Et s'il revenait... aujourd'hui ? - Page 2 - test Jean-Louis Pons Et s’il revenait… Aujourd’hui ? Le retour Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-391-4 Dépôt légal : Février 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Pour Celui qui m’a permis de renaître… et toi aussi, maman. 7 Préface « Jamais il n’aurait dû être là. Retour prématuré ? Tout a pourtant été dit et fait pour que son triomphe soit grandiose, définitif et à un moment précis. Chacun a tenu et entretenu son rôle, néfaste ou non... » 9 Je m’appelle Nathan. Je suis un homme de 42 ans à l’apparence commune. Depuis peu, je me retrouve sans emploi, célibataire, libre de tout engagement et les indemnités de licenciement que je viens de percevoir me permettent de voir l’avenir avec sécurité. Bien qu’il ne soit pas de mon choix de vivoter voire de parasiter un système, sans être riche, je peux tenir plusieurs années sans voir une fiche de salaire. Je ne suis pas un « Einstein » et je ne m’estime pas trop bête ; en tout cas suffisamment intelligent pour avoir fini mes études supérieures. Dans le monde où nous vivons, comme l’a justement dit un comique français : « Ce n’est pas tout d’avoir des bagages, faut-il aussi savoir où les poser ! ». Poussé, par une mère aimante, à faire des études, j’avoue avoir été plus poursuivi par elles qu’assidu à la matière grise. Quoiqu’il en soit, mon amour maternel et le respect que je lui porte l’emportèrent sur ma fainéantise. Il faut aussi reconnaître que la période estudiantine est l’une des meilleures de notre vie : Pas de responsabilité, peu d’obligation et beaucoup de temps libre. L’éducation parentale est 11 bien sur importante, mais c’est tout l’entourage qui forge notre expérience. Je suis de la génération « touche à tout ». Mes parents ont connu la fin de la grande guerre avec ses restrictions et ses valeurs passées. Quant à nous, mai 68 nous a ouvert la route à la liberté avec un grand « L » : Il est interdit d’interdire ! Même nos parents ne veulent plus être rétrogrades. Le divorce comme la marijuana rentre dans les mœurs. Quant à la sexualité, il n’y a plus de tabou ; l’amour libre. Chacun a le droit de dire et de faire ce qu’il lui plait, tant qu’on respecte la liberté d’autrui. Voilà où j’en suis quand il entre dans mon existence. Je dois bien reconnaître que je ne m’attendais pas à l’aventure que j’allais vivre ! Je pense avoir de la chance d’avoir été là, au bon moment. C’est une journée comme tant d’autres, je roule au hasard de la campagne méridionale quand, surgit de nulle part, je l’aperçois. La « photographie Kirlian » montre l’aura humaine, dit-on ? Etrangement, c’est ce que je vois de lui, marchant sur le bord de la route. Effet d’optique ou réverbération sur le pare-brise ? Non, le temps grisâtre d’aujourd’hui ne le permet pas, cela me semble peu probable. Bien qu’il ne fasse mine de rien, je m’arrête, j’ouvre la porte et l’invite à monter. J’avoue que je ne suis pas trop adepte de l’auto-stop, quand on pense à tout ce qui se passe de nos jours ; c’est 12 comme si on m’a invité à le faire. Pourquoi ai-je donc agi ainsi ? Et puis cette aura mystérieuse, l’aije rêvée ? Trop tard ! Quoiqu’il en soit et bizarrement, je ne regrette rien. Plutôt bel homme, il entre, me sourit en me remerciant gentiment et s’assied. Il dégage de lui une sérénité apaisante qui met en confiance. Je n’ai pas de but précis alors quand je lui demande où il veut aller, je n’ai pour seule réponse : – Roule, S’il te plait. Mais où allons-nous ? Apparemment, lui non plus n’a pas de direction précise ; nous suivons la route. Qui est-il ? Et pourquoi me suis arrêté ? Quand j’y pense, c’est même moi qui l’ai invité à monter. Inconscience ? Stupidité ? Quoiqu’il en soit, j’ai la nette sensation que mon futur n’aura plus aucun lien avec mon passé. Notre première halte se fait quelques kilomètres plus loin, juste à l’entrée d’un petit village. Il y a un vieux monsieur qui marche sur le bord de la route. Mon nouveau compagnon me demande de nous arrêter à sa hauteur. – Peut-on t’aider, brave homme ? Lui demande-til. – je n’habite pas loin, ne vous inquiétez pas ! … merci. Il marche à faible allure, mais son pas est sûr. À l’évidence, il n’a nullement besoin qu’on l’aide. 13 – Peut-on t’accompagner ? Insiste mon ami. En tendant sa main, il nous dit : – vous voyez cette maison isolée là-bas ? C’est la mienne ! Je suis pratiquement arrivé, merci quand même… – C’est là que nous allons… Me dit mon compagnon. Tout est arrivé si soudainement, son arrivée, notre rencontre avec ce vieil homme que je ne n’ai pas eu le temps de lui demander… – Appelles-moi Mikaël. Dit-il avant même que je ne lui pose la moindre question. Nous n’avons pas encore eu le temps de converser. J’avoue qu’il me tarde, égoïstement, d’être seul avec lui. Tant de questions brûlent en moi. La situation paraît claire : je ne suis pas la priorité ! Mais que m’arrive-t-il : À l’encontre de mes principes, j’invite un inconnu à monter et en plus j’accepte qu’il nous dirige. Bah, je n’ai rien de mieux à faire et j’avoue que je suis quand même intrigué par cet homme à l’aura mystérieuse et l’influence qu’il a sur moi. Nous arrivons bien sur avant le vieux Monsieur, devant chez lui ; il ne paraît qu’à peine étonné de nous voir. Nous entrons sans qu’on ait à le lui demander, tout naturellement. C’est une vieille bâtisse dont la pièce principale, celle dans laquelle on entre, comprend tout : Une cuisine dont le vieux 14 fourneaux à charbon et bois dégage des senteurs si lointaines et si agréables ; oubliées à cause du modernisme, au-dessus duquel se trouve une pièce accessible uniquement par une échelle qui sert probablement de range tout. Il y a un lit dans un coin, éclairé et chauffé par un feu ouvert à proximité. La chaleur ambiante est très agréable. La seule porte à l’exception de celle de l’entrée donne sur une immense grange, dans laquelle, nous dit-il, se trouvent les commodités ainsi que les occupants des quelques enclos : Plusieurs moutons, deux chèvres, des poules, une vache et un cheval. Il se suffit à lui-même et à la vue de cette vie, on peut dire qu’il y a moins bien loti. Mikaël et lui entrent dans la grange. De longues minutes durant, j’entends des murmures, voire des sanglots. Et après un temps qui me semble une éternité, ils ressortent. Le vieux Monsieur est rayonnant. Lui qui au préalable semblait si triste, la joie se lit alors sur son visage. Il refuse de nous laisser partir sans avoir accepté son hospitalité. Et comme la nuit approche, il insiste pour que l’on reste. Passer une nuit dans un tel endroit me plairait bien, pourtant… – nous avons encore quelqu’un à voir. Merci pour ton hospitalité Jean. Rétorque doucement Mikaël. J’aurai parié que le Monsieur, Jean, insisterait avec ardeur pour que nous restions, et à mon grand étonnement il dit : 15 – je comprends…, allez-y et sachez que vous serez toujours les bienvenus. Nous sortons et… je n’ai rien compris. Que s’est-il passé chez ce vieux Monsieur ? Où allons-nous ? Je suis seul avec Mikaël, j’ai le temps de lui parler et pourtant aucune question ne vient. Je l’observe parfois du coin de l’œil, il semble toujours parfaitement calme, serein. Ma curiosité est comme une chair à vif et malgré cela, comble du paradoxe, je sens qu’il est de mon intérêt de lui laisser l’initiative de l’explication, j’en retirerai sûrement plus ainsi. – Où allons-nous ? Demandai-je. Il commence à se faire tard et le prochain village n’est pas avant une cinquantaine de kilomètres. Je n’ai aucune inquiétude, la curiosité seule me tenaille. Que faisons-nous dans cette campagne ? – Nous sommes arrivés… Eteins le moteur et patience ! Dit-il d’un ton calme. Il ne me viendrait pas à l’idée de le contredire et encore moins de résister, je fais donc ce qu’il me dit et j’attends… – Regardes autour de toi, Nathan, et que vois-tu ? – La nuit est tombée, les phares sont éteins… que puis-je voir ? – Ne te fies pas seulement à tes yeux pour voir, écoutes, sens avec ton corps ; emploie tous tes sens pour découvrir ! Et, que perçois-tu ? 16
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