L'héritage des ténèbres - Page 1 - test L’héritage des ténèbres 3 Frédéric Czilinder L’héritage des ténèbres Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2008 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0298-1 Dépôt légal : Décembre 2008 © Edilivre Éditions APARIS, 2008 6 À mes parents ; À leurs parents avant eux ; Et à tous ceux qui nous ont précédés. 9 Prologue Mars 1978 La nuit est tombée. Les ténèbres, opaques, visqueuses, se sont répandues lentement sur la campagne depuis la fin du crépuscule, noyant la pinède sous une froide obscurité. Dans le ciel quelques pâles étoiles scintillent faiblement, mais sans le concours de l’astre lunaire, leur lutte est illusoire. La faune s’est tue, la flore frissonne. Une brise légère a succédé au mistral de la journée, telle une sentinelle au souffle léger chargée d’assurer la garde jusqu’au lever du jour et au retour du maître des vents. En cette nuit ou l’hiver, en bout de course, cède sa place au printemps, une poignée de sombres silhouettes remontent un étroit sentier qui conduit jusqu’aux ruines. Une étrange procession dont la lueur tremblante des lanternes est un blasphème à la quiétude nocturne. 11 Vêtus de bures, la tête encapuchonnée, ils avancent en file indienne dans un silence à peine troublé par le crissement des cailloux sous leurs pas. Arrivés à destination, une frêle personne donne des consignes en chuchotant, sans besoin de se répéter. Comme un rituel maintes fois accompli, chacun prend sa position et saisit la main de son voisin pour former une espèce de cercle autour de l’édifice délabré dont le temps a eu raison. Mais alors que la jeune femme qui semble être leur guide, leur gourou, s’apprête à prendre la parole et à entamer une quelconque litanie, des voix grondent et la lumière conjuguée de plusieurs projecteurs déchire soudain la nuit. Les mains en l’air, bien en évidence ! menace la voix amplifiée d’un mégaphone. Une escouade a surgi des ténèbres. Des dizaines de gendarmes armés de mat 49 et de fusils à pompe se sont déployés autour du groupe et l’encerclent. Pris de panique, deux hommes prennent la fuite et sont aussitôt fauchés par une rafale de mitraillette dont l’effroyable staccato résonne longuement en écho au-dessus de la cime des arbres. Ça gueule dans les rangs des forces de l’ordre, et profitant de cet instant de flottement où sévit une incertitude sur l’origine des tirs et leur justification, la femme se détache de ses compagnons et s’avance vers le commandant de gendarmerie. Elle a fait glisser la capuche de son vêtement de cérémonie et dévoile à présent un très joli minois qui n’émeut cependant pas le rustre crispé aux quatre galons luisants sur les épaules. 12 Il doit y avoir une erreur, explique-t-elle à cet individu dont la main n’a pas quitté une seule seconde la crosse de son semi-automatique. Ils ne font rien de mal, ici. Mais le gradé lui retourne une gifle en guise de réponse et lui dit de la fermer. C’est lui qui commande ici, et ils sont tous en état d’arrestation. De nouveaux ordres sont aboyés et tout le monde est menotté puis conduit jusqu’aux estafettes Renault bleu nuit qui attendent en contrebas. Des flashs d’appareils photos crépitent et les éblouissent. Quelques journalistes sont là , triés sur le volet, conviés à assister au triomphe de la loi. Demain, ils feront la une des journaux, mais Sarah, la jeune femme dont la joue palpite douloureusement là où s’est imprimée la marque des doigts du gendarme, n’en a rien à faire. Elle est bien trop préoccupée par ce qui risque de se passer après. Ils ont failli. Ils n’ont pas pu accomplir le rituel de l’équinoxe. Et c’est terrible. Tandis que les flics les chargent sans ménagement, comme du bétail, des larmes roulent le long de ses joues. Tout près de là , dans entrailles de la terre, une ombre s’éveille. Il ne reste plus qu’à prier… 13 CHAPITRE 1 l Une soirée d’enfer. Tu parles ! Sandy Aime avait beau tourner et retourner la question dans son esprit, elle ne savait plus vraiment très bien pour quelle raison elle se trouvait encore là , parmi la foule excitée. Les copines l’avaient entraînée dans cette boite de nuit très en vogue pour lui changer les idées, pour qu’elle s’amuse, mais deux heures après son arrivée, elle n’avait toujours pas quitté le comptoir du bar près duquel elle s’était assise en entrant. L’ennui commençait à la tarauder sérieusement et la faisait frémir parfois d’impatience sur son tabouret. Les copines avaient depuis le début disparu dans la mare humaine que de violents remous agitaient au rythme démentiel de la musique techno. Ces dernières n’en émergeaient d’ailleurs que très sporadiquement, tout juste le temps de venir se rafraîchir et lui parler de tel type ou de tel autre qui avait capté leur attention. 15 La discothèque se composait d’une vaste salle que jouxtaient sobrement de minuscules vestiaires et des toilettes à peine plus grandes où l’on se bousculait tant pour accéder aux urinoirs, que pour atteindre un distributeur de préservatifs dont l’effluve vanillé dissimulait à peine d’autres odeurs nauséabondes. La piste de danse occupait la majeure partie de l’établissement. Circulaire, elle était pavée de carreaux noirs et blancs qui, disposés en alternance, lui donnait l’aspect d’un échiquier géant. Au-dessus, perché sur une estrade, le DJ se donnait à fond et gesticulait en harmonie avec la musique, avec la foule qui paraissait le vénérer comme un dieu vivant. Tout autour, les tables étaient disposées sur plusieurs paliers, parfois appuyées contre des colonnes antiques dont la présence ajoutait une touche surréaliste au décor tout entier. Enfin, non loin de l’entrée, le bar surplombait l’ensemble avec la majesté de ses matériaux nobles couronné d’un zinc luisant. Vue de cette hauteur, la densité de personnes au mètre carré paraissait à peine croyable. Les gens se pressaient les uns sur les autres dans une mouvance uniforme, tantôt le regard ivre d’alcool ou de stupéfiants, tantôt les paupières closes, en véritable transe. Tous venaient ici pour faire le vide, pour couper les ponts avec une société et des problèmes qui les accablaient la semaine durant, mais tout n’était qu’illusion. De même que l’ivrogne qui siffle une bonne bouteille de rouge, le réveil du lendemain reste obscur et difficile. Les tracas quotidiens refoulés la veille refont doublement surface, la migraine vous 16 matraque le crâne et dans le miroir, votre visage vous fait horreur. De tels comportements déplaisaient à Sandy. Elle n’avait d’ailleurs jamais bien apprécié ce genre d’établissement, tant pour le volume meurtrier des enceintes, que pour l’attitude des hommes, un peu trop chasseresse à son goût. Beaucoup d’entre eux ne venaient ici que pour draguer une fille, lui offrir un verre ou deux pour la rendre plus docile et malléable, puis aller lui démontrer le confort de la banquette arrière de leur voiture, sur le parking. De toute façon, elle avait passé l’age de ces conneries d’adolescents. Sans être une de ses égéries de la mode qui pullulent en couverture des magazines, Sandy ne laissait néanmoins personne indifférent. Blonde, avec des cheveux longs et soyeux qui venaient caresser sensuellement la courbe de ses reins, les yeux aussi clairs que ses lointaines mers du sud où tant de marins se perdirent, et la peau douce et délicate, légèrement halée par le soleil de la région, le buste généreusement sculpté par la nature, c’était même une jolie plante. De nombreux garçons vinrent tenter leur chance auprès d’elle durant cette soirée, mais elle n’eut pas la moindre envie de boire un verre avec eux, ni de danser le prochain slow, et encore moins d’aller prendre un bol d’air sur le parking. Aucun d’entre eux ne fut assez téméraire pour insister face au regard de braise avec lequel elle déclina chacune de ces invitations. 17
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