La main mystérieuse - Page 1 - test Gilbert Michel First La Main mystérieuse Roman Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 AVERTISSEMENT AU LECTEUR Les personnages et les situations décrits dans ce roman sont purement imaginaires et constituent une pure coïncidence avec la réalité s’ils tentaient de se réaliser. www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1280-5 Dépôt légal : Mai 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire 1 – « Une mystérieuse nuit » ........................... 11 2 – « Vitam impendere vero » ......................... 21 3 – « La conscience d’une canaille » ............... 37 4 – « Le paradis des aphrodites » .................... 53 5 – « La Pâque de l’engagement » ................... 73 6 – « Le puits servant » .................................... 91 7 – « Une grenade allemande à branche datant… » ....................... 109 8 – « Docteur honoris causa terrorisme » ........ 129 9 – « Si vis pacem para bellum » ..................... 149 10 – « Il est capable de flairer les serpents » ... 173 11 – « Les islamistes fondamentaux sont d’ignobles scélérats… » ........................... 195 12 – « Les nouvelles technologies » ................ 223 13 – « L’hydre de Lerne » ............................... 247 14 – « Le discordium malum » ........................ 271 9 15 – « Le clin d’œil des luzzus » ..................... 299 16 – « Il n’y a que l’imaginaire qui est infidèle » ............................................... 333 17 – « Le triangle de Pascal » .......................... 361 18 – « La porte dérobée » ................................ 375 19 – « Le nombre d’or » .................................. 387 20 – « Opération échelon » .............................. 399 Epilogue ........................................................... 403 10 1 « Une mystérieuse nuit » L’appel téléphonique déchira le silence installé dans l’appartement. Dehors une brume légère couvrait le petit bourg de Cruas plongé dans le cœur léthargique de l’hiver. Les villageois dormaient du sommeil du juste. Marlow décrocha rapidement et répondit à son interlocuteur. A l’extérieur, il entendit le carillon de l’abbatiale tinter de deux coups la nuit silencieuse. Le gendarme n’avait pas encore déposé le ceinturon portant son arme de service lorsque le C.O.G * le sollicita pour intervenir sur un accident. Il se dirigea vers la chambre de ses deux enfants et entendit leurs somnolences. Nulle sonnerie ne pourrait les réveiller. Dans sa chambre, il perçut le souffle long de sa femme Dominique qui s’abandonnait dans un profond sommeil. Il quitta l’appartement et crispa ses lèvres d’exaspération à l’idée d’aller rejoindre la pâleur glaciale de l’hiver. * COG : Centre Opérationnel de la Gendarmerie. 11 Après son départ, le silence triompha et reposa son voile léger sur les lieux. Nous étions à la fin du mois de janvier, et les nuits en Ardèche méridionale étaient froides. Marlow prit par précaution des gants en laine. Il rencontra au bureau Eric qui était encore rabougri par ce réveil matinal. – Alors l’affaire Bigros, qu’est-ce que ça a donné ? Marlow haussa les épaules et son visage dessina une moue expressive. Car avec le couple Bigros cela se terminait toujours de la même manière. En informatique on dit copier-coller. Un sempiternel épisode qui avait le don de mettre les nerfs des gendarmes à vif. Madame Bigros était accoutumée de se réfugier chez sa fille lorsque son mari abusait de la dive bouteille. Tous, à la brigade, savait que la plainte déposée pour violences conjugales serait retirée aussitôt le lendemain. Le COG annonça le départ des pompiers. Maintenant les ellipses bleues du véhicule de la gendarmerie auréolaient le ciel hivernal et rivalisaient avec un imposant cercle blanc lunaire. La campagne ardéchoise devint illuminée. Inconsciemment, Marlow ressentait ce spectacle comme une féerie magique, un instant privilégié entretenu par des forces surnaturelles. Cette magie de lumière transformait ces passagers nocturnes en voyageurs de première classe. Après avoir quitté la nationale, le véhicule prit la direction de St Martin sur Lavezon en direction des Audouards. Une gelée blanche enveloppait peu à peu la nature tandis qu’une buée compacte investissait l’intérieur du véhicule. 12 Un panneau annonça les Audouards à 3 kilomètres. Eric conduisait prudemment car la route était sinueuse, et on s’approchait d’une portion de route en travaux. Il y a un mois des talus en terre de marne s’étaient affaissés et avaient complètement recouvert la chaussée sous l’effet de pluies diluviennes. A la sortie de la zone des travaux, un témoin de radio indiqua que la liaison avec le centre opérationnel n’était plus assurée. Le véhicule traversait une partie montagneuse, le récepteur de radio attendit un relief plus favorable pour capter le relais du plateau du Coiron. Un vrombissement de moteur s’enfonça dans la vallée austère du Lavezon engourdie de givre. Au loin dans la lueur lunaire, Marlow aperçut quelques lumières bleues qui virevoltaient dans le ciel. Elles s’efforçaient de dissoudre la nuit et attiraient son véhicule comme des forces vives : les pompiers étaient déjà sur les lieux. Bientôt, l’halo de couleurs des deux forces d’intervention formerait un ballet continu. Marlow regarda par réflexe son combiné radio, à sa grande joie, il vit que la liaison radio était de nouveau rétablie. La patrouille était partie depuis vingt minutes. Eric avait hâte d’en finir. Abordant sa treizième heure de travail. Dans la profondeur de l’horizon, des phares éclairèrent la route. Tout laissait à penser que les feux provenaient de l’accident. Mais les rayons n’étaient pas fixes et se rapprochaient au fur et à mesure. On pouvait même décrire la sinuosité de la route en suivant leurs trajectoires. Ils perçaient d’une vive intensité l’obscurité et convergeaient en direction de la patrouille d’intervention. La route était bombée et appelait à la plus grande prudence. Malgré sa fatigue, 13 Eric restait vigilant. Soudain, à l’entrée d’un virage, d’intenses faisceaux lumineux surgis des ténèbres éblouirent d’un éclair la patrouille d’intervention. Eric évita de justesse la puissante cylindrée qui poursuivit sa route sans la moindre inquiétude. Les pandores restèrent pantois comme figés dans la glace. – Mais tu as vu ce fou à quelle vitesse il est passé ! s’écria Eric furieux. Eric jura que sans l’urgence de l’intervention il l’aurait pris en chasse. Il détestait les fous du volant. – Il faudra bientôt se déplacer en véhicule blindé pour constater les accidents grogna-t-il, vexé. Eric s’interrogea. Il n’y avait que le fils Rondoux qui possédait un bolide de la sorte dans la région. Ce dernier travaillait tôt aux abattoirs de Privas. Marlow regarda sa montre qui affichait les deux heures trente. Dans l’instant présent, il songea alors au véhicule du pharmacien du village. Le fils du pharmacien était connu pour ses excès de vitesse. La vue de lumières artificielles des secouristes qui balisaient les lieux effaça ses pensées. La nuit formait maintenant avec toutes les phosphorescences une percée de jour dans la zone de l’accident. Marlow se dirigea d’emblée vers le VASB * où un pompier prodiguait les premiers soins à un homme. Dans la cabine, il salua Alain le chef de détachement qui signalait à son P.C la présence d’un seul véhicule en cause. Sur le coup, Marlow demeura interdit car il s’était souvenu que le C.O.G lui avait signalé deux véhicules. Sur la zone d’accident, il constata à l’évidence la présence d’une Versailles un peu cabossée. * Véhicule Ambulance pour Secours et Blessés. 14 Le blessé était allongé sur une civière. Deux pompiers achevaient un pansement au poignet après avoir suturé une plaie frontale. L’homme était conscient, il disait qu’il partait tôt dans le département de la Haute Loire pour y acheter des boucs reproducteurs. Il portait l’habit sombre des éleveurs, une veste et un pantalon noir. Marlow le questionna. – Vous souvenez vous de quelque chose ? Les larges yeux bleu faïence du blessé surmontés d’épais sourcils noirs fixaient le plafonnier. Ils étaient perdus dans un dédale d’émotion et se raccrochaient à la lumière comme à la vie. Ils résistaient à la gravité de la situation et s’inclinèrent vers Marlow. L’homme allongé avait une corpulence impressionnante. Ses flancs lourdement adipeux débordaient de la civière. Il passa ses doigts gourds dans ses cheveux grisonnants pour remettre une mèche rebelle. D’un ton encore atterré, il répondit d’une voix rauque. – Je n’ai rien vu venir. Une lumière blanche puis le vide. La voiture roulait très vite. Marlow poussa un léger soupir. Ce témoignage confirmait l’idée d’un second véhicule en cause et la thèse du délit de fuite. L’éleveur poursuivait sa litanie du calvaire. L’homme de la campagne frisant la cinquantaine avait le visage légèrement tuméfié. Il était un peu secoué par ce qu’il venait de vivre et s’en remit à sa bonne vieille voiture qui venait de lui sauver la vie. Une Versailles d’une robustesse à toute épreuve, dont il voulait se séparer il y a peu. Tandis qu’Eric s’entretenait avec le blessé, Marlow se fondit dans la nuit. L’émotion lui nouait le ventre. 15 – Qu’allait penser le procureur lorsqu’on lui rendrait compte de ces faits ? songea-t-il. La question du second véhicule le harcelait car il voyait d’un mauvais œil un faux départ dans l’enquête. Sa propre conviction devait vaincre la force de la nuit, la solitude des lieux et le mystère du second véhicule. Elle était suscitée par l’impression de jouer un rôle déterminant dans l’avancement de l’enquête. Eric rejoignit son collègue. Lorsqu’il ouvrait la bouche, le froid soufflait sur son visage une haleine humide. Ils saluèrent le boulanger qui partait à son travail dans le village voisin. La chaleur réconfortante du four et l’odeur du pain qui croustille seraient pour plus tard. La radio était calme et le COG n’avait pas rappelé. Les pompiers plièrent bagage et raccompagnèrent le blessé à son domicile. Les lieux enveloppaient les deux gendarmes dans un froid sec. Tout semblait les plonger en pleine solitude. Ils étaient seuls en quête de la vérité. Dans cette atmosphère obscure et particulière, un éclair de lucidité traversa Marlow. En effet le scénario possible du second véhicule pouvait transformer un assoupissement réel en un délit de fuite imaginaire ! Tous les ingrédients ce soir étaient à même de contrarier le déroulement normal de l’enquête. Cependant, le souvenir de l’appel du COG revint à la mémoire de Marlow. Il était convaincu de la thèse des deux véhicules. Conflit de conscience professionnelle ou conscience professionnelle en conflit ? Dans l’exercice de l’action publique, il ne trichait jamais. Il était programmé pour cela. Si la fatigue embourbait le corps, le cerveau devait rester intact pour décider du cheminement des choses, de la finalité des affaires. Dans sa prestigieuse carrière, il 16
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