Histoire de la Géographie au Québec - Page 1 - test Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des GrandsAugustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions Edilivre – Collection Universitaire – 2008 ISBN : 978-2-35607-998-5 Dépôt légal : Août 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. Histoire de la géographie au Québec par Denise PUMAIN Thèse présentée pour le doctorat de 3e cycle à 1’Université de Paris I Directeur d’étude : M. Philippe PINCHEMEL Février 1974 1 AVANT PROPOS Qu’une Française tente de faire l’histoire de la géographie au Québec après seulement un an de séjour dans ce pays l’expose sans doute à ne pas donner au sujet toute la richesse et l’exactitude que les géographes québécois seraient en droit d’attendre. Aussi je demande leur indulgence pour les erreurs d’interprétation, lacunes ou omissions involontaires, en espérant qu’ils voudront bien suggérer des rectifications. Je remercie l’Office franco-québécois pour la Jeunesse qui, en m’accordant une bourse d’études pour l’année 1969-70, m’a permis d’entreprendre cette recherche au cours de mon séjour à Montréal. J’ai été très sensible à la chaleur de l’hospitalité offerte par les enseignants et étudiants de l’Université de Montréal. Je remercie vivement tous les professeurs des Universités Laval, Mc Gill et de Montréal qui se sont prêtés à l’interview en m’apportant le témoignage irremplaçable de leur expérience. Ma gratitude va tout particulièrement à M. Bélanger dont la sollicitude et les précieux conseils m’ont beaucoup aidée. Je remercie enfin M. Pinchemel, directeur de cette thèse, qui m’a proposé le sujet et a consacré beaucoup de son temps à en guider et contrôler la réalisation. 3 INTRODUCTION L’expression « histoire de la géographie » contient une certaine ambiguïté : il ne s’agit pas ici de reconstituer la géographie historique du Québec, non plus que de rappeler la progression de la connaissance des traits géographiques de cette province au cours du temps, mais bien de faire l’historique des étapes introduisant la science géographique dans le milieu québécois, puis d’étudier l’évolution et le mouvement des idées telles qu’elles s’expriment dans l’œuvre des géographes. La question ainsi posée reste difficile à cerner, comme l’écrivait M. Hamelin en 1960 1 : « de plus en plus cette histoire [de la géographie québécoise] nous apparaît une question vague et complexe dont les limites atteignent même l’histoire –encore à écrire – des sciences et des lettres dans la vallée du Saint-Laurent. L’imprécision permanente du mot géographie cause l’une des difficultés. De toutes façons, les sources sont extrêmement dispersées et la bibliographie très abondante ». « L’imprécision du mot géographie » s’applique en fait principalement à la période d’avant 1910, définie ailleurs par M. Hamelin comme celle d’une « géographie sans géographes » 2 . On la trouve dans les récits de voyages et d’exploration, dans les principes guidant les premières tentatives d’aménagement et l’insertion des colons dans un nouveau milieu, dans les travaux des érudits locaux sur leur pays. Mais la géographie « professionnelle » ne s’est implantée au Québec que vers le début du XXè siècle et ne s’est développée vraiment qu’après la deuxième guerre mondiale. La géographie au Québec est donc une discipline jeune, installée depuis vingt cinq ans seulement au niveau universitaire. Un petit nombre de générations de géographes – trois environ – a été formé. En si peu de temps, des mouvements d’idée ont-ils pu prendre naissance et se développer suffisamment pour qu’une histoire de cette pensée soit intéressante ? Et surtout, existe-t-il une « pensée géographique » spécifiquement québécoise, une école ou des écoles de géographie au Québec ? M. Hamelin 3 semblait en douter en 1963 : « Malgré des adaptations à la situation nord-américaine, la géographie d’ici reste une projection assez fidèle de la géographie occidentale avec ses qualités et ses insuffisances. » C’est en effet de l’extérieur que sont venus la plupart des pionniers du développement de la géographie au Québec. Ils ont profondément marqué la discipline dès 1’origine et par la suite des courants constants ont continué de l’alimenter aux sources étrangères. Le problème n’est donc pas tant celui de 1’originalité d’une géographie québécoise que celui de la rencontre, dans ce milieu nord-américain, des influences française et anglaise, puis états-unienne. De quelle façon se sont manifestées ces influences, se sont-elles transformées au contact de la réalité québécoise, une adaptation des méthodes et des concepts européens au milieu nord-américain a-t-elle été réalisée ? Les influences anglaise et française ont-elles interféré, se sont-elles opposées ou combinées face à la pression des idées américaines ? Et finalement, sous quelle forme apparaît la « synthèse » géographique québécoise, si elle existe, quelle est la contribution du Québec à la géographie internationale, telle qu’elle a pu se signaler par exemple au congrès de Montréal de 1972 ? 1 HAMELIN L.E. : C.G.Q., 1960, p.345. 2 HAMELIN L.E. : C.G.Q., 1962-63, n°13. 3 HAMELIN L.E. : C.G.Q., 1962-63, n°13, p. 137-138. 5 Toutes ces questions montrent l’intérêt d’une histoire de cette géographie qui ne soit pas une simple chronologie mais un essai de compréhension. Une des principales difficultés de la recherche réside dans cette interprétation de la pensée des géographes et dans la nécessité de trouver des justifications précises à de simples impressions, dégagées à la lecture des textes ou lors de rencontres personnelles. En particulier 1’étude des « influences », des filiations se révèle extrêmement délicate. Il n’est pas toujours facile de caractériser et d’identifier nettement les écoles et les tendances, lorsque les auteurs ne se replacent pas eux-mêmes dans ce contexte. Les géographes du Québec ont d’ailleurs peu étudié leur propre histoire. M. Hamelin écrivait en 1963 4 : « L’histoire totale des disciplines est encore presque entièrement à écrire dans la province du Québec. C’est notamment le cas de la géographie. » Quelques articles et monographies se sont ajoutés depuis à une bibliographie qui reste cependant courte et partielle. Elle comporte essentiellement deux articles de M. Hamelin qui caractérisent et retracent les principales étapes de la pénétration de la géographie dans le Québec 5 . D’autres auteurs, comme P. Dagenais 6 ou F. Grenier 7 ont livré quelques réflexions sur les particularités de la géographie québécoise. Des articles sur les tendances de la géographie au Canada, ceux de J.L. Robinson8 et J.W. Watson 9 par exemple, permettent de replacer l’évolution québécoise dans un contexte plus large. Des ouvrages d’autres disciplines ont aussi signalé l’apport des géographes dans la recherche en sciences sociales au Québec : ainsi les mises au point des sociologues montréalais F. Dumont et Y. Martin 10 en 1963 sont de précieuses références. Récemment, à l’occasion du centenaire de la Société de Géographie de Québec a été publié le seul ouvrage important d’histoire de la géographie, par son volume et la longueur de la période qu’il couvre : il s’agit de « La Société de géographie de Québec », de C. Morissonneau 11 , qui s’intéresse d’ailleurs plus aux débuts de la société qu’à son rôle et sa situation dans les vingt dernières années. Enfin, un ensemble de biobibliographies de géographes québécois a été publié récemment par L.E. Hamelin et J. Harvey 12 . Malgré leur rareté, toutes ces réflexions sont de solides points d’appui qui ont fourni les premières hypothèses de travail. Mais l’une des grandes difficultés de l’histoire de la pensée demeure l’élaboration de méthodes d’étude appropriées. C’est essentiellement la nature variée et fragmentaire des sources disponibles qui rend compte de l’éclectisme des méthodes utilisées pour cette recherche. En raison de la jeunesse de la géographie québécoise, les grands ouvrages pouvant présenter un intérêt méthodologique (thèses, manuels d’enseignement supérieur, grandes synthèses ou mises au point) sont assez rares. Il faut donc utiliser les articles de revues, les communications aux congrès, les mémoires de maîtrise, dans lesquels des tendances significatives ne s’affirment pas toujours nettement. Aussi s’est-on parfois contenté d’une approche « extérieure », en recensant par exemple les arrivées de géographes étrangers – professeurs séjournant quelques années ou conférenciers. On a aussi relevé le contenu des questions mises au programme des universités, qui donnent une assez bonne image des principes retenus pour la formation des géographes. D’autres analyses statistiques, plus partielles, ont porté sur la bibliographie des thèses (provenance des titres cités, fréquence des ouvrages méthodologiques le plus souvent recensés) 4 HAMELIN, 1963 (Voir bibliographie en fin de volume) 5 HAMELIN, 1962 6 DAGENAIS, 1953 7 GRENIER, 1961 8 ROBINSON, 1966 et 1967 9 WATSON, 1968 10 DUMONT F. et MARTIN Y., 1963. 11 Québec, P.U.L., 1971. 12 HAMELIN et HARVEY, 1971. 6 et sur les comptes-rendus d’ouvrages publiés par certaines revues. On a essayé de compenser la sécheresse et l’aspect schématique de ces études chiffrées par des interviews de géographes, en trop petit nombre malheureusement puisqu’on n’a pu rencontrer qu’une douzaine d’entre eux. Mais tous ceux qui ont bien voulu nous recevoir ont apporté avec beaucoup de gentillesse, outre une grande quantité de renseignements, le côté humain de leur expérience, et, à la lumière de leur propre interprétation des faits, une compréhension globale qui, sans eux, eût manqué à notre enquête. On a utilisé pour quelques géographes un plan de biobibliographie préparé pour la commission de l’histoire de la pensée géographique de l’U.G.I.. Enfin un dépouillement plus systématique des revues a permis de caractériser les principales préoccupations des géographes québécois, selon leurs préférences pour telle ou telle branche de la géographie, ou telle région d’étude, et selon l’orientation de leurs travaux. Malgré leurs liens dans l’ensemble assez indirects avec la question posée, les différentes approches utilisées ont permis de parvenir à quelques résultats concernant la triple influence anglaise, française et américaine. II était tentant d’organiser l’exposé autour de cette question centrale du jeu des influences étrangères et de l’originalité de la géographie québécoise. Mais la disparité des sources consultées, des méthodes utilisées et le caractère partiel des exemples recueillis n’auraient pas permis de donner une image claire de la situation et de l’évolution de la discipline. Aussi a-t-on suivi plus simplement une présentation chronologique : les étapes de l’installation de la géographie au Québec sont rappelées (livre I : Les moments de l’histoire). Une fois mis en place le « cadre événementiel », il devenait possible de dégager le contenu et l’originalité de l’évolution québécoise (« les caractères généraux de l’évolution de la géographie » : livre II). Enfin une triple analyse du rôle et de la conception de la géographie dans les domaines de l’enseignement, de la recherche et dans la société en général (« L’œuvre des géographes» : livre III) s’efforce de donner une image plus concrète des progrès accomplis par la géographie au Québec. 7 LIVRE I Les moments de l’histoire 9 Le cadre événementiel de cette histoire de la géographie québécoise peut se concevoir en fonction de plusieurs découpages : une classification « fonctionnelle » distinguerait entre 1’enseignement, la recherche et les activités professionnelles. Mais ces catégories se recoupent bien souvent au niveau des personnes et des publications. Une méthode plus biographique permettrait de suivre la vie des sociétés et des principaux personnages, leurs publications, les grandes réunions : sous peine d’être entraîné trop loin dans cette voie, on ne peut que choisir quelques points de repère, citer des dates marquantes auxquelles on se référera par la suite. Comme le contenu, les dimensions du cadre ne sont pas faciles à définir : il semble nécessaire de se reporter constamment, pour l’histoire d’une science, au milieu culturel, socioéconomique, et – pour la géographie – au milieu physique dans lequel elle se situe. Cette vaste synthèse n’étant pas disponible, il faut se résigner à recourir à des faits fragmentaires et isolés pour expliquer l’évolution de la géographie. Aussi ne seront envisagées que les principales étapes de la pénétration de cette science dans le milieu québécois : à l’origine par le canal des récits de voyage et d’exploration, recueillis et encouragés par des sociétés savantes, puis par l’enseignement primaire, enfin par l’introduction au niveau universitaire des idées et des méthodes de la géographie européenne (par l’intermédiaire de Canadiens ayant étudié à l’étranger ou d’immigrants provisoires ou permanents). Note : Ce chapitre doit beaucoup aux articles de M. HAMELIN ainsi qu’à l’ouvrage de C. MORISSONNEAU sur la Société de Géographie de Québec (voir bibliographie). 10 Chapitre 1 – Les précurseurs 1- La « protohistoire » II est difficile d’assigner une date aux débuts de la géographie au Canada français : ce que M. Hamelin 13 appelle la « protohistoire » et qui aurait duré depuis la conquête jusque vers 18201830. Pendant cette période, les publications d’ordre géographique relèvent du récit de voyage ou d’exploration, ou plus tard de la description systématique, mais jamais d’une science géographique supposant un minimum de classification, voire de généralisation et d’interprétation des phénomènes. Les documents permettent seulement d’esquisser une géographie historique de la région laurentienne : ainsi M. Brouillette 14 a utilisé les récits de voyage de Jacques Cartier 15 (1534 et 1535-36) et surtout ceux de Samuel de Champlain 16 (entre 1604 et 1626) avec les croquis et les cartes que ce dernier a réalisés, pour retracer 1’image des paysages naturels du Canada français au moment de la conquête. Cette forme de géographie qu’est le récit d’exploration a connu longtemps une grande faveur au Québec. Ainsi l’une des premières thèses de licence 17 à paraître à l’Université de Montréal se présente encore comme un journal de voyage, décrivant au fil de l’itinéraire parcouru le paysage, en ternes de biogéographie et de géomorphologie. Faut-il imputer comme le fait M. Hamelin ce goût du récit d’exploration à la grande mobilité du Québécois de l’époque, « coureur de bois », migrant en foule vers les Etats-Unis, colonisateur des Grandes Plaines de l’Ouest ? En tout cas cette orientation s’est prolongée dans bien des revues de géographie jusque vers le milieu du vingtième siècle. Egalement intéressants dans une perspective historique sont les travaux du maréchal de Vauban dont on a souligné les qualités géographiques 18 . Sa tentative d’organiser les nouveaux territoires en adaptant la mise en valeur aux ressources du milieu nord-américain constitue bien une « géographie appliquée » avant la lettre. Mais la première description systématique de la province, accompagnée d’une cartographie précise, est due à l’arpenteur J. Bouchette 19 en 1815. (R. Blanchard utilisera largement ce travail pour son livre sur le Québec.) Les arpenteurs du Canada étaient des personnages importants qui bornaient sur le sol et reportaient sur les cartes les limites des seigneuries, des lots individuels, des townships… P. Deffontaines 20 fait 13 HAMELIN, L.E. : Petite histoire de la géographie dans le Québec et à l’Université Laval. C.G.Q., oct. 62-oct. 63, n°13. 14 BROUILLETTE B. : Paysages d’autrefois. R.G.M., 1966. 15 BIGGARD H.P. (éd.) : The voyages of Jacques Cartier. Ottawa, 1924, Publications of the Public archives of Canada, n°11, 330 p. 16 LAVERDIERE (éd.) : Oeuvres de Champlain. TRUDEL M. : Le géographe Champlain, fondateur de Québec. R.C.G,, 1958, vol. XII, n°1, 2, pp 3-6. 17 GADBOIS P. : Etude physiographique de la vallée des rivières Kagaluk et Payne. Montréal, B.A., 1949. 18 PHLIPONNEAU M. : « Le Général Vauban, un ancêtre de la géographie appliquée au Canada », in « Mélanges géographiques offerts à R. Blanchard », C.G.Q. 1959. 19 BOUCHETTE J. : Description topographique du Bas Canada (rapports présentés à Londres). 1815. 20 DEFFONTAINES P. : Le rang, type de peuplement rural du Canada français. Université Laval, Cahiers de 11 valoir que « l’omnipotence de l’arpentage » a marqué définitivement le paysage canadien : « On élabora un paysage agraire rationnel, idéal, hors des contingences géographiques... Au Canada, à part les rivières, rien ne pouvait arrêter le géométrisme ; une fois installé, il devint tyrannique… » Même au niveau universitaire, et pendant longtemps, « il régna une sorte d’hypnotisme de l’arpentage ; il y eut des Facultés d’Arpentage plus somptueuses, mieux achalandées et plus anciennes que des Facultés des Lettres et des Sciences ; les arpenteurs sont de grands personnages et c’est un métier qui conduit loin son homme ; le directeur de l’arpentage, 1’arpenteur général, est une personnalité de marque, lié aux fluctuations de la politique, un véritable ministre des terres. » En plus des cartes, les arpenteurs faisaient aussi des rapports sur les caractéristiques géologiques, pédologiques, forestières, agronomiques des territoires qu’ils parcouraient. On a reconnu à certains, comme Bouchette, des qualités éminentes de géographe. Pour le Canada anglais, T. Lloyd 21 souligne particulièrement l’œuvre de David Thompson, « surveyor », qui réalisa la première carte de l’ouest du Canada et délimita la frontière internationale entre le Canada et les Etats-Unis à l’ouest des Grands Lacs, vers les années 1800. Il a laissé une description de ses explorations 22 qui peut être considérée comme un des premiers ouvrages géographiques sur cette partie du territoire. L’énorme travail de chaînage des arpenteurs a aussi marqué les cartes du Canada : « elles sont revêtues du treillis géométrique des lots qui souvent camoufle la topographie et laisse l’impression de pays colonisé et peuplé, alors que souvent ce sont encore des zones vierges où sont passés seulement les arpenteurs, véritables explorateurs ». 23 Tous ces ouvrages, récits de voyage, nomenclatures ou descriptions topographiques, pour intéressants qu’ils soient dans une perspective de reconstitution des conditions historiques de la colonisation, ne seront guère utilisés ici. Peut-être une étude précise des nombreuses relations de voyage rendrait-elle compte de l’adaptation progressive des immigrants à un nouveau milieu et d’une modification de leurs principes de mise en valeur. (P. Deffontaines a étudié par exemple les lentes transformations de l’habitat 24 .) « Le Canadien français a dû élaborer son type de peuplement, comme il a imaginé aussi son type d’habitation, sans savoir presque rien du pays, de son relief, de son réseau hydrographique, de ses routes naturelles, de ses variétés de sol. Bref il fallait installer de toutes pièces, sans indication préalable, un peuplement et un mode d’appropriation, travail qui, dans les vieux pays d’Europe, a exigé des siècles et a comporté des retouches multiples et constantes. » 25 Une nouvelle conception de l’espace, un nouveau « sens géographique » sont sans doute apparus dans la population. Un anthropologue, G. Dubreuil 26 a par exemple souligné les contradictions entre les principes de « l’aménagement du territoire » impliqués dans la pensée colonisatrice de l’époque (au XVIIIè siècle surtout) et la réalité canadienne-française : « le double modèle français, celui d’un paysannat florissant et celui d’un commerce prospère et profitable à la métropole, ne put jamais être appliqué de façon satisfaisante à la NouvelleFrance. On préconisait l’agriculture, mais les agriculteurs préféraient la traite ou la vie urbaine. Géographie, 1953, n°5. 21 - LLOYD T. : The geographer as citizen. C.G., 1959, n°13, pp 1. 13. 22 - DAVID THOMPSON’S narrative of nis explorations in western america, 1784-1812. Ed. by J.B. Tyrrell, The Champlain Society, Toronto, 1916. 23 - DEFFONTAINES P., art. cité. 24 DEFFONTAINES P. : L’homme et l’hiver au Canada. Paris, Gallimard, 1957, 297 p. 25 DEFFONTAINES P. : art. cité. 26 DUBREUIL G. : « Culture et aménagement du territoire » in Le Québec face à l’aménagement du territoire, ARDA FQHUADT, 1967, 245 p. 12
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