Laure et Léa - Page 1 - Hélène Maitre Laure et Léa Roman Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2653-6 Dépôt légal : Février 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire I – L’ENFANCE ................................................... 11 II – L’ADOLESCENCE ........................................ 29 III – L’ENTRE-DEUX .......................................... 45 IV – 36 ANS APRES (Les Retrouvailles)............. 49 V – APRES LES RETROUVAILLES .................. 137 VI – EPILOGUE ................................................... 145 9 I L’ENFANCE Laure, Léa ! C’est toujours ainsi qu’il fallait les appeler quand on voulait voir une des deux. Elles étaient inséparables, nées à un mois d’intervalle, dans deux maisons voisines, elles marchaient toujours en se donnant la main. Elles finissaient par se ressembler, même taille, même allure, deux jolies petites filles brunes, aux cheveux courts, aux yeux vifs, bien noirs. Cependant Laure était plus costaud que Léa. Elle était gourmande, appréciait le moment des repas, les sucreries, les desserts, les bonbons. Tout l’inverse de Léa pour qui les repas étaient un calvaire, même les bonbons ne l’attiraient pas, elle n’avait jamais faim. Souvent Laure lui sauvait la mise. En effet, aux heures des repas elle venait la rejoindre, il suffisait de sauter le petit mur entre les deux jardins, et alors discrètement, sous la table, Léa glissait à Laure sa tranche de jambon, son biscuit, pour finir plus vite et aller jouer. Elles riaient de leur complicité, elles ne faisaient plus qu’un, et croyaient duper la maman de Léa. Mais celle-ci avait compris depuis longtemps le petit manège des deux fillettes. 11 Léa n’avait jamais faim, ses parents s’en inquiétaient, ils ne savaient plus comment faire, toutes les stratégies furent vaines et leur phrase « Mange Léa ! » devenait une légende. Un jour un médecin leur a conseillé de laisser Léa manger à sa faim, comme elle voulait. Au bout d’une semaine la fillette s’était contentée d’une banane par jour. Oh ! Léa n’était pas malade, ni fragile, simplement menue, très menue. Bientôt c’était la rentrée en CP et elle n’avait toujours pas atteint les vingt kilos. Pourquoi ce manque d’appétit ? Etait-ce une façon pour Léa, de dire ce qui n’allait pas ? A cette époque les problèmes psychologiques n’étaient pas pris en compte, on était malade seulement si on avait de la fièvre, si un nom était mis sur un symptôme, et alors le médicament adéquat soignait et guérissait. Ce n’est que plus tard, beaucoup plus tard que Léa comprit pourquoi elle ne pouvait pas manger. Le Stade Elles habitaient deux maisons jumelles, à côté d’un stade magnifique qui fut très souvent leur terrain de jeux. C’était un stade qui pouvait accueillir presque toutes les disciplines sportives, et en même temps il était un espace d’agrément, avec de belles allées arborées, des énormes arbres, fiers d’être là depuis longtemps, un parc aux multiples espèces de plantes et de fleurs. En entrant, à gauche, le terrain de foot ou de rugby était entouré de quatre couloirs ou se déroulaient quelquefois des courses de relais ou de vitesse. De chaque côté, qui surplombaient le terrain, des tribunes où bien souvent elles ont couru, sauté d’un rang à l’autre en criant ou en chantant à tue-tête. 12 Plus loin, entouré de hauts grillages, se trouvaient les cours de tennis, deux en terre battue et deux en dur. A côté, la piscine, ce merveilleux endroit où elles ont passé tant de moments heureux. Elle se situait au premier étage, au-dessus des cabines. Elle s’étendait sur trente trois mètres de long et huit de large. Elle était toute carrelée de bleu, du vrai carrelage, pas cette matière plastique d’aujourd’hui. Du « petit bain » où l’on avait pied, elle partait en descendant vers le « grand bain » de quatre mètres de fond. Combien de fois se sont-elles amusées à descendre racler leur ventre tout au fond, pour aller chercher le mannequin de bois afin de le remonter à la surface, comme un vrai sauvetage. Elles avaient alors une dizaine d’années. Comme c’était amusant de se parler sous l’eau. Quand elles ouvraient grand la bouche et criaient, derrière leur masque, elles voyaient l’onde de l’eau aller de la bouche à l’oreille, elles pouvaient « voir le son » Au bout de cette immensité bleue s’érigeait le plongeoir, monument de dix mètres de haut. Les trois étages de ce dernier n’avaient plus aucun secret pour Laure et Léa, qui, de là , adoraient sauter ou plonger. Du troisième, tout là -haut, à dix mètres de l’eau, il y avait toujours un petit pincement au ventre avant de se jeter dans le vide. Il fallait adopter une bonne position pour rentrer dans l’eau, car à la vitesse où elles y arrivaient, la surface était dure comme du ciment. Léa ne pouvait plonger de tête que du bord de la piscine, dés qu’elle essayait du plongeoir, même du premier étage, une barre lui traversait le crâne, elle avait très mal. Elle se contentait donc de sauter et rentrait dans l’eau les pieds en premier. Laure, elle, plongeait. C’était beau de la voir depuis là -haut, s’élancer dans les airs 13 jusque dans l’eau, on aurait dit un oiseau, un martinpêcheur surtout quand elle avait son maillot bleu et jaune. Néanmoins Laure avait besoin de Léa pour réussir cet exploit, il fallait que son amie, du troisième étage, saute la première pour « troubler l’eau » disait-elle, pour éviter, arrivant la tête la première, de voir le fond de la piscine quand la surface se rapprochait. Alors Léa sautait dans le vide, bien droite et dés qu’elle était sous l’eau elle se dégageait le plus vite possible, car elle savait que Laure la suivait de près. Le matin il y avait peu de baigneurs, une dizaine tout au plus, aussi quand midi approchait, il ne restait plus qu’elles deux, la piscine devenait leur domaine. C’est à ce moment là qu’elles descendaient à l’entrée retrouver le gentil gardien, celui qui les appelait « Laura y Léa », elles aimaient l’entendre parler avec son accent espagnol. Il leur vendait un sandwich à chacune et un petit paquet de chips. Il n’avait pas le droit, cette nourriture était réservée aux nombreux baigneurs de l’après-midi, mais il les aimait bien et leurs rires lui tenaient compagnie. Vite, vite elles revenaient au bord de la piscine, montaient au plongeoir, tout en haut, et s’installaient. Là , avec précaution elles étalaient une serviette pour ne pas laisser de miettes, elles respectaient ce lieu qu’on leur autorisait malgré l’interdit de manger dans l’espace de la piscine, c’était avec le gardien, leur secret. A cet instant, Léa avait faim, aussi goulûment que Laure, tout le sandwich y passait, et même le petit paquet de chips. C’était un moment délicieux, à dix mètre, sur ce plongeoir, au-dessus de ce plan d’eau tout bleu, elles dominaient le stade, resplendissant de nuances vertes de différents arbres, aux essences multiples. Dans le 14 silence du moment et le soleil éblouissant, elles tenaient le monde entre leurs mains. Quel luxe se serait de pouvoir, adulte, ressortir des tiroirs de l’enfance ces moments de bonheur et d’insouciance, quand la vie se fait trop dure parfois. Ce stade était un paradis pour les deux fillettes. En sortant de la piscine, elles longeaient la rivière qui courait derrière le fronton de la pelote basque, puis en jouant aux princesses passaient dans une allée recouverte d’une tonnelle de verdure, pour arriver à l’espace jeux, toboggan, balançoires en tout genre. Plus loin elles étaient attirées par le portique géant, quatre ou cinq mètres de haut. Il était destiné à de jeunes adultes sportifs et non à des enfants pour lesquels il représentait mille dangers. Laure et Léa en profitaient car cette époque de leur enfance n’était pas encore envahit par toutes les normes de sécurité d’aujourd’hui, aussi le portique restait accessible à tous. Chacune d’un côté grimpait à l’échelle métallique jusqu’à atteindre l’étroite passerelle, tout en haut. Là , d’un commun accord, elles décidaient de traverser la passerelle en se croisant au milieu. C’était très dangereux. En effet, vu l’étroitesse du passage elles devaient s’accrocher l’une à l’autre pour faire un tour complet afin de continuer leur traversée. Elles n’imaginaient pas les risques qu’elles prenaient, là , à cinq mètres du sol. Que se serait-il passé si elles étaient tombées, seules dans ce stade ? Les enfants ont une prudence inconsciente que les adultes souvent ignorent. Un jour Léa a même décidé de sauter depuis là -haut, et Laure l’a suivit. Une fois en bas, sur le sable, elles étaient très fières de leur exploit. Bien sûr elles n’iraient pas s’en vanter auprès de leurs parents, preuve qu’elles n’étaient pas tout à fait sans savoir le 15 danger encouru, ce qui justement leur procurait tant de plaisir. Il y avait aussi l’immense salle de gymnastique dont l’accès leur était permis quand elle était inoccupée. Là , c’était le lieu de tous les frissons, avec les agrès, les trapèzes, les cordes lisses, à nœuds, les anneaux, le cheval d’arçon où Léa après avoir pris son élan, faisait le saut de l’ange. Comme Tarzan dans la jungle, les fillettes allaient d’un bout à l’autre de la salle, sans toucher terre, en sautant du trapèze aux cordes, puis aux anneaux, et encore à un autre trapèze, pour tomber en roulade sur des énormes tapis de réception. Quelle joie, quelle liberté, elles avaient conscience du privilège qui leur été accordé, seules dans ce lieu où elles pouvaient rêver. Leurs Parents Les parents de Laure formaient un couple uni. Jamais un mot plus haut que l’autre. Lui, travaillait dans une administration, et elle s’occupait de Laure, de la maison, et de temps en temps gardait des enfants ou des personnes âgées pour « rendre service ». Ils choyaient leur fille unique sachant que plus jamais ils n’auraient d’enfants. En effet, quelque chose assombrissait ce joli tableau familial. Le père de Laure souffrait, depuis longtemps déjà , d’une maladie qui rendait cet homme un peu taciturne, renfermé, honteux, presque coupable de son état, ne pouvant à sa guise satisfaire les deux amours de sa vie. Il était toujours fatigué. A trente huit ans, il vivait déjà au ralenti. Complice avec sa femme, il cachait sa maladie à Laure, croyant protéger son enfant chérie. Alors, de façon insidieuse, la vie s’était installée. 16 Laure avait pour habitude de ne pas faire d’activités remuantes avec son papa, parce qu’il était fatigué. Tout naturellement, elle restait près de lui sur le canapé du séjour, devant la télévision, ou avec un livre et peu de mots s’échangeaient entre eux, seulement une certitude, celle de leur amour. Pour sa mère Laure était la joie de vivre que son mari perdait de jour en jour. Il fallait qu’elle lui raconte tout ce qu’elle faisait avec Léa, ses rires, ses jeux, ses promenades. Cette jeune mère avait besoin de voir la vie à travers sa fille, ce que Laure percevait dans ces moments privilégiés avec sa maman toute à elle, qui l’écoutait. Quand elle racontait, sa mère était si attentive qu’elle finissait presque par s’accaparer le récit des joies de Laure. A cet instant elle oubliait sa triste vie, auprès de cet homme, malade, qu’elle aimait. Laure était sa fille unique, son amour, son lien avec la vie. Léa aussi était la fille unique de ses parents qu’elle chérissait plus que tout au monde. Elle aimait ce père au beau visage. Tout le monde lui disait qu’elle lui ressemblait, elle en était très fière. Il était chef de service dans une entreprise de machines de hautes précisions. Un homme minutieux, inquiet au point d’être souvent dans l’angoisse, la peur, le mal-être qui se traduisait par des cris, des colères, une violence verbale qu’il ne pouvait contenir. Cela simplement par l’incapacité d’assumer une contrariété, un fâcheux contre temps. Pour lui, la moindre annonce prenait des proportions démesurées et le plongeait aussitôt dans l’impossible. La mère de Léa avait bien du mal à supporter cette vie, et très vite n’avait pas désiré d’autres enfants. Elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour épargner et protéger Léa. Elle aurait voulu 17
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