Les chroniques de l'étrange - Page 2 - test Manuel RUIZ Les Chroniques de l’Étrange Un recueil de nouvelles, récits, historiettes Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-8121-0355-1 Dépôt légal : Octobre 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Je remercie les sites Anice-Fiction.com et Bonnesnouvelles.net d’avoir publié quelques-uns de ces textes, et d’avoir essayé de leur donner une existence publique. Les résultats furent variables, mais les webmestres Anice Pic et Nicole Amann ont eu le mérite d’essayer. Ces histoires, écrites à droite et à gauche, sans véritable idée conductrice, ont fini par former un ensemble, d’abord littéraire, puis audio, grâce à un feuilleton radiophonique portant le même titre que ce recueil. C’est le miracle de l’écriture, qui est et restera la grande passion de ma vie, celle que je m’efforce de partager avec les lecteurs. Le titre générique, « Les Chroniques de l’Etrange », m’est apparu comme une évidence. J’espère, et je pense, qu’il apparaîtra ainsi au public. 7 ÉTRANGE : abracadabrant, anormal, baroque, biscornu, bizarre, choquant, curieux, déconcertant, déplacé, drôle, ébouriffant, énigmatique, ésotérique, étonnant, étranger, étrangeté, excentrique, exceptionnel, exotique, extraordinaire, extravagant, fantastique, inaccoutumé, inattendu, incohérent, incompréhensible, inconcevable, inconvenant, incroyable, indéfinissable, inexplicable, inhabituel, inouï, inquiétant, insolite, inusité, invraisemblable, louche, mystérieux, original, paradoxal, rare, rocambolesque, saugrenu, singulier, surprenant. (Dictionnaire des Synonymes) 8 « Chaque homme souhaite résoudre un mystère avant de mourir… » (Au-delà du Réel, série TV américaine des années 60) 10 La-mort@orange.fr C’était un soir comme les autres. Après avoir mangé un morceau dans une brasserie où tout le monde me connaissait, je rentrais chez moi relativement tôt. Une excellente raison à cela : j’étais en train d’écrire un nouveau livre. En fait, j’étais même sur le point de le terminer. Comme toujours dans ces cas, ma fébrilité augmentait à mesure que j’approchais de la fin. Ayant refermé la porte de mon appartement, j’ôtai la veste et entrai dans la pièce où je travaillais. Je m’arrêtai devant une étagère sur laquelle s’alignaient les six livres que j’avais déjà publiés. Sur les couvertures, mon nom : Patrick Dauthuille. Il ne fallait rien exagérer : je n’étais pas un best-seller international. Du moins mes livres existaient-ils. Et moi, je commençais à être plus ou moins connu, en tout cas dans certains milieux. Je rejoignis mon bureau et je m’assis devant l’ordinateur, en l’allumant. L’écran s’éclaira. Les notes, les papiers et les stylos traînaient un peu partout. Avant de reprendre le manuscrit en cours, je décidai de faire un tour sur la boîte électronique, pour vérifier si j’avais des messages. C’est à ce moment 11 que je fus surpris. En effet, à la place de l’habituelle et interminable liste de spams et publicités à laquelle j’étais malheureusement accoutumé, je trouvai un courriel. Un seul. Et l’expéditeur m’était totalement inconnu : la-mort@orange.fr. De qui pouvait-il s’agir ? J’ouvris le mél et je lus : « De : la-mort@orange.fr À : patrick.dauthuille@free.fr Objet : Message personnel Cher Monsieur, bonsoir. Tout d’abord, permettez-moi de me présenter. Je suis la Mort. En tout cas, c’est sous ce nom que vous me connaissez, puisque c’est ainsi que m’appellent les êtres humains. Je me trouve dans ce que vous nommez l’au-delà, et c’est d’ici que je vous écris. Vous avez parfaitement le droit de vous sentir étonné en me voyant m’adresser à vous à travers un email. Mais c’est que tout change, même pour moi. Comme tout le monde, et comme vous-même, je travaille désormais sur un matériel informatique. Pendant très longtemps, j’ai porté une longue robe noire et j’étais équipé d’une grande faux. C’est ainsi que j’essayais de faire mon ouvrage. On ne connaissait rien d’autre et il fallait bien s’arranger avec ça. Oh, ce ne sont pas forcément de mauvais souvenirs, loin de là. Mais je ne vous cacherai pas que ce n’était guère pratique. Avec ces méthodes archaïques, il m’était difficile d’assurer un service de qualité. À l’époque de Jean Cocteau, je passais à travers les miroirs, pour aller chercher mes clients. Ah, c’était le bon vieux temps ! Quelle poésie ! Il m’arrive de le regretter. 12 Enfin, ce qui est dit est dit : le monde a changé et j’ai dû changer aussi. Aujourd’hui, je suis totalement informatisé. J’utilise des fichiers électroniques, des disquettes, des CD-ROM, des DVD. L’ensemble des moyens modernes pour sauvegarder la liste de mes clients et repérer avec précision le moment où je dois les amener dans l’audelà. Et je me sers aussi d’Internet. Je possède maintenant mon site perso : www.la-mort.com. On y trouve toutes les rubriques possibles : la présentation de mes services, mon CV, mes news, un Livre d’Or et des liens vers les sites de mes amis. J’ai même ma propre newsletter : « La Mort Vous Informe ». Une lettre mensuelle dans laquelle je parle de mon actualité et qui compte dorénavant quelques centaines de milliers d’abonnés, bientôt des millions. Vous auriez pu vous abonner aussi, mais vous n’en aurez plus le temps. En effet, je crois qu’il serait temps d’en arriver au but de ce message. Monsieur Patrick Dauthuille, j’ai le regret de vous informer que votre tour est venu. J’ai consulté mon ordinateur et, sur l’écran, votre nom est apparu. Cela signifie que votre vie terrestre est terminée et que vous allez devoir rejoindre l’audelà. Bien sûr, je sais par avance que vous allez me poser les mêmes questions que tous les autres. Pourquoi moi ? Et pourquoi maintenant ? Eh bien, c’est vous, parce que votre heure a sonné. Demain, ce sera quelqu’un d’autre. Mais aujourd’hui, c’est vous qui êtes concerné. Et pourquoi aujourd’hui ? À dire vrai, je n’en sais trop rien et je ne l’ai jamais su. Quand le tour de quelqu’un est arrivé, on me prévient et je dois m’occuper de lui. Je n’ai jamais pu en savoir davantage. Ce matin, j’ai allumé l’ordinateur 13 et j’ai vu : « Patrick Dauthuille, écrivain ». C’est bien de vous qu’il s’agit, n’est-ce pas ? C’est donc à vous de rejoindre l’au-delà. Passons à l’aspect pratique de la chose. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais vous envoyer un messager pour vous prendre et vous amener ici. Surtout, n’ayez pas peur : depuis le temps, vous pensez bien que nous avons de l’expérience ! Nos prestations sont de bonne qualité. Simplement, pour faciliter l’opération, je vous demanderai de nous faire confiance et de ne pas vous énerver. D’autre part, essayez de ne pas trop vous encombrer : la plupart des objets que vous employez dans la vie terrestre s’avèrent inutiles ici. Je vous rassure : vous ne serez pas plus malheureux ici que dans votre monde actuel. Voilà quel était le sujet de mon courriel. Vous me voyez navré d’avoir été dans l’obligation de vous transmettre cette nouvelle. Mais ni vous ni moi n’y pouvons rien. J’attends votre réponse pour savoir si je peux vous envoyer mon employé. Cordialement La Mort ». Vous imaginez ma stupéfaction et ma consternation ! Je lus et relus plusieurs fois le message. Quand je fus certain d’avoir bien compris, je me levai. Comme un automate, j’allais jusqu’à la fenêtre. Au-dehors, j’apercevais les phares des voitures qui transperçaient la nuit et les gens qui marchaient sur le trottoir. Ils poursuivaient leur vie, indifférents, sans se douter de ce qui m’arrivait. Je réfléchis pendant une bonne demi-heure, en me 14 demandant ce que j’allais faire. Enfin, je me dis que je devrai bien répondre. Je m’installai donc à nouveau devant l’ordinateur et je tapai une réponse : « De : patrick.dauthuille@free.fr À : la-mort@orange.fr Objet : Re : Message Personnel Cher Monsieur (ou Chère Madame, je ne sais pas), bonsoir. Tout d’abord, je vous confirme que j’ai bien reçu votre message et je vous remercie de m’avoir écrit. Ensuite, je vous transmets ma réponse. Sur le sujet même de ce courriel, je n’ai rien à objecter. Je suis évidemment conscient que mon tour devait bien venir un jour ou l’autre, comme pour tout le monde. J’accepte donc cette éventualité. Cependant, je me dois de vous dire que le moment est particulièrement mal choisi ! En effet, ainsi que vous l’avez mentionné, je suis écrivain, et je me trouve actuellement sur le point de finir mon nouveau livre. Il serait terrible pour moi de m’en aller en laissant le manuscrit inachevé. En dehors de moi-même, ce livre est important pour mon éditeur et pour les lecteurs. Enfin, je veux espérer qu’il soit important pour les lecteurs. Sinon, j’aurais écrit pendant des années pour rien ! En conséquence, je me permets de vous demander un sursis, si cela était possible. Accordez-moi quelques jours pour finir mon ouvrage et l’expédier à mon éditeur. Après quoi, vous pourrez m’emmener, pour reprendre votre expression. C’est une faveur que je vous demande, et c’est absolument nécessaire. J’attends votre réponse. 15
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