Un vent d'étoiles - Page 2 - test Françoise Boixiere Un vent d’étoiles Saisons poétiques Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS (Collection Coup de cœur) 56, rue de Londres, 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 - Fax : 01 53 04 90 76 - mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-307-1 Dépôt légal : Juin 2009 © Édilivre Éditions APARIS, 2009 6 À ma mère, devenue étoile un soir de décembre À toutes les mères disparues, qui ont laissé dans leur sillage un parfum de saisons Au fil des jours, sur la barque des mots. 9 J’ai toujours cru que les fées ne mouraient pas. Et pourtant, un soir de décembre, en écoutant le combat des astres, l’une d’entre elles, ma mère, s’en est allée. Le ciel, jaloux, s’était paré de ses plus belles étoiles pour répondre aux feux artificiels des hommes. Partout, des tirs de lumières se croisaient dans les airs : gerbes de constellations lactées et fuseaux de guirlandes multicolores. Elle savait déjà qui allait gagner. Sans hésiter, elle a choisi son camp : celui qu’elle espérait depuis longtemps. Un coup de vent l’a emportée loin des regards, sur les ailes d’une chouette en maraude. Et le champ des rêves enfin possibles s’est ouvert pour elle. Mais pour nous, les orphelins de la fée, l’errance ne faisait que commencer… Les serments éternels N’ont pas d’écho. Jetés aux quatre vents D’un destin passager, Ils fuient sur l’eau Des saisons passées. 11 J’ai beau tendre l’oreille, Sous les ombrées Où j’ai vu les feuillages Caresser ton visage, Ta voix s’est tue Sur ton rire ému. Tu m’avais pourtant dit : Je serai là Pour t’écouter grandir Aussi loin que l’écume De ton enfance Encrera mes pages. Mais, Les serments éternels S’éteignent aussi, Soufflés par le chagrin D’un départ annoncé. Un vent d’étoiles Les a emportés. 12 LA MAGIE DE NOS HIVERS Au début, dans la jeunesse de mes jours, je voulais clouer le bec du monde avec des mots de vent, car je croyais que tout serait possible. L’hiver, ma mère la fée et moi, nous suivions des sentiers aux rimes de forêts et j’apprenais l’or des ondées d’ajoncs sur la boue des talus. Les parfums de la terre, des souffles de lumière, naissaient d’un bref instant, de quelques pas dans les champs. Les ruisseaux murmuraient des éclats gris, qui réjouissaient le vif-argent des truites et, d’un coup de baguette magique, les bois s’animaient. La fumée de l’hiver Argente les sommets Des sapins en alerte. À la lisière des bois, Peluchent des nuages, Chiffons entortillés Sur la plaie des épines Enfoncées dans leur chair. 15 L’avalanche des gris Soumet la vie privée De la forêt intime Aux secrets préservés. Un escalier de brume Dévale sous nos pas, Et la nuit annoncée Épie dans les feuillées. 16 Nos pas dans la grisaille des prés nous menaient jusqu’aux lumières de Noël. L’enfance pétille dans le souvenir des flambées allumées à la tombée du jour. Le poil mouillé des chiens transis fumait à la chaleur des braises et la fierté silencieuse des chats veillait sous les armoires. Mes doigts effeuillaient les légendes du Graal gravées dans les sursauts du vent et les encres de la nuit diluées sur les vitres. Les habitants du lieu, ma mère la fée et mon père l’enchanteur, ramenaient de l’étable une brassée d’air froid aux effluves de crèche et la sérénité du travail accompli. Dans le foyer du monde, Brûlait un feu de joie Où se décomposaient Des chagrins anodins. L’incendie des étoiles Attisé par le vent Allumait sur la suie Des sourires d’étincelles. Sur les monts et merveilles Des magies de la nuit, S’entassaient des présents Posés dans mes sandales. La pensée du matin Me tenait éveillée, Dans la prison des draps, Jusqu’au lever du monde. 17 Parfois, en janvier, le temps d’une nuit, la neige recouvrait nos prairies, ouvrant sur nos matins de givre des perspectives infinies. L’esprit à vif, armées de nos seuls rêves, ma mère la fée et moi, nous récrivions le monde. Personne ne s’en souviendrait à part quelques oiseaux, mais c’était sans importance. Notre joie l’emportait sur la durée et l’essentiel sur la vaine agitation des hommes, car la trace éphémère de nos pas devenait éternelle. Nous relisons La nuit comme un livre entrouvert Nous revivons L’hiver comme un rêve outre-nuit Nous entendons Les astres éclater dans le froid Nous attendons L’émoi immobile des glaces Nous retrouvons L’instant sous le sommeil des neiges Nous ouvrons Nos rêves au gel bienveillant Nous émanons Des lueurs de la terre bleuie Nous planons Dans l’oubli ébloui des heures 18 La blancheur des prairies Se publie sous nos pas Dans la beauté sereine D’une froide attente Les flocons aériens Interrogent les plantes Et l’écho impassible D’émotions passées L’âme des dieux oubliés Momifiés par le gel Dans la paix irréelle Chante l’émoi des prés Nous poursuivons des ombres Aux fêlures légères Sur nos pensées fragiles, Nos vers enneigés Peu à peu le silence Engloutit nos jardins, Égayant nos matins De jeux enfantins Et l’offrande de nos rires, surpris par la transparence d’un matin rose et blanc s’élevait comme une prière à la nuit d’hiver, pour qu’elle nous soit clémente. Nuit d’hiver Des prairies lointaines Au sommeil de chênes Pas légers 20
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