Collapsus - Page 2 - test Collapsus Nordine Belatrache Collapsus Nordine BELATRACHE Collapsus Une histoire en noir et blanc Version originale sous-titrée Roman Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-221-0 Dépôt légal : Octobre 2008 © Edilivre Éditions APARIS, 2008. À la famille Belatrache, la seule et unique. À Catherine Camus, héritière du plus fabuleux des trésors. « L’absurdité est surtout le divorce de l’homme et du monde » Albert CAMUS in L’étranger … et alors elle me dit « et avec ceci » et je répondis que, finalement, elle pouvait se la foutre au cul sa baguette pas trop cuite, que ce que je voulais c’était la caisse et surtout les billets parce que les pièces, non seulement c’est lourd, mais en plus ça déforme les poches. Je voyais bien qu’elle changeait de couleur alors je lui demandai d’obtempérer avant que je n’use d’argument plus convaincant, c’est-à-dire, en l’occurrence, d’une clé anglaise de chez Valéo (100 % Chrome Vanadium) que j’avais baptisé Lady Di. Comme elle semblait plus bouche que bée, je lui expliquai qu’il m’était fort possible, là, tout de suite, maintenant, de déposer délicatement cet outil massif sur l’arrière de son crâne ce qui, chose évitable, aurait pour conséquence de lui arracher un bout de scalp non négligeable et les larmes qui vont avec. Et, livide, limite transparente, elle commença à se déplacer tel un crabe dépourvu de pince vers le fond de la pièce en faisant comme si de rien n’était alors que, bonté divine, son sphincter avait capitulé dans sa gaine beige commandée à la Redoute et qu’une odeur d’outre-tombe recouvrait la bonne odeur des pains au chocolat. 11 Une goutte de sueur grosse comme un œuf coulait le long de sa joue à mesure qu’elle vidait le tiroir-caisse. Je lui demandai alors si elle pouvait me fournir un sac plastique pour emporter le magot et s’il était gratuit ou payant, ce qui, étrangement, ne la fit pas rire du tout et provoqua chez moi un léger dépit. Je lui demandai son nom afin de détendre l’atmosphère et elle répondit en chouinant « Martine ». Je rétorquai que c’était un nom comme un autre et c’est là qu’elle s’est évanouie, en tirant avec elle toutes les viennoiseries, dans un fracas tellement épouvantable qu’on aurait dit qu’elles étaient plusieurs. C’était une de ces boulangeries horribles qui fleurissaient partout dans Paname comme des champignons. Plus proche de la bijouterie qu’autre chose avec, en devanture, des mini-éclairs au chocolat proposés sans honte à 2,80 € pièce, des petits fours microscopiques et faméliques pour 7,60 € les 100 grammes et le mythique carambar qui valait autrefois que dalle, valait aujourd’hui beaucoup. Sous des vitrines – blindées ? – se pavanaient quelques mignardises chocolatées emballées sous papier doré, livrées chaque matin par un convoyeur de fonds, la main sur le flingue. Les boulangers sont devenus des financiers, on verra bientôt des boulangeries au CAC 40. J’ai toujours détesté les boulangeries, ô lecteur. Et par extension les boulangères. Je les hais. Je les hais. Je les hais. Est-ce clair ? Je leur ai toujours porté une haine viscérale. Je n’ai jamais pu supporter ces connes qui vous vendent du pain, hyper cher pour ce que c’est, habillées en tailleur Channel, boucles d’oreilles Dior et accent du XVIe alors qu’elles sont nées à Berck-Sur-Mer. 12 Je les hais. Et le « et avec ceci ? » glacial qui m’a toujours fait l’effet d’un coup de Tazer dans la moelle épinière. Je les hais. Je n’ai jamais pu comprendre que l’on puisse dire « s’il vous plaît et merci beaucoup » à ces vieilles dindes emplumées en échange d’une sorte de bout de moignon sensé représenter une baguette. Je les hais. Et ces noms qu’elles donnent à leur vieux bout de farine cuit. – Bonjour, qu’est-ce qui lui faut ? – Je voudrais une baguette. – Une campaillette ? – Nan, une baguette. – Ah, un campaillou ! C’est ça ? – Naannnn, une baguette toute simple. – Aaahhh, il veut une Sarmentine ?? – (Bruit du chien qu’on rétracte sur un magnum 44) – Une baguette ?? Tout de suite Monsieur !! Je les hais. Je m’emparai d’une chupa-chup au coca après l’avoir dûment payée et sortis sur le trottoir pour humer l’air fétide et pollué de la rue Jean-Pierre Timbault. Peut-être faisait-il beau ce jour-là. Qui sait ? Si ce n’était cet éternel nuage de benzène recouvrant la capitale, on pourrait savoir. Je dévalai la rue à grandes enjambées sur le trottoir défoncé et miné de d’étrons canins. Aux crottes ultra-sèches, limites poudreuses, succédaient de magnifiques îles de merde fraîche, profilées et chiadées, pour lesquelles on serait tenté de dire : chapeau l’artiste. Au loin, une grand-mère se baissait pour ramasser le gros péché de Médor en 13 geignant et pestant, comme tous les jours à la même heure, à cause de son lumbago. Je poussai un peu plus loin et butai sur toute une escouade de flics qui se dirigeaient vers la boulangerie. L’un d’eux s’excusa poliment de m’avoir fait tomber et je me dis alors qu’on faisait une sale réputation aux flics ; ce sont des hommes très doux. Je lui dis qu’il n’y avait pas de mal mais il insista parce que, dans la chute, ma tête avait heurté le trottoir. Dans le même temps, je me demandai si ce flic n’était pas gay vu qu’il s’était mis à me masser les cuisses avec véhémence. Nous nous quittâmes au moment où la main gantée de cuir noir de l’agent atteignait mon entrejambe. Il se leva un peu honteux et rejoignit ses collègues en roulant désespérément du cul. Je ramassai alors moi-même ma pauvre carcasse ainsi que la clé anglaise que l’empaffé n’avait pas vue et qui m’avait échappé lors du choc. Clé anglaise qui, lorsqu’elle n’outrepassait pas ses fonctions, m’était d’une grande utilité lorsque le siphon de mon lavabo faisait des siennes. Appuyé sur un lampadaire dont l’ampoule avait disparu, je les regardai disparaître au loin. Quelques badauds se dirigeaient vers moi pour me questionner. Que se passait-il donc ? Je répondis qu’un attentat terroriste avait eu lieu d’après les policiers, métro République. Bon dieu, si vous saviez, la déflagration avait fait plusieurs centaines de morts et la statue avait été engloutie dans les décombres. Du sang, partout. Je pouvais lire l’effroi dans leurs yeux, à ma grande satisfaction. Je quittai le groupe qui à son tour multiplierait et déformerait ce message à l’infini. Je tournai à droite, puis à gauche, puis à droite et puis tout droit. Et puis à droite. 14
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