Les vacances d'une amoureuse - Page 1 - Déjà publié aux éditions Edilivre : Le fugueur Corentine ( Tome 1 et 2) Les singes clones (policier) L’exoplanète (jeunesse) Courts métrages Métempsycoses (Poèmes) 4 Claude Guillaume de Mayo Les vacances d’une amoureuse Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-3406-7 Dépôt légal : Août 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 I La naissance de l’écho 1 août. Je m’échappai de la maison, pour tenter de vous retrouver, je courus le long du chemin, vers la rivière : les herbes encore humides de rosée mouillaient mes jambes nues, le silence, troublé par d’imperceptibles bruits et les appels mystérieux de l’eau, m’enveloppa d’un voile qui m’isola du présent. Des oiseaux s’envolèrent à mon approche en jaillissant des branches d’un acacia, quand j’atteignis la plage de cailloux qui borde la rivière Une abeille dorée passa, un bourdon noir se cogna au tronc du bouleau ; une libellule, immobile au-dessus du ruisseau luttait contre le vent qui balançait les tiges rouges des osiers audessus de l’eau transparente. Je ne comprenais plus pourquoi j’avais quitté Paris brusquement, pour quelle raison j’avais fui, ni ce que j’étais venue chercher dans cette campagne familière. Les habitudes retrouvées, les joies de l’an passé, avaient perdu leur charme et les paroles de mes amis me semblaient vides de sens. 9 J’ai fui, je vous ai fui, avec la peur que vous ne deveniez indispensable à mon confort. Mon inquiétude naissante à la suite d’une soirée passée avec vous est inacceptable et vous avez, sans doute, oublié notre entente provisoire ; les mots que nous avons dits, ce soir là, sont gravés en moi et le souvenir de vos caresses me hante. Le contact de votre main au creux de mon bras sous ma manche, de vos doigts durs sur ma nuque ont laissé des empruntes que je ne sais pas effacer. J’hésite à croire qu’il s’agit d’une réalité comme si ce moment fut un rêve. Il avait commencé comme un jeu auquel je comptais bien ne pas me laisser prendre. Je n’ai pas eu, alors, le courage de céder à mon désir car j’avais peur que cette aventure fut sans lendemain. Vous n’avez pas compris mon refus, car viviez sur un autre plan, je le savais et je me suis enfuie. Sans m’en rendre compte, j’ai commencé à m’émouvoir, troublée par la violence de mon désir, le jour de notre première rencontre Quand vous m’avez raccompagnée, je n’avais pas la force de vous quitter et je tentais de sauter dans le vide, comme : le fait un homme pendu à un fil électrique, pour ne pas être électrocuté. Sur le sable de la rive, courant sur les galets, des fourmis transportent des objets plus gros qu’elles. Leur corps, deux boules rouges reliées par une taille filiforme, leur donne une allure élégante. Elles courent, les unes derrière les autres, sur un chemin virtuel, pressées d’arriver là où elles vont. Je me demande parfois comment elles imaginent le monde immense qui les entoure et si elles éprouvent la sensation d’être minuscules comme moi quand je regarde le ciel noir piqué d’étoiles. 10 Un nuage de moucherons se déplaçait lentement comme une petite ombre de poussière, au-dessus de l’eau qui glissait sur les galets. Un papillon bleu, appelé je ne sais pourquoi « papillon de choux », se posa sur une fleur de trèfle. Assise au bord du ruisseau qui chantait, j’imaginai votre présence à mon côté, nos yeux fixés sur l’eau transparente qui chante en caressant les cailloux bombés de son lit ; nous osions à peine parler pour ne pas détruire l’instant fragile quand votre main s’est posée sur ma jambe nue. 4 août. Par ma fenêtre ouverte, un vent presque chaud se glisse et m’enveloppe de caresses qui rafraîchissent ma peau encore mouillée par les gouttes d’eau. Au loin, les bottes jaunes de blé coupé, liées par des gerbes de pailles, ont l’air de gnomes aux cheveux blonds qui se chauffent au soleil. Les paysans de notre ferme ne possèdent pas encore la machine à faire des cylindres de paille comme on en voit dans les grandes propriétés. Dans le champ qui s’étend jusqu’à la rivière, les tiges de maïs, ornées de feuilles d’un vert tendre, se dressent en rangs serrés. J’ai rendez-vous avec vous au bout d’un chemin et l’espoir de vous rencontrer me réjouit. Poucette ne savait pas faire son problème et se perdait dans les ares, les centiares et les mètres carrés. Je lui ai raconté l’histoire des évêques sans tiares, qui buvaient du lacrima-christi dans un champ dont il fallait trouver la surface, mais je me suis un peu embrouillée dans mes explications et nous ne comprenions plus rien, ni l’une ni l’autre, à son problème embarrassant. 11 – Maman, qu’est-ce que c’est que du lacrimachristi ? Poucette éprouve l’envie de goûter cette liqueur au nom étrange mais je ne sais pas trop ci ce breuvage magique existe réellement. Il n’y en a probablement pas dans les grandes surfaces de la petite ville où nous allons faire le marché, ni dans les magasins du village. Le vent froisse les feuilles des peupliers ; un coq chante pour annoncer un changement du temps, une poule a pondu et le crie alentour. Le temps va changer comme l’annonce ce coq en chantant au début de l’après-midi comme le prévoit mon ami paysan. Le toit rouge de sa ferme est caché en partie par le feuillage du grand platane que je dois faire tailler avant l’hiver car les branches trop basses risquent d’en casser les tuiles. Etre heureuse, aimer les choses simples, ne pas me poser de questions, n’avoir pas d’autres soucis que les quotidiens, pas d’autres aspirations que de vivre au jour le jour ! Vers d’autres rêves, j’ai couru ! Je vous ai attendu comme si l’espace n’existait pas et que j’avais le pouvoir de voyager dans le temps mais le miracle n’a pas eu lieu et je me posai alors la question embarrassante suivante : notre rencontre n’existait-elle que dans mon imagination ? Hier soir, j’ai pleuré, avant de m’endormir, isolée dans ma solitude, perdu dans le silence de la nuit, désespérée de vous avoir quitté, sans promesse de revoir. 12 8 août Je suis étendue dans la prairie, à plat ventre sur l’herbe coupée, sous un soleil d’après midi et mes yeux font un effort pour suivre ma plume sur la page trop blanche. A la hauteur de mon visage, des brins d’herbes, une fleur bleue de chicorée, des fils mauves de trèfles et de minuscules pois de senteur vivent en silence et leurs odeurs délicates me donnent envie de dormir Une charrette, traînée par deux bœufs blancs, traverse le champ, transportant un énorme chargement de foin vert pastel. Un homme marche devant en guidant les deux bœufs, liés par leurs cornes, deux esclaves sans révoltes. Ils ont tous les trois la démarche tranquille des sages résignés à leur sort. C’est peut-être la dernière fois qu’un tel spectacle m’émeut, un homme, des bœufs, une charrette, un mouvement lent, naturel, presque démodé de nos jours. Les machines agricoles commencent à modifier les images anciennes de la campagne. Heureusement, notre propriété est de petites dimensions et les fermiers sont très âgés. Poucette et Jacques m’ont aperçue et s’approchent ; je dois vous quitter. – On voudrait aller se baigner. Tu viens avec nous ? 9 Août Vous êtes devenu un personnage encombrant, plus proche qu’un être réel, plus inaccessible qu’un héros de roman, plus mystérieux qu’un magicien. Ma joue mouillée sur la toile de l’oreiller, les larmes salées, qui glissent jusqu’à mes lèvres, me tiennent compagnie comme un ami qui me raconterait une histoire triste. Je n’ai gardé que l’image d’un soir passé avec vous et malgré moi je crois encore que tout est possible, que 13 notre rencontre contient une promesse de lendemains. Ce désir de vous retrouver me fait peur et réveille soudain la fille que j’étais jadis : mes possibilités de souffrance, d’enthousiasme, d’audace allaient soudain me rattraper avec l’éveil d’un nouvel amour. Une phrase, que vous avez prononcée, m’a donné la mesure de ma folie : – Cela n’a aucun sens de jouer aux enfants de quinze ans. Votre boutade m’a amusée ! En effet notre comportement n’avait aucun sens et je me suis sentie ridicule de jouer le rôle naïf de jeune adolescente. Vous ne saurez jamais la peine que j’ai éprouvée, en comprenant que notre aventure était impossible quand je vous ai appelé de la gare, le matin avant de prendre le train. Votre voix endormie me troubla tandis que j’essayais de plaisanter. J’ai cru deviner que vous étiez déçu d’apprendre que je partais et cela m’a donné du courage pour la journée, pour aujourd’hui, pour longtemps, comme si tout devait recommencer. Un instant j’ai cru que vous pouviez m’aimer et que j’avais tort de m’enfuir. Les enfants m’appellent. Le soleil nous a rejoints sous le cyprès dont j’ai cueilli les boules craquelées qui ont laissé sur mes doigts un peu de résine poisseuse. Nous sommes allés jusqu’à la rivière plonger dans l’eau fraîche et je vous ai oublié pour quelques heures. Dimanche Quand les cloches de l’église ont sonné, ce matin, Poucette et Jacques sont partis vers le village pour assister à la messe. Le curé du village a entrepris la 14 conquête et la conversion de ma fille mais je ne pense pas que cette démarche ait une grande influence sur son comportement car elle aime trop la vie, pour devenir mystique. Le Métouyre coule sur mes pieds nus, glisse sur les cailloux avec un bruit anesthésiant, L’eau court sous les saules argentés et, plus loin, les tiges rouges des osiers se penchent bercés par un vent léger. Les pierres de la rivière dessinent un tapis bleuté sur lequel glissent des poissons d’argent. Hier, après-midi, nous nous sommes baignés dans la Toury, près du gué. Là, la rivière est assez profonde pour que l’on puisse y plonger de la rive mais le courant fort vous emporte si l’on n’y prend pas garde : Poucette roulait dans l’eau, disparaissait, rebondissait en poussant des cris de joie ; son corps brun glissait, semblable au dos d’un saumon doré, entre les remous et l’écume blanche. Sur le sable, un insecte bizarre, au corselet entouré d’anneaux rouges et noirs, terminé par une queue pointue relevée, courut, s’arrêta pour tâter le terrain avec son appendice, puis il repartit vers une destination, de lui seul, connue. J’imagine la peur d’un être plus petit que lui, qui regarderait cet horrible monstre : les insectes sont des créatures les plus terrifiantes que l’on puisse imaginer, dès qu’on leur suppose une taille humaine. Cet insecte réveille un souvenir : un bois de châtaigniers, dans la montagne, au Nord de Béziers ; près de la maison, perchées les branches d’un olivier, des cigales chantaient. Avec Hélène, nous les attrapions et elles chatouillaient la paume de nos mains ; elles chantaient quand nous leur caressions le ventre. Un vieux paysan construisit pour les enfants, 15
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