L'Appel du destin - Page 1 - test Virginia KAYNE L’appel du destin Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Édilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 56, rue de Londres, 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 - Fax : 01 53 04 90 76 - mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-250-0 Dépôt légal : Janvier 2009 Copyright © Edilivre Éditions APARIS, 2009 A Néa et Maeronn, nos deux petits amours, qui unissent un peu plus les routes de nos destins. 7 PROLOGUE Caledonia Springs, Ontario. Octobre 1992. – Abby ! Attends-moi, s’écria Sam en talonnant sa jument Comète de plus belle. Elle s’élança pour rejoindre son amie qui s’était arrêtée près du gros chêne qui dominait majestueusement l’ensemble de la colline. L’automne était déjà bien installé. Les arbres avaient revêtu leurs couleurs chatoyantes. Des myriades de taches mordorées allumaient çà et là une multitude de brasiers jaunes et rouges, rendant le paysage digne d’un Monet. Abigail ne pouvait détacher son regard de cette vue magnifique qu’elle avait pourtant connue depuis sa plus tendre enfance. L’automne était sa saison préférée. Après la chaleur estivale, la vie semblait reprendre son souffle… Une douce brise animait les branches des érables multicolores, les effeuillant peu à peu. Les feuilles se détachaient lentement puis s’envolaient un instant avant d’entamer leur danse sensuelle jusqu’au sol qu’elles recouvraient d’un épais tapis orangé. Au loin, Abigail apercevait le petit cours d’eau qui serpentait au milieu de la prairie. Combien de fois s’était9 elle baignée dans cette eau glaciale ? Probablement des centaines ! Son visage prit soudain un aspect mélancolique, ses grands yeux noisette perdirent un instant de leur éclat. Comme ce pays allait lui manquer ! Elle vit Samantha qui se rapprochait au galop. Son amie paraissait respirer la joie de vivre mais Abigail savait à quel point elle souffrait, elle aussi. Leur séparation serait un véritable déchirement. Pourquoi elle ? Pourquoi le destin s’acharnait-il ainsi sur sa pauvre existence ? Abigail Evans avait été élevée par son père, ici, à Caledonia Springs, sur les terres des Cainewood. Sa mère était morte peu de temps après sa naissance, la jeune fille ne gardait aucun souvenir d’elle. Son père lui avait tout donné, l’aimant pour deux. À travers lui, elle avait l’impression de connaître un peu sa mère. John Evans ne s’était jamais remarié, Rachel avait été toute sa vie, il serait probablement mort de chagrin si Abby n’avait pas été là. Les Cainewood l’avaient beaucoup soutenu en ces moments difficiles. Puis, peu à peu, la vie avait repris le dessus. Abigail et Samantha étaient très vite devenues les meilleures amies du monde. Pourtant, rien ne les prédestinait à devenir amies. Les parents de Samantha possédaient le plus grand haras de la région où ils élevaient de futurs champions. Édouard Cainewood avait engagé les parents d’Abigail bien avant sa naissance. Son père était sans conteste le meilleur dresseur du comté. Lui et sa femme Rachel étaient ainsi venus s’installer dans l’une des dépendances du domaine. Samantha et Abigail avaient grandi ensemble sans se soucier de leur milieu social. Elles ne se quittaient pour ainsi dire jamais, échangeant tous leurs secrets comme des sœurs. 10 Ensemble, elles partageaient une véritable passion pour les animaux, en particulier les chevaux, et rêvaient toutes les deux de devenir un jour vétérinaire. Tout semblait sourire à Abigail jusqu’à ce terrible soir de septembre. Ce jour-là, son père devait conduire Devon, l’un des étalons élevés dans le haras chez son nouveau propriétaire, à quelques kilomètres de là. Le temps tournait à l’orage mais John avait convenu depuis plusieurs semaines de cette date et rien de ce qu’aurait pu lui dire Abby ne l’aurait fait changer d’avis. – Ne t’inquiète pas ma chérie, lui avait-il dit d’un ton rassurant, cela ne me prendra qu’une petite heure tout au plus. Je serai là avant le dîner et d’ailleurs, je suis sûr que l’orage ne fera que nous survoler. Regarde le ciel, il s’assombrit en direction de Hawkesbury, l’orage ne viendra pas jusqu’ici, crois-moi. – Fais attention à toi papa, je t’en prie, avait-elle répondu, monsieur Finelone peut bien attendre quelques jours de plus, non ? – Tu sais très bien comment il est, Abby. Au moins, j’aurai l’esprit tranquille. Devon est de plus en plus agité ces temps-ci. – C’est parce qu’il sait où il se rend, voilà tout ! Monsieur Finelone ne saura jamais s’occuper d’un cheval comme Devon. – Ah, je reconnais bien là ma fille ! Mais tu sais très bien que nous ne pouvons pas garder tous les chevaux ! C’est un haras d’élevage. Allez, viens vite embrasser ton vieux père et file à la maison. Abby avait eu comme un pressentiment, mais son père était encore plus borné qu’elle. Elle l’embrassa et lui recommanda à nouveau d’être prudent, puis elle regagna le petit cottage d’où elle l’avait regardé s’éloigner. C’était la dernière fois qu’elle avait vu son père. 11 Édouard Cainewood, le père de Samantha, était venu lui annoncer la terrible nouvelle. La camionnette de John avait été retrouvée dans un ravin. Son père et Devon n’avaient pas survécu à l’accident. D’après la police, la pluie battante les aurait brusquement surpris et John avait perdu le contrôle du véhicule. Et voilà, en une fraction de seconde toute la vie d’Abigail venait de basculer. Les Cainewood la recueillirent au manoir le temps qu’elle se remette un peu du choc. Sam l’épaulait du mieux qu’elle pouvait pour apaiser sa souffrance. Puis tout s’était enchaîné très vite : l’enterrement, le coup de fil de sa grand-mère chez qui elle allait désormais habiter dans cette ville inconnue… Paris. Marianne Duprés était la seule famille qui lui restait. La grand-mère maternelle d’Abby était née et avait vécu en France, il semblait donc logique que la jeune fille s’installe en Europe. Grâce aux économies de son père, Abigail pourrait suivre ses études dans les plus grandes écoles parisiennes et concrétiser ainsi son rêve de devenir vétérinaire. Quitter le Canada serait pourtant une épreuve supplémentaire à traverser et Abby ne savait pas si elle y parviendrait. – Abby, est-ce que tout va bien ? Sam la fixait, une certaine inquiétude se lisait sur son visage. – Excuse-moi, je réfléchissais, répondit Abby le regard perdu dans le vide. – Arrête donc de te torturer l’esprit, cela ne sert à rien tu sais. Profite donc des quelques jours qu’il te reste à passer ici. – Je sais que tu as raison, mais c’est si difficile. Abby sentait de nouveau les larmes lui monter aux yeux. Tu vas tellement me manquer Sam. Je ne peux pas partir si 12 loin, tu te rends compte ! Je ne connais personne là-bas et je parle à peine le français. – Abigail, tu es de loin la meilleure de la classe en cours de français, et de toute manière ta grand-mère sera là pour prendre soin de toi. Encore un peu de courage, Abby, tu en as tant fait preuve jusqu’ici. – J’essaie de toutes mes forces mais c’est vraiment très dur. Le chagrin la submergea alors et elle fondit en larmes dans les bras réconfortants de son amie. Elles demeurèrent ainsi, serrées l’une contre l’autre, échangeant peut-être pour la dernière fois ce sentiment d’amitié quasi fraternelle. – Promets-moi Sam, reprit Abby au bout de quelques instants, promets-moi d’être toujours là pour moi, comme je le serai moi aussi pour toi. – Un jour nous serons de nouveau réunies, je te le promets Abby. Nous ouvrirons notre clinique vétérinaire ensemble et plus rien ne pourra nous séparer. Allez, séchons vite ces larmes et continuons cette belle balade. Il faudrait peut-être songer à rentrer, nous sommes à plusieurs kilomètres de la maison et la nuit commence à tomber, poursuivit Sam en levant les yeux vers le ciel qui s’obscurcissait peu à peu. – Tu as raison. Assez pleuré ! Profitons du moment présent, répondit Abby en esquissant un mince sourire. Tu… tu crois que Luke est déjà arrivé ? demanda-t-elle timidement. – En tout cas, il ne devrait plus tarder maintenant. J’espère que ses amis ne seront pas trop envahissants. À chaque fois c’est pareil, il nous ramène sa horde d’étudiants dont les seules préoccupations sont de manger, boire et de nous pourrir la vie ! 13 – Oh, ne sois pas si méchante ! Peut-être que tout se passera bien, et puis nous n’avons pas besoin d’eux pour nous amuser, décréta Abby. – C’est toi qui dis cela ! s’exclama Sam, depuis presque dix mois tu me rabâches des Luke par-ci et des Luke par-là et maintenant qu’il est de retour ici, tu fais mine de ne pas être intéressée. Mais cela ne prend pas avec moi, ma chère ! – Arrête un peu, Sam, tu sais bien qu’il ne se passera jamais rien entre ton frère et moi, dit-elle en levant les yeux au ciel d’un air désespéré. – Et pourquoi pas ? s’insurgea Sam, tu crois que tu n’es pas assez bien pour lui ? – Tu veux rire ! Il a presque vingt ans, moi à peine seize, il est beau, riche et intelligent et moi… mais enfin regarde-moi ! – Abby, nous en avons déjà discuté des centaines de fois ! Arrête de te sous-estimer sans arrêt, tu es très bien comme tu es. Même si elle pensait réellement ces paroles, Abby savait que Sam se trompait. À seize ans, les deux jeunes filles n’avaient pas été dotées des mêmes attributs par Dame Nature. Sam était plutôt petite, elle avait une silhouette élancée, des formes pulpeuses commençaient à se dessiner sur son corps d’adolescente. Ses longs cheveux cascadaient en des milliers de boucles brunes jusqu’au creux de ses reins. Elle possédait un visage d’ange. Sa peau très pâle faisait ressortir le bleu intense et limpide de ses yeux. Tous les garçons lui tournaient autour, mais Sam s’efforçait de jouer la difficile pour ne pas blesser Abby. De quatre mois sa cadette, Abigail n’assumait pas du tout son corps. Elle était beaucoup plus grande que les 14 autres filles de son âge, ses rondeurs l’obsédaient, la rendant laide aux yeux des autres et suscitant bon nombre de moqueries qu’Abby supportait sans mot dire. Ses cheveux courts et raides accentuaient davantage sa différence, mais son visage était d’une beauté simple et sensuelle. Les difficiles épreuves qui avaient bouleversé sa vie ces derniers temps assombrissaient ses grands yeux noisette d’une lueur mélancolique qui lui donnait un côté mystérieux plein de charme. – Jamais un garçon ne voudra de moi. Je finirai sans doute vieille fille, soupira-t-elle tristement. – Dans ce cas, moi aussi ! décréta Sam, compatissante. – Tu sais bien que tu peux avoir n’importe quel garçon, ils sont tous fous de toi ! – Mais pas moi d’eux, bien au contraire ! Aucun ne m’attire vraiment. Jeff est mignon mais tellement crétin que c’est à se demander comment il est arrivé jusqu’au collège ! Michael et Allan ne veulent qu’une seule chose et là, ils peuvent toujours courir ; quant à Steve, je ne peux tout simplement pas le sentir ! Non, les garçons de notre âge sont décidément tous recalés. Tu sais ce qu’il nous faudrait ? Des étudiants ! Des hommes matures qui ont quelque chose dans la tête. Depuis la dernière visite de Luke nous avons bien grandi et j’espère qu’il ne nous traitera plus comme ses deux « petites sœurs » trop curieuses. – Tu es complètement folle ! s’écria Abby, pourquoi veux-tu que ton frère nous accepte à sa petite fête entre amis ? – Mes parents lui ont bien répété qu’en leur absence, il devait s’occuper de moi, ce qui t’inclut d’office. Alors voici le plan d’attaque : ce soir, tu vas déclarer tes sentiments à Luke et moi, je sors avec l’un de ses copains, d’accord ? 15
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