu de toute cette fureur et ce bruit. Ces fontaines, tantôt abreuvoirs des oiseaux, tantôt bancs des amoureux, trônaient majestueuses dans tous les jardins publics. Elles regardaient les gens passer, où allaient-ils ? que pensaientils ? Le monsieur bien élégant qui marchait à grandes enjambées, la vieille dame avec sa canne qui lorgnait toutes les places à l'ombre, ou encore ces jeunes en rollers tout débraillés, tous ces couples d'un jour ou d'une vie qui marchaient la main dans la main. Lucie partageait un peu de vie de ces gens. Elle qui n'était jamais partie en vacances, connaissait sa ville par cœur ; NY ne remplacerait jamais ce bonheur d'être chez elle, de maîtriser son environnement de vie, son territoire. Quand elle partait à l'école, les commerçants lui disaient bonjour à force de la voir ou lui donnaient une pomme. Elle sentait le pain chaud sortant de la boulangerie, le café moulu du torréfacteur, toutes les odeurs d'un quartier, son quartier. Elle resta assise de longues heures en pensant à tout ça. Elle rentra à 18 h 30. Elle mit le couvert, raconta sa journée à sa mère puis fit ses bagages. Son père rentra comme tous les jours à 19 h 45. Après le souper, elle regarda la TV et alla se coucher à 21 h 00. Elle devait se lever tôt pour la grande aventure. Elle entendit ses parents discuter encore tard mais, de toute manière, elle ne changerait rien à sa décision. Elle passa une nuit calme sans rêve. Le lendemain, elle se leva à 7 h 00. La valise était prête depuis un jour. Elle partit rapidement pour que le remord ou la peine ne s'installe trop. Elle avait déjà pris le train en classe mais encore jamais le bateau. Cette journée de départ resta gravée dans son cœur longtemps après. En fait, elle avait plus de peur et d'appréhension que de souffrance en quittant ses parents, les familles se forment et se défont, c'est dans l'ordre des choses. Le train était bondé, elle fut obligée de rester debout pendant tout le trajet. Elle est arrivée à 13 h 30 pour le bateau de 14 h 00. Les billets étaient enregistrés, tout avait été prévu. Elle regardait ce flot humain s'embarquer sur ce paquebot. C'était impressionnant. J'ai vu des familles entières avec les enfants accrochés aux jupes de leurs mères, des couples mais beaucoup de personnes seules. Sans doute, rentraient-elles de vacances ou rendaient-elles visite à quelqu'un de leurs familles ou de leurs connaissances ; ou comme moi, pour tout autre chose. En ce qui concerne les bagages, tout le monde (sauf les enfants) avait quelques valises à la main. Les plus riches avaient un bagagiste qui portait de lourdes charges et qui essuyait des insultes bien plus lourdes encore. Tout était organisé pour qu'il n'y ait ni trop de bousculades, ni trop d'attentes. A peine montée sur le bateau, je suis allée me reposer sur mon lit. Je n'avais personne à qui dire au revoir. Le lit n'étaient pas bien confortable et je n'étais pas toute seule (cela ne me dérangeait pas) mais j'étais fatiguée du voyage dans le train. 11 Après, je suis allée voir la mer. Comme c'était beau ! Je ne l'avais jamais vue. Cette mer qui berce les matelots mais qui peut aussi briser des coques et des familles quand elle est houleuse. J'ai remarqué dès qu'elle changeait de couleurs : bleue, verte, grise. Qui se donnait la peine de regarder tout ça et pourtant c'est magnifique. Il faut regarder sans penser à rien d'autre qu'à son plaisir. La vie est courte alors prenons chaque moment comme si c'était le dernier et savourons le au lieu de vivre à 100 à l'heure ! Il m'a semblé que le bateau allait moins vite que le train mais c'est peut-être le paysage qui en étant toujours pareil engloutit les distances. Nous prenions nos repas à midi et à 19 h 00. Un piano jouait des mélodies que je ne connaissais pas (du moins pas toutes) mais il faisait passer le temps et permettait de danser. Dans le 2è chapitre, je parlerais de mes rencontres. Au cours de ma vie, j'ai rarement pris le bateau , plutôt le bus, le tram ou la voiture. Le moyen de locomotion que je place au-dessus de tout est tout de même la marche au grand air, libre et gratuit. C'est un sport idéal quand il n'y a pas de pollutions. "La voix de la vie en moi ne peut atteindre l'oreille de la vie en toi, mais parlons pour ne pas nous sentir solitaires" : GIBRAN Kahlil CHAPITRE 2 : UN NOUVEAU DEPART Pendant le voyage, elle côtoya beaucoup de monde mais le hasard voulu que 3 personnes soient plus proches d'elle que les autres. Elle fit la connaissance d'un livreur de journaux à NY qui rentrait chez lui après une semaine passée chez sa mère française : David, d'un vieux monsieur qui aimait bien le piano et qui voulait visiter la ville avant de mourir (c'était un rêve d'enfant) et d'une jeune femme : une jeune yuppie moderne et qui s'appelait Laurie. Elle ne connut jamais le prénom du mélomane. Par ces rencontres, elle eut, en plus d'une compagnie, des adresses de logement et elle pût commencer à apprivoiser la ville. David était un garçon de 25-30 ans, extériorisé au possible, solitaire et très gentil. Il s'exprimait avec la gouaille et l'indélicatesse de quelqu'un de la rue qui en a beaucoup vu et Lucie ressentait de la franchise, de la droiture et de l'authenticité d'un être qui au fond de lui avait gardé une petite flamme, une envie d'aller plus loin, de ne pas tomber dans la médiocrité du petit escroc, dans la noirceur du vice qui n'a rarement d'autres finalités que la mort ou la
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