Croix de Correze - Page 1 - © Editions CRÉER – 63340 Nonette ISBN : 978 2 84819 061 7 Montage Croix de Corre?ze:Montage Croix de Correŭze 5/10/09 13:42 Page 2 Croix de Corrèze En garde 1 - Croix du Pescher ▼ Montage Croix de Corre?ze:Montage Croix de Correŭze 5/10/09 13:42 Page 1 © Editions CRÉER – 63340 Nonette ISBN : 978 2 84819 061 7 Montage Croix de Corre?ze:Montage Croix de Correŭze 5/10/09 13:42 Page 2 Jacques Baudoin Croix de Corrèze CRÉER Montage Croix de Corre?ze:Montage Croix de Correŭze 5/10/09 13:42 Page 3 ph. 1 - Le Pilard de Bonnefond. Montage Croix de Corre?ze:Montage Croix de Correŭze 5/10/09 13:42 Page 4 Introduction Par sa situation frontalière avec la Guyenne anglaise, le Limousin méri- dional est surtout connu comme la terre d’élection des châteaux forts qui nous offrent des ruines grandioses à Turenne, Merle ou Ventadour. Malgré des altitudes contrastées (95 m, à Larche ; 980 m au Mont Bessou), une entité géographique s’est constituée que l’on qualifie, tour à tour, de Bas-Limousin ou de Corrèze, selon l’importance que l’on accor- de à la latitude ou au réseau hydrographique. De plus, l’originalité du Limousin méridional a été consacrée par l’usage du droit écrit, en opposition avec la Marche et le Haut-Limousin, voués au droit coutumier. Ainsi se trouve délimité un terroir relativement autonome, à l’abri des bouleversements de la vie moderne et qui a conservé, mieux que ses voi- sins, une profusion de croix anciennes. Le phénomène est particulière- ment sensible dans la Montagne limousine, ce qui a permis d’avancer que la présentation de ce patrimoine serait due à l’enclavement tardif du Plateau de Millevaches 1. D’un autre point de vue, une étude spécifique des monuments des Monédières souligne le caractère secret et mystérieux des croix de la Corrèze 2. Chaque monument interroge le visiteur par son emplacement précis, sa destination, sa typologie ou son iconographie. Le chercheur, 5 1 - M. CHAVENT, 1987, p. 125. 2 - J. VINATIER, 1987. Montage Croix de Corre?ze:Montage Croix de Correŭze 5/10/09 13:42 Page 5 quelque peu initié aux croix les plus traditionnelles, se trouve immergé dans un univers insolite qui plonge ses racines au plus profond de notre histoire et ouvre de nouvelles perspectives à l’investigation. Un double problème se trouve ainsi posé par les croix de la Corrèze : celui de leur répartition et celui de leur grande ancienneté. Autant dire que leur étude est capitale pour comprendre les raisons de l’essor et du foisonne- ment des croix dans notre pays. Quelques entorses ont été faites aux limites administratives du départe- ment afin de tenir compte de la géographie et du particularisme des croix. C’est ainsi que la Xaintrie est partagée entre Corrèze et Cantal, alors que ses croix offrent une grande homogénéité qui ignore cette scission. La même anomalie se produit sur le plateau de Millevaches avec la com- manderie de Féniers qui chevauche Corrèze et Creuse et dont la croix de Clairavaux, située en territoire creusois, est le modèle des rouelles limou- sines. I — Le cadre historique Le relief mouvementé du Limousin a favorisé son démembrement préco- ce sous forme de fiefs, d’importances inégales, qui ont joué des rôles variés au cours de l’histoire. En ce qui concerne la partie méridionale du Limousin, deux fiefs ont tenu une place prépondérante : – le pagus tornensis ou Tornès : c’est la vicomté de Turenne qui se met en place au Xe siècle et qui, étirée le long de la vallée de la Dordogne, gar- dera son autonomie jusqu’en 1738. Doté par les rois de France de fran- chises et de privilèges, affirmés tout au long des XIVe et XVe siècles, ce pays a connu une réelle prospérité, affirmée notamment par l’essor de la ville de Brive. Malheureusement, les guerres de Religion ont laissé leur empreinte dévastatrice en divers lieux, comme Turenne ou Loubressac. – à l’opposé, le fief des Ventadour est de date plus récente, mais son ascension n’en est que plus spectaculaire. Erigé en comté de 1350 à 1578, ce fief recouvre la Montagne limousine, avec les Monédières et le Plateau 6 Montage Croix de Corre?ze:Montage Croix de Correŭze 5/10/09 13:42 Page 6 de Millevaches (de « melo vacua » : plateau dénudé). Avec sa végétation de landes, de bruyère et de bouleaux, c’est le pays qui incarne le mieux l’originalité de la Corrèze. II — Les matériaux La Montagne limousine est la terre d’élection du granite qui est répandu depuis Bugeat (carrière de Pérols) jusqu’à Ventadour (carrière de Monjanel) et Meymac. La granulite s’en distingue par une texture plus fine et une teinte plus clai- re (croix d’Eyrein, de Davignac, de la Tourette). Plus rarement, on utilise un granite noir ou kersantite (croix de la Mission, à Saint-Setiers, croix du puits de Pérols). L’usage du basalte (Tourniac) ou de l’andésite (Saint-Exupéry) caractéri- se la proximité de l’Auvergne. Le grès permien de Collonges est omniprésent dans le canton de Meyssac (croix du Pescher), mais le bassin de Brive préfère les calcaires d’Ayen, de Nazareth et de Carennac qui ont été utilisés dans toute la Corrèze . Les croix sont alors couvertes de toits permettant la conservation de la sculpture et de la polychromie (Darnets, Bassignac-le-Haut). Certaines communes sont particulièrement riches en croix. C’est la Montagne limousine qui offre la plus grande densité de croix : 8 croix à Pérols, 6 croix à Moustier-Ventadour, 5 croix à Bonnefond, Lestards, Peyrelevade et Saint-Merd-les-Oussines, 4 croix à Meymac, Pradines et Saint-Setiers. Mais la Xaintrie et la Vicomté détiennent aussi quelques records : 5 croix à Auriac, 4 croix à Bassignac-le-Haut, Saint-Privat et Curemonte. III — L’héritage mégalithique Le vieux socle hercynien, qui fait le lien entre les Monédières et le Plateau de Millevaches a conservé une série de monuments qui montrent com- ment la christianisation est tributaire de l’héritage mégalithique. 7 Montage Croix de Corre?ze:Montage Croix de Correŭze 5/10/09 13:42 Page 7 8 ph. 2 - Croix de la Croisade, à Pleaux (Cantal). Montage Croix de Corre?ze:Montage Croix de Correŭze 5/10/09 13:42 Page 8 – Le Pilard de Bonnefond, dont la taille en relief fournit l’ébauche d’une grande croix, est le parfait exemple d’un menhir christianisé à une haute époque (ph. 1) – A Auriac et dans plusieurs localités de Xaintrie (Pleaux, Barriac), des lec’hs ont été christianisés par l’adjonction d’une croix (ph. 2) – A Pradines et à proximité d’un fanum gallo-romain, les croix des Jaillants et de Vietheil dérivent de monolithes par la taille de bras en forme d’oreilles : c’est la même technique qui a été adoptée en Auvergne, à Saint-Germain-l’Herm (croix des Prades), ou encore en Bretagne, à Carnac (croix du Hahon). (ph. 3) A Peyrelevade, un étrange roc stra- tifié (le rô ou le Rat), vénéré depuis les temps les plus anciens, sert de support à la croix dite de Saint- Roch. (ph. 4) Un peu partout, des chaos grani- tiques, à l’environnement insolite, exercent la même fascination et constituent le piédestal rêvé pour l’implantation de la croix (croix du Doustre, à Saint-Hippolyte) (ph. 5) IV - La sanctification des fontaines Comme les mégalithes, les fon- taines étaient des lieux privilégiés du culte antique. La christianisation s’y est exercée par la plantation de la croix, en association fréquente avec le culte d’un saint. Les fontaines sont nombreuses dans le Limousin méri- dional et spécialement sur le Plateau de Millevaches qui est le grand réservoir du Massif central. 9 ph. 3 - Croix du Hahon, en Carnac (Bretagne) Montage Croix de Corre?ze:Montage Croix de Correŭze 5/10/09 13:42 Page 9
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