Excusez-moi, Monsieur le Premier Ministre... - Page 1 - test Jean-paul Morat Excusez-moi, Monsieur le Premier Ministre Je ne l’ai pas fait exprès ! Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-173-6 Dépôt légal : Octobre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 « A Christian » 6 AVANT-PROPOS Il y a les romans, les essais, les biographies, les témoignages et tous ces mots désignent en général le rayon sur lequel un livre finit par prendre sa place dans les librairies. L’histoire que je me propose de vous raconter appartient un peu à tous ces genres : des faits authentiques qui se situent dans une époque encore récente avec des échos qui n’en finissent pas de résonner, une expérience et des conclusions qui aujourd’hui encore conservent leur actualité, une aventure humaine enfin, qui au passage aura bousculé le destin de tous les protagonistes, des plus humbles aux plus connus. Au milieu de cela : ces évènements que je révèle dans toute leur véracité, et parmi lesquels j’ai joué un rôle primordial bien que totalement involontaire. J’ai souvent été sollicité pour raconter tout cela, et jusqu’à ce jour je me suis toujours refusé à le 7 faire. Il fallait qu’en moi un certain deuil s’opère, il fallait aussi que des antagonismes et peut être même des haines s’apaisent afin que ce livre n’apparaisse pas comme un règlement de comptes ou une vengeance. En effet, je ne déteste rien autant que ces récits qui ne sont écrits que pour assouvir une vindicte ou cracher un venin. L’écriture pour moi est avant tout à un acte d’Amour, un livre c’est un peu un repas que l’on prend ensemble et même si la cuisine est relevée, ce n’est pas une raison pour y laisser traîner de l’arsenic. Oui, malgré tout ce livre se veut un acte d’Amour : à l’égard de certains proches qui n’ont jamais très bien compris ce qui m’était arrivé, à l’égard des lecteurs anonymes aussi, afin de leur dire que finalement, quelques soient les effets parfois romanesques que peut prendre leur destin, le plus souvent à leur insu, vient toujours l’heure où tout s’apaise, dès lors que l’on se retrouve en paix avec les autres et avec soi même. Tous ceux qui furent mes partenaires, parfois involontaires dans cette histoire ? Inconnus ou célèbres, je crois bien que tous sont encore de ce monde à l’instant où j’écris ces lignes. Eux aussi, et tous à des degrés divers auront été atteints par les conséquences de cette affaire déclenchée sans raison, qui finalement ne méritait pas de se 8 transformer en un tel tsunami, jusqu’à atteindre les plus hauts sommets de l’Etat ! Très volontairement, j’ai changé certains noms de personnages concernés, et notamment ceux dont l’anonymat ne nuit pas à la véracité du récit. Je n’ai pas cru en revanche devoir changer l’identité de certains acteurs que le lecteur aurait de toute façon reconnus dès lors qu’il s’agit de personnages publics. Au reste, je pense que ceux ci ne m’en voudront pas, le but de ce livre étant certes de raconter, mais aussi d’expliquer et peut être même de réhabiliter des faits et des personnes en les resituant dans leur époque et leur contexte. Beaucoup d’autres affaires du même genre ont fait l’actualité durant ces dernières années. Celle ci dont l’impact et l’amplitude sont au demeurant modestes présente la caractéristique, parce qu’elle est plus simple de constituer un exemple succinct permettant d’observer et de comprendre les mécanismes de ces pratiques qui auront pollué la politique et les entreprises pendant tant d’années ! J’ai toutes raisons de penser que peut être certaines irrégularités subsistent, mais certainement pas les mêmes : là non plus on n’arrête pas le progrès, et même dans le domaine de la corruption politique tout doit être aujourd’hui beaucoup plus sophistiqué : en fait j’éprouve un peu la sensation de vous parler du temps de la marine à voile à l’époque du sous marin nucléaire ! 9 Il faut d’ailleurs reconnaître aux politiques la volonté qu’ils ont eu d’encadrer certains domaines et en tous cas de légiférer pour colmater certaines brèches. Aujourd’hui, certes il suffit d’un simple clic pour déplacer des milliards : c’est moins lourd que des valises de billets, moins astreignant que des emplois fictifs, mais ce n’est plus mon univers et je laisse cela à d’autres ! En dehors de l’aspect économique qu’elles comportent, ces affaires auront en plus broyé des destins, brisé des foyers et fait à tous les échelons, y compris les plus élevés des dégâts considérables sur le plan humain. Voici donc la nouvelle histoire de « L’Homme qui en savait trop » dans laquelle Hitchcock n’a rien à voir ; on pourrait aussi dire qu’il s’agit des aventures du petit fusible qui n’aura pas pu éviter l’incendie…ce sont sans doute les aventures de celui qui aura eu le tort d’être placé en face de choses qu’il aurait mieux fait de ne jamais voir, voici donc mon histoire… Ainsi que celle de quelques autres sans doute ! 10 LA PREMIERE FÊLURE Lundi 13 Avril 1992… Il faisait très beau ce jour là à Antony et nous étions dans la semaine précédant Pâques. Même la banlieue (à cette époque on ne parlait pas encore des « quartiers ») paraissait sourire à ce soleil printanier qui soudain l’inondait. Pour moi tout allait bien : depuis 12 ans déjà j’exerçais les fonctions de Chef Comptable dans une entreprise, ou plutôt une SCOP (Société Coopérative Ouvrière de Production) : « Les Compagnons du Bâtiment » qui bénéficiait d’une réputation centenaire, et dont le savoir faire et la compétence étaient unanimement reconnus, ce qui lui valait d’être fréquemment sollicitée et retenue sur des chantiers prestigieux et notamment pour la rénovation des monuments historiques. Le bilan au 31.12.91 était terminé, le Conseil d’Administration avait arrêté les chiffres depuis un mois déjà, il n’y avait plus qu’à se laisser glisser vers la belle saison qui pointait le bout de son nez… 11 Bientôt ce serait les vacances, et ainsi de suite : à 54 ans il ne me restait plus que 6 années à faire : la moitié de ce que j’avais déjà accompli, et il n’y avait aucune raison que tout cela n’aille pas jusqu’à son terme. J’imaginais déjà, lors de mon départ, le petit pot d’adieu devant mes collègues et mes camarades, l’accolade que ne manquerait pas de me donner mon PDG, un discours et peut être un cadeau : un vélo ou une canne à pêche pour ma retraite. Depuis 12 ans, j’avais assisté à maintes cérémonies de ce style : ce jour là, ce serait pour moi et voilà tout ! L’année précédente, nous avions enfin réussi à acquérir un petit pavillon à Nozay sur les hauteurs de Montlhéry : 7 années de crédit, enfin tout était prévu à l’horizon 1999. Bien sûr et d’ici là comme depuis toujours, je ne compterai pas mes heures : dans le bâtiment on commence tôt, on finit tard, et puis quand on a une position de cadre, on épouse un peu sa boîte ! Ca tombait bien car je l’aimais ma boîte ! Sans doute à cause de l’aspect « coopératif » qui nous donnait à tous un esprit d’équipe grâce auquel nous aimions tous notre travail. J’étais rentré aux « Compagnons du Bâtiment » au début de l’année 1980 et j’avais été embauché par André Clément qui était PDG depuis déjà une quinzaine d’années après avoir fait toute sa carrière dans l’entreprise depuis le plus bas échelon. Un sacré bonhomme André Clément ! Avec un niveau technique de dessinateur industriel, il était 12 parvenu au fil des années à devenir un gestionnaire de premier plan, simplement en y mettant un bon sens à toute épreuve et une autorité reconnue qui laissait toujours une place à l’humanité. Certes, j’étais « le Comptable », et il n’aimait pas les comptables. Malgré tout, nous finissions toujours par tomber d’accord à condition que j’abandonne tout ce qu’il pouvait y avoir de technique dans mes argumentations et dans mes propos. Il confondait volontiers les Réserves avec les Provisions, les Investissements avec les Amortissements, et il finissait toujours par convertir les documents que je lui donnais sous forme de tableaux ou de graphiques à sa façon qu’il dépliait sur son bureau et auxquels à mon tour je ne comprenais plus rien. Qu’importe, je crois quand même que nous nous aimions bien, et tout cela s’était souvent vérifié dans le courant de conversations plus personnelles et plus privées que nous avions ensemble parfois et dont je conserve de le meilleur souvenir : nous nous frictionnions souvent, nous avons ri rarement, mais nous avons toujours fini par tomber d’accord. Pour le reste, combien de fois m’a t’il répété : « Vous, les comptables, vous êtes des gens dangereux ! ». Je dois bien reconnaître que la suite des évènements lui a donné un peu raison, mais hélas dans cette histoire tout ne fût pas de ma faute, et bien d’autres y auront mis du leur ! Pour tout dire André Clément s’était un peu érigé en « Pater Familias » dans sa propre entreprise, un 13
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