En viager - Page 1 - test Yves JONQUET En viager suivi de Quel hasard ! Éditions Éditeur Indépendant 75008 Paris - 2007 3 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions Éditeur Indépendant – 2007 ISBN : 978-2-35335-139-8 Dépôt légal : Octobre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Je dédie cet ouvrage à mon épouse Marie-France et à Aline, sa mère. 5 EN VIAGER 7 Il était très tôt ce matin-là. Un silence écrasant emplissait le premier étage de cette clinique où seuls les derniers opérés se trouvaient. J’irais jusqu’à même dire, qu’un vrai silence, claustral, vous savez, ce silence épouvantable qui rendrait les gens un peu fous s’il ne s’accompagnait d’un petit bruit qui redonne vie… des pas retentissaient, de plus en plus cadencés, du fond de ce long couloir. Cependant plus les pas se rapprochaient de la chambre 102, plus ils paraissaient légers et feutrés. Une porte s’ouvrit toute grande. – Bonjour, monsieur Giraut Emile ! Monsieur a-til bien dormi ? ou a-t-il eu une nuit quelque peu 9 agitée ? malgré le cachet que je vous ai donné hier soir ? – Bonjour, madame Birat… – Tout de même, monsieur daigne aujourd’hui me dire bonjour ! – Ne m’en veuillez pas, madame Birat ! Hier, j’étais encore sous anesthésie… il est vrai que je crois avoir entendu la voix d’une femme qui ressemblait beaucoup à la vôtre. – C’est exact, lui répondit-elle. C’est bien moi qui me suis occupée des premiers soins dont vous aviez besoin. Effectivement, cela m’a beaucoup étonnée de votre part car lors de votre réception, vous m’avez paru être un homme poli, plein de sollicitude envers les femmes. – Vos paroles apaisent ma douleur et m’apportent à la fois un certain réconfort. – Notre formation veut que nous soyons toujours à l’écoute de nos malades ! – De répondre : oui, mais vous possédez, ce que d’autres n’ont pas, l’amour de votre métier ! – Vous avez en quelque sorte fait le tour de ma personnalité, mais j’ai choisi ce métier par vocation. – Vous êtes étonnante… on ne s’aperçoit jamais que vous portez des signes de fatigue, sur votre visage radieux ! Pourtant, dites-moi, n’éprouvezvous jamais comme toute personne travaillant, des marques de fatigue ? 10 – Nous avons de très grosses responsabilités… je suis une femme et comme tout être humain, nous ressentons, en fin de journée, une certaine lassitude qui pourrait nous pousser à la transmettre à nos malades. Mais un certain masque nous permet de transformer cette fatigue en sourire compatissant. Ce n’est pas, dit-il, un vrai sourire mais plutôt alors un sourire figé. Non, monsieur Giraut, l’expérience de notre métier, nous permet comme le caméléon, de changer de couleur, si je puis dire. C’est une forme d’adaptation qui surprend, comme vous, les malades. Il est vrai, répondit-il, que s’adapter est une forme d’intelligence… et vous l’êtes. Depuis que nous parlons, il est temps que j’ouvre les volets en grand, ainsi que les fenêtres, pour aérer cette chambre qui ne l’a point été depuis hier. Bien qu’il soit encore tôt, voyez-vous ces rayons de soleil qui dardent ce lit à moitié défait de la nuit ? Il est vrai que nous sommes en été. Il semblerait que vous ayez organisé une bamboula dans votre chambre. Un sourire railleur apparut sur son visage. J’aurais bien aimé pouvoir la faire, mais mon état ne s’y prêtait pas. Je vous dis cela, monsieur Giraut, parce que vous êtes un homme qui sait comprendre la plaisanterie. 11 Oui, malgré mon âge avancé, j’ai toujours aimé la plaisanterie quand elle sortait de la bouche d’une femme aussi mignonne que vous. Vous me faites là des compliments auxquels je suis d’ailleurs très sensible. Mais je veux bien espérer, que vous n’êtes point entrain de me draguer ! Vous savez, à mon âge, on ne plaît guère aux femmes de votre âge. Revenons à nos moutons, dit-il… à propos de bamboula, j’ai pourtant le sentiment profond de n’avoir fait qu’un seul et même sommeil. C’est, lui répondit-elle, toujours la même impression que l’on garde, d’une nuit agitée. Sans vouloir vous complimenter… votre maquillage vous sied à merveille, en même temps qu’il vous rajeunit. Ces rayons de soleil ne font qu’accentuer votre visage plein d’ardeur. Quand nos regards se croisent et que le vôtre perce le mien, vos yeux brillants contrastent avec mon regard éteint qui n’aspire qu’à une seule chose… Tiens, vous voilà prêt à perdre le nord ! ce que je ne supporte pas ! Le fait d’être opéré n’entraîne nullement la mort. Restez au lit… je vous aide à vous asseoir, comme je le ferai d’ailleurs tous les jours, en vous soulevant au-dessous des bras… et hisse ! Nous voilà en place. Remontez légèrement en vous appuyant sur vos mains afin que je puisse mieux placer votre cerceau et le recouvrir du drap 12 qui est tout plissé. Vous savez, il nous est demandé d’asseoir les malades opérés dès le lendemain. J’ai une très bonne nouvelle à vous apprendre. Votre opération s’est bien passée et l’on n’a pas eu à vous enlever la prostate. Ce n’est pas ce que monsieur Lapeyre, chirurgien, m’avait annoncé dans son cabinet. Et pourtant, monsieur Giraut, la résection a suffi… c’est du moins ce qu’en a conclu le chirurgien. D’ailleurs, monsieur Giraut, monsieur Lapeyre passera dans la matinée et vous le confirmera. Vous savez, madame Birat, passé soixante-cinq ans, tous les hommes sont atteints de la même affection. Madame Birat, je ne suis qu’un vulgaire paysan ! Pourriez-vous, je vous prie m’expliquer ce qu’est la prostate, à quoi consiste une résection ? Vous me prenez, répondit-elle, pour un médecin, alors que je ne suis qu’une modeste infirmière ! Il eût été préférable que ce fût le chirurgien qui vous donne cette explication… soit… la prostate est une glande entourant l’uretère. En prenant de l’âge, elle a toujours tendance à grossir, à augmenter de volume et de ce fait comprime ce canal que j’ai appelé uretère. Par conséquent, l’urine a de la difficulté à descendre dans la vessie qui est plus basse. Quant à 13 la résection, il s’agit de passer dans le méat urinaire un outil chirurgical permettant de réduire le rétrécissement du canal en rabotant la dite prostate. Ainsi, on évite la compression de celle-ci. Quelquefois, il arrive que la dite résection ne suffise pas à atténuer d’une façon significative la compression du canal. Auquel cas, il faut réopérer à partir de la vessie pour atteindre la prostate que l’on enlève. La porte de la chambre de monsieur Giraut s’ouvrit brutalement. Bonjour, docteur, dit Madame Birat au chirurgien ! Bonjour, docteur ! ajouta Monsieur Giraut ! Ah ! vous voilà gaillard maintenant ! À ce sujet, madame Birat s’adressant au chirurgien, je ne sais pas si j’ai bien fait de prendre sur moi d’expliquer ce qu’est une prostate et une résection ? Ce que monsieur Giraut tenait à connaître. Vous avez parfaitement bien fait ! Votre compétence ne fait pas de doute, je suis certain que votre explication aura été aussi bonne que la mienne. Bien ! Qu’il boive beaucoup ! Je vous laisse, monsieur Giraut, j’ai d’autres opérés à voir, à demain donc de vous revoir. Je vous laisse également, lui dit madame Birat, tout va bien. 14
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