Totem et Jazz - Page 1 - 3 Marion Loubard Totem et Jazz Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2010 4 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 41 62 14 62 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-3074-8 Dépôt légal : Mars 2010 © Marion Loubard L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 7 Introduction Ce recueil de textes est une autobiographie poétique. Je raconte des instants importants de ma vie, au cours desquels, l’esprit tranquille, j’ai eu des prises de conscience et même des déclics. Dans ma vie de jeune femme, il m’a tout d’abord fallut me libérer d’une éducation ; mes parents m’ont très bien élevée, je les rassure, mais je pense que pour devenir adulte, il faut critiquer objectivement son éducation pour enfin devenir soi même ; de l’emprise des messages véhiculés par un certain type de société, comme par exemple le fait de toujours se montrer au « top de sa forme », toujours drôle, avoir de la répartie en toute occasion, et blablabla… Puis enfin libre, j’ai découvert l’euphorie et l’exaltation de l’aventure notamment au cours de mes « expéditions » dans des villes inconnues, mes promenades au bord de belles rivières, et lors de l’ascension de sommets (pas non plus trop hauts) de montagne ; l’amour ; la mort par la perte de ma grand-mère ; le dénuement de certaines personnes qui peuvent parfois arracher le cœur ; mais aussi la sérénité, quand on se sent bien dans son corps, dans le monde, et qu’on est heureux d’être en famille. Le poème « calme lac d’Aix les Bains » ne relate pas un moment réel de ma vie mais imaginaire à partir d’une angoisse, qui par contre, elle, est bien réelle. 8 J’ai tout d’abord commencé par écrire le poème « L’année 2005 : Gambetta ». Ceci est venu tout seul, j’avais envie de raconter ce moment là de ma vie qui marque un tournant. Puis naturellement sont revenus à mon esprit d’autres instants de ma vie sous forme de flash avec toujours la beauté du lieu mise en avant. L’ensemble est venu cohérent et j’ai décidé d’en faire un recueil. Le recueil reste volontairement flou et mystérieux : Il n’y a pas d’explications sur les poèmes ni de transitions entre eux. Ceci vient du fait que je suis une personne pudique et que je n’ai pas envie de me dévoiler entièrement. Je préfère garder pour moi certains moments difficiles de ma vie. Néanmoins ce recueil comporte un certain nombre d’indices qui permettent de comprendre beaucoup de choses. Le dernier texte « Bonus track : contrées lointaines » n’est pas poétique mais plutôt philosophique. Il parle des différentes cultures du monde avec à la fin de celui-ci une piste de réflexion. Je vous souhaite une bonne lecture, Marion LOUBARD 9 Grenoble by night Cette nuit là, je fis une découverte capitale : Une autre dimension existait effectivement. C’était après une soirée, alors que je marchais, seule, la nuit, du côté de la gare de Grenoble. Je fus tout d’abord surprise de constater que je n’éprouvais aucune peur. J’admirais plutôt les façades des vieux immeubles éclairés par les lampadaires. J’appréciais aussi, écouter les bruits nocturnes de la ville, et de ne plus me sentir obligée de parler. A ce moment, je compris qu’il existait autre chose à tout ce que j’avais connu. Une porte vers un autre monde, dont je n’avais absolument jamais soupçonné l’existence, s’ouvrait. C’était complètement inattendu pour moi. Je découvrais les prémisses de la liberté, de la poésie et de l’aventure. Devenue tout d’un coup, légère et heureuse, je me mis à avancer comme un chat, discret et anonyme, ne faisant aucun bruit sur le trottoir. Après tant d’années, enfermée dans des règles et des automatismes, je me libérais enfin. 10 L’année 2005 : Gambetta C’était au mois de septembre. Un beau soleil de fin d’après-midi brillait. Je remontais tranquillement, le boulevard Gambette, à pied. Sur ma droite s’étendaient les bâtiments du lycée Champollion. De l’autre côté de la rue, des étudiants sirotaient des verres, et jouaient aux cartes sur les terrasses des cafés. En avançant encore, j’apercevais les jets d’eau étincelants du croisement du cours Berriat. Je me plaisais beaucoup dans ce quartier de Grenoble. Je savourais ce moment, car enfin, je L’oubliais. Pour moi, une nouvelle vie démarrait, plus libre. J’allais suivre mon instinct, et mes envies. Parcourir, des paysages montagneux, des grandes plaines, et des villes. Mais surtout me promener le long du Drac, au pied du Vercors. J’avais comme un pressentiment. Quelque chose de bien allait m’arriver. Je ne me doutais pas encore qu’à quelques pas de là, au bar de la Natation, je rencontrerais quelques jours plus tard, celui qui deviendrait le VRAI bonheur de ma vie. 11 La petite dame de Paris Gare de Lyon Je marchais d’un pas rapide dans le grand hall de la gare de Lyon. Les guichets de vente de billets défilaient de part et d’autre de ma route, avec des gens qui attendaient dans les files en serpentées. Je jetais des petits coups d’œil sur les magnifiques décors des hauts murs et des plafonds datant de l’époque de la construction de la gare, au ΧIΧème siècle. Mon humeur était plutôt maussade : Ma grand-mère était morte deux semaines avant, et j’avais des problèmes d’ordre sentimentaux. Je cherchais un distributeur d’argent pour m’acheter un sandwich avant de sauter dans le train pour Grenoble. Arrivée au bout du hall, j’aperçois des machines qui ressemblent à des distributeurs. Je me dirige vers elles. A ce moment précis, une dame se met à me suivre. Ce qui commence à m’énerver. J’ai peur qu’elle essaie de voir mon code de carte bleue. Ces machines ne sont pas des distributeurs d’argent mais de billets de train. Je me retourne brusquement. La dame m’arrête et me demande alors, si je ne peux pas la dépanner de cinquante centimes. Je lui réponds 12 sèchement que je n’ai pas d’argent. Mais tout de suite, je regrette car quelque chose dans cette petite dame m’a émue. Je la regarde s’éloigner. Elle a l’air d’avoir une cinquantaine d’année. Ses cheveux bruns, clairsemés de quelques cheveux blancs, sont noués dans une queue de cheval au niveau de sa nuque. Sa démarche est frêle et son regard cherche, timidement, de gauche à droite quelqu’un à qui elle pourrait demander une pièce. Elle porte des vêtements en faux-cuir de couleur noir : une veste ample et une jupe courte, pas provocante. Elle n'a pas de collant et ses chaussures sont des petites baskets en toile. En remontant un peu mes yeux, je m'aperçois que sa jupe est toute déchirée, et même crénelée, laissant apparaître dans une fente, le haut de sa cuisse. Je ressens un gros pincement au cœur. Cette femme doit être vraiment dans la misère. Je cherche tout de suite une pièce de cinquante centimes dans mon petit porte-monnaie, et coure derrière elle : -« Madame ! Excusez-moi, je me suis trompée, j’ai bien cinquante centimes ! » Elle me répond qu’elle est vraiment désolée, qu’elle ne voulait pas me déranger. En fait, c’est moi qui me sens vraiment gênée de m’être montrée si dure, quelques instants auparavant. Je lui dis doucement : « c’est moi », en posant mes mains sur les siennes pour lui signifier que je regrette ma première réaction. 13 Ce geste d’apposition de mes mains sur les siennes me surprend moi-même, comme si mon cœur avait parlé directement. Puis je lui souhaite une bonne journée. Elle me regarde en souriant. Son visage malgré le peu de soin, qu'elle doit pouvoir lui apporter, est doux. Puis nous nous quittons. Je me dirige vers le tableau de départ des trains. Je la cherche du regard, je ne la vois plus. Je repense souvent à cette petite dame. Dans ces moments là, j’espère que sa vie n’est pas trop dure. Je me dis qu’à chaque fois que je retournerai à la gare de Lyon, je la chercherai, et si par chance je la trouve, je lui proposerai de lui offrir un café ou de la dépanner d'un billet de vingt euros. Cette petite dame m’a émue, elle m’a rappelé ma grand-mère. Je crois que je ne l’oublierai jamais. Elle m’a rendue ma douceur et m’a redonné l’envie d’aimer. 14 La Madelon Elle était dans sa chambre au premier étage de sa maison en briques rouges. Elle prenait des habits dans son armoire encastrée dans le mur et les mettait dans sa valise posée sur son lit. Ses pieds allaient et venaient sur son tapis vert épais. La maison était silencieuse. On n’entendait que le bruit de sa respiration qui devenait avec l’âge plus bruyante. Elle était calme et concentrée comme souvent. Elle descendit lentement les escaliers car les marches étaient des vraies savonnettes, passa dans le salon, la cuisine, les écuries, ferma la maison et mis la clé dans le pot de fleurs au cas où la Nono rentrerait dormir. Elle démarra sa petite auto puis conduisit vers la gare de Rethel. Sur la petite route qui montaient et descendaient au gré des collines, elle traversait des champs, des étendues de la mystérieuse forêt ardennaise ; les villages du Petit Banc, d’Ecordal, de Sausseuil, d’Amagne et de Doux, avec les fermes et les maisons de gens qu’elle connaissait depuis des générations, et dont elle racontait souvent les histoires, un peu commère mais pas trop. A Rethel, elle embarqua pour Paris Est. Dans le train, toujours calme, elle faisait des mots-croisés, et plaisantait de temps en temps avec sa voisine de siège. Petit à Petit, les pâturages des Ardennes laissent place aux grandes cultures de la Marne, aux
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