Quand vient la nuit - Page 3 - test Hélène GILLOT Quand vient la nuit Édition Éditeur Indépendant 75008 Paris - 2007 3 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions Éditeur Indépendant – 2007 ISBN : 978-2-35335-138-1 Dépôt légal : Octobre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tout pays. 4 Une nuit de pleine lune, des chants se firent entendre dans la forêt, de longs murmures qui semblaient s’élever au-dessus des arbres. Des moines, revêtant de longues robes noires, se trouvaient en cercle autour d’un feu. Ils chantaient, les mains ouvertes en direction du ciel, leurs visages camouflés sous d’épaisses capuches et les flammes, au centre de cet étrange rassemblement, semblaient danser au son de leurs voix. La ronde s’ouvrit soudain, laissant apparaître deux autres prêtres qui soutenaient un jeune homme par les épaules. Le garçon était torse nu et des formes étranges avaient été dessinées sur sa poitrine. Il titubait péniblement, traînant les pieds à chacun de ses pas et sa tête dodelinait de gauche à droite tandis qu’il se laissait transporter docilement. Les deux moines l’emmenèrent jusqu’à une longue pierre plate sur laquelle ils le firent s’allonger. Le jeune homme n’offrit aucune résistance : il semblait totalement désorienté et avait beaucoup de mal à garder les yeux ouverts. L’injection d’une drogue, 7 particulièrement puissante, avait certainement eu raison de lui, mettant ainsi fin à ses désirs de fuite et à présent, tout ce qu’il voyait autour de lui avait l’aspect cotonneux d’un rêve. Un des moines, qui se trouvait aligné avec les autres, s’approcha de lui. Il était vêtu très différemment, signe qu’il devait être le chef de cette assemblée. Sa robe de cérémonie était rouge sombre, couverte des mêmes inscriptions que le torse du garçon, et de longues chaînes dorées pendaient à son cou. Il portait un long couteau à la ceinture, qu’il décrocha avec une infinie douceur et la lame de celui-ci se mit à briller à la lueur des flammes. Le grand prêtre commença alors à réciter des prières, totalement incompréhensibles, tandis qu’il levait sa dague au-dessus du corps de la victime : « … Bêl Zarack Baal Taragh, lugal anunnaku, nergal labos balsamun etemmu… » À sa dernière parole, il abattit l’arme sur le jeune homme et l’atteignit en pleine poitrine. Celui-ci laissa échapper un cri qui se termina en long râle d’agonie. Puis, ce fut le silence, les chants avaient cessé et l’homme gisait inerte, mais toujours vivant, un mince filet de sang s’échappant de ses lèvres et une tache écarlate se formant autour de la lame plantée en plein cœur. Le prêtre retira brutalement le couteau et la plaie se mit à saigner en un geyser puissant, recouvrant la stèle, ainsi qu’une partie de la robe du bourreau, de sang frais et sombre. Le jeune homme fut parcouru de derniers frissons puis 8 s’immobilisa enfin, tandis que tous les moines le regardaient sans sourciller. Le chef se retourna, ainsi maculé de sang, et fit face à l’assemblée en lançant triomphalement : « Gloire à lui ! » Les autres moines reprirent alors en écho : « Gloire à lui. Qu’il soit satisfait de notre offrande et nous revienne enfin. » Le corps fut remporté par les deux prêtres qui l’avaient déposé et les chants purent reprendre, tristes et bas au début, puis de plus en plus forts. Le chef leva les yeux au ciel et se mit à rire d’une manière démente, son visage et sa robe toujours couverts par le sang du sacrifice. 9 Chapitre premier Il referma la porte de son appartement. Tout était calme, la nuit commençait à tomber et, dans quelques minutes à peine, il n’y verrait plus rien. Zack traversa la pièce pour allumer la lampe et son petit salon s’illumina brusquement. Il était complètement épuisé, son travail le faisait rentrer tard et il avait l’impression de ne plus avoir un seul moment de répit. En vérité, travailler était quelque chose de tout nouveau pour lui, compte tenu qu’il n’avait aucun souvenir d’avoir fait quoi que ce soit avant ces trois dernières années. Sa femme, seule source de motivation dans cette nouvelle vie, l’avait incité à prendre ce poste afin qu’il puisse se reconstruire une existence. Il avait accepté, pensant se changer quelque peu les idées, mais à présent le cœur n’y était toujours pas. Il s’affala sur le canapé, ferma les yeux et resta quelques instants à écouter le silence. Il avait trouvé une place dans la seule usine de la ville et ses fonctions ne consistaient qu’à charger et décharger des cartons dans des camions de livraison. Ainsi, ses journées se déroulaient dans un bruit 11 comparable à celui d’un grand magasin en pleine période de Noël. Alors ce moment de calme, à présent, il le savourait comme quelque chose de très rare. La sonnerie du téléphone le fit sursauter, interrompant brutalement sa méditation : décidément, il ne pouvait jamais être tranquille ! Il alla décrocher, à contrecœur, mais personne ne répondit à l’autre bout du fil. Il entendait simplement la tonalité signalant que son interlocuteur avait raccroché. Pensif, il se retourna et regarda en direction de la fenêtre. Des flashs étranges lui parvinrent encore, émergeant des profondeurs de son esprit : des images floues, incompréhensibles mais violentes, qui lui martelèrent le crâne durant près d’une minute avant de s’évanouir totalement, ne lui laissant que la douloureuse sensation d’une migraine naissante. Depuis quelque temps, ces apparitions mentales devenaient de plus en plus régulières mais, même s’il sentait que la vérité sur son passé était très proche, il ne saisissait toujours pas le sens de ses visions. Sa femme avait mis son état sur le compte de la fatigue et du stress engendrés par son travail, mais il percevait, chaque fois, toute la violence et la puissance qui accompagnaient ces images et devinait qu’il s’agissait de bien plus qu’une simple fatigue. Il reposa le combiné sur son socle et s’avança vers la vitre. Il n’y avait personne dehors et il faisait nuit noire à présent. Il pouvait voir, à la lueur des réverbères du coin de la rue, des gens se hâter de rentrer chez eux, un chien vagabondait seul en 12 fouillant les poubelles et, au loin, une sirène de pompier retentit. Puis, ce fut tout. La rue se retrouva vide, sans un bruit, sans passage, mis à part ce pauvre chien qui cherchait toujours son repas du soir. Il faisait déjà grand jour lorsqu’il s’éveilla et les rayons du soleil, passant à travers la grande fenêtre, vinrent lui chatouiller le visage. Cette douce chaleur lui fit oublier, durant quelques instants, la douleur lancinante qui naissait dans ses membres. Les yeux toujours clos, il tendit la main vers le corps de sa femme, qui dormait à ses côtés, et lui toucha le bras. Celle-ci ne réagit pas, même lorsqu’il lui prit gentiment la main pour la lui serrer affectueusement. Il se tourna alors vers elle, ses doigts étaient glacés et son visage, dirigé vers l’autre côté du lit, semblait contempler l’armoire de leur chambre. Zack caressa la joue de sa femme et la força à le regarder. C’est alors qu’il put voir que ses yeux étaient grands ouverts et qu’une fine goutte de sang perlait au coin de sa bouche. Il eu un brusque mouvement de recul et retira vivement sa main, avant de soulever les draps pour découvrir que l’abdomen de la jeune femme n’était plus qu’un amas de chair ensanglantée. Son ventre avait été lacéré, laissant s’échapper une partie de ses intestins, et le sang, à présent noirâtre, poissait sa chemise de nuit rose ainsi que les draps. Zack resta transi de stupeur durant quelques secondes puis remarqua le sang qui souillait ses propres mains. Il se réveilla alors en 13 sursaut dans le salon, la respiration haletante et le front ruisselant de sueur. Ce n’était pas la première fois, depuis ces dernières semaines, qu’il faisait ce genre de cauchemars et, comme chacune des fois, une migraine fulgurante s’ensuivit. Il s’était endormi, cédant à la fatigue qu’il avait accumulée et à présent, il se retrouvait allongé sur le canapé, maladroitement installé et encore tout habillé. L’homme vivait dans un petit trois-pièces des quartiers calmes d’une petite ville nommée Mirandaville. La porte d’entrée donnait directement sur un salon, assez simple mais spacieux, contenant un canapé, un fauteuil et une table basse devant la petite télé. Dans un coin de la pièce se trouvaient une bibliothèque, surchargée de livres et d’une collection de bibelots en porcelaine, et également un petit meuble de téléphone surmonté d’une lampe à abat-jour bleue. Les murs étaient blancs et ne contenaient quasiment aucune décoration pour donner à la pièce un effet plus large. L’un des murs comportait, tout de même, une grande baie vitrée qui apportait une formidable clarté à la pièce. La cuisine, à droite du salon, était, par contre, minuscule et conçue tout en longueur. Il y avait tout juste la place de mettre une petite table et deux chaises afin de prendre les repas. Un couloir, assez sombre, menait à la salle de bain et aux deux chambres, celle de Zack et de sa femme et l’autre, celle de leur fils. 14 Zack se leva et tituba en direction de la cuisine, jetant au passage un rapide coup d’œil dans la grande glace du couloir : il ressemblait à un vieil emballage chiffonné, avec ses vêtements de la veille. Il retira nerveusement sa chemise, la roula en boule et la lança rageusement à travers la pièce. L’homme entreprit tout de même de se faire un café, espérant que celui-ci l’aiderait à sortir de sa léthargie, et resta assis un long moment à contempler un paquet de céréales abandonné sur la table de la cuisine depuis plus de deux jours. Il se rendit alors compte qu’il n’avait même pas eu le courage de le remettre à sa place dans le placard. Sa femme était partie rendre visite à sa famille, en début de semaine, emmenant avec elle leur fils. Elle lui avait laissé l’appartement pendant ces quelques jours, consciente que, lorsqu’elle rentrerait, tout serait sens dessus dessous. « Au fait, quand rentrait-elle au juste ? Elle aurait normalement dû appeler. La vieille doche lui aura certainement encore monté la tête pour la faire rester plus longtemps. » Pensa-t-il, en tournant inlassablement sa cuillère dans son café. De toute manière, ses beaux-parents n’avaient jamais compris pourquoi elle l’avait épousé et la première fois qu’il avait accepté de les rencontrer, les choses avaient été on ne peut plus claires : ils ne l’aimaient pas et il ne les aimerait jamais non plus. Depuis lors, et à son grand soulagement, sa bellefamille n’avait jamais émis le souhait de le revoir et, du moment que tout se passait bien avec le bébé, il s’en fichait totalement. La seule chose qui l’énervait 15
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