Quartier de sable - Page 1 - test Laurence LACROIX et Jacky WOLFARTH Quartier de sable Roman Editions Editeur Indépendant 75008 Paris – 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1 juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. er © Editions Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 : 2-35335- 084-4 ISBN 13 : 978-2-35335- 084-1 Dépôt légal : Mai 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. Quartier de sable * Le mot « Touareg » aurait une origine arabe. Il serait le pluriel de « Targui ». « Touareg » étant déjà un pluriel, lui ajouter un « s » n’aurait donc pas de sens. Le féminiser n’en aurait pas davantage. Certains auteurs, pourtant, considèrent que le mot étant entré dans la langue française, il doit aujourd’hui s’accorder en conséquence. Il s’agit de choisir sa position : nous choisissons ici de ne pas accorder le mot « Touareg », de le garder invariable et d’utiliser son singulier « Targui » et son féminin « Targuia ». 7 PROLOGUE La chape de nuages gris déverse de violentes giboulées qui fouettent le pare-brise de ma vieille 2 CV. La chaussée est certainement glissante et sur la route à deux voies, la circulation est intense. Chaque voiture qui me double fait dangereusement balancer ma pauvre automobile. Mais tout cela est comme un mirage autour de moi. Je ne vois et je n’entends plus rien de ce qui m’entoure. Comme dans un dernier élan de lucidité avant l’inévitable accident, je m’arrête soudainement sur le bas côté accompagné par les furieux coups de Klaxon des automobilistes qui me suivaient. Je reste là, les bras appuyés sur le volant, fixant les phares des voitures qui me croisent en soulevant des tonnes d’eau. Je reste là, comme hypnotisé, comme si tout s’était soudain arrêté. Des fragments de phrases se bousculent dans ma pauvre tête jusqu’à m’en faire chavirer ! Tout a en fait commencé ce matin… 9 * Premier mai, jour férié et chômé pour tous les salariés, je réceptionne pour ma part un fax de mon agence. Mon « chef » souhaite que j’aille couvrir le vernissage de l’exposition «Réalités africaines» à Strasbourg. Beau cadeau en ce début de journée printanière ! Et me voilà au milieu de la foule : l’adjointe au maire, le conseiller général et les représentants du monde associatif local, côtoient les visiteurs attirés par le champagne et les petits fours. La salle d’exposition, habituellement sobre, revêt une allure chaleureuse : les masques initiatiques, les pagnes colorés, les fétiches à l’air menaçant, les palmiers… donnent à cette galerie une apparence que j’imagine être celle de l’Afrique… « Une Afrique que l’on nous montre dans des documentaires télévisés, derrière un écran lisse et froid, nous tenant à l’abri de la chaleur, de la lèpre, de la corruption, des odeurs de pourriture et des mouches ! » Cette phrase éclate dans ma tête comme une rupture. C’est mon ami d’enfance, Nicolas, qui me l’avait écrite du continent africain, au tout début de son séjour. Il y a si longtemps… La chaleur redouble au point de devenir insupportable durant les discours des officiels. Tous ces Bons Hommes et ces Gentes Dames reconnaissent unanimement le bienfondé de la manifestation. En définitive, tout le monde sait qu’ils s’en contrefichent et pensent plutôt à leur week-end, leurs enfants, leur estomac qui grogne ou l’image positive qu’ils peuvent bien renvoyer en se tenant là, théâtraux et 10 souriants. Je profite du pot qui attire généralement les convives vers le buffet pour refaire un dernier tour de l’exposition. Au fond de la salle, est dressée une tente en peau de chèvre. Juste devant, une jeune fille, assise en tailleur à même le sol, explique à un groupe d’enfants un jeu de stratégie se déroulant dans le sable. D’abord facile, le jeu devient rapidement plus complexe au point de lasser les jeunes joueurs plutôt attirés par le jus d’orange servi au buffet. Je reste donc seul, accroupi face à la jeune fille. D’un revers de la main, elle efface les traces du jeu terminé. Après un moment d’hésitation, je m’adresse à elle : — Comment avez-vous appris ces jeux ? Toujours assise devant le bac à sable qui lui sert de terrain de jeu, elle répond : — Ce sont les Touareg qui me les ont enseignés ! — Vous connaissez ce peuple ? — Est-ce que je connais ce peuple ? Elle semble s’interroger, sourit, puis reprend la parole : — Je ne crois pas, non… Mais je reviens d’un séjour de six mois durant lequel j’ai vécu avec ces nomades, au Niger, pour faire mon mémoire de fin d’études d’ethnologie ! Je me hasarde alors à poser la question qui me brûle les lèvres depuis le début de la courte conversation : — Le Niger ! Quand vous étiez là-bas, avez-vous rencontré un Alsacien nommé Nicolas Schaller ? La jeune fille me regarde et sourit gentiment de ma bêtise : — Saviez-vous que le Niger est un immense territoire 11 désertique qui fait quatre fois la France ? — Oui, je sais ! dis-je, pour excuser ma naïveté. Elle semble sincèrement ennuyée de m’avoir mis dans cette position de gêne : — Je me moque de vous… J’ai tort. Rien n’est impossible dans le désert et le téléphone targui est stupéfiant d’efficacité ! Encouragé par cette humilité, je poursuis mon interrogatoire tout en m’asseyant près d’elle : — Vous comprenez, j’attends des nouvelles de cet ami d’enfance qui était là-bas en mission sanitaire. Il est porté disparu depuis plusieurs années maintenant. Les autorités disent qu’il s’est enfui pour se rallier à des rebelles hostiles au gouvernement. Il aurait mis en péril sa mission sanitaire, par son insubordination, avant de prendre la fuite. Je ne le reconnais pas dans cette description… Les autorités ont envoyé son passeport à ses parents. Son corps aurait été retrouvé dans le Ténéré où il se serait perdu dans sa fuite. Mais nous n’avons pas vu sa dépouille ! Aucune des personnes qui le connaît n’a vu sa dépouille ! Puis je rajoute cette simple phrase à mon monologue, poussé par je ne sais quelle subite fureur : — Je ne suis pas prêt à l’enterrer... Cette fois-ci, la jeune fille me dévisage et son regard semble me transpercer. Après un interminable silence, elle me raconte… Elle me raconte la région d’Agadez ; elle me raconte cette ville, sa curieuse mosquée et ses ruelles en dédale ; elle me raconte son expérience parmi un clan de nomades touareg ; elle me raconte le visage de quelques- 12 uns et parmi eux, celui d’une femme particulièrement belle ; elle me raconte un bracelet de bronze ciselé d’un éléphant que cette dernière portait à son fin poignet, contrairement à l’habitude des femmes touareg qui se parent de bijoux argentés ; puis elle me raconte comment elle a assisté au baptême de l’enfant de cette femme, à l’aube du septième jour du bébé ; elle me raconte comment les Touareg naissent avec la peau claire, mais bien entendu avec les cheveux corbeau ; elle me raconte comment elle a découvert cet enfant-là avec des cheveux de feu ! Elle me raconte ensuite les rituels exercés par la vieille forgeronne, traçant longuement des dessins géométriques au khôl sur le visage de l’enfant pour les emplir du henné protecteur des mauvais sorts… Elle me raconte enfin cette ambiance confuse où, au milieu des cris des griots, la jeune mère troublée par la fête, s’est approchée d’elle pour lui raconter cette incroyable histoire… * Sur le bas-côté, mes essuie-glaces grincent maintenant sur le pare-brise sec. L’orage a cessé. Je suis convaincu que cette jeune fille parlait de Nicolas et je suis déterminé à découvrir la vérité. Fabien 13 Première partie : NICOLAS l’Alsacien 15 CHAPITRE 1 Un goût de crème… Il fait chaud cet après-midi de juin, très chaud… Le correcteur dépose sa copie sur une pile de documents et compte les quelques devoirs qu’il doit encore corriger. Il lui en reste cinq, exactement le nombre d’années qu’il doit encore enseigner pour enfin profiter de sa retraite. Quelle tristesse ! Toujours croire que le plus beau est à venir et attendre ainsi, attendre toute sa Vie ! Et soudain : être vieux… Cette idée fait sourire le correcteur de copies : — Je suis vieux ! se dit-il. Et il entame la lecture d’un nouveau travail. Il essuie régulièrement son front à l’aide d’un mouchoir en papier et soupire, soupire beaucoup ! Durant toute sa carrière, il a toujours critiqué cette méthode de correction qui consiste à regrouper une dizaine d’enseignants dans une salle et à leur demander de corriger pendant toute une journée. Il y a ainsi des choses stupides, mais immuables. Que valent ces 17
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