L'inconnu du placard - Page 1 - Magali Viry L’inconnu du placard Frissons Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2495-2 Dépôt légal : Février 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 –1– Comment se concentrer sur un exercice dont on n’aime pas la matière ? A part griffonner mon cahier d’histoire et regarder par-dessus la fenêtre les maisons voisines jumelées qui nous entourent, je ne vois vraiment pas où cela me mène. Et pourtant il faut bien que je me mette au travail ! Alors dans ces cas-là je préfère faire une courte pause afin de reprendre dans de bonnes conditions. Surtout qu’avec Mlle Druel les cours sont d’une aberration : Que se passe-t-il le jour de la fête nationale ? ou encore Quelle est la date de la bataille de Marignan ? Je vous jure bientôt nous finirons par apprendre la Marseillaise en breton ! A côté de ça, en ce moment au lieu de manger des salades de riz nous mangeons du déménagement… Depuis le temps que l’on souhaite se trouver une maison à la campagne ! Ce serait quand même plus agréable que d’entendre à longueur de journée les bruits gênants des voisins le soir après 21 heures, ou supporter la pollution ! A mon avis un changement d’air peut nous procurer le plus grand bien. Mon père a quand même accepté de se rendre à l’agence immobilière pour vendre la maison. Ce qui a 9 facilité la situation, c’est la décision de Tante Lucie. La sœur de Papa qui habite Paris possède également une ancienne maison de campagne en Touraine où elle a l’habitude de se rendre chaque été. Mais ancienne comédienne, ma tante encore très fringante pour ses cinquante ans, garde un esprit jeune et aime le changement. Cette année, elle s’est subitement mise en tête d’acquérir une résidence au bord de la mer. Aussitôt dit aussitôt fait, et avec sa générosité habituelle, elle nous a immédiatement proposé de nous revendre sa demeure moyennant quelques avantages si cela nous intéressait. Après un conseil de famille tout le monde a été unanime : cette maison correspondait exactement à ce que nous cherchions depuis des mois ! Pour moi particulièrement c’est vraiment une bonne nouvelle : ma vie va prendre une autre allure. Enfin, tous ces détails pour dire que l’on se lasse de vivre en copropriété. Maman prétend que faire la cuisine dans une petite pièce devient ennuyeux. Papa déplore le fait de travailler dans un bureau manquant de place et ma sœur Coline regrette de ne pas avoir de chambres indépendantes pour mieux profiter de notre confort. Quant à moi, je simplifie les choses : J’ai toujours préféré résider ailleurs. Au moins le jour où Papa fera l’état des lieux, je pourrai ajouter un rapide commentaire. Seulement maintenant, le travail consiste à préparer les cartons et faire les adieux aux amis qui sont toujours restés fidèles. Il y a aussi une confidence que j’aimerais avouer : Anne une camarade de classe s’est fait malmener à la sortie du 10 collège. Par sympathie je n’ai pas hésité à lui venir en aide. Depuis ceci nous a rapprochés. Samedi matin nous avons reçu un appel de Tante Lucie qui nous annonçait qu’un photographe était venu prendre quelques clichés de la maison et qu’elle nous les envoyait. Nous avons hâte de les recevoir mais en attendant, nous allons être bien occupés. Il est vrai qu’en ce moment il est hors de question de jouer ou d’inviter qui que ce soit : tout le monde se mobilise pour faire quelque chose dans la mesure du possible. Mais en attendant le grand jour du départ Maman veille à ce que ces dernières semaines, nous rangions nos chambres afin que chacun puisse classer ses affaires personnelles. Ensuite nous devrons empiler tous les cartons étiquetés dans un coin de la pièce, Papa et Maman s’occupant du reste de la maison. Ceci dans le but de faciliter le déménagement. Cependant l’appartement ressemble plutôt à une fourmilière car c’est la première fois je crois que je me montre aussi efficace ! On ne se rend pas compte mais il y a une incroyable quantité de poussière sur les étagères qu’il faut tout nettoyer avant de ranger. Au final, une heure et demie pour tout faire. C’est bien la première fois que je m’investis autant ! Tout à coup un bruit de porte venant du couloir me fait sursauter à tel point que je manque de tomber de ma chaise ! Je jette un coup d’œil à ma montre, il est 18 heures. Normalement mon père revient du travail. En effet, à son arrivée il se montre radieux car il a une bonne nouvelle à annoncer. Il nous appelle au salon en proclamant : 11 – L’agence m’a appelé au bureau : notre appartement est vendu ! Toute la famille doit être réunie dans le salon pour savoir ce qui se passe. Intérieurement je me dis : autant profiter de sa bonne humeur… Je les rejoins. Arrivé sur les lieux, mon temps de réaction s’avère diminué en raison de l’état euphorique de ma sœur : – Tu ne devineras jamais, Papa a eu la réponse : le camion de déménagement sera là Lundi. Tellement agitée, Coline s’essouffle. Jamais je n’avais vu ma petite sœur comme ça : ses fossettes prennent un teint coloré, son sourire rayonne, ses yeux vert gris jaillissent. En fait avec ma sœur il se passe parfois des choses étranges : certains jours nous nous entendons à merveille et d’autres, nous ne sommes pas sur la même longueur d’ondes. Mais aujourd’hui j’ai l’impression que l’on parle exactement la même langue. Comme si nous ne nous étions pas vus depuis des semaines ! Bien qu’elle soit âgée de huit ans et moi de douze, nous nous entendons plutôt pas mal (enfin il ne faut pas trop vendre la peau de l’ours…) Maman vient me prévenir afin de m’annoncer la nouvelle lorsqu’elle s’arrête net devant moi, un sourire jusqu’aux oreilles : – Alors Coline t’a annoncé : dans trois jours nous serons dans notre nouvelle habitation en Indre et Loire ! J’espère que tu trouveras satisfaction. – Tante Lucie a vraiment eu une excellente idée n’est-ce pas ? interrompt Papa. Me sentant ridicule de ne rien dire, je réponds poliment : – Elle a vraiment eu une bonne idée ! 12 Mes parents se sourient et acquiescent. Coline et moi nous nous jetons un regard complice : à mon avis ils ont envie de fêter ça. Papa s’avance vers nous et dit fièrement : – Les enfants, nous avons décidé de fêter cet évènement au restaurant, tous ensemble, au « chalet d’Agnès ». Un sentiment jubilatoire nous emplit tous les quatre et nous nous prenons par la main en levant les bras en signe de victoire. La soirée s’annonce parfaite. Nous sortons ce soir-là avec la belle Scenic, sous un ravissant coucher de soleil. En roulant nous apercevons des personnes attendant leur tramway, des étudiants s’embrassant dans un recoin de rue et les magasins se vidant petit à petit. Nous allons traverser cet endroit pour la dernière fois. Ce Dimanche nous nous sommes réveillés tôt. Ma sœur se sent pousser des ailes : elle n’arrive pas à croire que nous allons quitter définitivement cette maison de poupée ! Tandis que moi je suis à la fois content et nostalgique. Ça me fait drôle, j’ai l’impression de laisser un peu de mon enfance ici… D’ailleurs cela me rappelle que je dois leur faire mes adieux. Je me dépêche alors de déjeuner pour les rejoindre. Je descends les escaliers quatre à quatre ne faisant presque pas attention à une femme s’échinant à monter ses courses ! Je suis en même temps excité par la perspective du départ, mais aussi nostalgique de laisser mes voisins de pavillon. Nous saluant une dernière fois, nous nous promettons de nous donner régulièrement de nos nouvelles. De retour à 13 l’appartement j’entends ma mère qui passe l’aspirateur et ma petite sœur s’exclame : – Tu vas finir par être en retard ! Pas de réponse en retour. Perdu dans mes pensées, je médite. A croire que la curiosité est un mauvais défaut dans certaines situations. Ma sœur se rendant compte de ce qui se passe constate : – Qu’est-ce qu’il t’arrive ? – Rien d’important ça doit être l’appréhension du départ. En réalité, je ne préfère pas détailler sous prétexte que l’on en a assez discuté. Pour me changer les idées, je prends l’initiative de finir d’emballer mes livres. Tout en rangeant soigneusement je me demande comment je vais m’y prendre pour garder les contacts avec mes camarades… Comprenant ma situation Coline rajoute : – Oui je sais moi aussi je suis ennuyée de quitter ma meilleure amie, mais une de perdue dix de retrouvées ! Je te laisse il faut que je continue à faire mes bagages. Quel âne je suis, je parie que je lui ai sapé le moral avec mes histoires de relations ! A tout moment Maman fait le point, s’inquiétant de savoir si le rangement avance. Avec une grande efficacité chacun met du sien. Si bien qu’à la fin de la journée, tout le contenu de la maison a disparu dans les cartons. C’est tout juste s’il nous reste une assiette pour dîner. Le repas terminé, nous ne tardons pas à nous coucher car demain c’est ce qu’on appelle « le grand jour ». 14 Le lendemain matin je suis réveillé par un grincement suivi d’un incroyable vacarme. En tirant les rideaux je découvre une grosse « semi-remorque » qui manœuvre pour stationner devant notre maison. Aussitôt je réalise qu’une rude journée m’attend : c’est le camion du déménagement ! Je dévale les escaliers quatre à quatre et trouve mon père en grande conversation avec les déménageurs. Il doit être en train de se renseigner car c’est lui qui va diriger les opérations. Effectivement, dès notre apparition au salon, Papa commence à nous donner les directives. Je monte aussitôt me préparer à la salle de bains. Lorsque j’arrive près de l’entrée une file de cartons se présente devant moi. Aidé de mes parents, je prends délicatement celui contenant les ustensiles de cuisine qui ne me semble pas trop lourd. Alors la valse des cartons commence : on en voit passer dans tous les sens. Maman s’affole : – J’ose espérer qu’ils vont prendre soin de mes assiettes ! Mon père et moi nous nous lançons de regards complices. C’est le premier déménagement que nous faisons mais nous savons très bien les conséquences que cela entraîne… A la fin de la matinée, notre domicile est vide. Tandis que le camion démarre nous grimpons dans la voiture. En quittant le parking je regarde une dernière fois l’allée principale de notre résidence, prenant conscience que je laisse derrière moi plein de beaux souvenirs. Plus tard nous sommes assis confortablement à l’arrière. Papa nous regarde dans le rétroviseur en 15 souriant. Je n’arrive pas à m’exprimer tellement je me sens libéré : – J’ai hâte d’arriver ! Il paraît qu’il y a une grande pièce avec une mezzanine ! – Effectivement répond Maman, en nous expliquant que notre cadre de vie va beaucoup changer. Nous quittons la Rue de la Paix où j’ai grandi laissant derrière moi tous mes souvenirs. En traversant le 14ème arrondissement j’aperçois la foule des passants qui animent la rue. Je me demande si je trouverai la même ambiance à Tours… Emporté par mes pensées je n’ai pas vu le temps s’écouler, lorsqu’un brusque coup de frein me ramène à la réalité : nous quittons déjà Massy par la départementale D920. Coline se réveille brusquement, et soupire : – On ne sera jamais arrivé chez Tatie. – Un peu de patience, à cette période beaucoup de vacanciers partent, dit Papa rassurant puis il continue : – Moi qui voulais appeler Lucie pour lui signaler que tout se passe pour le mieux, je préfère attendre. Maman sourit malgré ses yeux fermés. Je jette un coup d’œil derrière nous ; une foule de vacanciers envahissent la route. Coline ne tient plus en place. Elle vient de comprendre que nous serons bientôt sur l’autoroute comme l’indique le panneau A10 qu’elle nous montre fièrement. A mon avis nous n’allons pas tarder à entendre des klaxons, car nous approchons du péage. Papa ouvre sa vitre pour donner son ticket à l’hôtesse. Ce qui nous permet de prendre un bol d’air avant de repartir pour une heure d’autoroute. Papa a 16
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