Von Köln - Page 1 - test Von Köln Tome I Chroniques de « La Vallée des Larmes » 3 Serge Thomas Von Köln Tome I Chroniques de « La Vallée des Larmes » Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0470-1 Dépôt légal : Janvier 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Larmes cristallines figées par le gel éternel, Flammes scintillantes dansant sous le ciel, Étoiles lumineuses sous le regard des dieux, Diamants étincelants dans un écrin doré, Les Runes ne meurent point. Jadis séparées par la main du Désordre, Elles demeurent cachées dans des lieux inconnus. L’Équilibre perd de sa substance. Les terres tremblent et pourrissent dans les ténèbres, Les eaux parlent aux démons qui écument les rêves, Les vents hurlent et déchirent l’écorce du monde. Ô toi qui sers les puissances de la Loi Disciple de l’Harmonie, Que ceci soit ta quête et ton seul désir : Recherche les cinq Puissances de notre Terre, Et rassemble-les au centre de l’univers connu. Sauve notre monde. Rapporte-nous l’espoir… La Vallée des Larmes CHAPITRE 1 Les aventuriers Pâlir sous son regard, Fuir lorsqu’elle approche, Hurler entre ses griffes Et mourir lorsqu’elle te tient. La Mort, la Mort est là ! Mais alors, pourquoi la servir ? Debout au sommet d’une colline, se dressait un homme, fier et droit comme les Héros de jadis. Ses mains croisées devant lui tenaient fermement le pommeau d’une longue épée de bronze dont la pointe reposait sur le sol durci par le gel. Grâce à ce contact, l’homme ne faisait qu’un avec la Terre. Et ce n’était pas ce vent glacial qui soufflait du nord qui pouvait longtemps menacer sa détermination. Sa longue cape noire se soumettait au caprice des bourrasques en émettant des claquements secs qui lui rappelèrent, un instant, les sabots d’un cheval lancé au galop. Ce vent qui mordait son corps depuis plusieurs heures aiguisait son esprit d’une manière singulière. 11 « Comme il est doux de se perdre dans le néant de la réflexion, pensait-il. Je pourrais rester là , debout pendant des heures, observer le soleil disparaître dans le ventre de la Terre. La nuit viendrait éteindre ces faibles lumières là , en bas. Jusqu’à demain matin où tout recommencerait. Oh Seigneur ! Est-ce bien ce monde dans lequel il m’a été ordonné de vivre ? » Dans le bruit infernal d’horribles croassements, une centaine de corbeaux prirent soudain leur envol. C’est une frêle petite fille qui les avait poussés à fuir au-dessus de la forêt. L’homme la remarqua à l’instant où elle lâcha le caillou qu’elle tenait dans sa main. Le projectile, désormais inutile, émit un bruit sec au moment où il toucha le sol. Ce son fut comme un déclic dans l’esprit de l’homme. « Même ces stupides oiseaux ont appris à se méfier des populations locales. Ces pauvres gens ne passeront pas l’hiver. Bientôt, il fera tellement froid que même la pêche leur sera impossible. Alors, les loups viendront et ce sera un terrible combat pour vivre, ne serait-ce qu’une heure de plus. Qui suis-je pour prétendre pouvoir les aider ? Et d’ailleurs, comment le sage et le plus puissant pourrait secourir ces malheureux ? » « SAUVER UN SEUL D’ENTRE EUX SERAIT DÉJÀ UN DÉBUT. » Cette voix qui résonnait en lui de façon familière balaya tous ses doutes. Une intense chaleur pénétra son corps à l’instant magique où son regard croisa celui de la petite fille. L’enfant n’avait pas dû remarquer sa présence jusqu’à maintenant. Sombre silhouette dont la cape noire était secouée par le vent, 12 l’homme se figea comme une statue, de peur de briser ce moment fascinant. Bizarrement, l’enfant ne prit pas la fuite. Peut-être ne réalisait-elle pas le danger qu’une telle situation pourrait représenter. Se retrouver, seule, face à un inconnu surgi de nulle part, au milieu de la tourmente, avec une épée entre les mains avait de quoi secouer une si petite créature. Ses instincts primaires auraient dû la conduire, en hurlant, vers son village pour donner l’alerte à sa famille, à ses compagnons d’infortune. Bien sûr, cela ne servirait pas à grand-chose si l’homme était fermement décidé à descendre de la colline pour apporter le feu et la mort dans sa maison. Tous les hommes de ces montagnes agissaient ainsi, pillant et volant la nourriture des autres, ne laissant que des carcasses sanglantes et fumantes derrière eux. La petite fille devait savoir cela. Mais non. Au lieu de s’enfuir, elle s’approcha au contraire de l’inconnu. D’un geste lent mais précis, elle lui désigna le vol de corbeaux qui ne reviendraient plus. « Hagga ! » cria-t-elle d’une voix claire comme le cristal. Avec méthode et beaucoup de calme, comme pour ne pas l’effrayer, l’homme déposa son épée au sol et sortit de sous sa cape une petite arbalète. En un rien de temps, il la chargea et visa les oiseaux d’un geste sûr. La flèche qu’il décocha transperça l’air comme l’eût fait l’éclair. Au loin, les corbeaux furent moins nombreux à crier. Mais cela n’avait plus guère d’importance. La fillette se mit à rire en battant des mains. « Hagga ! » répéta-t-elle. 13 « Oui Hagga, le sauveur, pensa l’inconnu sans quitter l’enfant du regard. Mais pas de la façon dont tu l’imagines. Peu importe. Maintenant, il est temps de descendre pour connaître ton nom… » * * Le fils du forgeron Au cœur des collines désertes de Buffe-Vent survivait péniblement un tout petit hameau qui comprenait deux fermes à bétail, une famille de bûcherons et un forgeron. Le vieil homme qui vivait du travail du métal battait le bronze depuis sa plus tendre enfance mais ce sont les Nains, dit-on, qui avaient jadis apporté l’art de faire des armes et des armures dans toute cette région. Mais le vieil homme n’avait que faire des Nains. Il tenait sa science de son père qui l’avait apprise de son père, et ceci depuis que les hommes de la Vallée habitaient dans les collines. Pourtant, ils étaient de plus en plus rares ceux qui achetaient le maigre produit de ses efforts. Alors qu’il n’était qu’un jeune homme, des guerriers venus du sud étaient partis en croisades héroïques contre leurs ennemis chaotiques qui avaient trouvé refuge dans les Montagnes Pourpres. En ces temps-là , une simple poignée de bronze suffisait à faire vivre toute la vallée pendant des semaines entières. Puis l’ennemi fut repoussé au-delà de ces massifs et les hommes du Sud regagnèrent leur capitale. Dans les années qui suivirent, le métier de forgeron perdit toute la valeur qu’il possédait dans le 14 * passé. Et le vieil homme aurait été contraint de l’abandonner pour cultiver la terre comme la plupart des pauvres gens si le destin en avait décidé ainsi. Mais parfois, la chance semble sourire même aux plus malheureux. Dans les Collines de Buffe-Vent, le feu de la forge continuait à éclairer la plus grande des maisons du hameau. Et cet art, le vieil homme l’avait tout entier appris à son fils, Nurem Béreth, qui se devait de prendre la relève. Car son dos le faisait de plus en plus souffrir et ses bras fatigués ne pouvaient plus frapper l’enclume comme auparavant. Sans doute, sa mort approchait-elle tout doucement mais il l’acceptait sans détour car il avait fait quelque chose de sa vie. Et celle-ci allait continuer par l’entremise de son fils. Ceci, il le devait à une seule et unique personne, un homme mystérieux que le destin avait amené par ici il y a des années de cela. Von Köln était son nom. Trois ou quatre fois l’an, cet individu venait à l’improviste pour commander une nouvelle arme ou bien un bouclier et, chaque fois, il payait avec générosité. C’était une aubaine, presque un miracle pour les gens de ce petit village car l’argent de Von Köln leur permettait de continuer à vivre en toute liberté. Bien sûr, la vie était rude si près des montagnes, surtout l’hiver. Mais le vieil homme n’aurait pas voulu vivre ailleurs. Ici, il était respecté des autres villageois. En son honneur et en celui de ce nouveau guerrier, le hameau portait maintenant le nom de La Forge. Le vieux forgeron en était le chef et bientôt ce serait le rôle de son fils. Peut-être lorsque l’Épée serait terminée. Car telle était la dernière demande de Von Köln : une splendide épée de bronze à la lame 15
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