Parle, dis-moi, ma soeur, ce qu'ont fait de toi les hommes de ton pays - Page 1 - test Parle, dis-moi, ma sœur, ce qu’ont fait de toi les hommes de ton pays 3 Rachid Ezziane Parle, dis-moi, ma sœur, ce qu’ont fait de toi les hommes de ton pays Nouvelles Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1191-4 Dépôt légal : Mai 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 À Nadia Pour son courage Son amour pour la vie Et tout ce qui fait le bonheur d’une femme 9 PREFACE En lisant l’ouvrage « dis-moi ma sœur ce qu’ont fait de toi les hommes de ton pays », des larmes chaudes ont coulées le long de mes joues, et j’ai ressenti un gros pincement au cœur !…. J’ai moi-même vécue en Algérie pendant 35 ans, où je suis née. Mon père n’était pas facile. Il était très dur dans son éducation. Pour lui une fille n’avait aucun droit. « Femme, disait-il à ma mère, tu m’as fait trois filles, et sache que même s’il faut que tu ailles jusqu’à douze, il me faut le garçon !…. » Je suis arrivée non sans peine à le convaincre de me permettre de faire des études universitaires. J’avais même signé un pacte avec lui : je n’adresserai jamais la parole à un garçon, ni oserai en faire un ami. « Je serai pudique, papa, et je te promets l’honneur et le zèle ! » Lui dis-je. J’ai réussi par la grâce de Dieu à décrocher en 1988 à l’âge de 24 ans un diplôme de doctorat en médecine. Durant ces années là, j’ai entendu des femmes hurler leur désespoir dans la salle d’accouchement où elles venaient de mettre une fille 11 au monde au lieu d’un fils désiré. Certaines d’entres elles suppliaient, appelaient la mort sur leur fille ou sur elle-même On pouvait voir la détresse d’une mère qui venait de mettre au monde sa semblable. Aujourd’hui, je vis en France. J’ai ouvert les yeux. Je suis une femme révoltée car nous devons toujours, et même à l’heure actuelle, garantir, préserver et prouver l’honneur à nos pères, nos frères, aux maris. Oui, à leurs yeux, nous sommes l’insuffisance, l’impuissance, l’infériorité, la honte… nous sommes un délit ! Toute tentation d’acte sexuel par l’homme avant le mariage relève de notre faute. Nous sommes la culpabilité en personne, puisqu’on crée le désir – J’ai envie de crier, de faire appel à toutes les femmes musulmanes ou non, et aux mères, leur faire prendre conscience que le temps de l’humiliation et de l’aliénation est révolu. Mon souhait le plus sincère, c’est qu’à travers cet ouvrage l’accent aura été mis sur une réalité incontournable : « Les femmes portent la vie, donnent la vie et respectent la vie ! » Alors, respectons-les… NADIA TAMENE 12 Avant-propos Sur les traces des femmes de mon pays, aux yeux tristes, je suis parti. Et c’est dans le fond de leurs yeux que j’ai décelé les choses non dites ; jamais dites. Sur les traces des femmes qui vivent dans le pays des phallocrates, je suis parti. Et point de femmes, je n’ai trouvé. Seuls les regards disaient la chose subie. Et je suis rentré dans le bleu, le noir, le vert et dans toutes les autres couleurs que portent les yeux des femmes de mon pays. Mais pour aller au-delà du bleu, du vert ou du noir, je devais les apprivoiser ces regards. Les aimer. Les écouter, car ils me parlaient. Ils m’ont toujours parlé les yeux des femmes de mon pays. Combien de cris, j’en ai entendu. Combien d’appels, et combien « des vouloir changer, fuir ou mourir » restèrent larmes mortes. Regards évasifs. Prières. Dans chaque regard, je lisais une histoire. Des histoires. Et elles m’ont tout dit. Des peines aux secrets. Je les donne telles quelles. 13 La nuisette tachée de sang “Il prit le temps de contempler son bien. Sa proie. Elle était toute petite. Toute petite. On dirait une cuisse de poulet.” 15 Il poussa la porte. Son ombre se projeta dans la pièce. Il était grand. Il portait un costume noir. La veste, trop serrée, la chemise ouverte jusqu’au troisième bouton. En voyant cette silhouette lui barrer la vue, Maïssa crut voir son frère. Son frère qui n’avait jamais cessé de la tabasser depuis qu’elle était toute petite. Elle frissonna en voyant ce mastodonte s’approcher d’elle. Il enleva sa veste, l’accrocha à la fenêtre et revint. Au dehors, les femmes restaient collées à la porte, à l’écoute de la moindre parole, soupir ou cri de douleur. Elles attendront jusqu’à la fin. Il faisait chaud dans la pièce. Trop chaud. La robe de noce l’étouffait. C’était sa mère qui l’avait habillée, en prenant tout le soin pour la rendre belle, Surtout pour la première nuit. Car la première nuit comptait. Car tout peut arriver la première nuit. Maïssa devait agir prudemment. Elle devait faire attention pour ne pas brusquer son homme. Sait-on jamais ! Devant la porte de la chambre les youyous donnaient envie de vomir à la petite Maïssa. Ces cris presque inhumains, venus d’un passé si lointain, si primitif, la rendaient anxieuse et lui faisaient surtout 17 peur. Car ces cris de femmes en délire donnaient le signal à la bête pour foncer sur sa proie. Elle sût que c’était le moment. Elle devait être consentante, docile ; surtout se montrer digne de la lignée des femmes pures. « Attention, lui avait dit sa mère, tout se joue la première nuit. Aide ton mari à s’approcher de toi. Aide-le aussi au moment propice. Et ne nous déshonore pas ma fille. Je sais que tu as été toujours gentille et obéissante. Alors, ma fille, je te supplie d’être à la hauteur de l’honneur de la famille, et n’oublie pas ton père qui veut ton bonheur. » La sueur lui coulait sur le front, ruisselait le long de sa poitrine pour aller mourir entre ses jambes qu’elle tenait serrées, l’une sur l’autre. Elle n’osait pas relever sa tête pour voir son visage. Elle avait peur de croiser ses yeux, elle en avait, déjà, au premier coup d’œil, décelé quelque chose d’horrible. L’autre, celui qui allait devenir son mari, à partir de cette nuit, restait debout au milieu de la pièce, les jambes écartées, comme quelqu’un qui dominait une plaine pardessus un rocher. La braguette prête à dégainer. Enfin ! Il allait posséder cette chose si convoitée. Elle était là, devant lui ; pour lui seul. Il en ferait ce qu’il voudra. Et c’était pour tout le restant de sa vie. Il prit le temps de contempler son bien. Sa proie. Elle était toute petite. Toute petite. On dirait une cuisse de poulet. Il n’avait pas de temps à perdre. Les amis et les cousins l’attendaient dehors. Il ne devait pas s’attarder beaucoup sur la chose. Et il se souvint d’un ami qui avait tardé de sortir – et qu’on avait dit de lui 18
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