Duncan et le secret du bouclier - Page 1 - test Yannick DUTERTRE Duncan et le secret du bouclier Roman Éditions Éditeur Indépendant 75008 Paris - 2008 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions Éditeur Indépendant – 2008 ISBN : 978-2-35335-167-1 Dépôt légal : Janvier 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 1 Duncan LES CITÉS : aucune des études menées par les experts n’a pu remonter à des temps antérieurs à cette période de notre histoire. La Terre était alors divisée en Cités, nombreuses et farouchement indépendantes. Entre elles, les rapports se limitaient à des échanges commerciaux. Des alliances plus ou moins éphémères n’étaient conclues que lors de conflits armés majeurs. Les habitants avaient pour leur ville un attachement profond, sorte de patriotisme souvent à la limite du fanatisme. La pratique, au sein de chaque cité, d’une langue unique, ne suffit pas à expliquer ce fait, d’autant que la culture de base ne présentait pas de différences notables d’une ville à une autre. Les seuls noms connus avec certitude sont ceux des cités antagonistes de Loangles et de Exco. Exco était, semble-t-il, une Cité typique, assez représentative de la plupart des autres. En revanche, Loangles était une exception : en particulier, avec ses Bas Quartiers et son… – Extrait de Histoire Primitive de A. Eldera La petite pièce n’était éclairée que par les rayons des néons des Quartiers Hauts de la cité. Ceux-ci filtraient au 7 travers de volets ruinés, réduits à l’état de passoires par le temps et les éléments. De vagues rideaux, disposés de façon presque aléatoire, laissaient apercevoir les carreaux brisés de ce qui aurait pu être considéré comme une fenêtre, si l’on avait fait abstraction du manque de poignée. Quant à la moisissure qui l’envahissait, elle se développait dans les nombreuses craquelures d’un bois vermoulu semblant remonter à la préhistoire. Du centre du vestibule on pouvait distinguer un vague bureau. Il donnait, tout autant que la petite chaise l’accompagnant, l’impression qu’il allait s’effondrer d’une seconde à l’autre. Les murs d’un jaune douteux avaient dû autrefois être recouverts d’un papier peint dont il ne subsistait que quelques fragments couverts de mousse et de moisi. Une porte, en aussi mauvais état que le reste du vestibule, se discernait dans la paroi, à droite de la fenêtre. Le sol, quant à lui, était réduit à sa plus simple expression : de la terre battue humide. Enfin, dans le coin le plus sombre de la pièce, on distinguait un matelas. Il avait manifestement été rembourré, non pas de paille, mais de morceaux de caoutchouc et autres matériaux de récupération. Sur ce dernier, était étendu un homme. Il semblait très âgé. Des cheveux blancs, longs et fins, encadraient un visage basané, ridé et craquelé. Sa grande taille – il mesurait environ un mètre quatre-vingt dix – accentuait sa maigreur. Ses vêtements dont on aurait pu croire qu’ils avaient été découpés dans les rideaux de la pièce, ne suffisaient à cacher ni ses côtes saillantes, ni l’aspect sec et noueux de ses membres. Les paupières étroitement fermées, il dormait. Un de ses bras pendait sur le côté du lit. Il reposait sur un antique pistolet, du type de ceux que 8 l’on fabriquait à la fin du vingtième siècle. L’autre bras disparaissait sous le matelas, d’où dépassait la poignée d’un coutelas. Soudain, pendant quelques centièmes de seconde, la lumière fut masquée. Les volets semblèrent s’écarter. Les rideaux parurent ne plus obéir seulement aux bourrasques de vent s’infiltrant dans la demeure par les ouvertures de la fenêtre. Une ombre s’était introduite dans le vestibule. C’était celle d’un tout jeune homme, âgé d’une douzaine d’années, se déplaçant avec l’agilité d’un singe. Il tenait à la main une dague effilée. Pendant sur son front, une mèche folle émergeait de ses cheveux bruns désordonnés. Comme mue par une volonté propre, elle ne cessait de tomber devant ses yeux comme pour dissimuler leur bleu profond ainsi que cet éclat particulier révélant à la fois intelligence et malice. Sans que le jeune garçon en fût conscient, une vague amertume teintée de regrets transparaissait dans son regard. Il était vêtu de loques, mais de loques volontairement choisies de couleur sombre, dans l’espoir d’être plus discret dans la pénombre de la nuit. En réalité, son accoutrement produisait l’effet contraire. Il ne faisait que renforcer le contraste avec sa peau d’un blanc étincelant. Il resta immobile durant de longues secondes, attendant que sa vision s’adapte à l’obscurité ambiante. Dans le coin sombre où il s’était placé, seuls sa respiration et les mouvements réguliers de sa poitrine auraient pu trahir sa présence. Finalement, ses yeux s’étant accoutumés, il entreprit de prudemment traverser la pièce. Évitant de son mieux les rayons de lumière, il s’approcha, pas à pas, de la silhouette endormie du vieillard. 9 Il avait à l’esprit la mission qui était sienne. Elle lui avait été confiée par son père adoptif, le chef de la tribu des Thanates. Mentalement, il revoyait ce colosse roux, haut de deux mètres. Même à plus de 40 ans, il s’imposait un entraînement constant et possédait des muscles plus impressionnants que ceux d’hommes bien plus jeunes. Il avait ainsi expliqué la mission qu’il confiait à son fils : – Duncan, j’ai encore une mission pour toi. Celle-là est plus risquée que les autres, car nous ne connaissons rien de l’homme à abattre. Duncan avait haussé les sourcils, étonné. En effet, son père adoptif lui avait toujours dit que l’ignorance était la pire des faiblesses et qu’il était presque suicidaire d’envisager l’assassinat d’une personne si l’on ne savait rien d’elle. Il en avait fait la remarque, même s’il avait déjà deviné de qui il s’agissait et comprenait fort bien qu’il fallait agir. Leur première rencontre avec leur future victime s’était en effet révélée catastrophique. – C’est dangereux, très dangereux, papa. Tu m’as toujours dit et redit que nous ne pouvons combattre celui dont nous ignorons tout ! – Oui ; depuis que je t’ai recueilli, il y a six ans, tu as toujours appris et compris ce que je disais. Tu mériterais d’être mon fils génétique. Cette remarque, Duncan l’avait entendue un nombre incalculable de fois. Cette fois encore, elle avait été suivie d’un long silence, puis de cette question, toujours la même : – Papa, sais-tu qui sont mes parents ? Tu m’as toujours répondu que… 10 – Que je l’ignorais. Et c’est vrai. Je l’ignore ; je te l’ai dit mille fois. Je t’ai sauvé de mendiants sans-tribu qui pensaient pouvoir tirer quelque chose de toi. Tu étais inconscient, sans vêtements et ils semblaient vouloir t’emmener… Pourtant, tu n’étais pas un de leurs enfants. Ils les protègent du mieux qu’ils peuvent. Ils n’auraient jamais permis que l’un d’entre eux les accompagne dans une expédition aussi périlleuse. Nous étions tombés sur eux par hasard, dans le Dépotoir Est… Nous avions lancé l’assaut immédiatement : c’étaient des Sans-tribu. Ils méritaient donc la mort… À ces mots, Duncan avait frémi, comme à chaque fois que son père adoptif lui avait raconté cette histoire. Duncan savait que seul le fait qu’il avait été un enfant l’avait sauvé… Si j’avais eu dix-huit ans, pensait-il, ne m’aurait-on pas tué comme le reste du groupe ? La réponse venait le torturer : oui, sans aucun doute. Qu’estce qui rendait les Sans-tribu si indignes de vivre ? Comme à chaque fois, son père n’avait pas remarqué son frémissement, ou l’avait ignoré volontairement. Il avait continué, imperturbablement : – C’est ainsi que nous t’avons recueilli. Mais tu avais perdu la mémoire. Tu ne te souvenais que de ton prénom. Ces bâtards de Sans-tribu t’avaient manifestement fait subir des choses horribles. Je pense que c’est mieux pour toi que tu ne t’en souviennes pas. – Oui, papa, avait-il répondu sobrement, une fois de plus, respectant cette espèce de rituel établi entre père et fils. L’adulte avait alors changé le sujet : – J’en étais à l’explication de ta mission. Tu as désormais l’habitude de… – il avait hésité un instant, 11 cherchant une formule plus correcte que celle qu’il avait eu l’intention d’utiliser au départ – mettre des gens hors d’état de nuire. Tu es très doué lorsqu’il s’agit d’accomplir cette tâche difficile mais, cette fois-ci, nous ignorons presque tout de la cible. Nous ne savons pas s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Nous n’avons aucune idée de son apparence et de son armement. Ce que l’on peut affirmer sans se tromper, c’est d’abord qu’il a élu domicile sur les territoires de la tribu, à moins de trois kilomètres de l’endroit où nous nous tenons en ce moment même. Il tient beaucoup à son intimité. Il tue impitoyablement tout membre de la tribu qui l’approche et le dépouille de son équipement. Duncan savait déjà cela. Il avait hoché la tête. Les cérémonies funéraires avaient eu lieu la veille. Les corps n’avaient pu être récupérés, car il était bien trop dangereux de s’approcher de la tanière de l’intrus. Les détails de l’assaut par les membres de la tribu lui étaient inconnus. Pourtant, en pensant au triste sort de ces derniers, était montée en lui une envie de meurtre dépassant en intensité toutes celles qu’il avait pu ressentir jusqu’alors. Les larmes lui étaient venues aux yeux. Il les avait refoulées du mieux qu’il pouvait, sans pouvoir cacher son état d’esprit à son père. Ce dernier, compréhensif, lui avait mis une main sur l’épaule, puis avait continué son discours : – C’est de cette manière que nous avons perdu deux des cinq armes à feu qui font notre puissance, ainsi que notre unique paire d’émetteurs et récepteurs. Les autres tribus ne sont pas encore au courant. C’est la seule raison pour laquelle nous n’avons pas encore été attaqués. Pour l’instant, aucun de nos alliés ne nous a abandonnés… Mais quand la nouvelle se répandra… 12 Lors de la prochaine bataille entre tribus, si nous ne sommes pas en mesure de mettre en œuvre notre puissance de feu, les autres clans nous extermineront. Seuls, peut-être, seront épargnés ceux de notre tribu assez utiles et forts pour servir d’esclaves aux vainqueurs. Quant aux faibles, ils seront exécutés. Les éventuels survivants ne seraient alors que des – il cracha le mot – Sans-tribu. – Je dois donc essayer d’aller tuer cette personne et, surtout, récupérer le matériel perdu. Duncan avait prononcé ces mots d’une voix blanche, sans émotion, comme si cela lui paraissait aussi banal que de mettre un pied devant l’autre pour marcher. Il avait horreur de tuer mais il était obligé de le faire. Pour sa tribu et pour l’homme qui l’avait recueilli et élevé et lui avait appris une notion essentielle : le devoir. Le devoir envers sa famille et envers son clan. Cette tâche, aussi déplaisante fût-elle, il devait l’effectuer. Pour sa survie. Celle de son père. Celle de tous les autres membres de la tribu. Il avait alors demandé : – A-t-on la moindre idée de la façon dont il a tué nos compagnons ? – Nous ignorons son armement, je te l’ai dit. – Si nous ignorons tout de lui, comment sait-on qu’il est seul ? – Tu le sais aussi bien que moi ! Il nous reste notre scanner. Il n’a indiqué la présence que d’un seul être vivant ayant la taille d’un humain. C’est ainsi également que nous avons repéré sa présence, il y a une semaine de cela, avant de l’attaquer. 13 Duncan avait décidé d’enchaîner par une question qui déplairait à son père et qu’il se devait néanmoins de poser : – Pourquoi n’a-t-on pas essayé de le contacter avant de lancer un assaut ? – C’était un Sans-tribu. Je pensais pouvoir l’éliminer sans problèmes et sans pertes. C’était une erreur de ma part. Une grosse erreur. Le regard du père était devenu d’acier. Il n’avait pu empêcher sa lèvre inférieure de trembler en répondant. Cependant, il s’était maîtrisé et avait attendu que Duncan lui pose d’autres questions. Elles n’avaient pas tardé : – Où exactement se terre l’intrus ? – À trois kilomètres au nord d’ici, dans les anciens faubourgs d’habitation. Une maison plus ou moins bien conservée. Le scanner te dira cela bien mieux que moi. – Quel équipement pourra-t-on me fournir ? – Toutes les armes blanches que tu jugeras nécessaires. – Pas d’armes à feu ? – Duncan, je suis obligé de penser à la sauvegarde de la tribu. Nous avons encore une chance de survivre avec les armes qu’il nous reste. Je ne peux pas me permettre d’en perdre une seule de plus. J’espère que tu comprends. Soudain, sans vraiment en connaître la raison, Duncan n’avait pu s’empêcher de répondre agressivement. Impulsivement, il avait exprimé une frustration depuis longtemps retenue : – Non je ne comprends pas ! Tu m’envoies dans une mission suicide, moi, ton fils ; qui plus est, avec un équipement minable, alors qu’il y a dans la tribu d’autres assassins bien plus doués que moi ! Tu m’as peut-être 14
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