Paroles perdues - Page 1 - test Louis MÖELLIC Paroles perdues Éditions Éditeur Indépendant 75008 Paris – 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions l’Éditeur Indépendant – 2007 ISBN : 978-2-35335-121-3 Dépôt légal : Septembre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. à Michèle à Pascale à Hervé à Alix à Gilles ERNY, ma gratitude Préface Dans sa Chronique III, Saint-John Perse « Grand âge, nous venons de toutes rives de la Notre race est antique, notre face est sans nom. temps en sait long sur tous les hommes que fûmes. ». Nombreux sont en effet ces hommes qui, des ans, ont vécu ou vivent encore en nous ! écrit: terre. Et le nous au fil Tour à tour leurs voix diverses se sont élevées et se sont tues, heurtant sans fin le même reflet, celui de l’âme dans le miroir des mots. Comme « rien ne s’achève en nos quotidiennes et brèves morts, la vague de l’oubli ne nous ramène, par connivence, qu’à l’illusion du renouveau ! » Jamais ne cesse de battre le rythme qui multiplie nos connaissances et nous expose à de fortuites renaissances. « Derrière nous notre sillage, devant nous le cap incertain du destin, et toujours la même voix, qui revient, d’ailleurs et d’autrefois, et qui va, portant l’élan de nos souffles d’ascendance ! » « Alors, l’arabesque de l’âme qui se cherche se perd en son flot intérieur comme en un trou de lumière ou s’engloutissent l’écume et la moire de nos jours. » 9 Au fil des ans, les mots et les idées s’enfuient pour ne laisser que les vestiges d’une époque révolue, celle où furent perdues nos paroles ! S’il est vrai que les signes nous découvrent les choses, s’il est vrai que le monde n’existe que par le langage qui l’organise, alors il y a, dans l’Être, un lieu qui subsiste de cette «vérité originelle de soi», un lieu qui, comme la langue unique et primitive, se clôt, sous l’érosion de la vie quotidienne, par la lente croissance de la complexité où la parole se perd. « Chaque chose perdue délie le goût de vivre ; et ce qui peut renaître ne semble ne le pouvoir qu’en un espace où l’éclair qui l’impose luit d’une lueur que les ténèbres couvaient en secret. » L’âge venu, l’idée s’impose d’un avenir chancelant ! S’impose aussi la tentation de rénover les chantiers en instance en ajoutant aux quelques pierres en place celles enfouies dans la poussière. Il nous faut revenir, en un dernier recours, à ce qui fut perdu, car « l’inconnu, toujours, chevauche nos plus grands souffles ; trop loin sont les premières îles solitaires, les premières grèves couvertes d’astres flamboyants où nous pourrions mourir en une apothéose » si, justement, ne s’étaient 10 perdues ces paroles dont la disparition nous expose au déclin. « Que pourrions-nous dire d’autre lorsque nos certitudes, conquises au loin d’une réalité qui s’épuise en gestes à la dérobée, brûlent encore de tant d’inutile sagesse » que nos pensées ne peuplent bientôt plus qu’un lieu voué au silence ? « Depuis un très long temps, je ne vois plus, pour avenir, qu’un déferlement d’images vers l’orient de mes souvenirs ! » …et c’est, au moment où s’effacent mes rêves, un dernier éclair vers l’autre rive de l’âme ! Et c’est là que, témoins d’un passé disparu, ces « paroles perdues » se sont assemblées comme s’assemblent les vestiges d’une errance lointaine pour se donner l’élan d’un souffle nouveau, mieux que renouvelé, impérieux parmi les entrelacs d’une création méditée. L.M. Besançon, le 21 juin 2007 11 PAROLES DITES SUR LE SEUIL 13 Parfois, vers l’intérieur, l’Être perd ses limites, et sa parole s’ouvre, pour un court instant, sur ce dont elle n’est bientôt plus qu’un sillage figé, une lointaine cicatrice L.M., 21 décembre 2006 15 I Sur un regard d’outre-songe allait le temps de l’ombre et du silence. Un souffle hésitant bruissait parfois comme un essor d’éphémères. Des tons blafards flottaient et se paraient de mille métamorphoses, mais rien ne t’enivrait, Voyageur, plus que ce délire d’une première aurore. Dans les halliers des souvenirs, les traces abandonnées de tous tes pas perdus te livraient à l’aventure d’une ardente parole, … et tu courus le rêve aux lisières de l’âme ! 17
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