La perte - Page 1 - test Cathy BORIE La perte Roman Éditions Éditeur Indépendant 75008 Paris - 2007 3 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions Éditeur Indépendant – 2007 ISBN : 978-2-35335-151-0 Dépôt légal : Novembre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 À mes enfants. 5 Première partie La perte 7 1 Emma Elle notait ses rêves dans un carnet, un bel objet avec une couverture de cuir et un rabat aimanté maintenant les pages bien serrées sur leurs secrets. Son dernier rêve était consigné soigneusement, d’une écriture large à l’encre bleue. « Je marchais dans la rue, écrivait-elle, je cherchais ma voiture. Je savais que cela m’était déjà arrivé assez récemment, et que j’avais fini par la retrouver. J’essayais donc de rester calme. Des enfants (les miens ?) m’accompagnaient, je leur montrais que je n’avais pas peur, je les rassurais sur l’issue de cette recherche. La voiture que je ne trouvais pas était un monospace gris métallisé et parsemé de pastilles multicolores : autant dire qu’elle ne passait pas inaperçue et que cela devait faciliter son repérage dans les rues de la ville, que je continuais à parcourir sans relâche. En vain. 9 Je finis par sortir mon téléphone portable pour appeler quelqu’un qui pourrait me venir en aide. Mais c’était un nouvel appareil, et les numéros de mes anciens amis n’y figuraient pas encore. Je ne parvins à contacter personne, même pas Philippe. Je restais cependant persuadée que tout allait s’arranger, je me disais : tu as réussi la fois précédente, tu réussiras cette fois aussi. » Le carnet était demeuré ouvert sur le bureau, avec le stylo-plume Mont-Blanc au creux de ses pages. Le bureau lui-même était parfaitement bien rangé. Sur ses étagères, quelques petites statues africaines et un bouddha en pierre entouraient les photos de ses enfants, chacune dans un cadre de bois sculpté différemment. L’ordinateur portable trônait au milieu du plateau, le couvercle relevé. Rien n’indiquait un départ. Mieux encore, les objets posés ça et là semblaient attendre son retour imminent. 10 2 Le journal « Nous apprenons avec stupeur la disparition de Emma V., âgée de 47 ans, connue pour ses activités de rédactrice à la rubrique culturelle de plusieurs journaux de la région, et auteure de plusieurs ouvrages pour enfants qui lui ont valu dans notre ville un large succès d’estime. La police, prévenue par son compagnon Philippe M., refuse de se prononcer pour l’instant sur les causes possibles : fuite volontaire ? Enlèvement ? Suicide ? Meurtre ? On nous dit que toutes les pistes sont envisagées et seront examinées une à une. Nous adressons à son conjoint et à ses deux enfants toute notre sympathie en ces circonstances difficiles. » 11 3 Philippe Lorsqu’un individu adulte disparaît, et qu’il n’y a aucun soupçon de contrainte ou de violence, la police n’est pas tenue d’enquêter. Philippe en fit la douloureuse expérience à l’occasion de la disparition d’Emma. Il lut et relut la loi n°95.73, et dut bien reconnaître que ni l’état de santé, ni l’âge de sa femme, ne rendaient son départ inquiétant. Restaient les circonstances. Malheureusement, ces dernières se prêtaient à diverses interprétations. Circonstances, mot vague s’il en fut. « Elément qui accompagne, entoure ou conditionne un fait principal ». A partir d’une telle définition, combien d’extrapolations possibles ? Philippe avait tracé mentalement les cercles concentriques de ces circonstances. Des plus récentes aux plus anciennes. La police, elle, s’était limitée aux premiers cercles. – Vous vous étiez disputés récemment ? 13 – Non. Enfin oui. Mais rien qui justifie son départ ! – Cela, monsieur, vous savez bien que personne ne peut en être certain. Alors, cette dispute ? Et lui de raconter les détails de leurs relations actuelles. La distance qui s’était creusée entre eux un peu plus chaque jour, parce qu’ils travaillaient beaucoup, parce que les enfants grandissaient, parce qu’ils dialoguaient moins. Le cercle vicieux. Histoire banale. Mais qui n’expliquait pas une fuite précipitée de l’un des deux. Pour aller où ? Et puis, Emma n’avait pris aucun bagage. Aucun vêtement ne manquait dans ses placards, sauf ceux qu’elle portait ce jour-là. Le compte bancaire était intact. Pas brillant, du reste, comme d’habitude. – Mais elle a pris son sac à main, m’avez-vous dit ? – Evidemment, elle l’a toujours avec elle. – Sauf que si on l’avait enlevée, ou violentée, elle l’aurait sans doute lâché et on l’aurait retrouvé. – Pas forcément. « Elément qui accompagne, entoure ou conditionne le fait principal. » En réfléchissant bien, on arrivait à la conclusion que tout, dans la vie d’Emma, pouvait s’intégrer au domaine des « circonstances ». La dispute, le sac, dans le premier cercle. Qu’y ajouter ? La première vraie pluie de la saison ? Les mauvais résultats de 14 Fabien en physique-chimie ? Le chat qu’on venait de retrouver mort empoisonné ? Philippe énumérait toutes ces perturbations dans leur vie quotidienne comme un présentateur de la météorologie nationale annonçant un avis de tempête, à l’abri derrière son écran, ou bien un médecin-légiste débitant dans son dictaphone le poids du foie et la longueur des intestins de son patient. Avec détachement et incrédulité. Puis, à chaque fait négatif déposé dans un des plateaux de la balance, il en associait un positif, gai, lumineux, qui rétablissait l’équilibre. Leur voyage prévu en Croatie au mois de novembre. Le premier prix obtenu par Constance à son concours de danse contemporaine. Un nouveau conte pour enfants accepté par l’éditeur d’Emma. Alors il avait commencé à chercher dans le deuxième cercle. Cela impliquait de remonter le temps et d’élargir l’espace. Sans pour autant se perdre dans des dimensions qu’il ne maîtrisait plus. Rester au plus près de sa vie avec Emma, mais y inclure d’autres lieux, d’autres personnages, d’autres perceptions que ce qui constituait l’évidence, la vitrine, l’image première. Les policiers enregistrèrent donc ses déclarations, lui firent promettre de les informer de tout élément nouveau, s’engagèrent à la réciproque, et le renvoyèrent poliment dans ses quartiers. 15
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