L'Arbre (qui ne voulait pas mourir) - Page 1 - test Anne-Marie Lejeune L’Arbre (qui ne voulait pas mourir) Roman Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2096-1 Dépôt légal : Novembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 PROLOGUE La ballade du Voyageur Vagabond je le suis, voyageur sans bagages Inlassable je vais où me mène mes pas, Je chevauche le vent, j’enfourche les nuages, Qu’importe l’invisible je vois au delà. Je cherche sans faiblir les horizons lointains, Je rêve de forêts encore inexplorées, D’îles inexpugnables, de nouveaux chemins, De plages oubliées que nul n’aurait souillées. Errant sans foi ni loi, méprisant les frontières, J’ai sillonné le monde et j’ai connu la peur. J’ai abreuvé mon âme aux songes éphémères Qui seuls ouvrent la voie vers tant d’autres ailleurs. Tremblant, j’ai visité des cités interdites, Profané de mes pas des tombeaux millénaires. Je me suis incliné sur des tombes maudites Et de maints lieux sacrés j’ai caressé les pierres. 11 Je suis un doux rêveur pour qui l’inaccessible Devient l’appel du large, un défi, un tourment, Une soif dévorante, un feu inextinguible Que seule peut éteindre une fuite en avant. Tant d’autres nulle part, tant d’ailleurs inconnus, Tant d’insondables puits où dort l’eau de jouvence, Tant de roses des vents, tant de rêves perdus N’attendent plus que moi et que ma folle errance. Vagabond je le suis, voyageur sans bagages, Les étoiles du ciel savent guider mes pas, Je chevauche le vent, je brave les orages, Qu’importe le néant, j’irai bien au delà. A-M Lejeune 12 Le Voyageur Je suis de ceux qui restent à l’écoute, toujours attentif aux bruits qui courent, avide d’histoires extraordinaires. Le moindre signe apporté par le vent ou par une hirondelle quand revient le printemps, le moindre écho qui me fasse entendre les lointains battements de cœur d’une contrée inconnue et je pars… L’appel du large pour le voyageur impénitent que je suis, est de ceux auxquels on ne peut surseoir. On me parlait de cet endroit depuis si longtemps que j’ai voulu voir de mes yeux voir. Et j’ai vu de mes yeux vu ! C’est un lieu perdu hors du temps. Un lieu étrange qui vibre et vit différemment de tous les lieux étranges que j’ai pu voir auparavant. Pourtant, Dieu sait que j’en ai visités au cours de ma longue vie d’errance ! Errant, je le suis ! Eternel voyageur sans bagages, curieux de tout, en quête incessantes d’autres ailleurs. Ce lieu entre tous différent, m’a fait battre le cœur si fort d’étonnement et d’incrédulité que j’ai du fermer les yeux quelques secondes puis me pincer violemment avant de les rouvrir, juste pour m’assurer que je ne rêvais pas ! 13 Un calme bruissant m’environnait, effleurait ma conscience, m’emplissant à la fois de stupeur, de crainte et d’une fébrile impatience. La brise légère et parfumée caressait ma peau frissonnante. Portés par le vent me parvenaient par instant, mêlés aux chants flûtés des oiseaux, des rires cristallins… Des rires d’enfants ! Puis je perçus un murmure. Un tendre et sensuel murmure. Le chuchotement à peine perceptible d’une voix humaine indiscutablement féminine. J’ai soulevé les paupières puis doucement, à pas de loup pour ne pas effrayer l’hôtesse inattendue de ce lieu enchanteur, je me suis approché de la source de ce bruit ténu et j’ai regardé… Ce que j’ai vu alors dépasse l’entendement, même le mien pourtant déjà si souvent mis à l’épreuve de l’incroyable. Si je n’avais pas été ce citoyen du monde que je me targue d’être, je n’eusse pas manqué, face à la vision à laquelle j’étais confronté, de me croire victime d’une hallucination. Dans cette ville morte et cependant si vivante, dans cette cité fantôme peuplée d’ombres et de mystères, amas de ruines chaotiques à demi enfouies sous la végétation, au milieu de ce qui fut sans doute autrefois un jardin, je l’ai vue… Elle… Une femme belle, d’une surnaturelle beauté, créature sans âge à nulle autre pareille ! Mythe ou légende, la divine apparition était si fantastiquement merveilleuse, si inaccessible que moi, pauvre mortel, j’ai cru mourir rien qu’en la regardant ! Elle se tenait debout, immobile. Sa longue chevelure verte voilait sa nudité. La brise indiscrète et 14 complice en soulevait par instant la masse soyeuse, révélant à mes yeux éblouis les courbes pleines et douces de son corps sublime. Ses bras étaient noués autour d’un tronc chenu, sa joue délicate posée tendrement contre le bois noueux, ses pieds nus bien plantés dans le sol. Elle semblait ne faire qu’un avec l’arbre. Ses yeux étaient clos. Elle pleurait ! Sans bruit, sans le moindre sanglot, sans à coup. Elle pleurait et ses larmes une à une, glissaient le long de son visage serein puis tombaient sur la terre qui les absorbait aussitôt. Chaque fois qu’une larme portée par le vent touchait le sol, là où elle se posait surgissait soudain une jeune pousse. De la terre ainsi arrosée de larmes, sortaient de fragiles tigelles qui déployaient timidement leurs deux ou trois feuilles vertes et tendres. Aussi vertes que les cheveux de la belle éplorée. Aussi tendres que les tendres et bruns bourgeons de ses seins nus… Chaque fois qu’un de ces jeunes plants pointait sa tête hors de la glèbe humide, un profond et long soupir se faisait entendre, joie et soulagement mêlés. Il semblait s’exhaler à la fois des entrailles de la terre, des lèvres de la femme et du tronc de l’arbre si tendrement enlacé par la divine pleureuse. Elle pleurait sans rien voir alentour, sans entendre les lourds battements de mon cœur, insensible en apparence aux rires des enfants et aux chants des oiseaux. Un doux sourire aux lèvres, elle pleurait. Elle pleurait et l’Arbre respirait. La terre respirait. Les fleurs respiraient. 15 La rivière respirait. La ville en ruines respirait… C’était une respiration paisible, sereine comme était serein le visage de la Déesse-femme aux verts cheveux. C’était la respiration du bonheur, de la renaissance, du renouveau. C’était la respiration du printemps. Elle aussi respirait et ses seins fermes et frémissants se soulevaient, son ventre palpitait au rythme de son souffle. Chaque inspiration, chaque expiration scandait l’explosion de vie provoquée par ses larmes qui, telle une source vive, jaillissaient sans fin de ses yeux clos. Elle murmurait et ce murmure peu à peu, se muait en un sensuel gémissement, en un râle d’agonie. L’exquise et voluptueuse agonie de l’attente. La langoureuse supplique d’une femme amoureuse que la jouissance va submerger. Un seul mot, inlassablement répété qui appelle l’assouvissement : « Oui… Oui… Oui… OUI ! » 16 I La complainte de l’arbrisseau Je veux un coin de terre, Un jardin rien qu’à moi, Un trou pour mes racines, De l’eau pour m’abreuver ! Ici, je désespère, En moi grandit l’effroi Et l’angoisse me mine De mourir prisonnier ! J’attends comme mes frères Le client idéal Qui rêve de planter Un arbre en son jardin. Qu’il vienne et me libère De ce carcan fatal ! Je voudrais voyager Car tel est mon destin. 17 Galoper sous la terre, Vers le ciel m’élancer, Écouter les messages Que m’apporte le vent, Découvrir les mystères Du Monde, sans bouger. Ainsi l’arbre voyage : Immobile, en rêvant. A-M Lejeune 18
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