Le paradis quel enfer! - Page 1 - Bernard Bostffocher Le paradis, quel enfer ! Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 93200 Saint-Denis – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS (Collection Coup de cœur) 175, boulevard Anatole France, 93200 Saint-Denis Tel : 01 41 62 14 40 - Fax : 01 41 62 14 50 - mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-373-6 Dépôt légal : mars 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Laurent se rendit sur le balcon, accoudé à la rambarde, il regardait, fasciné, s’éteindre les derniers feux du couchant, le disque d’or se noyait à l’horizon dans une mer incandescente. Il jeta encore quelques lueurs flamboyantes et puis, peu à peu, comme à regret, finit par céder la place aux ténèbres. Laurent avait déjà franchi le seuil de la portefenêtre et s’apprêtait à regagner l’appartement lorsqu’un sifflement strident attira son attention. Il se retourna, intrigué, au loin, à quelques miles du rivage, au ras des flots un petit point lumineux grossissait démesurément. Il pouvait déjà en distinguer les contours, cela ressemblait à un disque aux extrémités incurvées coiffé d’une coupelle transparente. L’engin en se déplaçant creusait la surface des vagues et allumait la nuit. Les vibrations devenaient intenses, les vitres se mirent à trembler, le lustre du salon fut pris d’une frénésie soudaine, les petites larmes de cristal s’entrechoquèrent joyeusement. Laurent, hébété, reculait, ses mouvements étaient devenus lents, désordonnés. Un bourdonnement atroce lui vrillait les tympans, l’air devenait irrespirable, la paralysie le gagnait, dans un effort désespéré il parvint à refermer 9 la porte-fenêtre. L’incroyable lumière l’aveugla. Il perdit connaissance. * * * L’astronef glissait comme propulsé par un vent léger, Laurent regarda par un des petits hublots et ne vit rien ou presque, l’immense vide apparent était d’un bleu foncé outremer. – Que s’était-il passé ? Il cherchait désespérément à rassembler ses souvenirs. Les images s’embrouillaient, défilaient dans le désordre, une seule revenait persistante, cette fulgurante lueur et la chute dans l’oubli… – Bonjour Monsieur Laurent, je suis le Commandant AMOK, mon Lieutenant Monsieur SPOK et tout l’équipage, vous souhaitons bienvenue à bord. Il se retourna lentement, contracté, sur la défensive. Il s’attendait à un face-à-face avec un de ces curieux personnages venu tout droit de « La guerre des Mondes » de G. Wells, mi-homme, miaraignée, doté d’une tête ovoïde disproportionnée et d’un œil unique. Mais à sa grande surprise, il ne vit rien, la voix semblait provenir de nulle part ! – N’ayez aucune crainte, il ne vous sera fait aucun mal, vous allez juste faire un petit voyage avec nous. – Mais qui êtes-vous, où m’emmenez-vous ? Cette question resta sans réponse… – Monsieur Laurent, nous vous souhaitons un bon séjour parmi nous, je veillerai personnellement à ce qu’il soit le plus agréable possible. Nous nous efforcerons, dans la mesure de nos moyens, de 10 répondre à vos désirs et nous vous assurons que vous ne manquerez de rien. – Ramenez-moi sur Terre ! – Bonsoir, répondit sèchement la voix. Un silence oppressant l’enveloppa, il se recroquevilla, résigné cherchant l’oubli dans le sommeil, mais curieusement et bien qu’il n’eût aucune conscience du temps, il avait l’impression que des siècles s’étaient écoulés depuis son enlèvement. Il était saisi d’un doute affreux, reverrait-il un jour sa famille et sa chère Clara ? Une émotion intense l’étreignit. – Pourquoi moi ? – Pourquoi m’ont-ils enlevé, je dois savoir, il doit y avoir une raison. Un bruit de pas au-dessus de lui le tira de ses amères réflexions. La paroi se volatilisa laissant apparaître des silhouettes diaphanes, sans consistance. Seuls les contours d’apparence et de formes humaines étaient nettement marqués, visibles. Laurent terrifié, dans un élan instinctif voulut reculer, mais ses membres refusaient de lui obéir, il réalisa qu’il était complètement paralysé. – Monsieur Laurent, intervint de nouveau le commandant AMOK, rassurez-vous, vous retrouverez bientôt votre liberté de mouvements. Nous pensons que le moment est venu de faire plus ample connaissance et de répondre aux questions que vous vous posez. Nous sommes à bord d’un vaisseau intergalactique se déplaçant à dix fois la vitesse de la lumière. Ceci nous permet d’explorer des espaces-temps multiples, nous sommes déjà à 11 des milliards de kilomètres de votre planète que nous avons quittée en 1968 et voyons ! Il marqua une légère hésitation. À l’échelle de votre temps votre bonne vieille Terre fête à ce jour sa 7265ème année d’existence ! Oui bien sûr nous comprenons votre désarroi, vous pensez que les êtres chers, votre famille, vos amis ont disparu depuis des siècles et que dans l’hypothèse d’un éventuel retour, vous n’auriez pas plus l’espoir d’être accepté que l’aurait été le cas échéant, votre homme de Cro-Magnon retournant dans votre civilisation de fin du vingtième siècle. Ne craignez rien, nous dissiperons prochainement vos craintes à ce sujet, mais au fait ! Il se frappa le front du plat de la main, l’impact provoqué par ce geste renvoya un son semblable à deux masses gélatineuses se rencontrant. Bon anniversaire Monsieur Laurent et félicitations, vous vous portez à merveille pour un jeune homme de 5 325 ans. C’est bien cela ? Il se retourna rapidement vers monsieur SPOK qui approuva d’un petit signe de tête. Nous allons arroser ça, comme vous dîtes chez vous. Un petit plateau sans pied ni roulette, comme porté par des fils invisibles surgit du fond du module d’accès. Laurent aperçut une bouteille, qui à cette distance semblait être de champagne, accompagnée de verres et quelques toasts harmonieusement disposés dans une banale assiette. – Tout cela est bien conventionnel, pensa-t-il. Il se sentait soudain plus décontracté, un léger sourire 12 éclaira son visage, il trouvait cette attention en cet endroit, aussi inattendue que cocasse. – Servez-vous et excusez-nous de ne pouvoir vous accompagner, nos organismes sont habitués à d’autres douceurs. Ah, j’oubliais, désolé je n’ai que du champagne californien à vous offrir, j’espère que votre Veuve-Clicquot ne nous en voudra pas trop ! – Bonne nuit Monsieur Laurent. Ils se penchèrent ensemble dans un salut respectueux, la cloison se referma derrière eux avec un léger bruit feutré. Laurent, fasciné, admirait le fabuleux spectacle. Le cosmos ressemblait maintenant à un immense kaléidoscope, c’était le plus beau, le plus extraordinaire feu d’artifice qu’il ait jamais vu. Les couleurs explosaient et retombaient en mille petites gouttes multicolores et soudain, lentement, les hublots laissèrent filtrer une lueur pastel, l’outremer des tréfonds de l’univers semblait s’éclaircir. L’astronef ralentit, il semblait traverser maintenant un barrage de murs opaques. Il s’enlisait dans un étrange et curieux magma de gaz à la fois fluide et compact. L’outremer des grands fonds vira du gris au brun clair pour finir sur un fond sépia, évoquant d’emblée les couleurs des naïves cartes postales de la Belle Époque ! Laurent suivait plan par plan la surprenante transformation. Le module changeait sa structure, les hublots s’effaçaient pour céder la place à un immense écran transparent. Le magma s’étirait aux quatre coins de ce champ de vision. Des images encore floues, imprécises se matérialisaient lentement. Des paysages, des personnages prenaient forme et commençaient à s’animer sur cette fantastique scène cosmique. 13 – Monsieur Laurent, nous avons pensé qu’il vous serait agréable de revisiter les grands évènements qui ont fait l’histoire de votre belle et douce France, nous espérons que vous apprécierez cette attention et vous souhaitons un bon voyage dans le passé de vos ancêtres. Les rampes lumineuses du module s’éteignirent peu à peu, le dôme métallique scintilla de mille étoiles bleutées, le grand spectacle pouvait commencer. 1 968 Les pavés volent, les slogans fleurissent : – « C. R. S. – S. S. » – « IL EST INTERDIT D’INTERDIRE » – « SOUS LES PAVÉS, LA PLAGE » Les étudiants slaloment entre les voitures incendiées, hurlent et pleurent sous un déluge de lacrymogènes… 1 958 Le général de Gaulle prononce son discours d’investiture à la présidence de la toute nouvelle Ve République. 1 944 Les chars alliés défilent sur les Champs Élysées, la foule en liesse les acclame, agitant frénétiquement des petits drapeaux français et américains. Une femme se retourne, elle sourit à la caméra. Laurent sursaute, il croit reconnaître sa mère… 14 1 940 – Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. La voix forte et déterminée du général de Gaulle retentit de son Q. G., au cœur de Londres. Un nouveau–né pousse son premier cri dans une clinique parisienne. – C’est un beau garçon Madame, de 3 kg500, avez-vous déjà pensé à un prénom ? – Oui, nous l’appellerons Laurent, comme son grand-père, répond la jeune maman pleurant d’émotion. – Vous étiez déjà très mignon, félicitations Monsieur Laurent, fit remarquer une voix qui semblait tomber du plafond… 1 914 Assassinat de Jaurès, l’Allemagne déclare la guerre à la France. 1 900 La tour Eiffel qui fête pourtant son onzième anniversaire, parade toujours, sous les regards étonnés et incrédules des milliers de visiteurs de l’Exposition Universelle de Paris. Puis soudain s’accélère… la plongée dans l’histoire 15
Le paradis quel enfer! - Page 1
Le paradis quel enfer! - Page 2
wobook
edilivre.com