La planète des femmes - Page 1 - test Bernard BOSTFFOCHER La planète des femmes Roman Editions Editeur Indépendant 75008 Paris — 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 : 2-35335-088-7 ISBN 13 : 978-235335-088-9 Dépôt légal : Juin 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. I Ses mains virevoltaient au dessus du bouquet en des mouvements gracieux. Elle était très belle, l'éclat pourpre des roses se reflétait sur son fin visage. — Greg, dit-elle soudain, quand reprendras-tu ton entraînement ? — Je ne sais pas, Jerry, si la Nasa suit son programme de lancement dans un mois. Ne t'inquiète pas, nous avons encore le temps d'y penser. Elle se dit que cela arriverait toujours trop tôt. La mission qui l'attendait l'angoissait et puis pourquoi restait-il aussi discret sur ce vol ? Ils n'avaient pourtant aucun secret l'un pour l'autre. — Greg, il faut que... Il approcha doucement ses lèvres des siennes et l'embrassa tendrement. — A ce soir, bébé, je fonce, je vais être en retard. Il faisait très beau. Le soleil déjà haut tapait très fort. Jerry traversa La Fayette Street, plein de grondements 7 de camions et de voitures de livraison. Elle pressa le pas, très vite elle arriva au Delmonico's à l'angle de Beaver Street et South William. Elle aimait ce bar pour son extraordinaire cadre art-déco. Jehna arriva enfin. Elle l'embrassa à la dérobée. — Excuse-moi, je suis en retard. La circulation, je ne te raconte pas ! — Je t’ai commandé un milk-shake, ça ira ? Elles étaient très impatientes de découvrir les nouveautés de Bloomingdale's. Le taxi se rangea sagement sur Lexington Avenue, elles réglèrent rapidement et, d'un même élan, s'engouffrèrent chez Bloomfield. Ce grand magasin, véritable phénomène sociologique très européen côté goût et d’inspiration très new-yorkaise, représentait à leurs yeux le rêve féminin. Tout ici semblait avoir été créé pour elles, et de Saturday Génération à Broadway, couvrant tout un étage fascinant de marbre et laque noire, elles se déchaînaient, littéralement envoûtées par cette débauche vestimentaire. Jerry arrêta finalement son choix sur un ensemble en soie grège très chic qu'elle rehaussa d’une capeline noire. Elle tourbillonna gracieusement dans le jeu des glaces sous le regard admiratif et approbateur de Jehna. — Tu es superbe ! — Oui, je le crois aussi. Et toi, tu ne vois rien qui te branche? En guise de réponse, elle disparut dans une rangée de portiques sur lesquels tous les créateurs du jeune stylisme semblaient s'être donnés rendez-vous et en ressortit avec une incroyable robe. — Attends-moi, Jerry, je vais l'essayer. 8 Prestement, elle se dévêtit et ajusta le vêtement sur ses formes arrondies. Elle repoussa les battants de la cabine d'essayage et, toisant Jerry, sûre d'elle, lui lança : — Alors, comment me trouves-tu ? — Craquante, complètement craquante ! *** Jerry ferma doucement les yeux et s'abandonna voluptueusement dans l'eau bleutée du jacuzzi. Cette journée l'avait comblée, elle adorait Jehna et ses incroyables shoppings. Elle songea que la vie était vraiment belle et qu'elle était décidée à la mordre à pleines dents. La porte d'entrée se referma doucement. — C'est toi, Greg chéri ? Il ne répondit pas tout de suite. — Greg ? Il apparut soudain dans l'encadrement de la porte de la salle de bain, un sourire ineffable illuminait son visage. Il se pencha, l'embrassa tendrement et, tel un magicien, fit apparaître brusquement un énorme et magnifique bouquet d'orchidées. — Bon anniversaire, ma chérie ! Ce n'est qu'un tout petit acompte, j'ai d'autres surprises pour toi. — Tu es vraiment un ange, tu y as pensé. Elle était vraiment émue. — Greg mon amour, je t’aime. Elle l'étreignit, sa raison chavira. Ils échangèrent un doux et très long baiser. Greg, comme toujours, avait 9 merveilleusement bien fait les choses. Le traiteur sonna à vingt et une heures très précises, juste quand il achevait de mettre la dernière touche lumineuse, en allumant les bougies du couvert harmonieusement réparties sur la nappe. Ils passèrent à table. Jerry souleva sa serviette et fit un petit geste charmant de la main en renversant légèrement la tête en arrière : — Non, Greg, c'est trop ! — Ouvre, vite ! Fébrilement, ses doigts dénouèrent les rubans entourant le paquet cadeau. Un petit cœur d'argent et sa monture apparurent, reposant sur un écrin en forme de cœur également, qui semblait porter une inscription. Jerry se pencha, attentive, impatiente. Le petit poème livra enfin son charmant contenu : Quand mon cœur d'amour pour toi aura cessé de battre, en argent il se changera. Alors le temps ne pourra plus l'abattre et il t'aimera éternellement. 10 II La météo semblait enfin prometteuse, le lancement approchait, la tension montait à Cap Canaveral. Le compte à rebours avait commencé, la grande base fourmillait, chacun assurant minutieusement son rôle dans un ballet incessant… …1027…1026…1025… Les haut-parleurs égrenaient les mesures du temps séparant encore l'instant où la fantastique poussée des réacteurs de la plus puissante machine jamais conçue par l'homme, propulserait l'engin et ses occupants vers leur destinée céleste. Greg raccrocha, le dernier message avant l'embarquement était toujours un moment d'émotion intense. Il pressentait malgré le ton calme et rassurant de Jerry qu'elle était en fait terriblement inquiète. Elle n'avait jamais eu le courage d'être présente aux lancements de peur de ne plus pouvoir le laisser partir. Elle ne voulait pas lui laisser cette dernière vision avant que le sas de l'ascenseur d'embarquement vers la fusée ne se referme doucement, effaçant sa lourde silhouette harnachée. 11 La lueur incandescente s'estompait et échappait peu à peu aux regards des techniciens et responsables du lancement. Fous de joie, ils continuaient à s'applaudir et se féliciter mutuellement. Ils libéraient enfin l'incroyable tension qui précède chaque vol. Ils avaient réussi, ils savaient qu'ils avaient encore à faire face à d'innombrables problèmes, mais ils les oubliaient dans l'euphorie et l'ivresse de l'instant présent. La séparation des deux premiers étages s'était déroulée minutieusement selon le timing orchestré par la magie high-tech des ordinateurs de bord et l'extraordinaire coordination et assistance de toute l'équipe d'ingénieurs, astrophysiciens et techniciens au sol. Greg et ses deux compagnons d'odyssée décompressaient après l'impitoyable poussée qu'ils avaient dû endurer lors du décollage. Ils reprenaient maintenant méthodiquement l'ordre de préparation de vie en apesanteur. Il restait encore le largage du troisième et dernier étage avant la mise en orbite autour de la Terre. Ensuite les fusées auxiliaires alimentées à l'énergie solaire prendraient le relais de la conduite de l'engin pour les mener en direction de Mars, la petite planète rouge. Et puis, ce serait enfin le face-à-face avec le monstrueux et fascinant Jupiter, entouré de son minuscule anneau et de ses seize satellites. — Allô ! Ici Houston ! La voix métallique les fit sursauter. — Appel à tout l'équipage! Soyez prêts pour le largage du troisième étage. 12 — Ok, répondit calmement Greg, nous sommes prêts, vous pouvez couper le cordon. Le claquement sec et assourdissant de la ceinture de rivets enserrant la couronne métallique leur fit comprendre qu'à présent la fusée, dernier et dérisoire refuge de leur survie, évoluait dans le vide infini des espaces interplanétaires. Des hublots, ils pouvaient entrevoir encore le dernier étage désarticulé, tournoyant dans une ronde folle et joyeuse à quelques distances d'eux. Le spectacle était féerique. Du plus loin de l'horizon, le ciel ressemblait maintenant à un immense kaléidoscope. C'était le plus extraordinaire feu d'artifice qu’ils n’aient jamais vu. Les couleurs explosaient et retombaient en millions de petites gouttes multicolores. Et soudain, lentement, les hublots laissèrent filtrer une lueur pastel. L'outremer des tréfonds de l'univers semblait s'éclaircir. Les trois astronautes se préparaient à passer une nouvelle nuit dans l'espace, après s'être régalés d'un frugal repas constitué uniquement de préparations lyophilisées. Cet instant privilégié était toujours très apprécié de l'équipage et donnait lieu à des scènes follement cocasses. Greg et ses compagnons s'amusaient comme des enfants en s'échangeant mutuellement leurs repas. En des arabesques gracieuses, les objets et les hommes évoluaient tels des papillons ivres dans l'espace modulaire en état d'apesanteur…. 13 Ils étaient maintenant suffisamment près de l'énorme planète et avaient déjà enclenché la procédure de survol automatique qui allait pouvoir leur permettre de filmer en toute tranquillité l'astre sous tous les angles et d'en tirer des clichés d'une netteté impossible à obtenir depuis les observatoires terrestres. Ensuite, si Dieu le voulait, leur mission les conduirait vers Saturne, Uranus et enfin Neptune, l'un des plus beaux joyaux de la voie lactée dont le bleu luminescent rivalise d'éclat avec celui d'une de ses sœurs si lointaine et si chère au cœur des hommes…la Terre ! 14
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