Le deuxième déluge - Page 1 - test Le deuxième déluge 3 Du même auteur 7 secondes de mémoire (à paraître) 4 El Bravo Le deuxième déluge Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0301-8 Dépôt légal : Février 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 J’exterminerai de la face de la terre les hommes que j’ai créés… Genèse 6 : 5 9 Prologue La réunion qui s’est tenue le 12 octobre 1971 dans les luxueux salons du dernier étage d’un palace asiatique n’a, officiellement, jamais eu lieu. Aucun enregistrement, visuel ou sonore, n’en a été réalisé. Aucun compte rendu n’en est sorti. Aucune note même n’y a été prise. Les huit hommes qui se retrouvaient là avaient travaillé plusieurs mois ensemble sans jamais se rencontrer. Ils ne se sont jamais revus par la suite. Ils venaient d’horizons et d’univers différents mais avaient trois choses en commun qui les rendaient remarquables. Chacun d’eux avait la confiance pleine et entière du plus haut dirigeant de sa propre nation. Chacun restait pourtant, pour la presse et l’opinion mondiale, un parfait inconnu. Chacun avait enfin, lors de cette réunion, le pouvoir d’engager son pays au nom de l’intérêt supérieur. Les fauteuils étaient profonds, souples et fleuraient bon le cuir. Les boiseries précieuses rehaussées d’or ornaient les murs et encadraient les baies vitrées qui 11 surplombaient la ville et le Pacifique. La beauté, le luxe environnaient ces hommes mais aucun n’y prêtait attention. La tension marquait les visages. Les regards se fuyaient, se figeaient. La réunion venait de s’achever. Tout avait été discuté, débattu, planifié. Le silence s’était établi et il ne flottait plus dans l’air que le nuage des havanes dans le faisceau des lampes. Ces huit hommes venaient de décider à l’unanimité le début d’une opération qui engagerait le monde dans une voie jamais explorée. Ils venaient de faire basculer l’humanité dans le troisième millénaire. Un âge sans passion, efficace et froid. Un monde d’insectes. Et tous savaient que ce processus était irréversible. 12 Première partie France : Côte atlantique, 24 décembre C’est le tueur que j’ai repéré en premier. Dans la lumière blafarde de l’éclairage public, l’objet qui pendait au bout de son bras m’a intrigué, tout d’abord. Puis j’ai compris qu’il s’agissait d’une arme. Probablement d’un fort calibre. Le type ressemblait à l’Everest, en plus massif. Au moins deux mètres de haut et les épaules du Schwarzenegger d’avant la politique. Il m’a immédiatement rappelé un tueur à gages entrevu dans un film hollywoodien. On ne se méfie jamais assez du cinéma, surtout américain. En fait personne n’aurait dû les voir. Ni l’homme armé, malgré l’extraordinaire pâleur de ses cheveux, ni celui qu’il poursuivait, en descendant vers la mer. Non, un 24 décembre à 22 h 00, personne n’aurait dû se trouver sur la falaise. Personne sauf moi, qui déteste les réveillons et qui ai toujours recherché les endroits déserts pour jouir en paix de la saveur d’un cigare ou pour l’excitation d’un premier rendez-vous. Ce soir je conciliais les deux. Hanna, une brunette explosive rencontrée quelques jours plus tôt, m’avait 13 choisi comme cadeau de Noël et je l’attendais en dégustant un Grand Cru N° 5 quand ces deux types sont venus jouer L.A Confidential devant mon horizon. Ils sont sortis de la zone éclairée par les réverbères du front de mer et je les ai perdus de vue un instant. Le temps que mes yeux s’accoutument à l’obscurité. Je les ai retrouvés, à l’aplomb du bunker. Du fugitif, je n’apercevais plus que les tâches claires des chaussures sautant de rocher en rocher. Dans les accalmies du ressac, j’entendais ses halètements de bête traquée ainsi que les éboulis qu’il déclenchait dans sa fuite. Le tueur, lui, avançait calmement, sûrement, sans bruit ; ce qui confirmait l’impression d’avoir affaire à un homme bien entraîné. Je ne voyais de lui que le spectre de sa chevelure, pâle comme la lune, flottant à deux mètres du sol. Son corps, vêtu de sombre, se fondait totalement dans la nuit. Et puis à un moment les deux types ont tourné vers le sud et disparu derrière un grand pan rocheux. Je suis resté là quelques minutes à danser d’un pied sur l’autre. « Que faire, bon sang ? » Je connais cette falaise comme ma poche et je savais quel chemin prendre pour couper leur route, mais, à vrai dire, passer la soirée en leur compagnie ne faisait pas partie de mes priorités. D’un autre côté, si j’avais bien compris la situation, un homme risquait fort de finir la nuit avec une balle dans le dos. Ou alors quoi ? Alerter la police ? Ils n’auraient pas fait la moitié du chemin que tout serait déjà terminé : la victime potentielle devenue 14 victime tout court et le tueur assis devant un verre avec la satisfaction du devoir accompli. Alors bon ! Je n’ai rien du héros mais j’ai décidé de me forcer un peu. Pour ma santé ça ne valait sûrement pas une cure à la montagne mais on ne peut pas éternellement laisser ses contemporains dans la m… en se contentant de prier pour eux. J’ai enjambé les grilles et me suis faufilé entre deux buissons pour prendre le sentier des contrebandiers qui descend abruptement jusqu’à la grève en longeant le vieux bunker. Par là , je ne pouvais que leur tomber dessus. On ne sait jamais, en restant invisible pour me garer des balles et en gueulant assez fort, j’avais une chance d’éloigner Tête de lune qui ne tenait certainement pas à être vu dans l’exercice de ses fonctions. Et après tout : 1,85 m plutôt musclé pour mon âge, habitué à la dure et à la débrouille, adepte des arts martiaux ; j’avais quelques arguments à faire valoir. Du moins le pensais-je. Aveuglement quand tu nous tiens… Je suis descendu entre les blocs de calcaire, agrippant les racines au passage pour ne pas déraper. La lune, la vraie, en était à son dernier souffle et sa faible lueur ne parvenait pas à se glisser entre les rochers. Mais, même en aveugle, j’étais capable de descendre ce chemin de chèvre en toute sécurité. Après quelques acrobaties, j’ai enfin touché les deux énormes monolithes qui marquent la fin du sentier. J’étais sur la grève. L’Atlantique, dans son va et vient inlassable, battait des écueils invisibles, trente mètres devant moi. Le vent léger charriait quelques embruns et les 15
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