L'enfer du silence - Page 1 - test L’enfer du silence 3 Elisa Sauvage L’enfer du silence Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0488-6 Dépôt légal : Janvier 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Depuis plus de dix ans, à force de ressasser les mêmes souvenirs sans jamais pouvoir oublier, je ne sais plus si je dois rire ou bien pleurer. Il est venu, je crois, le temps pour moi de vous écrire ces quelques lignes, ces quelques maux que j’aurais tant voulu vous dire. Je vous les livre simplement, elles sont écrites avec mes mots, avec mes tripes, avec mon cœur. Je vous laisse juge maintenant, à vous d’en rire ou d’en pleurer. A mes chers enfants… A vous tous, parents, médecins, amis… qui, d’une façon ou d’une autre, avez vécu un petit bout de cette histoire… 1. Le coup de fil Hiver 1995, dans un quartier résidentiel et paisible de la région ardennaise, le mois de décembre a apporté avec lui le froid et ces soirées maussades qui incitent chacun à rester bien au chaud, calfeutré dans son foyer. David et moi venons de fêter notre premier anniversaire de mariage. Un an auparavant, en voyage de noces, nous dévalions les pistes de ski comme des fous, insouciants et ignorant tout du danger. Aujourd’hui, notre vie s’apprête à basculer. Un nouveau lien se tisse entre nous, resserrant chaque jour ses mailles un peu plus fort. Bientôt, notre amour va se concrétiser davantage en réalisant un des plus grands rêves de ma vie : je vais être MAMAN. Je ne sais pas encore si je mesure bien l’ampleur et la place que ce petit être va prendre dans notre existence, mais je vis cette attente de façon sereine et harmonieuse. Je me sens tout simplement comblée ! Déjà, je me sens mère, du plus profond de mon cœur, de mes tripes, de mes entrailles, je ressens ce 13 don d’amour gratuit comme un besoin vital. Et qui d’autre qu’un enfant – mon enfant – serait plus réceptif à cet amour ? David, quant à lui, est beaucoup plus réservé. Mon ventre rond le laisse plutôt sceptique et dubitatif. J’ai parfois l’impression de voir en lui un enfant coupable qui se demande s’il a eu raison ou tort d’accomplir ce qu’il a fait. Physiquement, il trouve ça plutôt moche une femme enceinte… et intérieurement, et bien lui, il ne ressent rien ! Alors vivement qu’on en finisse d’attendre ! Mais mon cœur de femme, de mère, fond devant ses airs hébétés et je m’empresse de rassurer mon grand enfant : – Tu verras, lui dis-je, fais-moi confiance, tout ira bien. * * * – Madame S. ? Le téléphone vient de sonner et bien qu’un peu surprise par l’heure tardive, je me suis levée pour décrocher le combiné. – Madame S. ? Reprend l’interlocuteur. – Oui. Ah… Bonsoir Docteur. Je reconnais à l’autre bout du fil la voix du Docteur R., mon gynécologue. Je viens d’entamer mon neuvième mois de grossesse, une grossesse sans histoire, et hormis ces fichues nausées du premier trimestre, on pourrait la qualifier de presque parfaite. Alors pourquoi cet appel de mon médecin si tard dans la soirée ? 14 – Madame S., je suis embêté… Rassurez-vous, s’empresse-t-il de me dire, il s’agit certainement d’une erreur de laboratoire, mais vos plaquettes sanguines sont un peu basses. J’aimerais qu’on refasse un contrôle rapidement. A cet instant, mon sang n’a fait qu’un tour, inondant mon cerveau de mille questions, réflexions, angoisses et déchargeant en moi une bonne dose d’adrénaline. Infirmière de formation, j’en savais déjà trop : Plaquettes sanguines = éléments nécessaires à la coagulation ; trop peu de plaquettes = HEMORRAGIE ! CQFD, mon esprit mathématique l’a bien compris, les dés sont jetés, les événements risquent de se compliquer. – Bien Docteur, je passerai donc demain, ai-je répondu telle un automate. Dans un dernier soupir avant de raccrocher le téléphone, je questionne le Docteur R. sur mon taux de plaquettes. – 80.000, me répond-il calmement. Je sais que la normale se situe entre 150.000 et 400.000… En effet, pas besoin de calcul savant pour me rendre compte qu’il ne m’en reste pas des masses. Le sang glacé, les membres engourdis par la nouvelle aussi déroutante qu’inattendue, je crois un moment que mon cœur va s’arrêter de battre. J’en perds les mots. « A l’autre bout du fil… Un silence angoissé » Mais bien vite, un léger tressaillement dans mon ventre me rappelle à la vie. Oui, ce petit être déjà si cher qui grandit en moi a besoin de sa maman. 15
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