Bel Air, la plantation réunionnaise - Page 1 - Fernando Amorin « Bel-Air » La plantation réunionnaise Roman 23 dessins d’Antoine Roussin (1819-1894) Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des GrandsAugustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur ISBN : 978-2-35335-190-9 Dépôt légal : Mai 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Ouvrage du même auteur Aux éditions EDILIVRE APARIS Les mémoires de L. Boccherini, violoncelliste prodige (2007) 6 Repères chronologiques L’île de la Réunion a été découverte au début du seizième siècle par le Portugais Pedro das Mascareñas. Au dix-septième siècle le Français Salomon Gaubert, de Dieppe, en prit possession au nom du roi de France, Louis XIII. C’est de 1665 que date le premier établissement de colons. Une vingtaine de colons envoyés par la Compagnie des Indes, débarquent le 7 mars dans l’île, alors appelée île Bourbon, sous la conduite du commandant Étienne Regnault. Des convois d’émigrants arrivent pendant les années suivantes et en 1686, la population compte 136 blancs et 133 noirs. Au dix-huitième siècle des concessions sont accordées à des cadets de famille qui se fixent à l’île Bourbon. C’est à cette époque que se distingue Mahé de la Bourdonnais. Au moment de la Révolution française, l’île Bourbon compte 45.000 habitants, dont 8.000 Blancs libres, et les autres sont des esclaves. En 1793, un décret de la Convention donne à l’île le nom d’île de la Réunion pour commémorer la réunion des volontaires marseillais avec les gardes nationaux de Paris lors de l’assaut des Tuileries le 10 août 1792. En 1806 la Réunion prend le nom d’île Bonaparte. Le 8 juillet 1810 un corps expéditionnaire britannique, fort de 9 5.000 hommes, s’empare de l’île, qui lors du traité de Vienne, en 1815, est rendue au roi de France et reprend le nom d’île Bourbon. L’abolition de l’esclavage, votée en 1845, est appliquée fin 1848. Lors de la proclamation de la République, en 1848, l’île Bourbon est à nouveau appelée la Réunion. Population : La population de la Réunion est en grande partie composée d’éléments créoles descendant des premières familles françaises établies dans l’île ; elle comprend en outre : 1º des commerçants chinois et indiens ; 2º des travailleurs de toutes les provenances et principalement d’Afrique (de l’ethnie cafre) du Malabar, du Bengale, du Viêt-Nam, de Madagascar et des Comores ; 3º des métis de races les plus variées. Administration : Depuis la loi de décentralisation de 1982 la Réunion a un seul département et les trois plus hautes autorités de l’île sont le Conseil Général et le Président de Région, secondés par 45 conseillers régionaux, élus pour une durée de six années. 10 J’admire en toi, somptueuse Réunion, l’instinct de quelque vague et fabuleux cerveau. Leconte de Lisle 15 I LE RETOUR L’arrivée du bateau du mois de novembre de 1883 à la rade de l’île de la Réunion, venant de Marseille, avait déclenché une agitation générale, tant sur le quai que sur l’ensemble de l’île. Depuis l’annonce de l’arrivée en haute mer par les puissantes sirènes du navire, jusqu’au lancement des amarres des chalands qui transportaient les équipages et les passagers, entre le paquebot et le débarcadère de SaintDenis, la sortie des passagers et la lente décharge, tout ne fut que courses et précipitation. Le soleil tropical de midi avait commencé déjà à submerger la ville sous les fortes senteurs pestilentielles de cuir tanné, de calfat, de bois de chauffage mal brûlé, ainsi que de toutes les miasmes nauséabonds qui heurtaient les sens par l’effet de la chaleur et de l’humidité propres aux tropiques. L’argile du sol laissait passer cette boue qui envahissait les tropiques en période de pluies. Même les murs et les toits, encore mouillés, verdâtres et noircis produisaient une désagréable sensation de ruine et de pourriture qui vieillit les choses et les êtres. 17 Ile des épices, où l’air est saturé par tous les contrastes. Les odeurs parfumées que dégagent les brûleries de café, se mêlant aux nuages de fumée noirâtre qui s’élèvent vers les corniches des toits avant de se dissoudre comme un brouillard matinal au sommet d’un palmier. On est imprégné de l’odeur d’huiles trop cuites, utilisées pour les fritures dans les cuisines ambulantes ainsi que des parfums de riz, de vanille et de cannelle. Les voyageurs, débarqués avec leurs bagages respectifs se séparaient avec la ferme promesse de se revoir pour revivre la traversée entre deux verres de rhum, de celui qui dans l’île est tiré du meilleur jus de canne à sucre. Celle-ci était la fierté et la richesse de l’île, que les propriétaires fonciers dans les plantations contrôlaient et dirigeaient depuis que les premiers colons l’avaient importée de Madagascar pour l’acclimater dans l’île. Des dizaines de fiacres attendaient dans le désordre le plus complet. Les imprécations lancées par les laquais noirs aux animaux de trait, ajoutaient davantage de vacarme à cette tumultueuse pagaille, composée de gens de service, de petits messieurs et de badauds, venus accueillir des parents et des amis arrivant d’Europe. Personnages élégants qui avaient revêtu leurs meilleures tenues, avant de débarquer, pour montrer le plaisir et le bonheur d’un voyage qui était tout, sauf plaisant. En quelques minutes le débarcadère de Saint-Denis s’était transformé en salon à la mode coloniale. Les soies de couleur claire et les toiles blanches les plus fines constituaient l’essentiel de l’habillement de cette société maniérée qui se faisait plaisir en donnant l’impression de suivre de près la mode de Paris. 18 Les parasols maintenus par des mains délicatement gantées de dentelles blanches, tournaient ou étaient agités pour signaler à un ami ou à un parent, qu’ils étaient attendus. Tandis que les colons aux larges chapeaux, habillés de toile blanche et crème, arboraient de splendides chaînes en or et des bijoux rutilants qui contrastaient avec les simples vêtements des domestiques noirs qui les accompagnaient, quelques marins s’éreintaient pour décharger les bagages, malles et marchandises, tout en évitant les ivrognes qui chancelaient au milieu de la foule en dégageant des vapeurs de rhum, des odeurs de sueur acide, que la chaleur rendait insupportables. Deux colons étaient montés dans une calèche qui les attendait pour 19 parcourir la courte distance qui séparait le port du centre de la ville, où ils avaient leurs résidences. Une fois effectué le trajet qui séparait les deux endroits, le conducteur cafre s’arrêta devant un bâtiment élégant à la hauteur de la cathédrale et l’un des hommes, mince et grisonnant descendit en maintenant la porte entr’ouverte pendant quelques secondes pour demander à celui qui l’accompagnait et qui était resté à l’intérieur, s’il descendait également. – Non, répondit-il. – Voulez-vous dire au cocher de se rendre à l’Assemblée du gouvernement ? Là , j’attendrai le président, en espérant l’y rencontrer. – Les visites ne cesseront pas de la journée, soyez-en sûr. Restez déjeuner avec nous. – Non, merci ce sera pour une autre fois. Vous souhaiterez, à nouveau, la bienvenue à Guirec. Comme le vieux monde lui a réussi, n’est-ce pas ! Personne n’aurait imaginé, en le voyant au collège, tellement maigrichon, qu’il atteindrait cette prestance et ce port de tête. Mes respects, également, à Morgane. Merci, beaucoup. Ronan Landrellec, l’homme qui descendit du fiacre planteur et administrateur d’une vieille plantation de bananes, de café et de vanille – ferma la petite porte du fiacre en souriant d’une façon courtoise, et se mit à marcher. Monsieur Landrellec arriva à la porte de sa résidence en ville, monta les marches qui donnaient accès à la varangue, – sorte de grande terrasse couverte – et pénétra dans le bâtiment. L’entrée du petit palais était à moitié obstruée par des malles de voyage, et monsieur Landrellec se dépêcha d’ordonner leur transfert à la plantation de 20
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