Obstacle temps - Page 1 - Fabrice Bourre Obstacle temps Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2009 5 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 81 42 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1807-4 Dépôt légal : Août 2009 © Fabrice Bourre L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. Chapitre 1 Il y a soixante-cinq millions d’années. La pluie chaude et étouffante frappait la végétation avec violence, masquant presque l’horizon. Elle tombait depuis trois jours sans discontinuer provoquant un épais brouillard. Chaque goutte de pluie arrivant sur le sol s’évaporait presque totalement. La chaleur du jour ne s’effaçait pas pendant la nuit ou alors très peu. Cette chaleur écrasante qui pesait sur la planète depuis très longtemps allait pourtant prendre fin. La pluie s’arrêta soudain, comme par magie, un claquement de doigts, tous les bruits qu’elle avait générés depuis trois jours s’estompèrent d’un coup. Le monde se figea un instant, plus aucun bruit, plus aucun mouvement, plus rien, le vide total durant cet instant. Toujours avec cette sensation de magie, la vie reprit son chemin ses mouvements et ses bruits. On pouvait voir ces animaux magnifiques, pesant plusieurs tonnes avec des dimensions pharaoniques, se mouvoir à leur gré avec nonchalance. La couleur de ce décor d’un vert foncé et clair à la fois, cette immensité de verdure qui s’étalait aussi loin que 9 pouvait porter le regard, toute cette vie, cette animation. À ce moment-là, personne ne pouvait prévoir que tout allait se terminer, cette fin du monde, pour tous ces monstres majestueux. 10 Chapitre 2 Trois jours. Voilà trois jours que la créature n’avait rien mangé. Pourtant la végétation qui l’entourait était dense et abondante, mais les prédateurs rodaient alentour. Combien de ses congénères avait-elle vus se faire tuer. Son propre compagnon avait trouvé la mort devant elle en ramenant la nourriture. Pour éviter à sa compagne et à sa descendance de se faire prendre et mourir avec lui, il avait entraîné le monstre à ses trousses. Mais si il avait sauvé sa famille sur le moment, il les laissait sans ravitaillement. Il lui faut de la nourriture, elle ne peut tout de même pas rester là et mourir de faim. Très bien, elle attendra les faveurs de l’aube pour se mettre en quête de nourriture. Le mieux pour elle, bien évidemment, eut été une recherche de nuit, mais cela laissait ses futurs petits à la merci d’autres prédateurs. De toute façon ses propres sens de la vision étaient altérés de 80 % la nuit. Non, sa décision était prise, elle tenterait une sortie à l’aube. La femelle oviraptor, très injustement appelée voleuse d’œufs par nos premiers paléontologues 11 ignorants, avait bien du mal à se mettre sur ses pattes. Elle couvait ses œufs depuis presque quinze jours sans interruption, tout son corps était engourdi. Il lui fallait reprendre possession de ses moyens avant de partir en quête de nourriture, la moindre faiblesse de sa part et elle devenait elle-même de la nourriture. Les premières lueurs de l’aube commençaient à percer la croûte noire de la nuit, mais la femelle oviraptor n’avait toujours pas retrouvé sa mobilité totale. Profitant un maximum de la végétation, elle resta cachée dans la masse verte pour ne sortir qu’au dernier moment. Malgré la pluie de trois jours, le sol ne semblait pas être repu de la soif, à certains endroits il semblait que jamais l’eau ne soit venue, la lumière elle-même ne passait pas au travers de cette verdure épaisse. La rivière était toute proche. Plusieurs mètres la séparaient de cette mare d’eau en mouvement où elle savait trouver quelques larves à manger. Les plusieurs mètres qui la séparent de son repas forment une clairière risquée et dangereuse. Bien sûr il y a des creux de terrain où éventuellement une cachette de fortune pourrait lui sembler utile, à droite comme à gauche de la clairière, la visibilité permet de remarquer l’approche des prédateurs. Mais cette visibilité est trompeuse : si elle peut voir arriver les tueurs, eux aussi peuvent la voir. Elle le sait, certains ont une vue formidable leur permettant de voir leur proie de très loin ; d’autres ne détectent que les mouvements ; d’autres encore peuvent sentir les odeurs de proies vivantes ou mortes. Son espèce, ne pouvait-elle pas sentir les 12 vibrations du sol ou lui permettre de voir en pleine lumière des choses très loin et infiniment petites, lui permettre aussi de ressentir une proie ou un danger ? Oui ! Mais un ventre vide de trois jours, même si cela est risqué, ne vous donne pas le choix de la réflexion et retarder ce repas, elle ne le pouvait pas, elle serait encore plus affaiblie. Avec une agilité et une légèreté impressionnante pour une créature aussi pesante et lourde, la femelle oviraptor sortit enfin de sa cachette de verdure pour s’avancer en direction de la rivière. Entre sa position et les plaques de pierres où elle savait trouver les larves salutaires à sa faim, la vingtaine de mètres les séparant lui semblaient l’autre bout du monde. Elle avançait de trois mètres, s’arrêtait une dizaine de secondes sans bouger comme une statue pétrifiée, scrutait les alentours et reprenait sa marche saccadée. La délivrance. Enfin la délivrance. Non seulement elle avait réussi à se rapprocher suffisamment près pour atteindre son repas, mais une petite tranchée dans le sol lui permettait de pouvoir manger sans être vue d’un prédateur. Quelle erreur ! En se mettant à couvert, elle n’avait pas pensé que si on ne pouvait la voir, elle ne pouvait plus voir approcher d’éventuels ennemis. 13 Chapitre 3 Avec l’aide de son bec crochu et dur elle souleva une première plaque de pierre sans rien trouver. Une deuxième et une troisième. Enfin ! Les grosses larves bien juteuses étaient là. Quel régal, quel délice, trois jours de jeûne pour avoir ce repas, son estomac plein, la force qui lui permettra de pouvoir terminer de couver ses petits, sa descendance, l’union avec son partenaire. Encore un repas sous cette souche d’arbre mort. Avec avidité elle réduisit la souche en copeaux. Un festin. Elle prit tant de plaisir à manger, se régalant de toute cette nourriture, qu’elle commit l’erreur de relever son corps jusque-là aplati dans la tranchée naturelle. À peine avait-elle fini que son instinct reprit le dessus. Danger. Elle sentait le danger. Où, qui ? Ce prédateur inconnu ? Un autre, plusieurs, un groupe peut-être ? Elle le sait, certains chassent en bande, ils sont organisés, structurés. Pourtant non, elle ne ressent pas les vibrations d’un groupe. Un seul. Il est seul. Lui, celui qui a tué son compagnon, tué ses semblables depuis la saison des pluies. Mais d’où vient-il ? 15 Personne avant n’en n’avait vu pourtant. Et pourquoi est-il seul, sans femelle ? Toutes ces questions pour connaître l’ennemi, s’adapter, ruser, feinter, et, surtout pour sauver sa vie, celle de ses petits. Avec la connaissance de son ennemi, son espèce avait réussi à éliminer un prédateur redoutable en détruisant ses œufs, bien qu’ils ne soient pas comestibles. Mais ils avaient réussi à l’effacer de leur terrain de chasse. Mais lui, venait de nulle part, arrivé un jour comme envoyé par le coup du sort, par la malchance. Arrivé comment ? pourquoi ? toutes les questions sans réponse qui ne pouvaient permettre de le connaître et de connaître ses faiblesses, ses points faibles. 16 Chapitre 4 Il venait de voir la proie. Sa future victime. Il ne venait pas de ce continent, mais d’un autre. Il avait dérivé sur cet îlot en naissant et avait mangé les autres pour survivre. Le cadavre de sa mère lui avait permis de tenir. Mais là, sur ce territoire, il était le maître. Personne ne pouvait lui résister, lui tenir tête. Il pouvait même s’attaquer à des proies beaucoup plus grosses que lui. Il savait que sa taille, sept mètres environ, lui donnait un avantage ici, les autres, plus petits, ne pouvaient pas résister. Sa griffe acérée de vingt centimètres en forme d’arc large pouvait mutiler, lui donnant l’avantage en combat pour lacérer ses victimes de part en part. Faire attention à ne pas effrayer ni avertir la future proie de sa présence. Ces petites créatures fragiles pouvaient se montrer rapides et agiles à la course et se faufiler dans des endroits inaccessibles pour lui. Elle ne l’a pas vu. Malgré un poids de cinq cents kilos, il se déplaçait avec une légèreté étonnante. Sa queue, raidie par une gaine de fine tige osseuse, agissait comme un balancier en permettant à l’utahraptor de conserver l’équilibre 17
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