Terna Excursions - Page 1 - test Richard NATTER Terna Excursions Roman Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-546-8 Dépôt légal : Mai 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Ce roman est totalement imaginaire. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que fortuite. 7 Je dédie ce roman à ma tendre épouse. 9 Résumé Si tous les chemins mènent à Rome, soi-disant, il arrive souvent avant d’y parvenir, que les êtres humains effectuent des périples un peu partout sur la planète. Quand les destins de deux personnes se croisent, peu importe l’endroit. En l’occurrence, pour Élise et Willy, c’est à Dakar que Le Tout-Puissant organise cette confrontation. Tout les sépare. Mais nul ne peut échapper à son chemin de vie. Aux antipodes l’un de l’autre, le jour de leur rencontre, ils apprennent à se connaître. Le flirt se transforme en idylle, puis en amour authentique. Le combat ne fait que commencer. Fuyant le matérialisme Occidental, le couple se marie et s’installe à Dakar. En dépit des difficultés relationnelles, ils ouvrent dans un coin isolé de Dakar, une petite agence de tourisme : « Terna-Excursions » ! L’amour, ce fruit divin, est âpre et cruel, avant d’être doux et velouté. Après un terrible accident d’avion, Willy se retrouve paralysé. Solitude, souffrance, doute et lassitude, vont côtoyer l’altruisme, l’abnégation, la dévotion, en permanence. L’amitié et l’amour, vont être en opposition constante avec la jalousie, la méchanceté, et l’hypocrisie. Pour que l’amour triomphe, et permette au couple de repartir sainement après cette cruelle épreuve, Élise et Willy vont rencontrer les pires obstacles. 11 Chapitre Premier « La Voile d’Or » Dans son magnifique appartement, entourée de verdure, Élise Maunois prépare activement son départ pour Dakar. Elle ne sait pas encore et pour cause, qu’elle a rendez-vous avec son destin. C’est peut-être pour cela, que son subconscient la rend aussi électrique ? Habituellement calme et rationnelle, elle effectue depuis quelques instants les mêmes gestes, tel un automate. Entre deux coups de téléphone, elle range soigneusement ses affaires veillant à ce que rien ne manque. Son voyage est avant tout professionnel. Mandatée par une multinationale d’import-export, elle effectue régulièrement à travers le monde, différentes études de marchés. Elle s’apprête aujourd’hui, à partir pour Dakar. Âgée de trente-cinq ans, elle dirige le service du commerce international, au sein de sa société. Célibataire endurcie, après quelques échecs sentimentaux cuisants, elle dispose librement de son emploi du temps. Le voyage qu’elle va effectuer, durant ces quelques mois au Sénégal, lui procure comme à chaque fois, autant de bonheur que d’appréhension. La joie et le plaisir de découvrir un pays nouveau, opposés aux tensions inhérentes à son activité. Partir à la conquête de nouveaux partenaires, n’est jamais facile. La conjoncture économique, le marasme, sont autant de pièges à contourner. Chacun de ses voyages est avant tout, un défi qu’elle relève avec brio. Fidèle à ses habitudes, elle prévoit une quantité incroyable de vêtements ; ce qui amuse ses Parents, venus tout exprès. Prévoyante et lucide, au-delà des apparences, elle sait par expérience, que le climat varie assez vite dans les pays chauds. D’autant qu’en ce moment au Sénégal, la saison des pluies est imminente. De quarante degrés à l’ombre, la température peut chuter de plus de la moitié. Si en Occident, vingt degrés 12 centigrades en hiver c’est presque miraculeux, à Dakar, les Européens ont intérêt à se couvrir. D’où cet excédent de vêtements. Même si, en six mois, elle ne mettra jamais la moitié de ce qu’elle emporte avec elle ! Élise a une pratique assez aiguisée. Clairvoyante et très organisée, elle ne veut rien négliger. Elle le sait, les variations climatiques, en Afrique essentiellement, sont imprévisibles ; aussi mieux vaut se prémunir. Son expérience, acquise au fil des voyages, interdit la moindre négligence. Des bikinis aux cols roulés, rien ne manque. Très coquette, elle n’oublie surtout pas d’emmener différentes tenues de soirées. Après tout, elle n’a de compte à rendre à personne et jamais, elle n’a laissé passer une occasion de se divertir après une journée de travail. D’autant que ses interlocuteurs, ne sont pas insensibles aux dîners et soirées, après les entretiens. Même dans les pays les plus pauvres, la richesse des chefs d’entreprises locales est la même partout. Elle a donc besoin de tous ses atours, pour être aussi belle que désirable. Ce qui explique, le pourquoi de son énervement. Car à plusieurs milliers de kilomètres de chez elle, il n’est pas question de venir à la maison chercher tel ou tel vêtement. À chaque départ, c’est le même enchantement mais également, la panique assurée. Heureusement que Papa et Maman sont là, pour la conseiller et la guider utilement. Fille unique, elle est, et restera toujours dans leur cœur, « la petite ». Ils l’entourent d’une tendresse inouïe. Six mois, c’est toujours long pour des Parents, même et surtout, quand ils font semblant de ne pas l’avouer. Maman poule et Papa gâteau, veillent sur elle. À chacun de ses départs, le pincement au cœur est identique. Aujourd’hui pourtant, à quelques heures de l’envol, il y a un petit quelque chose de plus, dans l’atmosphère. C’est la première fois, que sa Maman est aussi décontractée. L’est-elle vraiment ? Ce qui n’échappe ni à Élise ni à son père. Habituellement tendue et angoissée de la savoir en avion, elle est au contraire enchantée, presque enthousiaste. Ne serait-ce pas plutôt l’aveu d’une appréhension encore plus grande ? Ressentiraitelle, avant tout le monde, un indicible message du Tout-Puissant ? Mieux vaut ne pas se formaliser en l’écoutant poser ses questions : – Tu nous appelleras dès ton arrivée… À moins que tu ne sois trop fatiguée ma chérie… C’est le numéro de téléphone de ton hôtel qui est là ?… – Oui Maman… Mais tu sais, avec les six heures de vol, quand je serai installée à Dakar il fera déjà nuit en Suisse… Rassure-toi, je vous appellerai une fois par semaine, comme convenu… Tout est prêt, les bagages sont descendus dans la voiture, en attendant l’heure du départ. Élise en profite pour aller donner les clefs de son 13 appartement à une voisine. C’est la première fois, qu’elle va habiter aussi longtemps dans le pays qu’elle doit étudier. S’absentant pour au moins six mois, elle ne veut pas que ses plantes meurent de soif. Il faut admettre que son petit nid ressemble à une oasis, où elle adore y passer la plupart de son temps libre, à rêvasser. Ce havre de fraîcheur et de tranquillité, lui apporte une sérénité et un équilibre parfaits. Chaque meuble, objet, contribue à cette harmonie. Le bien-être affectif dont elle est privée, se reporte sur son environnement quotidien. Sereine, épanouie, lucide, elle attache une importance capitale à son confort. Loin du tumulte et du brouhaha professionnels, elle sait trouver la force et le temps de méditer et de communier, avec ce qu’elle affectionne tant. Elle ne prolonge qu’au minimum, sa visite chez son amie de palier. Électrique et enthousiaste, elle est tout autant inquiète et euphorique. Elle ne tient plus en place. Par peur d’oublier quelque chose, elle ne cesse d’effectuer des allers-retours, entre la salle de bains, sa chambre et le salon. Ce qui n’est pas fait pour rassurer pleinement ses Parents. En ces instants, elle ignore à quel point son destin va bouleverser son existence. Ses Parents, remarquent cependant que l’expression de leur fille, est différente des autres départs. Habituellement détendue, son visage est crispé. Serait-elle souffrante ? Élise les rassure, en ce qui concerne son état de santé. Quant à son apparente nervosité, elle la traduit par une fierté légitime, qui contribue à une remise en cause encore plus profonde. Elle leur pardonne facilement, de se montrer peut-être trop prévenants à son égard. Après quoi, coquette et très soignée, elle apporte les dernières touches à son maquillage avant de terminer son café en compagnie de ses Parents : – Bon !… Je crois qu’il est l’heure à présent !… Mon avion décolle à quatorze heures… Le temps d’aller à l’aéroport et d’enregistrer les bagages, il est prudent d’y aller !… – Il n’est pas encore treize heures !… Tu devrais te reposer encore un peu tu ne crois pas ?… – Non Papa… Si ça ne vous ennuie pas, je préfère que nous partions maintenant… J’ai l’impression de partir au bout du monde !… Il y a dans sa voix une certaine nostalgie. En terminant sa phrase, elle s’approche de ses plantes, les caresse et les embrasse, comme jamais elle ne l’avait fait auparavant. La séparation sera longue, c’est certain. Elle est très sensible, c’est indéniable. De là, à justifier un tel déploiement de tendresse, il y a quelque chose qui échappe à l’entendement. C’est en tout cas, ce à quoi ses Parents sont en train de songer ! Personne, n’est en mesure de capter les premiers messages qui parviennent à Élise. 14 Sans se soucier de qui que ce soit, elle poursuit sa petite promenade affective auprès de ses plantes. Elle est très attachée à son univers de douceur et de romantisme, qu’elle chérit tout particulièrement. Se mettant à genoux devant chaque pot, elle éprouve les plus grandes difficultés, pour adresser quelques mots à toute sa végétation. Toujours aussi émue, Élise fait ensuite pour la énième fois, le tour de son appartement, afin de ne rien oublier. Ce qu’elle veut surtout, c’est toucher une dernière fois chaque objet en guise de porte-bonheur. C’est vraiment étrange et surprenant, qu’elle se comporte de cette façon. Ses Parents le considèrent vite. Peu importe le pourquoi du comment. Romantique comme elle est, sous peu, elle ne va pas tarder à laisser parler son émotion. Avant de la voir pleurer, ils décident de prendre le chemin de l’aéroport. Bien que surpris par l’attitude de leur fille, qui demeure silencieuse jusque dans le hall, ils ne disent rien jouant les indifférents. Ses Parents ne seraient pas dignes de ce nom, s’ils ne lui offraient pas les cadeaux de dernières minutes. Disposant d’une bonne heure avant le départ, la famille se promène dans les boutiques afin de tuer le temps. Lequel des trois est le plus ému ? Cette fois, l’heure est venue. Ultimes embrassades, dernières petites larmes mal contenues. Plus question maintenant, de s’adonner aux doux plaisirs de l’émotion. Les adieux sont si pathétiques, que ni le Papa ni la Maman, ne peuvent contenir leur chagrin en voyant l’avion s’arracher du sol. * * * Dans le DC-10 de la compagnie AIR-AFRIQUE, pour l’ensemble des passagers, l’humeur est au beau fixe. Pour l’une d’entre eux, le sourire n’est pas au rendez-vous. Isolée et silencieuse, enfermée dans son macrocosme professionnel Élise écoute sans entendre, regarde sans voir, comme détachée du tumulte environnant. En partance pour le Sénégal, elle aura pour mission d’effectuer une étude financière et de marketing, auprès des différentes sociétés, nationales et internationales, implantées dans ce gigantesque pays en pleine mutation. En six mois, sur la vingtaine d’entreprises qu’elle est chargée de prospecter, il sera impératif d’obtenir au moins trois contrats de collaboration. Inlassablement, de par ses fonctions, elle sillonne le monde entier à la recherche de ces partenaires nouveaux. La conjoncture économique internationale n’est pas très favorable : instabilité des affaires, inflations, crises politiques etc. Sa mission, lui impose une rigueur absolue, quant au 15 choix des futurs collaborateurs. Structure, implantation sur le marché, gestion saine et rationnelle, projets d’avenir, tels sont les paramètres les plus importants, dont elle est chargée d’étudier sur place les moindres détails. Pour elle, c’est une aventure nouvelle qui commence à chaque vol, quelle que soit la destination. En quelques années, elle a parcouru au moins dix fois le tour du monde. À chaque voyage, l’unique désir d’accomplir avec talent le mandat qui lui est confié, est omniprésent. Intègre et honnête, impartiale et intransigeante, elle impose un savoir-faire et une rigueur absolue à tous ses entretiens. Elle sait aussi, en contrepartie, se délecter des richesses locales, offertes par le tourisme des pays qu’elle visite, et qu’elle affectionne énormément. Néanmoins, c’est la première fois au cours d’un vol, qu’elle est aussi distante, pour ne pas dire indifférente, aux débordements d’enthousiasme dont les autres passagers font preuve. D’un naturel timide et réservé, elle n’a certes pas l’habitude d’exagérer, encore moins extérioriser, ses sentiments. Il y a dans son regard, une expression différente qui la rend encore plus secrète. Petit brin de nostalgie en pensant à son petit nid et à ses Parents ? C’est à se demander, comment elle parvient à se concentrer sur son travail au milieu d’un tel chahut. Éclats de rire, musique au maximum d’intensité, va-et-vient continu, bousculade même, rien ne la perturbe. L’un après l’autre, chaque dossier est compulsé avec une très grande attention. Rigoriste en ce qui concerne la mise à l’étude d’une candidature, elle en épluche les moindres parcelles, avant d’être confrontée à ses futurs partenaires. L’enjeu est capital, la marge d’erreur infime. Ce qui justifie sa concentration, pouvant donner cette impression de détachement. En quelques semaines, elle devra rencontrer une bonne vingtaine de chefs d’entreprises. Pour la plupart Occidentaux, mais dont la réputation de requins outre Atlantique, n’est pas de nature à la combler d’aise. Dans cet éventail économique, elle s’attend à rencontrer les couches sociales les plus hétéroclites. Au fond de son cœur, rayonne l’ardent désir de vaincre sur l’adversité. Calmement, elle étudie avec minutie les traits de caractère, de chacun de ses prochains interlocuteurs. Assez dominatrice, elle veut pouvoir diriger les opérations, comme elle le souhaite. Pas question de se laisser embobiner, encore moins charmer. Sur ces points, elle se sent de taille à affronter les plus filous. Qu’elle soit tendue, c’est donc parfaitement naturel et compréhensible. Cela justifie-t-il cette petite note de mélancolie au fond des yeux ? 16
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