Extrait roman L'arbre Brisé de ME SAUVEGRAIN - Page 3 - Marie-Élise SAUVEGRAIN L’arbre brisé Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). 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UN CRI D’AMOUR ; UN COMBAT DE FEMME SEULE AU MILIEU DE LA TOURMENTE. UN MESSAGE D’ESPOIR … DROGUE ALCOOL MON REMEDE : DÉLINQUANCE ÉCOUTE PATIENCE AMOUR LA PAUVRETÉ ? UN COMBAT DANS LA DIGNITÉ. CE ROMAN ! C’EST VOUS, C’EST LUI, C’EST NOUS TOUS… ! NOUS SOMMES TOUS CONCERNÉS ! 1er CHAPITRE IL ETAIT UNE FOIS… 1939 – La seconde guerre mondiale éclate… Dans ce cahot naissant, la famille Bersnier et leurs deux enfants, Yves et Jacky, vivent dans un quartier résidentiel de Versailles. Tous deux, élèves dans une institution religieuse, sont parmi les meilleurs. Équitation, tennis, piano, ainsi qu’une parfaite maîtrise de plusieurs langues étrangères dont l’allemand, complètent une éducation des plus strictes. 1942 – À seize ans, Jacky en paraît vingt-cinq. Diaboliquement belle, autoritaire, c’est une rebelle, hostile au carcan insoutenable qu’est devenue à ses yeux, la cellule familiale, dont les querelles incessantes la poussent à s’installer chez l’une de ses amies habitant du côté de Saint-Germain-en-Laye ; mais sous ses airs de jeune fille sage et bien élevée, se cache pourtant un personnage démoniaque. Un soir, lors d’un contrôle d’identité, usant de son pseudo patriotisme, c’est avec brio et dans la langue de Goethe, qu’elle convainc l’officier SS de la perte de ses papiers survenue, lui explique-t-elle, au cours d’un bombardement, osant même, lui solliciter un emploi… Ainsi, grâce à ses performances d’actrice et séductrice, elle en obtient de nouveaux, ainsi qu’un poste de secrétaire à la kommandantur. C’est sous le nom de Bertha Meyers, qu’elle fit connaissance quelques jours plus tard, de Lisette, une jeune Sarroise, réquisitionnée par les Allemands. Au fil du temps, l’amitié s’instaurant, elle la conviait à dîner chez les personnes l’hébergeant : sa tante Élise, et Raymond, son oncle. Sous l’occupation, ce Parisien de pure souche maîtrisait parfaitement la langue ennemie. De surcroît, il était marié à une « rose envahissante » dont les épines provoquaient parfois chez certains, une espèce d’urticaire haineux, allant jusqu’à leur coller une étiquette de collabos ! Mais son amour n’ayant ni frontière, ni état de guerre, rien, ni personne ne pouvait l’entraver. Dans le jeu de Jacky, aucune erreur. Ne s’exprimant qu’en allemand, elle alla même jusqu’à faire fi de comprendre le français, sa langue maternelle, passant visà-vis d’Élise pour une compatriote. Une fois de plus elle su séduire pour s’intégrer. D’ailleurs, comment ne pas tomber sous le charme de cette superbe créature paraissant être si parfaite ! « Allemande » la journée, le soir devant ses amis, elle redevenait cette jeune Française, bien sous tout rapport, qui soutenait les résistants, et haïssait l’ennemi… Rien dans son comportement ne semblait suspect… ! Faisant preuve d’un sang-froid hors du commun, personne ne pouvait se douter, ne fusse qu’un instant, de sa double vie. Cependant, au terme de sa grossesse, elle dut descendre jusqu’à Avignon pour accoucher sous son nom de jeune fille. Nous étions le 1er octobre 1944. Si je naquis de père inconnu, Jacky attirée par le pouvoir et l’argent, je peux supposer qu’il faisait partie d’une certaine élite… ! Peut-être même suis-je la fille d’un SS ?… Vu l’endroit dans lequel elle travaillait, je n’en serais guère étonnée. Dès notre retour à Paris, devant les évènements de cette fin de guerre et rencontrant des difficultés, elle se rendait chez Élise et Raymond, qui lui trouvèrent une chambre de bonne, prenant en charge tous ses frais, loin d’imaginer qui elle était vraiment, pas même de l’importance qu’ils allaient prendre dans ma vie. Trois mois plus tard, j’étais devenue son pire cauchemar… Je lui avais subitement menotté sa liberté et asphyxiais son existence. Je n’étais qu’un vulgaire paquet, dont il fallait à tout prix se débarrasser. Un matin, à la hâte, elle me fit un brin de toilette, m’enveloppa dans une couverture, y joignit une lettre, puis se rendit sur le lieu de sa délivrance : une épicerie dans laquelle Élise venait chaque jour y faire ses courses. C’est d’un pas décidé, sans la moindre hésitation, qu’elle alla déposer sur le comptoir et sous le regard hébété de l’épicier, son lourd fardeau. « C’est pour Élise » lui dit-elle sèchement, avant de repartir hautaine et froide, exhalant ces lieux de son parfum, en cassant du bruit de ses chaussures ce lourd silence. En sortant, elle arrêta un taxi, et disparut dans la brume glaciale de l’hiver parisien. Ce jour là, en prenant leur petit-déjeuner, Élise et Raymond ne se doutaient pas qu’il allait définitivement changer le cours de leur existence. Faire ses courses et recevoir un enfant en prime n’étant pas chose courante, étouffée par l’émotion, Élise n’en fut pas moins ébahie devant cet acte incompréhensible, alors qu’elle désespérait de ne pouvoir enfanter. Quand Raymond rentra, surpris par son regard, en la serrant entre ses bras, il devint songeur. Puis, en découvrant la « responsable » de ce rayonnement, médusé, il resta muet d’admiration un court instant, avant de la bombarder de questions. Pour toute réponse, elle lui tendit la lettre de Jacky, faisant jaillir, incontrôlables, de minces filets d’argent, humidifiant leurs beaux visages presque enfantins, et ils restèrent là sans bouger, de peur que je m’efface tel un mirage… Dès lors, le destin venait de m’offrir mon premier cadeau : des parents. Au fil du temps, mon évolution attisait leur fierté, et le moindre fait nouveau était un évènement. Bien qu’ils ne m’aient pas conçue, le lien du cœur étant le cordon ombilical auquel j’étais reliée, ils débordaient d’amour. Si je grandissais dans une atmosphère feutrée, l’épée de Damoclès restait suspendue au-dessus de nos têtes ! Quatre ans plus tard, nous étions toujours sans nouvelles de Jacky. Était-elle encore en vie ? Nul ne pouvait le savoir, et mes parents commençaient même à l’oublier, lorsqu’un jour, elle réapparut brusquement. Les années n’avaient en rien altéré la beauté de cette féline. D’une élégance subtile, sa chevelure d’ébène se tordant sur sa nuque d’albâtre, mettait en valeur un regard d’émeraude, donnant à ce visage, sa pureté angélique. Face à elle, mes parents restèrent pétrifiés. Après ces quelques instants de stupeur, c’est autour d’une tasse de café à leur grande surprise, qu’elle s’exprimait cette fois en français. Nerveusement, allumant cigarette sur cigarette, ses révélations de sa double vie durant l’occupation l’ayant conduite à son interdiction de séjour, provoquant la consternation, le café eut subitement un goût acide. Dans ce silence, où seul le coucou de la pendule se faisait entendre, Jacky, en se levant sereinement, émit le désir de m’emmener dans les grands magasins, devant mes parents sidérés… Opposée à mon adoption, ayant tous les droits sur moi, c’est la mort dans l’âme, qu’ils s’inclinèrent devant sa demande. Si durant toutes ces années ils avaient craint ce jour, ils pensaient sincèrement qu’elle me ramènerait en fin d’après-midi comme elle leur avait promis ; mais Jacky, continuait de mentir outrageusement. C’est ainsi que nous nous retrouvâmes en gare du Nord, sur le quai des grandes lignes, sans bagage, à attendre le train en partance pour Laon. Entre porteurs et marchands ambulants, des enfants s’agitaient au milieu d’une foule bruyante, alors que je pouvais à peine bouger une phalange tant elle me serrait la main. Soudain, avec fracas, crachant ses derniers jets de vapeur, l’imposante locomotive entra en gare. Sans dire un mot, elle me tira violemment par le bras en montant à bord. Elle avait beau être ma mère, pour moi, elle n’était qu’une étrangère au regard haineux qui me transperçait de sa froideur. Lorsqu’il s’ébranla, je tentai de m’échapper, mais elle me rattrapa et, c’est les fesses cuisantes, que je regagnai ma place. Durant le voyage, les cigarettes alimentant sa lecture, je finissais par suffoquer au milieu d’un nuage de fumée, ne semblant pas la déranger. Ainsi, nous voyagions dans la plus grande indifférence. A Laon, en descendant du train, les yeux me piquaient, des sanglots nouaient ma gorge, et, de nouveau, elle m’empoignait silencieuse, conservant sa « belle austérité ».
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