France... ma chance avec Toi ! - Page 1 - test Odette Escolier-Odycol « France »… …ma chance… avec Toi ! Témoignage Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Édilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 56, rue de Londres, 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 - Fax : 01 53 04 90 76 - mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-299-9 Dépôt légal : Mai 2009 © Édilivre Éditions APARIS, 2009 6 Ma jeunesse Le 15 août 1937 à 11 heures, je vis le jour à Paris 20ème, chez une sage-femme… Donc, je suis née sous le signe du « Lion » avec l’ascendant en « Balance ». Ma maman a dû souffrir car, plus tard, je l’entendais dire : « C’est le mal joli, après on en rit ! ». Je suis restée fille unique. De santé fragile, j’étais sujette à toutes ces petites maladies enfantines mais qui, sans doute, sont nécessaires. Mes parents, commerçants, employaient une dame bretonne à la maison à plein-temps : Christine. Je lui dois une seconde fois la vie, car j’ai failli ne pas me réveiller… Maman, qui me portait, a eu très peur… et Christine est venue, d’une façon énergique, taper sur mes petites fesses… ce qui a provoqué chez moi… le cri salutaire ! C’est ce que l’on m’a raconté : « La mort du nourrisson ». J’y ai échappé ! J’ai grandi gentiment, je suis sûre : choyée. Papa et maman aimaient les animaux, il y avait deux chiens : Takania et Dick(o). 9 Pendant l’Occupation, je voyais maman coudre des rideaux foncés afin que la lumière électrique, le soir, ne soit pas visible du dehors, à cause du couvre-feu. Je me souviens du bombardement de la ville de Noisy-le-Sec, nous demeurions près de la Porte de Bagnolet dans un petit pavillon. Les persiennes s’ouvraient… les lustres tremblaient… les chiens aussi étaient mal. Nos écoles furent réquisitionnées pour y soigner les blessés. J’étais petite, mais je me souviens. Pendant les cours, quand nous entendions les sirènes, nous devions sortir très vite et descendre dans les caves de l’immeuble en face, les avions survolaient en groupes… Oui, nous avions peur… Un autre avertissement de sirène et nous pouvions retourner en classe. Enfin, Paris fut libérée. À chaque fenêtre flottait un drapeau tricolore. Les Américains sillonnaient les rues en nous distribuant des chewing-gums ! Mes camarades et moi adorions ça ! Les répartitions alimentaires se sont espacées, mais nous avions toujours des cartes avec des tickets répertoriés : J1 – J2 – J3. En 1948, j’ai fait ma première communion. Ma toilette était très belle. D’après mes parents, la vie redevenait plus normale. À l’école, j’étais assez bonne élève, tout dépendait des sujets. J’aimais la géographie, les pays étrangers, lointains, me faisaient rêver. J’étais douée pour le français, la rédaction, où mon imagination vagabondait. Cela m’a valu, un jour, une belle 10 récompense : un devoir, sur les mois de l’année, ma note, je m’en souviens, 19 ½ sur 20 ! Or, cette annéelà, un concours de rédaction eut lieu avec les écoles de l’arrondissement, avec des élèves de notre âge. Agréable surprise, ma dissertation a été retenue avec une dizaine d’autres, ce qui nous a valu une visite au château de Fontainebleau – avec pique-nique. J’ignorais que cela était déjà un présage pour mon avenir. Takania et Dicko se sont endormis définitivement. Papa s’est procuré un nouveau chien : « un Bouvier des Flandres », race Berger, gris brungé. « Soto de Coracy », il était jeune et très gentil. Puis il y eut, de la même race, « Fauvette ». Bien sûr, des petits naquirent… Quand Fauvette mit bas, la portée compta 12 chiots, ce qui nous fit alors quatorze chiens ! Heureusement, nous avions des dépendances. Papa offrait, d’abord à la famille, puis à ses relations, ces chiots que nous gardions trois mois. Cela m’occupait aussi, et mon amour pour les animaux était comblé. Quand je rentrais de l’école, je faisais mes devoirs avec eux ! Et quand ils partaient, j’avais vraiment beaucoup de peine. J’ai eu un préféré que nous avons gardé plus longtemps, Wouiky, il était tout frisé. Il me tirait quand je faisais du patin à roulettes ! C’était mon nounours et je l’adorais. Le temps passait normalement, j’aimais la gymnastique, grimper à la corde, le saut en hauteur… Je suivais aussi des cours de gym corrective. Quand j’eus 16 ans, maman me demanda de choisir un sport… Ce fut le patinage sur glace, uniquement pour le plaisir… 11 Le dimanche matin, j’accompagnais quelques fois mes parents à leur travail, ils avaient plusieurs points de vente à Paris… dans le 5ème arrondissement, le 16ème et le 18ème. Ils vendaient de la volaille. Là, j’ai appris plein de choses étonnantes, qui m’ont servi, dans le cours de mon existence. Mais je constatais que leur métier était très dur, l’hiver, la pluie, le vent, la neige. Maman me disait que rien n’arrivait comme ça… qu’il fallait travailler… Mon premier emploi, j’avais 18 ans, fut au laboratoire « DAUSSE » Pharmacie. J’en profitais également pour passer mon permis de conduire. Mon premier grand voyage m’orienta vers l’Espagne, baptême de l’air à Barcelone, via les îles Baléares à Palma de Majorque en 1956. C’était très beau ! Ce voyage m’était offert pour mes 18 ans. Mon physique et ma santé se sont bien arrangés. L’esthétique, les parfums me passionnaient. En 1957, ont eu lieu les Jeux Olympiques d’hiver en Italie, à Sestrières. Avec quelques amis, en février, nous sommes partis faire du ski, pour moi c’était la première fois. Là, mes malheurs ont commencé : 11 février : je tombe et fracture mon fémur droit : trois mois de plâtre, immobile… 24 mars : décès brutal de mon père, il avait 49 ans ! J’allais avoir 20 ans le 15 août suivant. En juin, après une sérieuse rééducation, je fis à nouveau mes premiers pas… Impossible de reprendre le labo. Maman se retrouvait seule, elle avait 47 ans. Alors je suis allée travailler avec elle pour l’aider. 12 Ainsi, je suis devenue, malgré moi : la plus jeune acheteuse en gros aux Halles de Paris – à l’époque en centre ville – cela pendant huit ans. Il y avait un avantage : nous étions libres à partir de 15 heures. Mais n’oublions pas que le réveil sonnait à 5 heures le matin ! Cela faisait tout de même de sacrées journées… pas toujours couronnées de succès, cela aurait été trop beau ! Pendant mon temps libre, je prenais des cours dans le bel institut, Faubourg Saint-Honoré, chez Jean d’Estrées : esthétique, maquillage, grimage et manucure. Je pensais vendre le pavillon, acheter une parfumerie avec appartement au-dessus et mettre définitivement maman à l’abri des intempéries. Elle était jolie, maman. Elle avait très bon goût et portait très bien la toilette. Je la voyais bien, avec moi, dans une parfumerie et nous avions une grande complicité. Mais, une fois de plus, le destin en a décidé autrement ! Dans mes allées et venues – déplacements, sorties…, j’ai rencontré un monsieur. Nous avions les mêmes goûts, des points communs et nous nous plaisions. Ses projets de grands voyages étaient intéressants. J’ai pu libérer maman de son travail et, en moins d’un an, je me retrouvais : au Brésil, en Bolivie, au Pérou et au Paraguay. C’était le rêve et j’avais 29 ans. Mon bébé a été conçu sur le Rio Parana en février 1967. Fin mai, nous sommes revenus en France. Je retrouvais maman, ma famille, et ma grossesse se passait très bien… 13 Là, encore : mon destin bascula brutalement ! En octobre, mon compagnon fut victime d’un accident et, trois semaines plus tard, le 15 novembre, je perdais mon bébé en accouchant. C’était un petit garçon… Je n’en parlerai pas plus ! Quand on dit que l’on repart à la case « zéro », pour moi, c’était le cas. Un mois se passa… Le 15 décembre, j’achetai un livre au Drugstore Opéra. Une intuition très forte me poussa à demander à la caissière où se trouvait le bureau du personnel. Je me voyais bien vendeuse dans cet établissement. Elle me répondit gentiment : au 4ème étage. Je m’y rendis et expliquai ma demande, en répondant au questionnaire qui m’était présenté. J’attendis quelques minutes… Puis une dame vint à ma rencontre, très aimable, et me questionna. Je précisai mon diplôme d’esthéticienne. D’emblée, elle me proposa d’être à l’essai pour les fêtes de fin d’année comme « extra », mais à la condition que je reste séance tenante… Il était juste midi et mon travail se terminerait à 21 heures. Le temps de prévenir maman au téléphone… je me retrouvai dans un vestiaire, munie d’une jolie blouse rose et… en piste au stand – très grand stand de la parfumerie. Quelle chance ! Les fêtes se sont terminées, les clients étaient très nombreux et, Dieu merci, je ne voyais pas le temps passer. En plus, il fallait que j’apprenne l’équivalence des produits avec les différentes marques, cela m’intéressait beaucoup. Après l’échéance du 15 janvier, madame Auvrey me proposa le remplacement des vendeuses durant les 14 vacances d’hiver. Cela a donc prolongé mon essai qui était concluant. Je suis restée titulaire 18 mois et j’en garde un très bon souvenir. Nos horaires : 2 jours (journée) 2 jours (nuit : 18 H – 2 H) 2 jours (repos). Les mêmes taxis nous attendaient pour rentrer chez nous. Un soir, plus fatiguée que d’habitude, je demandai à quitter plus tôt pour prendre le métro… Une fois installée dans le wagon, une voix venue de l’intérieur me dit : « Pourquoi ne navigues-tu pas ? ». Interloquée, je méditai en reprenant la question. Pourquoi ne naviguerais-je pas ? Après tout, j’étais seule, libre, et les grands voyages que j’avais déjà effectués étaient toujours dans mon esprit. Le lendemain, je me renseignais pour… L’envie de naviguer me prit. Je téléphonai à la Transat et l’on me donna deux numéros de téléphone. Le premier, un monsieur. Le second, une dame… Je choisis d’appeler cette dernière. Après quelques questions au téléphone, elle me fixa immédiatement rendez-vous. Mon profil l’intéressait, mes diplômes et ma disponibilité. Elle me demanda les documents nécessaires : passeport, photos de visa, contrat, etc. Je m’empressai de prendre congé afin de réunir rapidement les pièces demandées. A la fin du rendezvous, me rejoignant près de la porte, elle s’exclama : « Mais vous partez… et vous ne savez même pas sur 15 quel bâteau vous allez !! » Je me retournai et elle me dit : « Vous êtes engagée sur le « France » » Le choc, la joie, le miracle, tout cela m’est tombé dessus. J’étais follement heureuse ! Le jour du départ arriva le 16 juin 1969. Je me trouvais au Havre à 9 heures du matin, au pied de la passerelle « Equipage ». 16
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