Pour un polar inachevé - Page 2 - test Jean CHABAUD Pour un polar inachevé Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. ©Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-211-5 Dépôt légal : Novembre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Quand je ne travaille pas, je pense et quand je pense, je deviens déprimé. Woody Allen 7 PROLOGUE Un monde sans pitié. Le « monde du travail » serait-il devenu un monde sans pitié ? Il était une source de stress, c’était connu et reconnu mais de là à engendrer des suicides… Quel que soit le terme employé, burn-out, ras le bol, harcèlement auquel peuvent s’ajouter des humiliations… non, le travail n’est plus une partie de plaisir. À tous les échelons, le stress fait des dégâts. Fatigués, découragés, démotivés… tout n’est plus aussi rose au bureau ou dans les ateliers et les salariés ont du mal à se motiver pour se lever chaque matin. Il s’agit du burn-out, le fameux syndrome d’épuisement professionnel. En 1980 un psychanalyste américain, Herbert J. Freudenberger, publiait un livre sur un phénomène d’épuisement professionnel qu’il a nommé burn-out. Ceci en référence à un « incendie intérieur » : 9 comme pour un immeuble dans lequel le feu aurait pris à l’intérieur, il peut laisser les gens « vidés » intérieurement mais d’apparence intacts. Le monde du travail devrait être un lieu d’épanouissement. Il devient l’origine d’un profond malaise. Personne n’est désormais à l’abri de ce syndrome. Et pour cause, la pression est de plus en plus forte, les exigences de plus en plus poussées et le risque de se retrouver sans travail bien réel. En raison de responsabilités croissantes, d’objectifs de plus en plus élevés, une baisse de l’estime de soi et un sentiment d’incompétence s’installent. Cette situation est difficile à admettre pour un professionnel de qualité viscéralement attaché à son entreprise. Le conflit n’éclate pas toujours. Le technicien ou le cadre, commence à culpabiliser et cherche par une automédication à combattre cette situation qu’il croit passagère. Il commence par des médications diverses pour traiter l’anxiété, les angoisses. Puis viennent les antidépresseurs dont certains stimulent les sujets, d’autres diminuent l’angoisse et améliorent le sommeil, d’autres enfin sont à la fois tranquillisants et stimulants. La plupart ayant des effets secondaires, il s’en suit une baisse de performances attentionnelles et c’est l’escalade. Certains vont se droguer et pire, d’autres vont envisager le suicide. Jean-Charles de Ballanchard, jeune diplômé, s’est laissé séduire par un job d’apparence facile. Il a vécu 10 une ASCENSION SOCIALE RAPIDE SANS PARACHUTE. Aucun plan de carrière. Pas de vision à moyen ou long terme. Les Aventuriers (avec un grand A) savaient faire cela mais à la différence de ces nouveaux promus, ils savaient ne pas s’engager, vivre au jour le jour dans un appartement minable avec pour tout mobilier des caisses à savon. Les jeunes diplômés, victimes du système, achètent à crédit du confort, s’engagent, s’obligent à hypothéquer leur avenir. Ils s’enferment ainsi dans « le système » duquel ils deviennent des proies faciles. Jean-Charles se reprochait de n’avoir pas compris qu’il y aurait obligatoirement un après. Après une tentative qui, elle aussi, avait atteint ses limites, il se laissait sombrer dans un état léthargique destructeur. Le destin lui vint en aide pour sortir de cette somnolence. Ce destin avait pris l’apparence de l’amour passion lequel présente aussi de graves dangers… 11 CHAPITRE UN Les travaux de terrassement nécessaires au prolongement de la rue Noël Marteau avaient commencé malgré la farouche opposition de l’ensemble des riverains. Le bruit des pelles mécaniques, des nombreux camions et autres bulldozers rendait toute méditation, toute réflexion et même toute conversation impossibles dans cet exhavre de paix où était venu s’installer Jean-Charles de Ballanchard dit Jean C. Balla. Les petits oiseaux résidents, les criquets, les cigales s’étaient enfuis. Même les lézards et les couleuvres s’étaient enterrés. Il faisait très chaud pour la saison. La poussière brûlait les yeux, asséchait les gorges. Un nuage volatile, ocre, de densité variable, enveloppait la villa. Jean-Charles subissait, prostré dans un fauteuil de la terrasse, un verre de Whisky-coca à la main. 12 Il était venu s’établir sur les hauteurs de Collioure pour être au calme. Il avait acheté cette adorable petite maison parce que située au fond d’une impasse donnant sur la rue Noël Marteau, elle-même sans issue. Pour ajouter à son confort et sa tranquillité, il avait fait installer une piscine entourée d’une magnifique terrasse. Une à deux fois par semaine, autour de dix sept heures, il descendait à pied sur le bord de mer. Là, il observait les peintres qui avaient posé leur chevalet avec pour horizon la mer et l’église Notre Dame des Anges. Souvent, il bavardait un moment avec eux. Tous attendaient l’instant unique et merveilleux où le soleil, avant de disparaître déposerait sur la baie les couleurs d’ocre et de feu qui ont fait la réputation de la ville. Ces fameuses couleurs qui ont été immortalisées, grâce à l’utilisation des couleurs pures par des peintres, tel Henri Matisse, considéré comme un des chefs de file du « fauvisme ». Pendant près de trois ans Jean-Charles avait vécu pleinement, comme il l’avait imaginé. Mais petit à petit les choses s’étaient dégradées. D’abord ce furent les avions militaires qui se mirent à passer et repasser à plusieurs reprises chaque jeudi. Ils volaient très bas, dans un immense fracas. Il arrivait, qui plus est, qu’ils passent le mur du son provocant des « bang » assourdissants. Puis des terrains proches de la propriété, pentus et caillouteux, soit disant inconstructibles furent acquis par des promoteurs. Ensuite ce fut la lancinante plainte 13 aiguë de métal torturé émise par les bétonnières fabricant des centaines de tonnes de béton pour rétablir les niveaux. Enfin, le fin du fin fut constitué par la décision de la municipalité de prolonger la rue jusqu’à la voie rapide. Or, le journaliste-romancier était justement venu s’installer sur les hauteurs de Collioure pour la quiétude inspirée par ce lieu étonnant car il ne pouvait plus se concentrer que dans un environnement sans nuisances sonores. Jean-Charles de Ballanchard, tout juste la quarantaine, de taille moyenne, le front largement dégarni, avait été un journaliste atypique. Postérieurement à d’assez brillantes études à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, il avait bénéficié d’une situation privilégiée. Son oncle était député, chef de groupe politique. Il lui avait permis d’avoir ses entrées dans les couloirs de l’Assemblée Nationale. Il avait ainsi vendu à un groupe de presse des chroniques sur l’actualité législative. Parallèlement à ces études à l’E.S.J., il avait suivi des cours de droit constitutionnel. Au bout de dix ans, l’oncle n’avait pas été réélu. Le neveu avait ainsi perdu sa principale source d’information. Il avait ensuite été sollicité par des hommes politiques peu scrupuleux et qui auraient bien aimé l’utiliser pour diffuser leur pensée. Egalement, les patrons de presse, politiquement engagés, n’appréciaient pas cet indépendant. Il avait 14 donc peu a peu abandonné ou été contraint d’abandonner la chronique politique. Il s’était alors mis à écrire des fictions dont il puisait la source dans l’actualité juridique ou dans l’économie politique. Les deux étaient souvent mêlés. Il glissait dans ses romans des réflexions personnelles. Il avait eu un assez beau succès. * * * Jean-Charles s’était laissé glisser dans son fauteuil. Il avait plongés son regard au fond de celui de Guillaume Albinoni, ex directeur littéraire de sa maison d’édition, débarqué à l’improviste. Le premier instant de surprise passé, Jean Charles avait entraîné le visiteur sur la terrasse dominant la ville. Il lui avait offert un rafraîchissement puis sans préambule était entré dans le vif du sujet : – Je ne vous demande pas comment vous allez. – Non ? – Je vois que vous avez une mine resplendissante. Votre présence m’honore mais je ne pense pas que vous soyez venu me faire une visite de courtoisie. Nos relations n’ont jamais été très cordiales. Vous ne n’avez jamais apprécié, je ne sais toujours pas pourquoi. Quel est donc le but de votre venue à Collioure ? 15
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