Alan dans tous ses états - Page 1 - test Julien Houri ALAN DANS TOUS SES ÉTATS Roman Editions Editeur Indépendant 75008 Paris – 2007 2 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 : 2-35335-053-4 ISBN 13 : 978-2-35335-053-7 Dépôt légal : Janvier 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 3 A ma tante Titenne 4 J’avais soif, très soif. Une bonne rasade de whisky et c’était reparti pour un tour. Elle était belle, blonde, grande, mince et surtout terriblement pulpeuse. Pourtant on m’avait prévenu de ne pas fricoter avec Caroline, la femme d’un ancien dangereux trafiquant de drogue reconverti en homme d’affaires éminemment respectable. Mais, je n’avais pas pu résister à la vue de cette si belle femme. En à peine deux heures, j’avais conclu et l’avais ramenée dans mon paddock. Cette relation durait déjà depuis plus de six mois. J’attendais cependant qu’elle se barre de mon pieu, car j’avais plein de trucs à faire ce matin. Il devait être 9 heures quand je pris seul la direction de la rue de la Gaieté, mon quartier de prédilection. Que j’aimais cette rue ! Tous ses bars à la mode, ses restaurants japonais et ses sex-shops. Dans cet endroit magique se mêlaient excitation et effervescence, mais cela n’avait rien à voir avec la folie de Pigalle. Ici, on pouvait sans problème circuler, se garer et on ne risquait pas de faire de 5 mauvaises rencontres. Je me faisais mon petit peep-show matinal avec la satisfaction d’avoir fait tourner l’économie locale. Je voyais de bon matin des filles danser, se caresser sans aucune vergogne, et surtout me harceler afin que j’accède à leurs jardins intimes. Je sortais de ce lieu glauque mais tellement sympathique et décalé, apaisé, serein, prêt à affronter une rude et dure journée. Il était l’heure pour moi de me dégotter un travail car j’avais de plus en plus de mal à payer mes factures. Il était bien loin le temps où j’écumais les pays d’Afrique Noire, à la solde des gouvernements les plus corrompus et sanguinaires. De nationalité britannique, je m’étais engagé assez tôt dans l’armée de Sa Majesté et j’avais vite accédé à la tête d’une unité d’élite. J’avais effectué et gagné de nombreuses batailles, ce qui me valut, à plusieurs reprises, les honneurs de mes chefs de guerre. De retour au bercail, au début des années 80, ma vie était celle d’un ancien combattant, rongé par l’alcool et le manque d’argent… Je consultais le journal des petites annonces espérant trouver le job idéal, quand soudain mon regard se porta sur trois ou quatre lignes écrites en gros : « Cherche ancien combattant ou mercenaire, spécialiste en arts martiaux, pour assurer la sécurité d’une personnalité ; bien rémunéré, nourri, logé. » Exactement le genre de job qui me convenait. Je m’empressai d’appeler pour avoir de plus amples renseignements et décrochai un rendez-vous pour le boulot sur le coup de 13 heures. Il me restait deux heures à tirer. Plein d’idées se bousculèrent dans mon minuscule cerveau. Je décidai de m’installer à une terrasse de café et de passer le reste de la 6 matinée à regarder les jolies piétonnes de cette rue commerçante. J’en étais déjà à mon quatrième café et il était l’heure de manger. Un casse-croûte pris à la sauvette, et je me rendis à cette entrevue. Une demi-heure déjà que je poireautais en pleine e chaleur dans un bistrot du XVI arrondissement – j’avais rendez-vous dans les beaux quartiers. Un motard s’arrêta à mes côtés et me donna une lettre que j’ouvris. « Monsieur Smith, Mon nom n’a pas d’importance, mais je suis un homme très bien informé, avec une réputation qui n’est plus à faire dans le grand banditisme. Après un passé glorieux dans l’armée de Sa Majesté, dans une unité d’élite où vous avez brillé par vos exploits, vous avez préféré faire une virée dans les pays du Maghreb, au lieu de retourner sagement en France ou au Royaume-Uni. En Algérie, vous avez braqué une banque. Au Maroc, vous avez tué une personne qui vous avait reconnu. Vous êtes activement recherché par les polices et les services secrets anglais et français. Vous avez changé une dizaine de fois d’identité et vous vous êtes refait le visage au moins trois fois. Comment ai-je fait pour vous retrouver, alors que toutes les polices européennes sont à vos trousses ? Il y a de cela quatre mois, vous êtes allé voir un chirurgien esthétique afin qu’il vous refasse votre joli minois. Il se trouve que cet homme de l’Art est un ami intime qui s’est précipité chez moi pour me raconter qu’il vous avait trouvé suspect, et de surcroît votre comportement et votre méfiance à son égard l’avaient considérablement intrigué. J’ai tout de suite mené mon enquête et non sans mal, j’ai réussi à retrouver et identifier vos nombreux délits. 7 Monsieur Smith, vous avez échappé à la police, mais je vous ai déniché. Je vous fais suivre depuis plus de 6 mois et je n’ai pas l’intention de vous laisser filer. Sachez que je suis tenace et que votre sort dépend entièrement de moi. Je vous contacterai dans les plus brefs délais pour exiger de vous un service. Si vous refusez, je vous dénoncerai immédiatement à la police. Salutations. » Je restai sans voix. Il était clair que ce bonhomme mettrait immédiatement ses menaces à exécution si je tentais de me rebeller. Je devais maintenant attendre qu’il se manifeste et me délivre ses premières instructions. Ce rebondissement m’avait ouvert l’appétit et je rêvais maintenant d’une bavette aux échalotes, d’un quart de rouge et d’un fromage de chèvre en dessert. Direction « Le pied de cochon », à Châtelet, où était servie à toute heure du jour comme de la nuit une viande de qualité, et où l’accueil et la rapidité du service étaient impeccables. Rassasié, je décidai de rentrer dans mes appartements pour me reposer, et attendre que ce mystérieux personnage me contacte. Une fois à la maison, je m’affalai sur mon divan, sonné par ce coup de théâtre et par ce repas aussi plantureux que la poitrine de ma voisine. Vers 15 heures, le téléphone sonna. Une voix rauque me dit la chose suivante : — Ne m’interrompez pas, monsieur Smith. Vous avez tout intérêt à suivre mes instructions à la lettre et à 8 coopérer. Tuer de sang froid ne vous fait pas peur, je crois. Vous avez assisté à plusieurs guerres civiles d’une rare violence dans plusieurs pays d’Afrique noire et assuré la protection de plusieurs personnalités controversées du monde politique. Maintenant vous allez me rendre un service ou je vous livre aux autorités. Rendez-vous à 17 heures ce soir au 24 Boulevard Haussmann, Appartement 24, quatrième étage et soyez à l’heure. Il raccrocha. Je commençai à avoir un peu peur, et si je n’arrivais pas à satisfaire ses exigences, je serais jeté aux chiens malgré toutes les précautions que j’avais prises. J’arrivai dans un magnifique appartement en plein e cœur du VIII arrondissement de Paris. Un majordome m’ouvrit la porte et m’installa dans la salle de séjour. J’attendais sagement quand je vis un homme moustachu, très corpulent, d’une quarantaine d’années, qui d’ailleurs me ressemblait étonnamment, s’avancer vers moi. Il s’assit, prit un verre de bourbon et me dit de sa voix éraillée : — Monsieur Smith, je vous salue. Je me présente, Lamard, Marc Lamard. Excusez-moi, pour tous ces rendez-vous étranges, mais je devais prendre toutes les précautions d’usage afin que vous ne disparaissiez pas à nouveau. J’ai eu beaucoup de chance, là où toutes les polices d’Europe ont échoué. Je vais aller droit au but. Ma femme est très jalouse et complètement hystérique. Il y a de cela un an, j’ai eu une aventure avec ma secrétaire Dory. Je ne sais comment mon épouse l’a su, mais elle est 9 rentrée dans une rage folle et veut maintenant demander le divorce, s’approprier le domicile conjugal et la moitié de mes biens. Comprenez bien, monsieur Smith, que cette situation me gêne énormément, car je suis à la tête d’une fortune estimée à plus de 50 millions d’euros, et d’un appartement somptueux en plein cœur de la capitale. Il n’est pas question que je donne quoi que ce soit à cette folle pour une liaison extraconjugale qui a à peine duré quelques mois. J’ai essayé de la raisonner mais elle ne veut rien entendre et est prête à tout pour obtenir gain de cause. Monsieur Smith, j’ai travaillé toute ma vie comme un bagnard, pris des risques insensés, sacrifié ma vie de famille, tout cela pour amasser beaucoup d’argent. Je ne laisserai pas cette femme détruire ce que j’ai bâti. J’ai envisagé toutes les possibilités mais je n’entrevois qu’une solution, la supprimer. Vous allez la tuer, monsieur Smith, pendant que je serai tranquillement au théâtre avec des amis en faisant croire à un banal cambriolage. Si vous refusez, j’appelle immédiatement la police pour vous dénoncer. Si vous acceptez, vous me rappelez et on convient ensemble des détails de l’opération. Si vous avez l’idée saugrenue de m’éliminer ou de fuir pendant la nuit, sachez que j’ai déposé une copie d’une lettre chez mon avocat auquel j’ai donné ordre de l’ouvrir et d’en transmettre le contenu à la police s’il m’arrivait malheur. Cette lettre contient des informations sur vous et des détails précis sur votre lourd passé. Maintenant, monsieur Smith, je dois me retirer, je vous laisse réfléchir et je vous dis à plus tard, peut-être. Il quitta la pièce et me laissa seul dans son séjour, décoré de statuettes africaines et de tableaux 10 contemporains. Je me sentais déboussolé et n’avais plus les pensées bien claires, j’avais besoin d’un bon massage thaïlandais pour les remettre en place. Je me rendis une fois de plus à Montparnasse, dans mon salon de massage « hot » préféré, un vrai bonheur ! Dans une ruelle déserte (on se demande bien comment j’ai fait pour trouver ce lieu magique) évoluent de belles asiatiques prêtes à tout pour vous emmener au septième ciel. Après plus d’une heure de plaisir, ivre de calme et bercé par une douce musique légère, je mis les voiles. *** Je rentrai chez moi apaisé, un verre de whisky s’imposait. Je me trouvais dans une impasse, j’étais dans l’obligation d’accepter son chantage sinon il me livrerait sans hésitation à la police. Mais tuer une pauvre innocente, quel péché ! L’idée de rester accroché aux barreaux d’une cellule de prison pendant vingt-cinq ans m’insupportait. Certes, je pouvais tenter de m’enfuir à l’étranger sous une autre identité, mais cela aussi m’irritait gravement. Une autre rasade de whisky et j’avais décidé d’acheter son silence et donc de supprimer sa femme. Il devait être 22 heures quand je me rendis dans son appartement du boulevard Haussmann, décidé à en finir le plus vite possible. Monsieur Lamard me reçut, apparemment peu surpris par ma visite. Il portait un costume impeccable, arborait une belle moustache et s’appuyait sur une canne en or. Il me dit de suite : — Votre décision est prise, vous avez pesé le pour et le contre, et vous n’avez pas pu refuser mon 11
Alan dans tous ses états - Page 1
Alan dans tous ses états - Page 2
wobook