La statue du psychanalyste? - Page 2 - Antoine Fratini La statue du psychanalyste ? Quel statut, quelle liberté ? Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2728-1 Dépôt légal : Février 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire INTRODUCTION................................................. 11 LES STATUTS DE LA PSYCHANALYSE ........ 15 LE BESOIN D’UNE DÉONTOLOGIE................ 27 ENJEUX, RISQUES ET OPPORTUNITÉS D’UNE RÉGLEMENTATION............................. 33 LA PSYCHANALYSE SCIENTIFIQUE ............. 59 L’AVENIR DU DIVAN ....................................... 75 APPENDICE – La psychanalyse peut-elle encore être utile à la psychiatrie ? ......................... 91 9 INTRODUCTION Le débat autour de la nature, du statut et des buts de la psychanalyse, née comme Talking cure1, mais devenue rapidement une discipline dépassant largement le cadre thérapeutique, a toujours été très ouvert et n’est pas encore conclu. Il existe en effet des avis très contrastés à ce sujet. Freud lui-même en donnait une double définition : d’une part un moyen d’investigation des processus psychiques (inconscients) inexplicables autrement, de l’autre une méthode thérapeutique basée sur cette même investigation. Le second aspect consiste donc en une application du premier à des fins thérapeutiques. Ce qui change au premier chef est la finalité qui passe de la « connaissance de soi » à la « cure de soi » ou des symptômes. Comme nous le verrons, cette division s’est maintenue jusqu’à nos jours dans la distinction entre psychanalyse pure, ou psychanalyse comme science de l’inconscient, et « psychothérapie analytique » ou « à orientation psychanalytique ». Or, l’expression « psychothérapie analytique » est un 1 « Thérapie par la parole ». 11 oxymoron2, car la psychothérapie propose des solutions tandis que le terme « analyse » signifie étymologiquement « sans solution ». Analyser veut dire séparer. Il s’agit là d’une démarche qui qualifie la science en général. Celle-ci sépare les divers éléments d’un système pour arriver à les comprendre rationnellement dans leur logique de cause à effet. Dans le cas spécifique de la psychanalyse, il s’agit de la combinaison de signifiants inconscients. La méthode analytique de la libre association rentre dans ce type de procédé et contribue à spécifier la psychanalyse en tant que science dont l’objet privilégié est l’inconscient dans ses rapports avec la conscience. La majorité des psychanalystes ont clairement privilégié ce côté de la psychanalyse lié à l’investigation. Freud compare même l’activité psychanalytique à celle du détective qui enquête sur des traces suspectes et découvre la trame d’un délit. La psychanalyse américaine, au contraire, a dès le début opté pour l’aspect thérapeutique et technique de la psychanalyse en englobant celle-ci dans la médecine et en la transformant en un nouvel instrument psychiatrique. La fameuse série télévisée américaine Les Soprano, qui est arrivée à sa sixième saison en remportant tant d’oscars, est particulièrement instructive sur ce qu’est devenue la psychanalyse aux USA. Le comportement d’un des Un exemple d’oxymoron est l’expression « un silence éloquent ». Pour des raisons touchant à la logique de l’inconscient, un silence peut en effet produire un effet de sens, parfois même davantage qu’une parole ou qu’une phrase. Les analysants en savent quelque chose ! Ainsi, ne doutons pas que pour des raisons inconscientes l’expression « psychothérapie analytique » puisse « fonctionner » auprès du public. 12 2 personnages protagonistes jouant le rôle d’une psychothérapeute-analyste est un concentré d’erreurs du point de vue analytique : elle prend en thérapie un chef de la Mafia (sa « manie de la cure » la met en une situation objectivement dangereuse et critique par rapport à la loi), elle considère les symptômes comme de vraies maladies, elle distribue des psychotropes allant parfois jusqu’à en exagérer le dosage, elle donne des conseils sur la manière de résoudre des problèmes de guerre entre clans… On pourrait aisément tenir un long séminaire sur ce feuilleton ! Nous verrons par la suite que l’oxymoron que nous avons relevé à propos de l’expression « psychothérapie analytique » a une explication technique (concernant la question des résistances) et surtout politique (concernant le facteur économique). La question de la réglementation du champ « psy » étant actuellement à l’ordre du jour en France3 comme en Europe, il apparaît opportun de bien distinguer les diverses disciplines qui en font partie, en particulier la psychanalyse et la psychothérapie qui sont si souvent apparentées et parfois même confondues. Il apparaît pour cela nécessaire d’en donner des définitions suffisamment précises, d’en illustrer leurs finalités et leurs statuts respectifs. Comme on l’aura compris, tel est précisément le but principal du présent ouvrage qui reprend des thèmes, des questions et des considérations qui, en partie L’amendement Accoyer sur la réglementation des professions du champ « psy » a pour le moment été intégré au texte de la loi N° 2004-806 du 9 août 2004 relatif à la politique de santé publique (Journal Officiel N°185 du 11 août 2004, p.14277). 13 3 seulement, ont été objet d’une récente publication4. L’espoir est de contribuer ainsi à la création d’une situation juridique permettant aux psychanalystes français et européens d’envisager l’avenir d’une discipline aux implications cliniques et culturelles révolutionnaires, mais qui, faute de ne plus savoir questionner ses propres bases et satisfaire sa vraie nature, risque fort de disparaître devant l’offensive massive des neurosciences et des psychothérapies. A. Fratini, La Psychanalyse au bûcher, Le Manuscrit, Paris, 2009. 14 4 LES STATUTS DE LA PSYCHANALYSE Depuis le premier amendement présenté par le sénateur Bernard Accoyer en 2003, les principaux acteurs ont su réagir d’une manière prompte et argumentée au risque d’une réglementation « de l’extérieur » qui aurait pu médicaliser le champ « psy » tout entier et aboutir probablement à une sorte de psychothérapie d’État. Devant l’« insurrection » des psychanalystes et psychothérapeutes qui n’avaient pas été préalablement consultés, Accoyer revenait sur le texte de son amendement et exprimait dans Libération5 un nouveau point de vue qui semblait pouvoir trouver l’accord même des opérateurs moins disposés : « J’ai évolué et c’est vrai que désormais il ne faut plus, à mon avis, inclure la psychanalyse dans le champ de ces psychothérapies, et donc de mon amendement. De plus, il ne faut réglementer que les 5 Libération, 05 décembre 2003. 15 psychothérapies lourdes, celles qui tentent de prendre en charge des troubles mentaux, et non pas simplement les bleus de l’âme. » Mais, comme démontre le récent article additionnel N° 22 de la loi sur la Santé modifiant l’amendement Accoyer, la bataille n’est pas encore terminée. Amendement permettant l’application des dispositions des deux derniers alinéas de l’article 99 du Règlement. APRÈS L’ART. 22 n° 2083 Rect. ASSEMBLÉE NATIONALE 5 mars 2009 – RÉFORME DE L’HÔPITAL – (n° 1210), insérer l’article suivant : Les troisième et quatrième alinéas de l’article 52 de la loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique sont remplacés par quatre alinéas ainsi rédigés : « Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doit remplir l’ensemble des professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministères chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation. « L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse. 16 « Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique. « Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont pourront bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret. » EXPOSÉ SOMMAIRE Compte tenu de la sensibilité des troubles qu’ils cherchent à améliorer, qui touchent à l’intimité psychique et relationnelle de l’individu souvent en situation de grande vulnérabilité, les psychothérapeutes doivent disposer d’un haut niveau de connaissance et de compétence pour prendre en charge de façon adaptée les personnes qui ont recours à eux. C’est pourquoi il est apparu indispensable que toutes les personnes qui utilisent le titre de psychothérapeute aient suivi au cours de leur cursus, une formation théorique et clinique de psychopathologie clinique. Les concepts et approches qui seront développés dans cette formation exigent, pour leur bonne compréhension, un niveau élevé 17
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