Semailles Et Pagaille - Page 2 - test Laurence POURIEUX Semailles Et Pagaille Autobiographie Editions Editeur Indépendant 75008 Paris – 2006 2 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions Editeur Indépendant – 2006 ISBN : 2-35335-040-2 Dépôt légal : Décembre 2006 3 Ce livre, je le dédie à Alain, mon mari depuis 27 ans. Je l’écris sous mon nom de jeune fille par respect pour mon mari et mes enfants. Les prénoms sont, quant à eux, bien réels. Ceux qui me connaissent me reconnaîtront, les autres me découvriront à la lecture de mon histoire. 4 Prologue Un lit d’hôpital en ce mois de juin 2004, pour calmer un peu les douleurs. Un rayon de soleil à travers la fenêtre. Des roses rouges pour du baume au cœur. Du papier pour écrire, pour se confier, pour écouter son corps et raconter. Et du temps, du silence, des pensées, des souvenirs et des envies… A l’origine, une bande de copines, un atelier d’écriture, des souvenirs plein la tête, un besoin de parler, une envie de dire, de vous faire partager notre pays et un livre commun est né De l’encre dans la prairie. 5 Mais l’aventure n’est pas finie, le virus de l’écriture s’est incrusté et devient pour moi un besoin et une thérapie. Une thérapie du cœur, de la tension, mais aussi une thérapie pour s’ouvrir aux autres et tenter de comprendre pourquoi le destin vous frappe si sournoisement et que la maladie vous ôte tout espoir de vie normale! Pourquoi la vie a-t-elle décidé de me jouer de vilains tours ? Pourquoi après tant d’années heureuses, je me retrouve freinée dans mon élan? Pourquoi moi? Tant de questions sans réponses! Tant d’idées noires dans la tête! Mais tant de joies encore espérées! Cette année, mes jambes ont décidé de partir et de laisser la place au fauteuil roulant, moyen heureusement bien pratique pour se déplacer, mais quand vous êtes dedans, tous vos souvenirs remontent à la surface et ne plus marcher comme avant devient un enfer! Ne plus sentir l’herbe sous vos pieds, ne plus courir avec votre chien, ne plus partager de longues promenades avec vos amis et votre famille, et surtout ne plus jouer avec vos enfants. Se retrouver avec cette impression de néant, d’inutilité, de dénuement face aux obstacles à franchir, voire de honte 6 d’être devenue une maman handicapée, à la demande perpétuelle d’aide et de réconfort! Ne serait-ce pas le rôle inverse qui aurait dû perdurer? Avoir élevé quatre enfants avec des joies immenses à partager et des soucis énormes à gérer, mais une vie remplie de bonheur et de souvenirs... Aussi loin que remonte ma mémoire, mon chemin fut caillouteux, mais je l’ai toujours parcouru du mieux possible jusqu’à l’annonce de ma maladie le 10 août 2000: la SEP! Dernière année du XXème siècle mais aussi dernière année de mon apparence normale, car devenir handicapée et subir le regard des autres est pour moi devenu insupportable, mon apparence extérieure n’est plus aux normes même si le dedans n’a pas changé! Le ciel bleu est devenu bien gris et la tempête menace tous les jours! Le soleil apparaît bien timide dans ce ciel tourmenté! Je dédie ces quelques lignes à toutes ces mères courage, frappées et rongées par ce mal incurable, invisible, et que seuls les regards et l’amour de nos enfants et de notre conjoint peuvent nous faire un instant oublier… Voir passer dans la rue des gens bien portants, marchant allègrement seuls ou en famille, circulant à bicyclette, en voiture ou pratiquant le jogging, et penser que plus jamais vous ne connaîtrez ces moments de liberté : juste votre fauteuil et quelques moments d’évasion… 7 Fatiguée, toujours fatiguée, le moindre effort et tout s’écroule… Faire un gâteau pour vos enfants avec un tel plaisir mais qui demande tant d’efforts de concentration pour le réussir, et rester debout, ne pas vaciller pour travailler au bon niveau car les cuisines ne sont pas adaptées en hauteur! Aspirateur, balai, vitres, poussières, lavage, repassage, lits, rangements, tant d’actes de maman si simples et si durs à la fois. Le temps, il faut du temps et du courage pour combattre cette bête qui nous ronge, mais ne pas lâcher prise, continuer le mieux possible, se faire aider aussi quand les forces ont disparus… Une entreprise à gérer, tant de papiers à rédiger, à classer, tant de tension à subir mais il ne faut pas abandonner! Tant de travail depuis 25 ans, je ne peux pas ne pas rester, ne pas partager. Il faut transmettre à nos enfants notre outil de travail, sain et viable! Réussir au moins ce défi-là, même si cela me demande des efforts considérables. Cette entreprise, nous l’avons créée à force de persévérances, de travail, de sueur, de journées entières de labeur, mais avec amour et confiance. Construire, n’est-ce pas un des plus beaux actes de la vie? Et réussir à faire perdurer cette entreprise malgré les aléas de la vie, pour la transmettre à vos fils afin qu’ils continuent votre chemin, n’est-ce pas merveilleux? 8 Femme de paysan depuis 25 ans mais fille de la ville pendant 20 ans, personne n’aurait pu prédire mon chemin vert! Personne ne pouvait m’annoncer que mon pays de cœur et de vie serait celui que j’ai choisi en me mariant. J’ai surpris bien du monde à l’époque, j’ai fait parler beaucoup de langues mais personne ne connaissait ma ténacité à réussir ce que j’entreprenais! Voici mon histoire. 9 1. Insouciance et jeunesse Il y a 45 ans naissait une petite fille, deuxième enfant d’un couple parisien d’ingénieurs chimistes, déjà frappé par le malheur sept ans auparavant en perdant leur premier enfant âgé de trois jours! Mais je suis arrivée et le bonheur est revenu, puis ont suivi l’année d’après une petite sœur, un an après un petit frère, et encore neuf ans plus tard un autre petit garçon! Toute une petite famille à nourrir, à élever, à aimer. Nous avons été heureux jusqu’à cet été de 1973 où mon père a commencé à être malade. Des résultats d’examens cliniques ont suivi et le verdict est tombé: cancer de la gorge! Mon père n’avait pas 50 ans et il n’avait plus qu’un an à vivre. 10 Cette année-là fut un cauchemar pour ma mère entre les hôpitaux, les maisons de convalescence, les retours au foyer bien difficiles à supporter, ses enfants encore bien jeunes pour tout comprendre. J’étais l’aînée et je n’avais que 14 ans! Et puis ce fut la fin, en décembre 1974 : il avait 50 ans, j’en avais 15. Un horrible souvenir qui me hante encore, un père qui vous abandonne avec les pires souffrances au moment le plus important pour une jeune fille: l’adolescence! Il me reste sa dernière lettre, si belle, et si pleine d’amour et de confiance pour son aînée… Elle est précieusement rangée. Puis la vie a repris, il nous restait beaucoup de chemin à parcourir et maman nous a accompagnés du mieux qu’elle a pu, du mieux qu’elle a cru… Pour nous, les deux filles, un peu plus de liberté ne nous aurait pas déplu, moins de restrictions vis-à-vis des copines, mais on faisait avec! Nous avons tous passé le baccalauréat, nous avons tous fait des études supérieures, et nous lui avons tous prouvé notre acharnement à nous en sortir pour qu’elle soit fière de nous! De ma scolarité au primaire, il ne me reste que peu de souvenirs. A l’époque, nous vivions en appartement et j’allais à l’école du Guichet à Orsay. Je me souviens simplement d’un samedi où maman était venue nous chercher à la sortie de l’école avec sa Dauphine et s’aperçoit que la voiture prend feu avec ses trois enfants à bord. 11
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