En bonne et due forme ! - Page 1 - test Emmanuelle Nuncq En bonne et due forme ! Roman au principe formel révolutionnaire Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2009 ISBN : 978-2-35607-610-6 Dépôt légal : Janvier 2009 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Robin Elise 22 rue des Noyers Le Clos des Mazurets 75000 Paris Paris, le 17 août 2008 Objet : Captation de l’intérêt du lecteur Madame, Monsieur, Si je m’adresse à vous aujourd’hui, c’est pour essayer d’intégrer l’espace de votre cerveau attiré par la curiosité et tenter d’expliquer ma démarche littéraire. En effet je souhaite expliquer au monde entier la façon, s’il en est une, de lire les lignes qui vont se présenter à vos yeux. Je possède une imagination débordante qu’il m’a fallu canaliser, et cela d’une manière tout à fait difficile. En effet j’adore tous les styles littéraires et n’ai pu en choisir un seul pour écrire le chef d’œuvre que vous allez avoir sous les yeux, aussi je les ai tous testés. C’est pourquoi chaque chapitre de mon histoire est si différent de celui qui le précède et peut se lire indifféremment des autres, tout en sachant que l’histoire forme un tout. J’espère pouvoir vous apporter de la nouveauté, bien que je sache parfaitement que la lecture est un plaisir futile et non un besoin (sinon pour certains dont je fais, hélas, partie.) 7 Voilà pourquoi j’espère, Madame, Monsieur, que vous m’accorderez toute votre attention. Vous trouverez dans le C.V. ci-joint toutes les informations me concernant, et dont vous pourriez avoir besoin pour me comprendre. En restant à votre entière disposition, veuillez accepter, Madame, Monsieur, l’expression de mes sentiments littéraires les plus distingués. Elise Robin 8 Robin Elise Née le 17 août 1984 22 rue des noyers Le Clos des Mazurets *** Célibataire +33.83.25.22.15 +33.10.92.43.36 robin.elise@wanadoo.fr Expérience professionnelle • 2002/2006 : Bibliothécaire à la Médiathèque Municipale de *** Diplômes • Baccalauréat général littéraire • DEUG de lettres modernes • DUT métiers du livre option bibliothèque • Licence de lettres modernes option documentation • Master de lettres modernes Langues • Anglais : couramment • Italien : couramment • Allemand : couramment • Latin et grec : niveau Licence 9 Informatique • Word • Excel • Internet • Logiciels de bibliothèque Loisirs • Arts Plastiques • Lecture, Ecriture • Théâtre (huit ans dans des troupes amateurs) • Cinéma 10 Chapitre I : « L’inévitable passage de descriptions » La bibliothèque municipale était dans la ville de *** un des rares bâtiments du XVIIIe siècle encore existant en ces temps de reconstruction forcenée. Elle avait été bâtie sous le règne de Louis XV par le roi de Pologne et duc de Lorraine Stanislas Leszczynski, à l’époque où il vivait dans cette ville et cherchait à la faire rayonner. Mais aujourd’hui seule la façade de la bibliothèque rappelait encore ces temps glorieux où le savoir était mis en avant et promu comme vertu suprême. Seulement, cette façade n’avait jamais été rénovée depuis deux siècles. Des coulures de pollution noire descendaient en s’élargissant, telle une lèpre corrompant tout sur son passage. Les moulures étaient si érodées que l’on ne reconnaissait plus l’objet de leurs représentations. Etait-ce autrefois des visages ou des feuilles d’acanthe qui surplombaient les fenêtres aux larges encadrures de pierre ? Audessus des trois portes toutefois, ces moulures travaillées avaient mieux conservé leurs détails, et c’était un visage de muse qui accueillait les visiteurs à l’entrée principale. Les marches étaient si usées, la 11 porte tant de fois avait été ouverte et refermée, qu’elle semblait posée de guingois et que le verrou ne jouait plus. On avait dû d’ailleurs poser une autre serrure, au demeurant trop moderne, au-dessus de l’ancienne qui ne servait plus et semblait une cicatrice douloureuse. Mais si la façade n’avait que peu changé depuis deux siècles, l’intérieur, lui, avait été refait plusieurs fois, excepté la salle de lecture où les hautes étagères, appartenant autrefois à un couvent, étaient des pièces rares et massives qui ne pouvaient être déplacées ou détruites. Il résultait de ce fait un contraste saisissant entre les éléments anciens et modernes, contraste accentué par les couleurs criardes dont avaient été repeints les murs lors de la dernière réfection qui datait d’au moins vingt ans. C’était des verts pomme, des oranges et des jaunes, des bleus céruléens qui ne s’accordaient même pas entre eux. Ce bâtiment singulier était fait de quatre étages consacrés chacun à des catégories de livres différentes. Le deuxième était entièrement dédié à la littérature pour enfants et l’on pouvait y voir ça et là des jouets et des meubles miniatures. * * * Six heures du mat’. Le réveil se met en route. Encore ces crachouillis de radio qui me font sursauter. Quand est-ce que je penserai enfin à mettre un CD dans cette fichue machine qui est sensée me réveiller en douceur ? J’ai des frissons. Comme je déteste ce moment entre le rêve et le réveil, où l’on essaye de rattraper ces sensations agréables qui vous fuient plus vous croyez les approcher… Où sont 12 passés mon château hanté et la chaleur de mon lit ? J’ai l’impression d’avoir des écailles sur les yeux. Je déteste les petits matins frileux d’hiver, où les seuls oiseaux qui me réveillent sont les corbacs du parking d’à côté venus picorer les restes des visiteurs du cinéma. Je déteste me lever quand il fait encore nuit dehors. Mais donnez-moi une seule bonne raison de ne pas rester sous ma couette ! Il reste des crêpes d’hier soir pour le petit déj’. Cool. Je sors un pied. Oui mais cet aprèm’, c’est mercredi après-midi. Le jour le pire de la semaine. Moins cool. Je rentre mon pied. Moi, le matin à six heures, je déteste presque tout, sauf d’essayer de rattraper des bouts de mon rêve. Bon, là c’est sûr, je suis bien réveillée, mon château est loin de moi, d’ailleurs je ne me souviens même plus de quelle couleur il était. Je devrais noter tout ça, mes rêves, sur un carnet, peut-être que ça me servirait un jour. Peut-être… Je jette la couette sur le côté, le froid me forcera à me bouger. C’est parti pour une nouvelle journée dans ce monde glacial, gris et moche. 13
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