L'épée - Page 1 - test Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-165-1 Dépôt légal : Novembre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 PROLOGUE C’était une épée. Une simple épée, dont la simplicité de la conception n’avait d’égal que l’éclat de sa lame. Sur son pommeau gainé de cuir, aucun joyau n’était serti, aucune fioriture inutile. Sa garde était forgée pour être le corps d’un dragon dont la gueule ouverte s’apprêtait à cracher la rage ignée. Les ans innombrables qui se sont succédé depuis sa création n’ont en aucune façon émoussé son double tranchant. Sur le métal étaient gravées des inscriptions runiques qui semblaient briller de leurs propres lumières. L’Epée reposait sur un berceau de marbre, comme un enfant attendant les bras de sa nourrice. Nul gardien n’avait besoin de veiller sur elle, car elle était l’instrument de sa propre destinée. Une destinée tellement universelle qu’elle englobait la création dans son ensemble. 7 Et l’Epée attendait son Porteur. Elle l’attendait depuis l’éternité quand le sol se mit à trembler. Des pierres chutèrent sur le sol de la grotte dans laquelle elle se trouvait. Les vibrations s’accentuèrent jusqu’à ce qu’une fissure apparaisse sur le mur en face d’elle. Puis la fissure s’agrandit et devint un trou par lequel entrait la première lumière qui éclairait l’Epée depuis des éons. L’attente était terminée. 8 CHAPITRE I La Terre est une petite planète qui se situe dans une région éloignée du centre d’une galaxie quelconque. Le soleil qui l’éclaire est une étoile parmi tant d’autres, que rien ne distingue. Pourtant, la vie a élu domicile dans cette banlieue galactique. Une civilisation y a prospéré, engendrant son lot de merveilles et d’horreurs, se croyant seule et espérant le contraire. Jusqu’à ce jour. Dans un éclair aveuglant, un vaisseau spatial réintégra l’espace normal et ses quatre dimensions. Gigantesque et de forme triangulaire, il resta immobile, comme s’il avait toujours été là . Le puits de gravité de l’étoile toute proche l’avait extrait de l’hyperespace. Il resta ainsi un moment, puis des moteurs s’allumèrent et il prit le cap du soleil qui dominait ce secteur, tandis qu’autour de lui, d’innombrables flashes de lumière trahissaient l’apparition de nouveaux vaisseaux au voisinage de la Terre. 9 Le soleil matinal tapait déjà fort sur le dos nu et hâlé de l’homme, des muscles contractés par la tension nerveuse saillaient sous sa peau luisante de transpiration. Sous ses cheveux noirs, un front soucieux dominant un regard d’ébène. Il leva les yeux vers l’immense monument contre lequel il se reposait. Le Sphinx avait été construit depuis plus de quatre mille ans. Son édification avait exigé des moyens énormes, et l’on n’était pas encore certain de comprendre lesquels. Il siégeait sur la plaine de Gizeh, comme un roi sur son trône. L’étrange créature avait été érigée là comme un gardien qui protégerait le passage vers l’au-delà , croyait-on, et l’on ne pouvait y accéder que si on résolvait ses énigmes. Apparemment, il gardait une énigme en réserve. Ce n’était que très récemment que, grâce à de nouvelles méthodes de prospection, basées sur des études sismiques, les découvertes archéologiques avaient connu un essor. La manière d’opérer était simple. On disposait des charges explosives autour du site que l’on souhaitait explorer. Quand elles détonnaient, les sismographes, reliés à des ordinateurs, permettaient de créer une visualisation 3D du sous-sol de l’emplacement. On pouvait sonder ainsi jusqu’à une profondeur de onze cents mètres, suivant la nature du sol ; autant dire plus que nécessaire. Il y avait un an de cela, cette méthode avait permis de localiser une galerie sous le Sphinx qui 10 menait, deux cents mètres plus bas, à une grotte qui rappelait vaguement une chambre mortuaire, totalement isolée de la surface. Aucun reste d’excavation, aucune trace de tunnel, un vrai mystère. Donc on avait creusé … Pour trouver un mystère encore plus grand. Une épée, faite en un alliage inconnu, enterrée pendant l’âge de bronze, il y avait plusieurs milliers d’années. C’était en tout cas l’estimation des experts qui avaient pu examiner la cave de l’épée. Une datation au carbone 14 n’avait donné aucun résultat. Les inscriptions sur la lame étaient inconnues, et les tentatives pour les traduire ont été jusqu’à présent infructueuses les runes ne ressemblant ni de près, ni de loin, à quelque chose de connu. Toute cette histoire est un non-sens historique, pensait Arthur. C’était à y perdre son latin. Ou alors c’est un canular. Un canular drôlement bien étudié, qui aurait coûté une somme exorbitante et qui serait l’œuvre d’un milliardaire complètement farfelu. Il avait beau tourner tout ça dans sa tête, il ne voyait pas l’ombre d’un début d’explication, autre que la mauvaise blague, et ça faisait pourtant un bon moment qu’il cherchait. Et même cela ne tenait pas debout. Bon sang, le métal de cette épée était inconnu ! Et que dire de ses propriétés ! Pas grandchose en fait, puisque rien n’avait pu l’entamer pour prélever des échantillons afin d’analyses. Frustrant ! Il fallait la sortir de sa crypte, si on voulait faire des recherches plus poussées. 11 Il donna un coup de poing sur la pierre du Sphinx et s’en alla d’un pas rageur. Il se dirigea vers le campement, quelque cent mètres plus loin. Il s’engouffra, tel un tourbillon, dans la tente de son assistant, et lança à tue-tête : – Paul ! T’es là ? – Et où veux-tu que je sois ? Lui répondit une voix encore ensommeillée. – Du nouveau ? – Non, pas plus qu’il y a une heure. Paul bailla puis repris : tu veux un café ? Moi, je vais le prendre par perfusion, il me faut au moins ça. Arthur hocha la tête et Paul lui servit un café dans une grande tasse. Noir, avec deux sucres. Comme d’habitude. Il sortit un paquet de cigarettes de la poche de sa chemise, et lui en tendit une. Arthur la prit, l’alluma avec son Zippo. La flamme du briquet éclaira furtivement son visage fatigué et hâlé par le soleil, lui donnant un instant l’air d’un damné… ou d’un démon. Les deux hommes se connaissaient depuis des années, presque depuis l’enfance. Ils étaient aussi proches que des amis pouvaient l’être. Chaque fois que Paul voyait Arthur dans cet état, aussi troublé, aussi désemparé, il repensait à cette nuit tragique, il y avait tout juste cinq ans de cela. C’était à la fin du mois de juillet. La nuit était chaude, mais douce. Paul avait été réveillé par des coups de sonnette acharnés. Il devait être deux ou trois heures du matin, il ne savait plus trop. Mais ce 12 qu’il n’oublierait jamais, en revanche, c’était l’expression de désespoir absolu sur le visage d’Arthur lorsqu’il lui ouvrit la porte, l’esprit encore embrumé par le sommeil. C’était comme dans un rêve. Ou un cauchemar, plutôt. Un étrange halo d’irréalité baignait les événements qui s’enchaînaient. Paul qui ouvre la porte. Arthur qui rentre, Paul qui lui demande ce qu’il se passe. La douleur dans les yeux d’Arthur pendant qu’il s’assoit. Paul restant debout ne sachant que faire, ni que dire. Les seuls mots que prononça Arthur au cours de cette tragique nuit furent « Elles sont mortes, Paul. Toutes les trois, elles sont mortes. » Après, il ne put que pleurer. Paul mit un moment avant de réaliser qu’il parlait de sa femme et de ses filles. Elles devaient le rejoindre en France après un séjour en Australie. L’avion qui les transportait s’était abîmé en mer. Aucun survivant. Même les corps n’avaient pu êtres repêchés. Seuls quelques débris épars, flottants au gré des flots, témoignaient du drame. Aujourd’hui encore, on ne connaissait pas les circonstances exactes de l’accident, ni même si cela en était un. Arthur ne s’en était jamais remis. Et ne s’en remettrait probablement jamais. Cette perte était encore une plaie saignante dans le cœur de son ami, comme la mort d’une partie de son essence. Il s’était lancé corps et âme dans le travail, ne trouvant le repos de l’esprit que dans l’épuisement. 13 Ils sirotaient leur café en silence, la fumée de cigarette créant des arabesques bleues et compliquées dans l’atmosphère déjà pesante du matin africain. Au bout d’un moment, n’y tenant plus, Paul lança : – Qu’est-ce qui ne va pas ? – J’en sais trop rien, lui répondit Arthur. J’ai une drôle d’impression sur tout ça. Et puis, elles me manquent, Paul. J’ai parfois l’impression qu’elles sont là , juste à côté de moi. Puis quand je me tourne, je ne vois rien. Je suis seul. Je crois que je perds la tête. Paul ne sut quoi dire pour le réconforter. Il avait déjà tout dit. Il ne pouvait que rester là , et ne tenter de le soutenir que par sa seule présence. Le silence dura, s’éternisa et finit par devenir aussi lourd que l’air. Pour détendre l’atmosphère, Paul dit : – Tu crois qu’on a trouvé Excalibur ? Arthur sourit sans joie avant de répondre. – Oui, et d’ici ce soir, on recevra la visite de Merlin. Le pont principal du vaisseau spatial était dépouillé de tout ornement, il était entièrement fonctionnel et dédié à un seul et unique but : le commandement. Au centre, se trouvait la fosse en bas de laquelle se situaient les divers postes de pilotage, de détection, et de communication. Tout 14 autour courrait une passerelle. Les officiers de quart s’y tenaient, elle leur permettait de se déplacer rapidement afin de donner leurs ordres et de recevoir les derniers rapports. Au centre, surplombant l’ensemble, se tenait le fauteuil du capitaine. En face de lui se trouvait une immense baie de visualisation, qui offrait une vue panoramique imprenable sur la situation du vaisseau. On pouvait y voir, pour le moment, une planète dont la couleur dominante était le bleu, mais des nuages blancs le nuançaient avec le marron des continents. On y discernait les calottes polaires, deux diamants situés aux pôles, qui scintillaient sous l’éclat d’un soleil jaune. Les yeux fixés sur la Terre, assis sur son siège de commandement, le Grand Amiral de la flotte sinkarienne réfléchissait. Matt Saintil n’était pas un homme à agir précipitamment, ni à la légère. Une carrière entière de décisions mûrement réfléchies lors de rudes campagnes l’avait amené sur ce siège, et sa réputation de meneur d’hommes n’était plus à faire. Il n’avait pas l’intention de se tromper aujourd’hui. Apparemment, ils étaient arrivés les premiers. Cependant, il ne doutait pas un seul instant que les boriens n’envoient leur propre flotte. Ce qui, immanquablement, entre deux peuples en guerre, créerait d’énormes tensions. Doux euphémisme pour dire que la situation risquerait de tourner en bataille rangée, ce qui était la chose que l’amiral voulait éviter à tout prix. 15
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