Harcèlement moral - Page 1 - test Annie AMM Harcèlement moral J’ai vu la vie en rosse en entreprise… Edilivre – Éditions APARIS Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-729-5 Dépôt légal : Décembre 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Ce récit rapporte des faits réels. L’industrie des liants culinaires et les personnages sont fictifs. Je me nomme madame de Saint-Preux. Pendant plus de vingt ans, j’ai exercé avec enthousiasme et talent des activités scientifiques et techniques au service d’un secteur industriel particulier. Ma fonction était celle d’un cadre supérieur appartenant au comité de direction lorsque je fus écartée. J’ai été licenciée le 9 décembre 2005, à la suite d’une plainte pour harcèlement moral que j’avais déposée en mai 2005. La personne qui prit la décision de m’écarter usa de mensonges, de contre-vérités et d’insinuations calomnieuses pour ruiner mon image et tenter de me faire endosser la responsabilité de mon propre licenciement. Au nom de tout un secteur industriel qui ne bougea pas le moindre petit doigt, cet homme prit la décision de briser ma carrière, privilégiant le règlement de 7 compte personnel au détriment de l’intérêt du secteur industriel concerné. Ce livre tente de retracer mon histoire. Cette tentative est audacieuse car cette affaire s’est déroulée dans un contexte complexe, en continuelle mouvance. L’analyse du contenu de la loi belge relative à la protection contre la violence et le harcèlement moral et sexuel de juin 2002, à la lumière d’une réelle expérience de terrain, met en exergue les multiples lacunes et limitations de cette loi. La démonstration est claire : cette loi est purement et simplement suicidaire. Elle se retourne immanquablement contre la victime du harcèlement lorsque celle-ci porte plainte : la loi contre le harcèlement moral permet au harceleur d’exercer son art en toute impunité. Cette loi est un miroir aux alouettes… 8 Libre,… je suis libérée ! Mais je porte l’amertume comme un tatouage indélébile. Le miroir me renvoie l’image d’un regard sans humanité, d’une bouche sans expression. Mon corps est d’une raideur extrême, comme en catalepsie. Je suis marquée comme une esclave. Je suis le zombie d’une cause perdue. Cette mise à l’écart, c’est une nouvelle solitude, soudaine et brutale. Je la ressens plus encore comme une souffrance en devenir. Je rêve de violences, de tortures, d’extrêmes dans la douleur, et je fantasme de mort, pour ces autres qui m’ont dé-faite. Le goût du sang s’est substitué au goût de vivre. Je vampirise. Des pensées altruistes morbides et cruelles. Elles me sont salvatrices et ma vie s’en réveillera peut-être aux lueurs de nouvelles « petites morts », les leurs. Ceska, ma chair, mon sang… Qu’ils crèvent ! Ceux qui t’ont atteint à travers moi… 9 Dédicace : À madame Constance, à monsieur Lhéritier, à monsieur Chevalier et à monsieur Chatelain. Partir, c’est m’éteindre…C’est laisser se consumer jusqu’à la dernière braise, des regrets aux remords, cette flamme qui animait ma vie, celle-là du boulot, cette flamme qui a construit et soudé notre équipe. En ce petit matin, il ne reste qu’une image de ce que nous fûmes, une vision troublée par mes larmes tant de fois retenues. Bien sûr, je suis libérée d’un énorme poids. Bien sûr, j’ai évacué ce tord-boyau qui me nouait les tripes et me remontait dans la gorge comme un haut-le-cœur lourd et douloureux, impossible à évacuer. Bien sûr, je n’ai plus à lever le pied pour éviter la peau de banane assassine. Le boulet s’est désenchantement. détaché hier, comme par Mais, enlevé trop brutalement, le fardeau m’a déséquilibrée. Je suis à terre, et je suis « mal » tombée. Je suis cassée, meurtrie, brisée, dépersonnalisée. Je me sens en exil de ma propre substance, comme si mon âme ne voulait plus de moi. Mais je ne suis pas détruite, pas encore. 11 Car ils ne m’ont pas tout ôté. L’amitié, la complicité, l’attachement, le respect réciproque, toutes ces valeurs qui ont soudé notre équipe, personne ne me les enlèvera. Comme personne, jamais, ne pourra tirer le rideau sur nos défis, nos victoires, nos acquis, nos conquêtes, notre compétence et notre Science, dont celle si belle de notre humanité. Nous fûmes un véritable « noyau ». J’en écrirais « joyau ». Nous fûmes unis, soudés et performants : vous, les musiciens prodigieux et moi, la chef d’orchestre reconnaissante de tant de talents. C’est bien cette harmonie-là qui a dérangé. C’est bien cette potentialité exceptionnelle que nous avions de travailler ensemble dans une sérénité rigoureuse mais généreuse qu’ils ont voulu annihiler, comme s’il y avait un risque à la laisser s’épanouir. Ils ont mis un terme à notre symphonie au son de leur inhumanité cacophonique. Je ne regrette rien de ce que nous avons entrepris de concert. Je poursuivrai le chemin tortueux qui articule la noblesse de notre cause. Notre sincérité en sera la boussole, le cap notre apaisement collectif. Je conterai le bien-fondé de nos démarches, la justesse de nos revendications et l’anormalité des situations humaines excessives auxquelles nous avons été confrontés. Je me force à me convaincre que demain, un autre jour se lèvera avec de nouvelles couleurs pour illuminer nos vies. Bien sûr, le décalage s’installera entre vous et moi. Les nuances ne seront plus harmonisées comme par le passé, puisque nous ne vivrons plus les mêmes 12 événements au même moment. Chacun de nos destins rencontrera le ton de nos circonstances personnelles, mais là n’est pas le plus important. L’essentiel est que notre devenir à chacun se dessine hors de la grisaille qui a assombri notre quotidien pendant de si longs mois, malgré nos efforts constants de recherche de lumière. Il est temps pour nous de sortir de la tourmente. Le temps passera, à travers les obstacles à venir et par-delà les échafaudages que nous aurons à construire pour les vaincre et nous dépasser. Ce temps nous éloignera les uns des autres, ne serait-ce que par l’écartement de nos chemins respectifs et nous n’y pourrons rien. Les promesses de lendemains de retrouvailles ne sont bien souvent que des paroles, sincères certes au moment où on les dit, mais qui se dispersent ensuite au gré des vents qui insufflent le destin de chacun. Malgré cette distance-là , que je sais inévitable en dépit de l’étroitesse de nos liens, je garde l’espérance que je serai toujours là pour vous… Vendredi 10 décembre 2005, 2 heures du matin 13 Chapitre 1. La vie de « bien avant » Si j’ai toujours eu l’intention d’écrire, je n’avais jamais imaginé mettre en scène ma vie personnelle. Quel intérêt, en effet, aurait pu présenter mon histoire ? Morne déclinaison d’évènements qui, disposés bout à bout, construisent une existence banale, si ce ne sont çà et là des rebondissements inattendus, conséquences de ce que mes proches appelaient mes instabilités ou, plus péjorativement, ma marginalité. Cette interruption brusque de ma carrière professionnelle, pour des raisons que je n’aurais jamais pu imaginer, a changé la donne. Aujourd’hui, je veux parler de moi à tout prix. Cette confidence-là est nécessaire à ma survivance. Je dois témoigner, c’est le prix de ma sérénité personnelle. Je dois raconter cette incroyable mésaventure, cette quête d’une quiétude légitime, cette volonté de tenir la tête hors de l’eau pourrie des manigances et des tromperies. Je dois assumer cet échec, en mettant des mots, comme une musique, sur mon écartement, mon écartèlement. 15
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