Atracos - Page 1 - test Jean-Claude Pietrolongo Atracos Récit autobiogaphique 18 mois dans une prison espagnole Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0797-9 Dépôt légal : Avril 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 « Les fous, les criminels et les poètes ont une seule et même mission : assurer à la société un minimum d’ insécurité » HÖLDERLIN 9 Sommaire CHAPITRE 1 SORTIE ................................................................. ..13 CHAPITRE 2 ST-SÉBASTIEN ................................................... ..25 CHAPITRE 3 MADRID............................................................... ..37 CHAPITRE 4 PORTE TOLEDO ................................................. ..45 CHAPITRE 5 LE LENDEMAIN ................................................. ..53 CHAPITRE 6 MONTE IGUELDO .............................................. ..63 CHAPITRE 7 RETOUR À MADRID .......................................... ..71 CHAPITRE 8 CLASES PASIVAS .............................................. ..79 CHAPITRE 9 RENDEZ-VOUS MACABRE .............................. ..87 11 CHAPITRE 10 ARRESTATION.................................................... . 95 CHAPITRE 11 CARAVANCHEL ................................................. 113 CHAPITRE 12 CORDOBA............................................................ 123 CHAPITRE 13 GRÈVE DE LA FAIM .......................................... 137 CHAPITRE 14 PROCÈS ................................................................ 163 CHAPITRE 15 RETOUR EN FRANCE ........................................ 185 12 CHAPITRE 1 SORTIE – Prépare ton paquetage ! Dans dix minutes, je viens te chercher… Dix minutes… pour trier et ranger huit années de vie. Le grand jour tant attendu vient d’arriver ! Et pourtant je n’éprouve aucune joie, seulement une sorte d’angoisse indéfinissable à affronter cette liberté qui s’offre à moi et que je ne sais appréhender. Préparer une libération en Centrale est quelque chose de tout à fait différent. On en parle entre amis… On échange des souvenirs, des adresses, des messages à faire passer à l’extérieur, etc. Mais là, rien ! Sinon le vide que peut inspirer le QHS d’Évreux. Six mois à tourner en rond… à tenter de capter des bruits de vie… Pas de journaux, pas de télé, l’extérieur est un monde totalement étranger. Les seules nouvelles qui arrivent encore à percer l’arbitraire de ce monde clos… me viennent de ma famille et de Françoise que j’ai connue par correspondance à la centrale de l’île de Ré. Françoise, 13 que j’ai épousée en mars 1978 après quatre longues années de correspondance. – Une montre en or ! Une chaîne de cou en or avec médaille ! Une pièce d’identité et un pécule de 98 F ! Signe là ! La lourde porte métallique vient de s’ouvrir sur un magnifique soleil de septembre… – Surveillant, pouvez-vous m’indiquer la direction de la gare ? – Démerde-toi ! On n’est pas un service de renseignements ! Dos courbé, je passe lentement la porte, et, avant quelle ne se referme, je me retourne et crache un gros mollard en pleine gueule de cet enculé. Un geste pas calculé, mais qui fait beaucoup de bien. Le maton se met à hurler et appelle d’autres gardiens à sa rescousse… – Attends-là ! J’appelle les flics pour agression sur un fonctionnaire ! Tu vas voir ! Voilà, à peine sorti, je me retrouve en situation de cavale… La grosse parano vient envahir, une fois de plus, ma vie. Oubliant une partie de mes affaires, un carton dans chaque main, je traverse la rue et, sans me retourner, cours à travers champs… Au bout d’une heure ou deux, sur une petite route de campagne, je fais signe à une voiture. Un type sympa, qui se rend à Passy, veut bien me prendre et m’indiquer les stations de banlieue qui devraient m’emmener vers la capitale… et me rendre chez la sœur de mon père qui habite la banlieue Sud… – Que fais-tu là ? 14 – Je suis sorti ce matin, Tatie et, avant de prendre le train pour Toulouse, j’ai pensé à vous faire une petite visite. L’arrivée chez ma tante et ses enfants, après toutes ces années de galère, me fait énormément de bien. Surtout après la sortie « mouvementée… » du matin… J’explique à ma tante qu’étant un peu paumé, je me suis planté dans les horaires de train. Ce qui est un peu con dans la mesure où je dispose d’un billet de transport gracieusement offert par le service social de la prison. Je me vois mal expliquer à ma famille cette interminable traversée de Paris. Le métro et cette cohorte de flics que je pensais mobilisée pour moi sur chaque quai. Et cette angoisse de me retrouver une nouvelle fois confronté à la justice… etc. – Ça me fait plaisir de vous voir ! Mais je n’ai pas beaucoup de temps à vous consacrer. Françoise m’attend à la gare de Toulouse. – Pourquoi tu ne prends pas l’avion à Orly ? Cela te fera gagner du temps. Et puis nous sommes juste à côté de l’aéroport. – Tu sais, Tatie, au niveau des finances ce n’est pas brillant… – T’inquiète pas. Si je peux t’aider à rentrer au plus vite à la maison, c’est avec plaisir que tonton et moi on t’offre le billet. – OK Tatie. Je te revaudrai ça dès que possible… Et puis tout compte fait, avec l’embrouille du maton, il serait plus raisonnable que j’évite de me faire « réceptionner » sur le quai de gare par un comité d’accueil pas du tout favorable à mes explications… 15 – Jean-Claude, je viens d’avoir Orly, il y a un avion qui décolle dans une heure vingt. Tu veux manger quelque chose avant de partir ? – Non Tatie, je n’ai pas très faim, ce doit être le changement d’air… – C’est tout ce que tu as comme affaires ? – Tu sais, en ce moment, avec le climat délétère qui règne à l’intérieur des prisons, il vaut mieux ne pas être trop chargé pour les transferts… Juste le strict minimum ! Après avoir épuisé quelques souvenirs avec ma famille, il est temps, si je ne tiens pas à louper mon avion, de dire au revoir à tout le monde. – Bon, à la prochaine, j’espère vous voir bientôt ! Et merci pour tout ce que vous faites pour moi. – Attends, tonton t’accompagne à l’aéroport. – Bonjour Monsieur ! Vous désirez quelque chose ? Une revue ? Un verre ? La gracieuseté de l’hôtesse de l’air, qui vient de m’interpeller si gentiment, malgré l’uniforme bleu maton, me donne un sentiment de confiance… – Un whisky ! S’il vous plaît ! Absorbé par je ne sais quelles pensées, ma mignonnette de whisky dans une main, je ne me suis pas rendu compte que j’approche de Toulouse, mais la voix de l’hôtesse qui nous invite à boucler nos ceintures me rappelle à la réalité. – Taxi ! Route de Muret s’il vous plait ! Au fur et à mesure que j’approche de chez moi, un sentiment bizarre commence à m’envahir. De me retrouver dans cette ville, après tant d’année d’absence… Me donne l’impression de n’être jamais 16 parti, que ma vie s’est arrêtée là, rue Gabriel Péri, un après-midi de septembre 70. J’observe avec une certaine avidité les gens. Comme si j’avais pu mettre un nom sur un visage ami… – Tu ne devais pas arriver à dix-sept heures, me demande Françoise. J’allais justement prendre le bus pour venir te chercher. – J’ai profité d’être sur Paris pour faire une petite visite à ma tante Monique qui habite la banlieue Sud. Et comme elle n’est pas très loin de l’aéroport d’Orly, j’ai pris l’avion. – Et tes bagages ? – Un petit problème à ma sortie, fait que j’ai dû m’en débarrasser au plus vite ! Je t’expliquerai plus tard. Pour Françoise, cette simple réponse… suffit amplement. Elle n’est pas du genre à poser des questions, à extérioriser ses sentiments ou ses joies. Elle est plus spectatrice qu’actrice de la vie. Cela, parfois, dans un silence des plus lourds. – Ça te dit d’aller faire un tour au centre-ville ? Je n’ai pas envie de rester enfermé, mais de voir du monde, manger un bout à l’extérieur et, surtout, d’appeler mes parents. – Allo ! Papa ? Oui, je suis sorti ce matin… et je compte monter chez vous dans la semaine. J’attends, pour cela, que Françoise termine son travail. – Vous avez beaucoup d’affaires à prendre ? – Non, l’appartement de Françoise est une location meublée. La voiture suffira. 17
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