Solarune - Tome 1 - Page 1 - Roan Ru Le Renard Rouge Solarune – Comme les six doigts de la main – Tome 1 Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2372-6 Dépôt légal : Janvier 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire CHAPITRE I : Entre plumes et griffes .......................................... 13 CHAPITRE II : Une et mille merveilles.......................................... 45 CHAPITRE III : Algarade matinale et bien amer serment ............... 91 CHAPITRE IV : Tricornes et Maléfices ........................................... 135 CHAPITRE V : La folle Course des Pâtisteriales ........................... 147 CHAPITRE VI : Parchemins de poussière et lieux oubliés .............. 181 CHAPITRE VIII : Furie rousse à l’heure du thé ................................. 215 CHAPITRE IX : Couronnal volant et taverne à six doigts ............... 235 9 CHAPITRE X : La sombre nuit des Pourprechasses ....................... 279 CHAPITRE XI : Le jeu de la Main à six doigts................................ 329 CHAPITRE XII : Danse nocturne des myriades scintillantes ............ 399 10 CHAPITRE I Entre plumes et griffes La jeune fille eut l’impression que le monde entier s’était soudain mué en un kaléidoscope aux couleurs vives et changeantes… Les branches cinglaient sa tenue de cuir dans sa chute, les feuilles bruissant sur son passage comme pour l’avertir du choc final, si proche à présent. D’une main Sheenberyl tenta de se raccrocher à quelque chose. Ses doigts tentèrent de happer l’écorce de l’Orbechêne. Mais la douleur l’élança, dans le dos, et ses doigts relâchèrent la prise salvatrice… Une volée de plumes noires et un bruissement d’ailes l’avertirent que son adversaire avait l’intention de s’assurer que la Felistale ne survivrait pas à sa dégringolade. En tout cas, ce qui l’avait attaquée n’était pas Antalyan… Alors que ses mains battaient l’air pour tenter de trouver un salut, Sheenberyl revécut en pensée les 13 événements terribles qui venaient de l’entraîner dans une lutte pour sa survie… C’était un après-midi venteux et glacé. Les voyageurs avaient dû hâter le pas, se sachant à quelques lieues seulement des murailles magiorégulées de Solarune. Sans doute se seraient-ils montrés plus prudents, cependant, s’ils avaient su ce qui les attendait au détour de l’ultime col à franchir. Car ce n’était point le repos qu’ils espéraient atteindre. Les arbres de la forêt d’Etoilande commençaient à s’égailler autour d’eux, se changeant à peine une centaine de mètres plus loin en la verte prairie qui cernait la cité des joyaux. Les carrioles se trouvaient encore parmi les arbres, tirées par quelques chevaux fatigués. Une série de sifflements… Et la marche des voyageurs s’arrêta net. Un cheval se laissa choir sur ses genoux, mort. Un second hennit en boitant, une expression d’horreur dans le regard ; un carreau fiché dans le côté. Une embuscade. Les hommes en armes avaient surgi des arbres presque aussitôt. À l’abri de sa cachette forestière, la jeune femme tapie dans les branches en avait dénombré trentedeux. Mais elle ne pouvait être tout à fait certaine que d’autres ne se dissimulaient pas hors de portée de ses sens. 14 Cela faisait beaucoup pour de simples voleurs de grands chemins. Et beaucoup, même pour une Felistale. Les voyageurs avaient dû se rallier eux aussi à cette pensée… Car ils n’avaient d’abord pas cherché à résister. Plus nombreux que les brigands, ils comptaient trop de femmes, de vieillards et d’enfants parmi eux pour espérer de ce combat autre chose qu’un bain de sang. Sheenberyl s’était demandé si elle devait intervenir, ou laisser les caravaniers payer de leur or le droit de passage. Après tout, cette histoire ne la concernait pas. Elle guetta la scène sans faire un bruit, à califourchon sur la plus haute branche d’un Orbechêne, et prépara néanmoins son arc. De son observatoire, la chasseresse ne pouvait entendre que les éclats les plus vifs des voix des brigands. Un rustaud braillard, vêtu d’une chemise de mailles qui semblait bien en peine de contenir son embonpoint, paraissait être le donneur d’ordres de la bande. Quelque chose d’autre attira cependant bientôt l’attention de la jeune femme. Les voyageurs s’insurgeaient contre les brigands, des mains s’agitaient, des armes furent même tirées… La belle rouquine fronça les yeux lorsqu’elle comprit quelle était la raison de l’inconscience soudaine des voyageurs : Les brigands ne semblaient pas en vouloir à leur or… 15 Mais aux enfants. Plusieurs personnages armés avaient commencé à sortir des marmots de tous âges des carrioles, et les réunissaient sans ménagement à l’avant de la caravane. Les parents hurlaient, les femmes exhortant leurs maris à agir, à faire quelque chose pour empêcher ça… La situation allait prendre un tour tragique. Cette fois Sheenberyl n’avait plus le choix. S’adossant au tronc pour assurer son équilibre, elle banda son arc, encocha une flèche avec vélocité… L’imposant meneur fut le premier à tomber, sa respectable bedaine se voyant ornée d’un trait couleur carmin… Elle ajusta ensuite un arbalétrier, repéré sous la frondaison des arbres. Ce dernier porta la main à sa nuque, comme il l’aurait fait en sentant la piqûre d’une guêpe, et s’écroula mort avant d’avoir compris ce qui venait de passer en travers de son cou. Deux flèches firent mouche à nouveau : l’une cinglant la joue en arrachant l’oreille d’un des hommes qui traînait un enfant, l’autre mettant fin aux cris de son plus proche comparse en se plantant droit dans son cœur. Les brigands hurlèrent, et commencèrent à courir vers les arbres. Sheenberyl ficha deux flèches dans le postérieur d’un brigand qui, quelques instants auparavant encore, paradait comme un coq au milieu des voyageurs terrorisés. Ces derniers semblèrent sauter sur l’occasion pour saisir leur chance. 16 Les enfants furent ramenés en hâte par leurs pères vers les carrioles, on fouetta les chevaux pour quitter le cercle mortel de l’embuscade… Les forbans avaient beau être nombreux, il suffisait que les braves gens percent leurs rangs et parcourent une demi-lieue encore pour quitter la frondaison des arbres et être hors de danger. La chasseresse ne doutait pas, de son promontoire stratégique, de parvenir à couvrir leur fuite tout en restant invisible. Elle ratait rarement ses cibles… Et encore, seulement lorsqu’elle le voulait. Et les Beltaines avaient appris à la jeune femme à tirer ses traits avec la vitesse du vent… Pourtant quelque chose était parvenu à la débusquer alors, au moment où elle s’y attendait le moins. Une attaque aussi vive que brutale qui l’avait jetée à bas de son promontoire. Si Sheenberyl ne pouvait en être tout à fait certaine, elle était presque sûre que quelque chose avait tranché son armure de cuir en la poussant en avant. L’heure était à l’action. Quoi qu’elle ait à affronter, une Felistale n’était une proie facile pour aucune créature de la Melnopée. Surtout dans les arbres. La chasseresse parvint à agripper une branche, qui plia sans céder sous son poids. Elle aperçut du coin de l’œil des plumes noires, et des serres impitoyables tranchèrent son répit de fortune. 17 Crrraac ! La jeune fille ne paniqua pas pour autant… Quoi que fût son ennemi, il ignorait que les arbres étaient ses amis… Une des lianes qui formaient une corolle à la base de l’Orbechêne lui arriva presque toute seule dans les mains… Sheenberyl s’y raccrocha, l’inertie de sa chute immédiatement changée en un fantastique élan… La splendide filipendule lâcha prise après avoir pris de la distance avec son prédateur, se laissant rouler plusieurs fois au sol avant de se relever en garde. À présent au milieu du chemin, à découvert, la Felistale sentit que tous les regards se tournaient vers elle. Sa silhouette fine se découpait sous les rayons bas du Lümshaï. L’entrelacs de bandes de cuir qui épousait son corps ne cachait rien de la féminité ardente de la chasseresse. Trois rangées de plumes colorées ondulaient sous la légère brise, le long de ses brassières. Sa chevelure d’un rouge très vif en bataille, ajoutait à son côté farouche… Le masque de cuir qui dissimulait le haut de son visage ne parvenait pas à atténuer les flammes qui brûlaient dans son magnifique regard vert. La belle érine n’avait plus d’arc. Elle avait lâché son précieux instrument de mort lors de sa chute. 18
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