Le patois du Val d'Esnoms - Page 1 - ETUDE DU PATOIS DANS LE SUD DE LA HAUTE-MARNE MEMOIRE DE DIALECTOLOGIE Présenté en vue de l’obtention du diplôme de MAITRISE DE LETTRES MODERNES Sous la direction de Monsieur LORIOT, professeur d’université à Dijon Réalisé à ESNOMS AU VAL en juin 1976 par Nadine JOLY 1 Ce document a été, avec l’accord de l’auteur, ressaisi et mis en page par Françoise RIBAULT. Il sera consultable en édition papier dans les locaux de La Cabane des Secrets du Terroir à Esnoms au Val ( 52190 ) Edité en avril 2008 2 Le travail qui suit est le résultat d’une enquête réalisée depuis 1976 dans un petit village du sud de la Haute Marne. En écoutant et en transcrivant la langue que parlait mon grand père, j’ai mis à exécution un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps : faire renaître un moment un langage qui se meurt et qui va disparaître définitivement dans une dizaine d’années, quand les derniers patoisants auront cessé de vivre. Attachée à la terre comme à la vie de cette petite communauté que forme mon village, j’ai voulu authentifier un parler qui, pour n’être pas reconnu officiellement, n’en était pas moins le seul usité il y a encore une cinquantaine d’années. Vivant comme peut l’être un langage qui n’existe que par la tradition orale il est aussi parsemé d’images et d’enseignements relatifs à la vie quotidienne rurale. C’est avec beaucoup d’humour mais aussi de sagesse et d’application que Monsieur Denis Calmelet et sa soeur Marie Calmelet ont répondu à mes questions et je tiens à les remercier de m’avoir accuillie si gentiment chez eux. Mes sources d’information sont uniquement orales car il n’existe pas à ma connaissance de textes écrits relatifs au patois d’Esnoms. Par ailleurs, je tiens à préciser que je n’ai emprunté aucun terme patoisant aux villages environnants. Car s’il est certain que les formes sont très proches d’un pays à l’autre, on ne saurait cependant les identifier les unes aux autres. Mon point d’enquête sera donc unique et de ce fait j’ai essayé de recueillir un vocabulaire le plus complet possible. Outre ce vocabulaire, c’est une manière de vivre que j’ai voulu faire connaître. En effet, j’ai appris comment on faisait le pain, la lessive, comment on filait, autant de travaux qui nous renseignent sur la pauvreté et la modestie de nos campagnes de jadis. Mais qui nous indiquent également que les gens isolés vivaient au rythme de leurs efforts et du temps. Ce travail, s’il n’est pas un document exceptionnel, a néanmoins la prétention de figurer à titre de témoignage parmi les études de dialectologie régionale. Et il a en outre apporté un immense plaisir à son auteur. 3 PLAN D’ETUDE I - Esnoms au val 1 -Situation historique et géographique 2 -Plan du village Lieux-dits et contrées II – L’homme et sa vie 1 – L’homme Anatomie Habillement Alimentation Maladie Famille 2 – La maison d’habitation 3 – La vie du village Vie religieuse Coutumes Folklore 4 – La vie du paysan Le temps La terre Les céréales Les travaux : moisson, fenaison, vigne et bois Les fruits et légumes Les fleurs et plantes Les animaux 5 – Vie intellectuelle et morale III – Grammaire et syntaxe 1 – Verbes, articles, pronoms 2 – Mots invariables 3 – Expressions diverses 4 TRANSCRIPTION PHONETIQUE Voyelles à a è é e ø u ü o o’ i Semi-voyelles pas patte bec pré heure bleu mou mur chaud mort pire pà pat bek pré er blø mu mür co mo’r pir w ¨w y Nasales (*) oui puits yeux rein brun dent donc gué jeu car soin choix zèle wi p¨wi yø rî brê dâ dôk gé jø kar swî cwa zèl î ê â ô Consonnes g j k s c z Assimilation initiale Indice de mouillure ‘ _ on rencontrera ce signe avec l , n , i , e exemple : règne now rèn na° Consonnance anglaise * le logiciel utilisé n’accepte pas le ¨ sur les consonnes. Il convient donc de considérer que le tréma placé avant une consonne signifie que celui-ci s’applique à la consonne ( ex : ¨w ) 5 I – ESNOMS AU VAL 1 – Situation historique et géographique Esnoms au Val est un petit village du sud de la Haute-Marne, appartenant au canton de Prauthoy, situé à 25 kms de la ville de Langres et à 50 kms de la capitale bourguignonne. Aujourd’hui il ne compte plus guère que 112 habitants résidents et son activité est essentiellement paysanne, d’où le vocabulaire spécialisé qui va suivre. Esnoms, situé à une altitude de 340 m, paraît être ancien puisqu’en 1836 l’on a découvert, en creusant les fondations d’une grange pour faire une école, des fragments de tuiles à rebords et une assez grande quantité de squelettes avec des armes gauloises et des parures en bronze et cela à très faible profondeur. On sait par ailleurs, que la montagne de Chavanay d’où sort la source qui alimente le village et Esnoms lui- même était habitée lors de l’invasion romaine. Esnoms dépendait en 1789 de la province de Champagne et faisait partie du bailliage de Langres. L’église paroissiale, dédiée à Saint Vallier, était du diocèse de Langres et avait pour succursale celle de Courcelles. Saint Valère était un jeune martyr lapidé, originaire de Langres. Une tradition populaire veut que la contrée qui forme aujourd’hui Le VAL D’ESNOMS ait été à l’origine le berceau d’un couvent de nonnes. Bien que cette explication soit séduisante, elle est parfaitement erronée. Tous les titres latins depuis le XIIème siècle portent « e nomine » ou « e nominibus » et les titres français depuis le XIIIème « Es-Noms » ou « les Noms ». il apparaît aujourd’hui impossible de remonter à l’origine de cette dénomination. Peut-être s’agit-il de « nom » au sens de titre, gage, d’après ROSEROT qui donne l ‘évolution suivante : Les Nuz (1195) Les Nons (1221) Les Nons (1464) Finagium des Nunz (1198) Vallis de as Nunz (1242) Esnoms (1528) Les Nonz (1206) Nomina (1269) 6 2 – Plan du village 7 Lieux-dits et contrées Esnoms au Val Ses habitants Leur sobriquet ànô la jâdànô lazàn * Le village est traversé par un ruisseau : le Vesin qui va alimenter le Badin, qui va lui-même grossir la Vingeanne. * Les champs à l’entour d’Esnoms les Bannies la Combe à l’abbé le Montoille Champ Fourrand Pré Quevillon la Corvée bané : lékemélébé môto’y câfo’ré préf¨wèyô ko’rvè : * Les fermes isolées des campagnes sont toujours rattachées à un village, ainsi la ferme de la maison Bélier fait partie de la commune d’Esnoms, dont elle est distante d’environ 3 kms au sud. Les gens d’Esnoms répétaient volontiers cette maxime. yaklajâdànôkéto :dabôgasô « il n’y a que les gens d’Esnoms qui sont de bons gars » Les villages voisins CHATOILLENOT Son nom vient d’une forme castoyllenoth (1189) d’après le latin « castellum ». cette forme devient Chatoillenot en 1670. Son église est dédiée à Saint Etienne. Chatoillenot Ses habitants cato’yne lacato’yne On avait coutume de dire que « les gens de Chatoillenot sont des loups » lacato’ynesadaluve Ce qui signifie qu’ils ne lâchent pas ce qu’ils ont. COURCELLES Son nom vient du latin « corticella » diminutif de « cortem », le domaine. Cela désigne sans doute un morcellement. « Corcellae » en 1217 devient Courcelles vàà d’Es-nom en 1769. Son église est dédiée à Saint Michel. Courcelles Ses habitants ko’se :l lako’sle On disait aussi des gens de Rivière les Fosses, un autre village voisin, qu’ils étaient si pauvres qu’ils auraient écorché un crapaud pour manger. larivièresadazéko’reu :d’krépe 8 II) L’HOMME ET SA VIE L’HOMME Anatomie kràn ko’d‘døcve: tètnê: ro: éney - dazey safafro ‘ mélazey ôr‘gad r‘gadbye élèkarkiylazey be:yé élaégéré élabo‘n éve:g samèéblui je: èlètudâléje : èladadé:tr ne nak èlalénak gelè èlaso‘dko‘mépe krîcé krîcè levr dâ stødâlam‘famo dagro:sdâ lâ:g éko‘ztøpyî mwè ébègè: sèmacu:r gargéye ke lépa° l brè pè ésèkasèémâbr ket sémîdro ‘ ty sémîga° c pwî po’né de l’pøtide pe:s le dessus de la tête la tresse de cheveux tête nue une raie un œil - des yeux ça fait ciller les yeux on regarde regarde bien elle écarquille les yeux regarder intensivement il est dans la lune (égaré) il est borgne aveugle ça m’a ébloui la joue elle a la joue enflée elle a des dartres le nez le mucus nasal il a le nez qui coule crier fort elle est sourde comme un pot cracher le crachat les lèvres les dents cette dent là me fait mal les molaires la langue il a une bonne langue muet il bégaie sa machoire le gosier le cou l’épaule le bras la peau il s’est brisé un membre le coude sa main droite sa main gauche le poing le poignet le doigt le petit doigt le pouce 9 êg déjwî ésgrèt düro’yô lazate ébotyo: bo’tyu: cvèy s’dèvo’rè ke:s kwis jøne éj’ne s’mètéj’ne fo: rat èlatøbyîbrôzé élanoko’mépe bo’ye bro’ye lo: lazo èlamî:ce ga° ce éstrøpyè èlaéno’rm l’ongle les jointures des doigts il se gratte un cor les orteils il boite le boiteux la cheville s’écorcher la jambe la cuisse le genou à genoux s’agenouiller le foie la rate il est mat de peau il est noir comme un pot les boyaux le nombril l’os les os il est manchot un gaucher estropié il est obèse Habillement sébèyé s’habiller s’débèyé se déshabiller lazèbi les vêtements cîjèd’cømiz changer de chemise âbrèd’cømiz en bras de chemise pane le pan de chemise küyet le pantalon ke:sôn les jambes du pantalon broyet la braguette byo’:d la blouse jiyè la veste de travail d’vâtè le tabler po’c la poche køtiyô la jupe - le jupon so: la soie mî:c la manche lazébid’dimôj les habits du dimanche bo’nèd’ne le bonnet de nuit kaplin la capeline La capeline était une coiffure qui tenait à la fois du bonnet et du châle car elle recouvrait la tête et les épaules en se croisant sur la poitrine. cape - cépe co:s jartyèr un chapeau les bas la jarretière 10
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