Contes d'aujourd'hui et de toujours - Page 1 - Contes d’aujourd’hui et de toujours Mohoshéï, le messager de l'espoir .........5 Le fabuleux Noël de Taïta ...................27 Niobé, la belle ......................................38 Le voeu de Sica ....................................63 Lili-blue et Cœur de vie .......................78 L’oiseau et le prince.............................87 Lexique...............................................101 4 Mohoshéï, l'espoir le messager de L’homme blanc court après le savoir. Cependant, malgré la somme phénoménale de connaissances dont il a pu se pourvoir, c’est la folie qu’il embrasse ! Eurydice Reinert 5 Tous les hommes devraient déclarer ce jour béni s’ils savaient qu’il s’agit de celui qui vit naître à l’aube, au premier chant du coq, Mohoshéï, le messager de l’espoir, fils du grand chef indien Wasuzu! Mohoshéï est né par une belle journée ensoleillée, ravissant le cœur de son peuple qui attendait un vaillant héritier pouvant succéder plus tard à Wasuzu. Une grande fête fut donnée, le soir même de sa naissance et un bœuf fut sacrifié, en reconnaissance du don exceptionnel que le Grand Esprit venait de faire au peuple 6 des hommes de la plaine cachée du Watankanyéka. La nuit vibra des chants et des danses du peuple Anasazi, autour d’un gigantesque feu de bois. Le soir venu, le traditionnel vin de baies, dont seuls les Anasazi avaient le secret, coula à flot, apaisant avec générosité les gosiers assoiffés. Cette belle fête réjouit petits et grands jusqu’à une heure avancée de la nuit. Toutefois, lors de la cérémonie rituelle devant annoncer la destinée du nouveau né, l’oracle parla, figeant alors les Anasazi dans une grande stupeur : Pour la première fois, ce fils aîné de chef ne sera pas lui-même à la tête de son peuple plus 7 tard. Non ! Il explorera diverses contrées, portant à tous ceux qui le croiseront ou l’entendront de près ou de loin le message de l’espoir. Mohoshéï était donc le messager de l’espoir, venu sur terre dans le but d’adoucir le cœur des hommes aveuglés par la haine. Parmi les nombreux conseils qui émanèrent de cette consultation d’ordre divinatoire, l’un spécifiait qu’il fallait initier l’enfant à la flûte très tôt. Ce fut chose faite dès que celui-ci fut en âge de s’exprimer convenablement. Mais alors, Mohoshéï sut jouer de la flûte en moins de temps qu’il n’en fallait et put bientôt vagabonder aux alentours du 8 campement, jouant de-ci, de-là, des airs connus aussi bien que ceux de sa propre invention. Il s’instruisit également un peu plus tard auprès du chaman afin de grandir en sagesse, étonnant les uns et les autres par la grande maturité qui habitait un si jeune garçon, dès le jeune âge Les autres enfants se regroupaient souvent autour de lui, écoutant les récits fabuleux qu’il égrenait, d’un air énigmatique et recueilli, à travers ses chants. On eût dit alors qu’il était d’ailleurs, tout en étant des leurs. A l’âge de treize ans, Mohoshéï fut confié au chaman vivant dans la grotte de la montagne sacrée, afin d’y parfaire son 9 initiation, deux ans durant. À quinze ans, il se fondit dans la nature afin d’accomplir son propre destin. L’adolescent resta pendant un an dans les environs du campement des siens où, seul, le son de sa flûte attestait encore de sa présence plus ou moins proche. Parfois, au cours de la nuit, il rendait visite à ses parents et conversait longuement avec son père avant de s’en aller un peu avant l’aube, évitant toute autre rencontre. L’année suivante, Mohoshéï s’en alla définitivement, apprenant le langage du feu dans la vallée secrète du Waslana où, le soleil, une fois au zénith, embrase tout sur son passage ; celui du vent, au 10 sommet de la montagne, là où se rejoignent souvent les quatre vents du nord, du sud, de l’est et de l’ouest; celui de l’eau, en contrebas du grand torrent, à l’endroit où les sons se perdent dans l’écho incessant des chutes d’eau tumultueuses ; celui de la terre, au cœur de la forêt sacrée, là où seuls s’aventurent les esprits purs et les âmes éclairées. A chacune de ces étapes, au cœur du silence quasi religieux faisant que tout bruit paraît alors superflu, Mohoshéï s’imprégnait de l’essence même des choses, s’ouvrant totalement à leur nature profonde. Ainsi put-il rendre témoignage, plus tard, du bien résidant en chacune 11 d’elles et de l’harmonie naturelle vers laquelle toutes convergent, au gré des airs subtils qui s’échappaient toujours, mélodieux, de son infatigable flûte. Mohoshéï se mit ensuite à parcourir des contrées nouvelles, s’aventurant même sur des terres qu’aucun de ses pairs n’avaient jamais foulées auparavant. Lorsqu’il arrivait dans un endroit où transpirait la haine et où les hommes étaient animés par des sentiments belliqueux, Mohoshéï s’y arrêtait, peiné. Puis, il se libérait de son chagrin, en se rappelant de toute la beauté des choses dont il s’était imprégner au cours de son initiation. Dès lors, nuit et jour, il jouait, 12 apportant un message de paix au creux des oreilles de ceux remplis d’animosité afin que survive l’espoir dans le cœur des gens de bien. Toutefois, lorsqu’au bout de trois nuits et de trois jours révolus son message restait ignoré, il s’éloignait finalement, pleurant la dureté du cœur de l’homme par lequel beaucoup de gens périraient, bien malheureusement. Il paraît que Mohoshéï était le dernier recours dans les situations désespérées, car il essayait et parvenait, parfois, à inspirer de meilleurs sentiments aux malveillants. On dit aussi que lorsque son chant, porté par les ailes du vent aux oreilles des belliqueux, tel un sourd murmure à peine audible, n’arrivait pas à 13
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