Lovecraft est parmi nous - Page 1 - test Pierre DAGON – Alain PELOSATO LOVECRAFT est parmi nous Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-177-4 Dépôt légal : Octobre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Contenu du livre : Par Pierre Dagon : Novellas : – Lovecraft à Espérance page 9 – Les Âges sombres page 61 – L’Alchimiste page 101 Dossier sur les cinq œuvres fondamentales de Lovecraft page 133 Interview de Lovecraft par Pierre Dagon page 137 Par Alain Pelosato : Lovecraft et la nature page 149 Lovecraft au cinéma page 161 Petit lexique de l’inquisition et de la sorcellerie (en référence à « La Maison de la sorcière ») page 177 7 Tous ces textes ont déjà été publiés pour certains dans science fiction magazine pour d’autres dans la revue Phénix. Sauf l’interview de Lovecraft qui est inédite. 8 Lovecraft à Espérance ! Par Pierre Dagon d’après les personnages créés par Alain Pelosato 9 « Dieu permet, sans le vouloir, que le mal existe, cela pour la perfection de l’univers. » (…) « À propos des charmes et illusions (…) Ce poison du démon coule par toutes les ouvertures des sens, se prête aux formes, s’adapte aux couleurs, s’attache aux sonorités, s’incorpore aux odeurs, se fond dans les saveurs. » Henry Institoris Jacques Spenger Le Marteau des sorcières (Malleus Maleficarum – 1486) 11 « Cet homme pressent qu’une complicité profonde existe en lui nommée désir avec cette autre personne qui est femme (…) il faut vivre et s’engager dans l’aventure difficile d’une cohabitation avec ce feu présent mais inhibé (…) Il ne supporte pas la sorcière à l’intérieur de l’Église parce qu’elle constitue le rappel permanent du feu qu’il porte à l’intérieur de luimême. » Armand Damet L’inquisiteur et ses sorciers Préface au « Marteau des sorcières » (1973) 12 Prologue Nous sommes en l’an de grâce 1479. L’Inquisiteur avait la passion de l’ordre. L’ordre c’était pour lui comme le sein de sa mère : chaleur et sécurité. Tout ce qui dérangeait l’ordre devait être banni. Il vivait en sa sainte mère l’Église comme au sein de sa mère. Tout ce qui la dérangeait était à éliminer. Mais ne croyez pas que l’inquisiteur ne fût pas rongé de désir pour la femme ; ce feu intérieur qui le réveillait en sueur la nuit, en pleine érection, alors que le démon le tenaillait de rêves terriblement excitants, ce feu, il tentait de le regarder en face, de regarder le démon dans les yeux en interrogeant la sorcière, en recherchant sur son corps tentateur le Stigmati Diaboli. Cette petite ville d’Espérance, port fluvial animé, plein de crocheteurs, de chasseurs de noyés, de gens de tous bords et de tous horizons, vivait sous la coupe d’une sorcière. Elle se nommait Keziah 13 Mason, un nom venu d’ailleurs, une créature du démon qui a engendré une bête, un rat de batelier du fleuve, une bestiole qu’elle a baptisée Brown Jenkin. Elle doit venir d’Angleterre, ce qui n’eût pas été étonnant, car tous les peuples se donnent rendezvous à Espérance ! Avant d’être envoyée du démon dans le port fluvial elle sévit dans les vallées alpines, véritables nids de sorcières. Elle emmenait les Filles, toutes prénommées Marguerite ne trouvant aucune joie dans la vie dure qui est celle des femmes à cette époque, pour se réunir sur le Pra Patris afin d’y célébrer les joies de la Nature, c’est-à-dire celles du démon. Les lourds convois remontaient le fleuve, hâlés pas les chevaux sous les cris des bateliers qui annonçaient le niveau de l’eau à l’avant du premier du convoi : « pousse à l’empi 1 ! » ou « pousse au riaume 2 ! ». Le fort courant du fleuve faisait tourner les moulins et l’activité était intense au confluent de deux grandes rivières. Espérance est une ville qui aurait pu s’appeler « Innsmouth », car elle allait devenir ce qu’a décrit le grand Lovecraft : « Il reste plus de maisons vides que de gens je crois, et pour ainsi dire plus de commerce sauf la pêche (…) Autrefois ils avaient quelques fabriques, mais il ne 1 Empi pour Empire : le Saint Empire Germanique : la rive gauche du fleuve. 2 Riaume pour Royaume : le Royaume de France, rive droite du fleuve. 14 reste rien aujourd’hui. » Voilà ce qu’est devenue Espérance au XXIe siècle… L’Inquisitio (L’enquête) avait bien débuté : l’inquisiteur avait prononcé un sermon qui entrerait dans l’histoire de l’inquisition. Ce sermon prononcé partout dans les églises de la région faisait appel au sens chrétien de la populace, à la réflexion. Il accordait le « délai de grâce » pour le repentir et la délation. L’habileté de ce discours du prêtre valait bien les quarante jours d’indulgence accordés aux croyants qui sont venus l’écouter en ce dimanche ordinaire. Toutes les trognes d’ivrognes barbus, de crocheteurs jaloux, de bateliers sans bateau, de vieilles sans homme, toute cette procession a défilé chez l’inquisiteur et tous, sous son regard perçant ont dénoncé la sorcière. Plusieurs parmi eux furent arrêtés en même temps que Keziah. Ils jurèrent de dire toute la vérité sur eux-même et les autres vivants et les morts sur l’incrimination d’hérésie. Toutes les confessions, l’inquisiteur les a entendues ; il a écouté et entendu les désirs charnels non assouvis (comme les siens) les jalousies, les rancœurs, toute la misère humaine sur laquelle s’appuie le démon. Toute cette procédure a réveillé ce feu en lui. L’a entretenu, a soufflé sur les braises… L’inquisiteur avait un passé glorieux. Henri Institutor de Sélestat (Henry Institoris) avait fait régner la terreur en Italie, et en Allemagne. Il avait 15
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