ROMAN A mort la vie, Christian CHAILLET - Page 3 - entre la France et Madagascar, un roman de suspense passionnant! Christian CHAILLET À mort la vie Roman Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 3 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions Éditeur Indépendant – 2008 ISBN : 978-2-35335-187-9 Dépôt légal : Mai 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Pour Cathy et Yan, Pour Mano et Daniel avec tout mon amour. 7 Chapitre I Nous sortons de la douche. Elle ne s’est pas essuyée, sa peau ruisselle et scintille dans la lumière glauque de son appartement miteux. Ses pieds impriment sur la moquette une trace sombre. Elle, sans se retourner, saisit mon sexe, et je suis. On appelle ça : mener un homme par le bout du nez. Je regarde l’envers sublime de sa personne : quel étincellement pour moi de vivre la chute superbe de ce jour ! Lorsque ses genoux cognent le sommier elle se retourne, refuse un baiser, m’oblige à prendre sa place puis des deux mains aux épaules me propulse sur le lit. Je la regarde, tente une caresse. – Non fait-elle. La serviette humide qui couvrait ses épaules tombe sur mon visage. Pendant qu’elle l’a noue sur ma nuque, me rendant aveugle, ma bouche trouve son nombril. – Non. Bon ! J’essaye en vain de m’abandonner, de relâcher tous mes muscles depuis mes deltoïdes jusqu’aux orteils, mais je suis trop speed. J’ai trop bu, trop fumé d’herbe. Il ne se passe rien. Où est-elle maintenant ? Des doigts frais courent sur ma poitrine puis m’obligent à m’allonger. Je suis sur le dos, mes pieds posés au sol. – Remonte. 9 Je m’exécute. Le matelas grince lorsqu’elle place ses genoux de chaque côté de mes jambes. Au fur et à mesure qu’elle avance au-dessus de moi à califourchon les gouttes d’eau percent ma peau de leur gravité. Elle stoppe. Seule ses cuisses touchent les miennes. Nous restons immobiles, me regarde-t-elle ? Lorsqu’elle reprend mon sexe, ses mains sont imprégnées d’un liquide huileux, leur douce glissade est une torture. Sans raison connue elle stoppe ma masturbation. À nouveau le temps s’écoule sans qu’il ne se passe rien. L’inquiétude fait revenir mon malaise alcoolique. Encore une fois elle repousse mes mains tentant de saisir ses hanches. – Tu ne peux pas arrêter maintenant ? dis-je. Elle rit. Je suis stupéfait de sentir un lien (un mouchoir ?) emprisonner mon bras droit qu’elle attache à la barre de fer au haut du lit. Même en tirant fort je ne peux pas me libérer. – Drôle de jeu ! – On peut arrêter si tu veux ? Qui ne dit rien consent ! – Je t’aime Gabriel. Je ne sais plus que penser mais ses mots me rassurent. Je ne la connais pas si bien que cela. Ceci dit je fais dans les quatre-vingt-dix-huit kilos le matin, de muscles s’entend, un deuxième ligne de rugby qui se respecte ! La tête de lit ne résisterait pas à une violente secousse. Mais, tout de même, une petite angoisse excitante me tenaille l’esprit. Elle attache l’autre bras puis mes chevilles, et revient à califourchon sur moi. D’une seule main cette fois elle se saisit de ma bestiole gluante et molle et la frotte contre elle pour me ressusciter et faire ronronner sa chatte ; elle promène ma queue tout du long de sa fente, presque nonchalamment, insistant de temps à autre sur la partie la plus sensible. Elle s’était rasée intégralement sous 10 la douche, ensuite je l’avais léchée. Cette sensation inédite sous ma langue et mes doigts m’avait procuré un plaisir étrange. Une fois encore je suis dérouté par cette peau lisse et douce. Maintenant mon gland appuie bien en son centre, presque à l’intérieur, et ma frustration est telle que j’ai envie de gueuler. Je pousse des hanches mais elle recule d’autant… – Attends… souffle-t-elle. … attendre ? Que je me calme ? Elle joue. Trop curieux de la suite j’abandonne l’idée de la pénétrer. Aux mouvements précis, rythmés, qui suivent, je devine qu’elle se caresse d’une main pendant qu’elle me tient sans rien faire de l’autre, m’empêchant simplement de débander. J’imagine la course de ses doigts huilés sur sa chair moite et gonflée, son visage concentré sur ce point exact d’ellemême qu’elle connaît si bien, j’imagine ses seins gonflés, ses tétines dures… J’imagine… En remuant les hanches en rythme, je parviens à faire monter un plaisir presque satisfaisant. – Attends moi me dit-elle encore lorsqu’elle se rend compte de mon manège. Une minute passe dans des transes incroyables, je sais qu’elle se caresse jusqu’à la limite extrême de la jouissance. Quand enfin elle ne doit pas aller plus loin, quand son corps est tendu à se rompre, elle me conduit en elle, me permet de prendre ma place d’un seul coup au plus profond d’elle, avec un cri. Alors elle reste sans bouger, tétanisée, il me semble, par une souffrance inconnue. Puis ses lents mouvements de haut en bas s’efforcent de prendre, puis de suivre le rythme que je lui impose. L’intensité de mon plaisir croit en même temps qu’elle accepte de remonter de plus en plus loin, et de descendre au plus profond d’elle, infiniment, de plus en plus vite. Enfin le fourmillement habituel précédent 11 l’orgasme court sous ma peau, envahit mes hanches, l’ensemble de mon corps, tétanise mes muscles, me fait exploser en mille morceaux comme jamais. Elle jouit, accompagnant ses spasmes de cris étouffés et s’écroule sur moi, laissant s’apaiser petit à petit les dernières ondes de son plaisir. – Mon Dieu ! J’ai adoré me souffle-t-elle à l’oreille. À travers mes paupières closes je vois une petite étoile écumeuse qui plane en rythme dans l’abîme doré où je me laisse glisser : l’ampoule du plafonnier. Dommage ou heureusement, que je sois à moitié ivre ou speed, au fond je n’en sais rien ! Elle roule des hanches encore un peu. Je n’y suis plus, ou tout comme. Elle étend les jambes, ses orteils contractés appuient sur les miens avec force. Puis elle se détend, moi aussi. Plus tard, dénoués, nous nous serrons dans les bras l’un de l’autre et je me dis qu’avec elle tout cela a vraiment un sens ; nous nous endormons. Sûrement ? Rien n’est moins sûr ! Quand Dominique me réveille (je dormais donc !) de sa main plaquée sur ma bouche, le silence est total. Hors, chez elle, à Vincennes, il n’y a qu’une plage horaire vraiment silencieuse : entre une heure et trois heures du matin. Dont acte. Par la fenêtre aux volets ouverts, une clarté à la transparence de porcelaine coule dans la chambre et baigne notre lit. La lune : le seul astre dont la lumière daigne éclairer ce bouge. Dominique s’agenouille. Dans mon délire je pense qu’elle rêve ou qu’elle fantasme. Ma tête est prête à exploser, j’ai la gueule de bois. Je pose ma main sur son dos. Elle est étrangement tendue. Elle approche sa bouche de mon oreille si près que je sens la chaleur de son haleine sur mon lobe. Ses seins frôlent mon ventre : – Ne bouge pas, ne parle pas, quelqu’un ouvre la porte. 12 Je prends très au sérieux ce qu’elle me dit, mais pas la situation, tout en pensant que je devrais intervenir, je reste immobile. Elle décolle sa main de ma bouche et en embrasse la paume, là où mes lèvres étaient posées. La crosse d’une arme s’adapte soudain à mes doigts. J’ai un sursaut d’incompréhension qu’elle calme d’un geste péremptoire. Elle pivote, descend du lit et se plante au milieu de la pièce. Un coutelas qu’elle tient dans la main droite renvoie un éclair bleu, dans sa main gauche brille le fuseau nacré d’un revolver. Je la regarde, son corps musclé, aux lignes athlétiques baigne dans la clarté lunaire, « presque un linceul dans cet appartement qui est presque un tombeau ». Voilà que je me mets à faire des phrases. Putain de cachets. Pas bon la descente. L’image me dessaoule aussitôt. Qu’est-ce qui se passe ? Elle n’est plus la même. Après un regard à la fenêtre elle s’accroupit face à la porte. J’ai beau écouter, pas un son ne me parvient. La position allongée n’est pas la meilleure pour se sentir en pleine possession de ses moyens. Je ne suis pas fier de moi. Dans la pénombre, le silence, le temps et l’espace acquièrent une dimension nouvelle. Mon cerveau cherche des références que la peur, en s’insinuant en moi l’empêche de trouver. Je tente en vain de décoller le drap qui malgré mes efforts, ou à cause d’eux, s’emberlificotent autour de moi. Je suffoque, puis, incapable de me calmer, je ne vois plus ! Merde !, les mélanges ne me réussissent pas ! Je jure, plus jamais ! Que boire alors, avec quoi ? J’ai une idée ! Si je m’en sors, je ne boirai plus que de la bière ! Tout se fige, un grand trou noir remplace le décor nimbé de lumière sépulcrale. C’est insensé ! Mon cœur tente de sortir de ma poitrine. Je vais mourir. Je respire un grand coup pour faire tomber la pression qui me fait trembler. Avec le tourbillon d’oxygène que j’avale, le lit se met à tourner, la pièce suspendue dans le cosmos se met à graviter doucement, petite planète perdue autour de 13 Dominique. C’est la panique totale, je meurs ! C’est rapide ou infiniment lent, je ne sais pas. Mon corps lévite jusqu’au plafond, et de là je me vois sur le lit, étendu, comme une momie armée d’un flingue. De là j’assiste froidement à une des scènes du plus fabuleux metteur en scène : la mort. La porte s’entrouvre, une main jette quelque chose et une lumière scialytique baigne la pièce. Dominique fait feu au travers du battant. Un brame de souffrance répond à la détonation. Très vite elle se colle dos au mur de droite. Le battant est plaqué contre la cloison par un grand coup de pied, un homme trapu entre sans précipitation, avec un petit saut de côté tout à fait dérisoire ; il lève le museau de son pistolet mitrailleur vers le lit et… n’a pas le loisir de faire la moindre grimace de surprise, la lame de couteau s’enfonce jusqu’à la garde sous son menton. Dominique ponctue son coup mortel d’un cri inouï, un hurlement de bête. De l’autre main elle tire deux balles dans l’escalier. Mouche : d’autres cris. Puis des hurlements d’enfants. Une rafale déchire le sommier entre mes jambes et se perd contre le mur. Elle soutient son agresseur un bref instant de son bras tendu et d’un petit coup sec extrait le couteau de la mâchoire. Cela fait un bruit de succion. L’homme s’affaisse ; sa bouche se colle à la cheville de sa tueuse, dessinant au-dessus de sa chaînette en or un baiser noir. Du bras à nouveau prêt à frapper coule une guirlande de sang qui ajoute encore à l’abstraction de ce tableau sans ombre. Je la vois enfin telle qu’elle est ! Mais qui est-elle ? Je me dresse. La fille immobile près de moi se dissout dans la pénombre revenant. La torche qu’avaient jetée les tueurs s’éteint en faisant un grésillement de braise mouillée. Du visage de « ma femme » s’envole une expression de haine, ses muscles se dénouent, ses seins, ses fesses retrouvent leur galbe. Je m’arrache enfin des draps. 14 – Habille-toi, barrons-nous ! Dit-elle. Combien de temps a-t-il pu s’écouler, trente secondes, un siècle. Je suis hagard. Nous enfilons nos vêtements alors que des visages apparaissent un peu partout sur les paliers. Je me précipite à la porte que je ferme. Je hurle : – Rentrez chez vous, appelez la police, vite ! Je n’y comprends rien mais je n’ai pas le temps de trouver des réponses. Alors que Dominique, vêtue d’une chemise et d’un pantalon de toile, étudie les possibilités de fuites par la fenêtre, une rafale d’arme automatique traverse les murs, détruit les vitres, ravage les meubles. Nous nous jetons au sol. La porte s’ouvre à nouveau, un deuxième homme cagoulé entre calmement : il prend la peine de me viser à la tête. Par pur réflexe j’appuie sur la détente de mon arme, touché, il bascule sur le côté et me rate. Dominique lance son couteau, je vide mon chargeur. La lame pénètre dans l’épaule du tueur, son visage éclate sous l’impact d’une balle. Il s’abat d’un bloc. Son revolver lui échappe et tombe à mes pieds. Je me tourne vers mon amie : elle est à genoux se soutenant au sol d’un bras, la poitrine en sang. Je m’approche incrédule. Elle tente de me dire quelque chose mais une quinte de toux l’en empêche. À chaque spasme des postillons de sang constellent le sol de milliers d’astres rouges. Son bras cède avant que je puisse la retenir ; elle roule sur le dos, ses mains et ses yeux grands ouverts, de ses seins en sang coulent une rivière rouge vers son ventre creux. Elle est morte. Des sirènes de police hurlent. Je n’ai rien pu faire, même pas la prendre dans mes bras. Mes lèvres tremblent. Je fais un pas vers la porte dans l’espoir insensé de hâter les secours mais mon pied heurte le bras de l’assassin. Et qu’elle n’est pas ma surprise de le voir lentement se redresser. De sa tête à moitié arrachée s’écoule un flot de 15
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