Dialogues de l'Ange noir avec...? - Page 1 - Jean-Pierre Ribot et Louis Fritz avaient passé le bac philo au lycée de Pézenas dans l’Hérault ; endroit même où Jean-Baptiste Poquelin dit « Molière » et dont Marcel Proust a dit à propos de cette ville : « Le Languedoc est un œuf dont Pézenas est le jaune ». De la même manière que Marcel Pagnol avait dit parlant de cette même ville : « Si Jean-Baptiste Poquelin est né à Paris, Molière est né à Pézenas ». Molière, alors âgé de vingt-cinq ans, arriva en Languedoc en 1647 où il y demeura quelque temps seulement. Contraint de quitter la Capitale où deux troupes sévissaient ; ne laissant aucune place à son Illustre Théâtre ; une débâcle financière se révéla des plus sévères, cependant que son talent ne fut nullement remis en question. C’est ainsi qu’à l’invitation du comte d’Aubijoux, gouverneur de Montpellier, se rendit avec Madeleine Béjart et une nouvelle troupe de comédiens où ce grand Seigneur fait inviter des saltimbanques à chacune des réunions annuelles des Etats. Protégés, bien payés, Molière et les siens reviennent régulièrement dans la région qu’ils écument en jouant la comédie. Le prince de Conti (troisième personnage du royaume) débarque à Pézenas en 1653, prend la troupe sous son aile, lorsque d’Aubijoux et Conti, tous deux, atteints de la syphilis, abandonnent lâchement Molière. Ce dernier s’en va retenter sa chance à Paris avec le succès qu’on lui connaît. Que reste t-il alors du passage de Molière à Pézenas ? Rien, ou presque, hormis une légende : Celle du fauteuil du barbier Gély-Molière, où il avait coutume de se rendre dans sa boutique. Soit ! Nos deux personnages Ribot et Fritz avaient toujours entretenu des relations amicales et davantage d’ailleurs quand, s’étant mariés, se recevaient réciproquement. L’un d’eux posa une question qui tomba un peu comme un cheveu dans la soupe, il est vrai que nous étions en hiver. - Connais-tu ton arbre généalogique ? - Quelle question ! Pourquoi m’en serais-je préoccupé ? - Oh ! Excusez-moi ! dit Cathie Fritz… je ne suis pas très bien, je m’absente un instant. - Ta femme semble être souffrante ! répliqua Geneviève Ribot. Son teint blanchâtre en dit long et, pourtant, c’est tout juste si nous venons de boire un léger apéritif. Louis d’appeler sa femme : - Où es-tu, ma chérie ? - Dans notre chambre ! - Serais-tu aussi mal que tu te misses au lit ? - Ne serais-tu point en train d’exagérer, je ne suis pas très bien, c’est tout ! - Tu me rassures, tu nous rassures. Une voix lointaine, mais vraiment lointaine, pour ne point dire qu’elle semblait être, à Cathie, inaudible, se fit entendre. - Répondez-moi ! disait cette voix. - Mais enfin qui êtes-vous ? Parlez plus fort, déclinez votre identité ! - Je suis « l’Ange noir » ! - Mais qui, enfin ? Je ne connais aucune personne répondant à ce nom. 2 - Il est vrai que les Terriens ne me connaissent point si, ce n’est que je ne sais trop comment, je ne leur apporte que malédiction et destin néfaste. - Vous m’effrayez, vous me tétanisez de ne point savoir, enfin, qui vous êtes ! - Calmez-vous ! Reprenez tous vos sens ! Je suis Satan, celui que l’on appelle Lucifer, l’Ange noir, l’ange déchu. Ne prenez pas à mal, je suis à la recherche de mon Créateur ; à la recherche de mon identité. De fait ce que vous, les Hommes, appelez arbre généalogique. Je suis à la recherche de ce Créateur qui, par le fait même, semble être le vôtre et qui bave continuellement sur tout le monde que je serais à la base de mauvais sorts, de maladies, d’infortunes, de ne je ne sais trop quoi d’ailleurs qui me rend impopulaire, alors que je ne sais qui, de lui ou de moi, l’est plus que l’autre. - Je ne puis vous répondre Ange noir, car je ne saisis pas très bien une question qui me dépasse ! - Allez donc chercher votre mari, Louis ! Il doit savoir pour me connaître … il a passé son bac philo au lycée de Pézenas, a continué ses études à la Faculté des Lettres de Montpellier. Les philosophes, comme votre mari et bien d’autres, me connaissent fort bien. De plus, vient de se créer, il y a très peu de temps d’ailleurs à Montpellier, une faculté de théologie. Curieux qu’il est, il a dû assister, continue même à assister à ces cours. Allez vous dis-je, l’appeler ! Qu’attendez-vous ? - Seriez-vous pressé à ce point ? - Que me veux-tu, Cathie, dans cet état, blême que tu es, tremblotante, figée de peur ? - Une voix faiblarde dont je ne puis te dire d’où elle peut provenir, certainement de très loin, m’a demandé expressément que tu viennes répondre à ma place. - Mais répondre à qui, enfin ? - Va, je t’en supplie ! Ne fais pas attendre une voix aussi faible qui pourrait être la preuve qu’une vieille personne se meurt et viendrait à perdre la force de parler. - Je viens, j’accours ! Remplace-moi auprès de nos amis, ce serait très impoli que de les laisser seuls. - Monsieur, votre voix est si faible que vous ne devez vous trouver dans la chambre où était votre femme ! Voilà vous y êtes ! - Je m’appelle Louis, ai beaucoup de mal à vous entendre ! - Ce n’est pas à moi que l’on apprend qui vous êtes. - Seriez-vous devin, monsieur ? - Je ne suis ni un monsieur, encore moins une dame ! - Qui êtes-vous, alors ? - Je suis ce mystère qui est à la recherche de ses propres origines, de mon Créateur. - J’entends bien ! - Je suis l’Ange noir ! - Ah ! Le diable, Satan, cet ange déchu. - Exactement ! Je m’aperçois enfin que je suis tombé sur un Terrien instruit. Vous êtes professeur de philosophie, il n’y a par conséquent rien, mais rien, qui puisse nous interdire de nous comprendre. - Peut-être bien ! Je suis même à votre écoute Ange noir, mais encore que puis-je pour vous ? - Comme je l’ai dit à votre femme, je suis à la recherche de mon Créateur qui raconterait, dans mon dos, je ne sais quelles bêtises, quelles inepties, me concernant, allant même jusqu’à dire que si l’Homme est mortel, cela est de ma faute ; si l’Homme est malheureux, l’on m’en fait porter le fardeau ; si la maladie existe sur votre Terre, continue à vous assaillir, cela est de ma faute ; si les cas tératologiques se font de plus en plus nombreux, cela l’est également ; ce serait tout simplement, pour les mauvaises langues, jouir de votre propre souffrance. Pourtant, je ne fais que tournoyer dans cet Univers qui, certes, est grand, 3 mais tout de même ! J’ai tourné autour du soleil, me brûlant presque les ailes, partant du principe que ce dernier était bien Dieu le père, selon la conception que, vous, les Terriens vous faites de la chose. Je ne puis même pas m’adresser à son fils qui, selon vous les Terriens, fut cloué sur la croix pour le rachat des fautes que je vous aurais faites commettre, alors qu’il n’en ai rien. - Je n’en doute point Ange noir ! - Enfin, voilà qu’un Terrien ne met nullement en doute que ce fut moi qui vous aie poussés à commettre des erreurs et j’en passe… Pour autant que vous fussiez de l’avis de Dieu qui le troisième jour ressuscita des morts, ne faut-il être naïf, sot, pour admettre qu’il soit maintenant dans les cieux, alors qu’à sa recherche je suis. Ne le trouvant pas, je me pose des questions ! Je suis dans ce vide sidéral à sa recherche. - Ô combien, je vous comprends Ange noir ! Mais à défaut de ne trouver ce Créateur, ce Dieu, ne pouvez-vous dans cet univers sidéral trouver un quelconque Ange blanc qui, lui, pourrait vous mener immédiatement à lui ? Ces Anges blancs qui sont les intercesseurs entre lui et l’homme. Ainsi, ne pourriez-vous converser tout à loisir et vous m’être d’accord si, de lui ou de vous, avez été à la base de la création. - Il est possible que nous nous croisions, mais ferait-il l’aveugle que je n’en serais point étonné ! - Veuillez m’excuser Lucifer, mais ne semblez-vous pas personnaliser un être mystérieux, un Créateur à qui l’on ne peut prêter aucune forme, aucune silhouette ? - Oui, j’entends bien ! Mais pour vous les Terriens, il m’est plus facile le rendant humain de mieux me faire comprendre. Il doit se rendre invisible ou me fuit volontairement. Enfin, quoiqu’il en soit, je me trouve seul relégué à n’entendre que sottises sur sottises. Si, au moins, on m’accordait un droit de défense ! - J’entends bien, mais seriez-vous oubliant que cet Univers n’est pas aussi petit, aussi restreint que vous ne pouvez le penser ! - Ah bon ! Et pourquoi ? - Ange noir au lieu de me dire « ah, bon ! Et pourquoi ? », vous me coupez toujours la parole, je vais m’en expliquer. Un certain philosophe terrien du nom de Descartes… - Il me semble en avoir entendu parler ! Que dit-il ce Descartes ? Je vous suis tout ouï. - Voilà ce qu’il dit en clair : « Comme si j’étais né pour douter ; le doute justifie l’être : Je doute, donc je suis ». C’était là sa première certitude : « Donc j’existe ». Continuant ce que l’on appelle maintenant son esprit cartésien : « Puisque j’existe, Dieu existe ». - Vous voyez bien, Louis, que cet homme là a raison, il existe bien, c’est pourquoi je suis à sa recherche ! Sans quoi, je ne serais auprès de vous, vous molestant. - On peut être à la recherche de quelqu’un sans le trouver, c’est pourquoi soyez plus attentif, Ange noir, et vous finirez par comprendre pourquoi vous ne pouvez dialoguer avec lui. Si vous m’interrompiez un peu moins, peut-être alors en trouveriez-vous la cause ! Continuant à parler de cet homme, de ce grand philosophe terrien, venant de dire juste à l’instant « Puisque j’existe, Dieu existe », il ne saurait en être autrement. De même qu’il ajoute « Puisqu’il faut une cause première, cette cause première existe et elle est ce qu’il est convenu de nommer Dieu ». Mais comme cet homme nous a prévenus qu’il était en cesse de douter, il ajoute « Il y a un problème de taille, de logique ». Ainsi, au nombre de ses attributs, Dieu compte la perfection. - Dieu compterait-il la perfection au point où il me renvoie à moi-même de vous avoir rendus mortels, imparfaits ; au point qu’il m’a déchu de mes fonctions ? Là, alors, je ne suis 4 point d’accord avec ce Terrien qui parlant de Dieu ose affirmer qu’il serait la perfection ! Et moi qui suis-je, alors ? Serais-je l’imperfection ? S’il en était ainsi, à qui le devrais-je, si ce n’est qu’à ce soit disant Créateur qui m’aurait rendu imparfait ! C’est la raison précisément pour laquelle je veux dialoguer avec lui. C’est déjà pour moi assez réconfortant que de pouvoir dialoguer avec un Terrien ! - Laissez-moi poursuivre Ange noir ! De même que ce grand philosophe a dit de l’être humain : « Dans cette théologie, il est reconnu pour être imparfait ». - Ce grand philosophe, comme vous l’appelez, ne sait trop bien ce qu’il raconte quand il dit « Dieu compte la perfection » et qu’immédiatement après, se contredisant, reconnaît avoir créé l’Homme imparfait. - Vous avez en quelque sorte raison Ange noir, mais écoutez la suite de ce grand homme et vous comprendrez combien vous vous trouvez dans l’erreur la plus complète : Il ajoute et c’est en cela qu’il retrouve sa force : « Mais se peut-il que Dieu, Être parfait, puisse créer quelque chose d’imparfait ? ». - La déduction de ce Terrien me paraît être logique ! - Vous voyez, Ange noir, comme il faut quelquefois être plus modeste, se mettre à la place de l’élève qui écoute le maître. - J’entends bien … je veux bien l’être et m’asseoir à cette place ! - Je continue Ange noir … « Difficile à croire, dit-il, sinon que l’imperfection serait une composante de la perfection », et nous ne pourrions aussi dire que Dieu et Diable existent en complémentarité, comme le yin et le yang taoïste. Mais ici, on sortirait du domaine de Descartes puisqu’il oppose et distingue la perfection de l’imperfection. « Si j’étais parfait, n’est-il pas évident que tout ce que je ferais, je le ferais parfaitement ? ». Peut-on dire alors que si Dieu existe sa création est parfaite, ainsi en est-il de moi et de toutes choses ? Ce serait prétentieux et irréaliste. « Dieu n’existe donc pas, puisque l’imperfection existe ». « Dieu est une idée qui, elle, existe puisque nous y pensons. Alors, une idée de la perfection peut exister, puisque c’est une abstraction ; mais elle est limitée au domaine de la pensée et ne peut s’appliquer au monde matériel ». Ce qu’il faudrait réviser, dit-il, « C’est que l’Univers dans lequel nous vivons est certes imparfait. Peut-être même être sujet à disparaître, tout simplement parce que nous vivons dans un Univers fini, or il existerait pour Descartes un autre monde, un autre Univers qui, lui, serait infini, donc qui n’aurait aucune fin, aucune limite ». Partant de ce principe là, ne pourrions-nous admettre que nous ne sommes que de passage, traînant une imperfection qui, pourrait dans un autre monde, dans un autre Univers extensible, être perfectible ? - Vous comprenez, maintenant, Ange noir, pourquoi il vous est difficile de vouloir dialoguer avec ce Dieu, ce Créateur, qui vous a déchu et que vous ne pouvez trouver ayant pu imaginer que notre Univers terrien était fini, alors que monsieur Descartes, ce grand philosophe, tient à nous apprendre par une déduction assez logique que cet Univers est infini ? - Evidemment, Louis, si vous partez du principe que ce dit philosophe n’est point dans l’erreur, cela expliquerait que je ne puis le trouver et, par le fait, être à même de dialoguer. Cependant que, tout philosophe que vous êtes, vous semblez parler comme un livre et que cet 5 homme, dont vous me parlez, prétextant qu’il est dans la logique des choses, ne peut-il être dans l’erreur la plus complète ? Vous, les Terriens, avez une logique que moi, Ange noir, ne soutiens pas. Vous étant référé à cet homme, voilà que je me remémore ce qu’il a dit un jour… - Qu’aurait-il dit, Ange noir, que je ne susse ? - Vous devez bien le savoir, mais vous avez le chic pour cacher les choses ! Il a dit « Si j’avais dû refaire le monde, je l’eusse mieux fait ». - Ce n’est point que j’eusse voulu vous cacher une telle vérité, mais tout simplement parce que j’ai omis de vous le dire. Ce que vous ne savez point de ce grand philosophe terrien, c’est qu’il fut d’une grande honnêteté scientifique. - Ah, bon ! Et pourquoi ? - Pour la simple et bonne raison que Terrien qu’il était, en un moment de sa vie, il a osé dire : « Si j’avais dû refaire le monde, je l’eusse mieux fait ! ». - Vous voyez bien, Louis, que cet homme a vraiment du bon sens ! Tout petit Terrien qu’il était, il a reconnu qu’il aurait été mieux à même de faire le monde. Cela me réconforte dans l’idée que je me fais de ce Créateur. Vous omettez pour vous donner raison vous, les Terriens, que si je suis à la recherche de ce Créateur, c’est bien parce que j’aurais pu faire mieux que lui et j’en suis convaincu. Je veux à tout prix avoir une explication, un dialogue, cependant que je m’attends à ce que ce soit un monologue. Je vous pose la question suivante : Y a-t-il selon vous une logique de l’irrationnel ? - Vous me posez là, Lucifer, matière à réflexion ! Tout de même, je vais m’employer à y répondre. Il y a des questions qui restent sans réponses et celle-ci en est une, cependant qu’il y a des actes humains inexplicables. La réalité n’est pas toujours intelligible et rationnelle. En revanche, il n’était nullement nécessaire que la vie apparaisse sur la terre : aucune logique ne préside à cela. - Vous voyez combien l’incompréhensible existe : c’est l’irrationnel. L’irrationnel se révèle à nous au premier effort de réflexion et c’est bien là, me semble t-il, que le mystère nous apparaît, c'est-à-dire quelque chose d’incompréhensible. - Ange noir, vous en savez des choses, cependant que les Terriens, que nous sommes, en savons également et comme le dit Einstein « Ce qu’il y a d’incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible ». - Il y a une logique à toute chose : le hasard. - Mais encore Ange noir ? - Si le hasard n’est qu’une apparence, c’est qu’il est provisoire : ce serait un effet de votre ignorance. Autrement dit, si le hasard est de l’ordre de la réalité ou d’une ignorance, êtes-vous capable de remplacer l’ignorance qui vous est inhérente par ce Créateur qui a bien voulu vous rendre tel, alors que moi je l’eusse remplacé par un savoir ? Mais ce Dieu, ce Créateur, que vous ne cessez d’implorer, vous a dotés d’une imagination qui vous permet d’échapper à la réalité, or qu’est-ce que la réalité … si ce n’est que vous la vivez tous les jours : vous pleurez quand vous avez perdu un être cher, vous ne cessez d’être au chevet du lit d’un malade qui vous est proche pour l’aider à mourir, pour lui démontrer combien son départ vous affectera. Or moi, l’Ange noir, je vous aurais donné cette faculté qu’a l’intelligence d’imaginer pour vous soustraire de cette maléfique réalité. - Combien j’eusse préféré vous avoir comme professeur qui semble tout connaître ! - Vous ne pouvez que m’entendre, je ne suis que mystère, je ne suis qu’antimatière, je suis invisible parce que l’on m’a rendu tel. Moi, l’Ange noir, si j’avais été à la base de la création de l’Univers, de ces Terriens que vous êtes, j’aurais au moins eu le courage de venir vous rendre visite, de vous aider à mieux vivre. 6 Or, il est plus facile pour celui qui se cache,et dont je suis à la recherche, d’avoir dit à toute l’humanité qu’il avait envoyé son fils sous une forme charnelle pour racheter des fautes dont il savait en vous créant que vous en commettriez. Ce qui me paraît insoutenable, c’est qu’il n’hésita pas à offrir la mort de son fils pour le rachat des fautes dont il est lui-même l’auteur. C’est vous dire, Louis, combien ce Dieu a dû aimer son fils ! Je sais pour l’avoir entendu dire que le Diable que je suis, dont on dit de moi que je proviens d’origine païenne, enfin ce Dieu, qui en effet aurait des cornes, est la représentation imagée de l’animalité sauvage. De même que je serais le gardien des forêts obscures, le dieu des cerfs, des boucs et de leurs pâturages, ainsi que des bergers qui s’en occupent. Comme si, moi, Ange déchu, dieu que j’aurais pu être, avais besoin de bergers pour m’occuper de ces troupeaux ! Pour certains, je suis donc appelé dieu cornu ou « Cernuinos ». Je ne sais trop pourquoi, je serais l’amant de la déesse Lune, vénérée en grande partie par les femmes ou des féministes engagées politiquement (le culte de Diane). Pourquoi ne représentèrent-elles pas « l’ombre » de cette déesse, bien que ne la vénérant pas forcément ? Mais enfin, soit ! Je représenterais davantage le soleil, le feu, cependant que parlant du soleil, il désignerait plutôt Dieu le père, celui que je cherche précisément. Serais-je l’ombre que l’on appellerait « Seigneur de l’ombre », sortilège des ténèbres, d’où le dérapage en « Seigneur des ténèbres » sûrement ? Pour certaines sorcières, ou « wicans », la sexualité est très importante, c’est pourquoi, il y a des incarnations ou prières en son nom. On les représente d’ailleurs souvent sur un balai, symbole des forces de la nature, de ces pulsions masculines. L’Eglise catholique a censuré tout ce qui ne venait pas d’elle. Elle est même allée jusqu’à transformer ce qu’était sa pensée en matière de choses démoniaques ou maléfiques. C’est ainsi que l’Eglise transforma la sorcellerie en magie noire. Voilà que l’on me fait toujours porter le même fardeau ! L’Eglise se sert du principe de la lumière qu’elle transforme en principe des ténèbres. Dans les temps les plus reculés, mon culte, le culte de Satan, de l’Ange noir, est à l’origine du culte de Vénus, l’étoile à six branches, son mouvement. La religion catholique s’habille en blanc pour s’opposer à l’Ange noir, que je suis, qu’elle attribua au mal. L’auteur : Dans la mythologie celtique, le Diable est le père de Merlin, lequel tient de lui certains pouvoirs comme le fait de changer son apparence. Ne se transforma t-il en animal à cornes, en bouc, ou en vieil homme, selon la circonstance. Le bien et le mal n’existaient pas vraiment, cependant que des forces différentes qu’il faut savoir apprendre à canaliser et à équilibrer. Ceci est tellement vrai que dans les croyances, les divinités se regroupent en couples et formeraient une complémentarité indispensable pour un équilibre en soi. Ces croyances nous apprennent qu’il ne faut pas juger systématiquement d’après les apparences … ces dernières ne seraient-elles pas trompeuses ? Le blanc ou l’Ange blanc ne représenterait pas forcément la pureté, le noir le mal ? - Cher Louis, je vais prendre congé de toi, mais n’est-ce pas surprenant que je dus m’adresser à un Terrien pour avoir appris que l’Univers est infini et que, par ignorance, je ne cessais d’être à la recherche de ce Créateur que je devrais finir par rencontrer ? - Ange noir, peux-tu m’accorder quelques secondes supplémentaires ? - Si ta question est censée, ce que je pense, pourquoi pas ! - J’ai omis de te dire que tu auras grand mal à retrouver ce Créateur, ce Dieu, avec qui tu cherches à dialoguer, ce ne sera point facile. 7 - Et pourquoi donc ? - Récemment, la science terrienne a découvert le big-bang. - Mais encore ? - L’Univers serait constamment en extension, par conséquent, non seulement cet Univers est infini, mais il continue et continuera toujours à s’agrandir, à s’étendre, ce qui rendra vos recherches encore plus difficiles. - Pressé que je suis, j’attendrai le temps qu’il faudra. Pour moi, le temps n’existe pas, je me déplace beaucoup plus vite que la vitesse de la lumière. C’est tout juste si je n’englobe pas l’espace, c’est pourquoi je m’étonne énormément de ne pas trouver celui que je recherche que l’Univers soit fini ou infini ! * « La patience est pour l’âme comme un trésor caché ». * « La patience est la clé du paradis ». Ces Terriens me mentent, m’induisent en erreur, me trahissent, me trompent, feignent de ne rien savoir, continuent à m’enferrer. Ces Terriens tiennent pour lui. Je suis aussi sot, aussi niais, aussi ignorant qu’avant, ils me rendent stupides. « J’ignore tout de toi, qu’étais-tu donc devenu ? », mon Seigneur (Apollinaire, Ombre de mon amour). « Il y a ce que l’on sait et il y a ce que l’on ignore. Entre deux, ce que l’on suppose (Gide, Journal novembre 1924). De m’être adressé aux Terriens ne m’a rien apporté de positif, si ce n’est que je pars déçu de ne toujours rien savoir du Créateur. Ce Créateur que je maudis ; ce Créateur qui se cache pour éviter un débat, un dialogue dont je suis certain d’en ressortir beaucoup plus fort, lui beaucoup plus amoindri. J’ai pourtant le pouvoir de me faire respecter de ces Terriens, de ce Louis, de sa femme, de ses amis, en leur envoyant un sort, un sortilège. J’attends encore et selon comme évoluera la situation, je me vengerai, je leur enverrai une malédiction… Peut-être me faut-il faire le tour de la Lune pour la voir et lui parler ! Êtes-vous là, mère de Dieu ? Si vous me voyez, bien qu’étant antimatière, venez vers moi et veuillez me dire enfin où se trouve votre fils ! Aucune réponse, ma voix serait-elle aussi faible qu’elle ne pourrait m’entendre ? Ou bien se trouverait-elle à la droite de son fils qui viendrait à la protéger ? Ces Terriens sont contre moi … je m’en vais les revoir, leur demander si, tout en feignant de me rendre service, ils viendraient à me faire croire qu’ils savent, alors qu’ils ne savent rien ou font semblant de ne rien savoir ! Louis, Cathie! - Je vous reconnais Ange noir ! Vous n’avez toujours pas trouvé celui que vous cherchait, semble t-il le « mors aux dents » ? - Si je vous appelle Cathie, c’est bien précisément parce que vous semblez me mentir, ou tout simplement vous êtes contre moi. - Ne prenez pas les choses ainsi, Ange noir ! Nous faisons tout pour vous aider. Mais vous tombez mal aujourd’hui, mon mari est absent, il travaille. Pensez-vous, Ange noir, que la manne tombe du ciel ? - Vous semblez être au courant et, en quelque sorte, vous ne pouvez savoir à quel point vous rendez l’Ange noir radieux ! - Je le suis et puis vous dire que « lorsque les Hébreux sortirent d’Egypte et traversèrent le désert, Dieu fit tomber quotidiennement sur son peuple une nourriture céleste, 8 ayant la consistance de la mie de pain. Grâce à cette manne, le peuple a pu se nourrir durant tout son voyage vers la terre promise » (Exode : XVI, XIII-36). - Je comprends mieux, Cathie, la raison qui vous pousse à me mentir ! Vous ne semblez pas être dans l’ignorance me parlant d’exode, c'est-à-dire l’Emigration des Hébreux hors d’Egypte. Moïse fut le chef de file du peuple juif au cours de cet exode. - Je ne suis pas inculte au point de ne pas être au courant, au point de tout ignorer. Cependant que, voilà que mon mari arrive et pourra certainement mieux vous renseigner que moi ! - Qui est-ce ? - L’Ange noir ! - Êtes-vous là, Louis ? - Je suis à votre écoute, Ange noir ! Que puis-je pour vous ? - Je voudrais savoir, si oui ou non, vous êtes capable de m’informer où peut se trouver le Créateur ? Ou me dire franchement, honnêtement si, me parlant de lui, vous m’induisez en erreur ? - Vous ai-je induit en erreur jusqu’à présent ? - Tout dernièrement, n’arrivant à cerner ce Créateur, ne m’avez-vous point dit qu’il eut une mère comme tout enfant se doit d’en avoir une ? - C’est cela même que je vous ai dit ! Je vous ai même affirmé que sa mère « la Vierge Marie » devait savoir où il se trouve. Je vous ai même appris que Mère et Lune était symbolique, or ce n’est pas ce que vous aviez compris. J’ai tout simplement voulu dire que la Lune est symbole de la conscience féminine, à l’inverse, la Lune est symbole de l’inconscient dans la Psyché masculine. Quand vous comprendrez Ange noir qu’un symbole n’est qu’une image, une certaine représentation de la pensée, vous aurez alors compris que la Lune n’est point la mère de votre Dieu, mais tout simplement l’image que s’en font les Terriens. Reprenant la fonction d’un symbole : le chien est symbole de fidélité, par exemple. Le symbole est un lien entre le visible et l’invisible - Je comprends mieux maintenant ! Je comprends davantage les subtilités de votre langage ! Si je comprends maintenant : un peu comme il est dit dans votre Bible, Dieu créa l’Homme à son image, mais il ne parle pas de moi, de mon image ou, s’il en parle, il créa l’Homme se regardant dans un miroir déformant qui fit que nous sommes bien ce que nous sommes. Avez-vous un miroir auprès de vous, Louis ? - Oui, Ange noir ! Eh bien regardez-vous ! Dites-moi comment vous vous trouvez ! - Je me trouve petit, je me trouve hideux, alors que j’eusse préféré me trouver plus grand, beaucoup plus beau, beaucoup plus charmant. - C’est très bien ce que vous me dites là vous regardant dans ce miroir, mais est-ce suffisant ? - Qu’entendez-vous par là, Ange noir ? - Ce n’est pas mal d’exiger de vous que vous ne fussiez satisfait de votre physique, mais c’est du dedans que je désirerais que vous m’entreteniez ! - Du dedans ? Mais encore, qu’entendez-vous par là ? - De votre âme parbleu ! Comme tous les Terriens que vous êtes, ne vous sentez vous point égoïste, égocentrique, ne pensant qu’à votre petite personne, désirant toujours ce que vous ne pourrez jamais avoir, ce que jamais vous ne pourrez atteindre ? Ne commencez-vous pas à ressentir quelques maux à votre jambe droite ? - Si Ange noir ! Mais cela est dû à un commencement de perte de jeunesse. - Ne désirez-vous point d’enfants ? - Oui, Ange noir ! C’était bien notre intention, mais ce qui nous en retient, c’est d’affronter le pire. - Qu’entendez-vous par pire ? 9 - Notre voisin immédiat est atteint d’un cas dont je n’oserais nullement vous entretenir. Oh, puisque vous y tenez, d’un cas tératologique ! - Vous voyez, Louis, à quel point il est important pour moi de dialoguer avec ce Créateur imbu de sa personne ! Tous les Terriens ont été conçus par lui pour terminer leur vie en souffrant, dans l’attente d’une mort certaine. C’est pourquoi, conscient de ses erreurs, conscient de ses aberrations, pour nous donner un quelconque courage, nous a appris, informé que : « Qui croira en moi ne mourra jamais ». Se sentant englué de toute impuissance, il s’est gargarisé de paroles inintelligibles, de verbes incompréhensibles, pour palier à ses erreurs, à ses incompétences. - Ange noir, il se peut bien que vous ayez raison, mais votre raison est elle raisonnable qu’au lieu d’aider les Terriens, vous nous angoissez, vous nous rendez moroses quant à notre avenir. - Quand vous comprendrez enfin que vous n’avez aucun avenir, que votre avenir ne se borne qu’à attendre la mort, vous aurez tout compris ! - Vous êtes encourageant ! - Ne soyez nullement pessimiste à ce point, car s’il m’est donné de pouvoir dialoguer avec Dieu, il se pourrait bien que je devienne Dieu moi-même ou que je puisse avoir une certaine influence qui rendrait les choses tout autrement. - Ange noir avec tout le respect que, ma femme et moi, nous vous devons, j’ose vous dire que vous nous molestez, que vous êtes de trop. - Je ne vous dérangerai plus dorénavant. Ayant pris sur moi de parler à un Terrien pensant que vous auriez pu m’aider efficacement, ce n’est que de symboles, d’images, dont vous vous servez pour esquiver une situation gravissime. J’arriverai à mes fins trouvant Dieu en chair et en os ou en ange mystérieux, ce soleil, comme vous l’appelez ; ce soleil dont vous avez de même désigné Louis XIV qui ne vous a apporté qu’infortunes, guerres et misères sur cette terre. Avant que de vous laisser, si je n’ai point trouvé cette mère qui enfanta d’un paranoïaque qui, à un certain moment de sa vie, a eu des idées de grandeur qu’il n’a pu assumer, pourriez-vous au moins me dire si cette femme a eu un mari qui, lui, pourrait m’indiquer l’endroit où se trouve son fils ? - Bien sûr, Satan ! - Ah, bon ! Vous m’appelez autrement ? - La tradition rapporte que Saint-Joseph, son père par conséquent, rendit « son âme à Dieu » à Nazareth entre Marie, et Dieu son père, dont on a prétendu qu’elle était bien son épouse, alors que s’étant fiancée à Joseph, ce dernier s’aperçut qu’elle était enceinte. Il voulut la répudier, cependant qu’un Ange blanc, appelé Esprit Saint, chuchota à l’oreille de Saint- Joseph qu’un grand évènement allait arriver ; que le fils de Dieu était bien dans les entrailles de Marie et qu’elle était bien restée vierge. Joseph entendit bien cette voix céleste, épousa Marie sans faire de scandale. Comme le dit la tradition, Joseph mourut entre Marie et son fils Jésus … c’est ainsi que Joseph a-t-il été appelé « Patron de la bonne mort ». On ne sut jamais où se trouvait le tombeau du fils de Dieu et à l’heure actuelle aucune trace ne subsiste de l’endroit où il fut enterré. - Vous pourriez me dire, cher Louis, que curieux de nature je suis, mais qu’importe que Marie fut vierge ou non, qu’aucune trace ne fut retrouvée après la mort de Joseph, en tout état de cause, il est mort, paix à son âme, bien dommage pour moi qu’il ne put m’indiquer où se trouve son fils. Ce qui m’intéresse au plus haut point, c’est de savoir où se trouve sa mère, s’il en a eu une, qui pourrait peut-être m’indiquer où se trouve son fils Créateur. Or, je ne le trouve qu’au travers de mythes et les mythes me laissent tout à fait indifférent. Ce qui importe pour moi, c’est d’où est venue cette vision que l’Homme m’a prêté de m’appeler Diable, Ange noir, Ange déchu. 10 Je suis l’Ange repoussant, je serais l’Ange m’opposant à Dieu immuablement beau dans la perfection que les Terriens veulent bien lui apporter que je fus inventé par l’Homme et l’Eglise qui n’ont eu de cesse de me faire ressurgir des ténèbres dans le but unique de faire peur à l’Homme. Attention, si tu ne fais pas ce que je te dis, si tu enfreins à la morale de l’Evangile, l’Ange blanc, Dieu, te punira et passeras la fin de tes jours dans les ténèbres de l’enfer, le diable te regardant, ricanant de te voir mourir de tes souffrances atroces. Mais une chose entraînant une autre, un peu comme une vis sans fin, je vous laisse Louis, à une prochaine fois peut-être, ce qui m’étonnerait fortement aux vues que vous vous faites de moi l’Ange noir. Je vais continuer mon périple, parcourant cet Univers grandiose afin de pouvoir trouver celui que je cherche pour me réhabiliter et s’il se pouvait prendre sa place, prendre une place qu’il ne sait gérer. Mais après tout, je crois à peu de choses près avoir parcouru tout l’Univers du système solaire. Comme je l’ai appris par ces Terriens, par ce soi disant philosophe Descartes, il se trouve qu’avec la meilleure volonté du monde, je me sois trouvé une planète que d’aucuns viennent tout juste de découvrir, je veux parler de cette planète naine (planétoïde) Pluton et dont moi, l’Ange noir, en ai fait mon logis et que l’on a surnommé à tort « le Dieu des enfers », découverte par les Terriens en août 2006 par l’Union Astronomique. Il ne faudrait point que Dieu, sachant que je suis à sa recherche, vienne tout simplement se cacher dans cette petite planète. Enfin, voilà que j’y suis ! Son diamètre me parait être inférieur à celui de la Lune. Ce qui m’étonne fortement serait de savoir la ou les raisons qui ont fait que cette planète fut appelée Pluton puisque de son vrai nom elle s’appelle Hadès et que, de fil en aiguille, ces Terriens ont bien voulu l’appeler Dieu des enfers. Que vois-je dans ma planète ? Des Anges blancs tournant autour de moi. Que faites-vous ici chez moi Anges blancs sur une planète naine ? Seule planète que m’a accordé ce Seigneur que vous appelez Dieu et qui se trouve être mon seul univers palpable, matériel. J’y vis misérablement. Que veux-tu Ange blanc ? Tu sembles gêné de m’adresser la parole ! - Seigneur, notre Dieu à tous, m’a demandé de venir vous quérir pour dialoguer avec vous. Parlant de planète naine, Dieu ne vous a jamais interdit de vous promener, de vous mouvoir dans cet Univers infini. C’est bien vous, Ange noir, qui vous êtes retiré de ce paradis pour vivre seul, replié certainement sur vous-même, accusant Dieu de vous y avoir exclu. - On ne peut être deux à partager un paradis dont Dieu seul et vous, Anges blancs, avez le droit, l’autorisation d’en jouir. Vous devez être un symbole comme la Lune est symbole de la mère, « des messagers » (en hébreux terme désignant un messager de Dieu), intermédiaires entre votre Seigneur Dieu et les Terriens. - C’est cela même ! Sa mère, la Vierge Marie, aurait bien voulu s’entretenir avec vous, Ange noir, mais a préféré en avertir son fils afin de mieux être à même de vous parler avec plus de facilité et surtout sans ambages. - Oui, bien sûr ! Les Terriens m’avaient appris qu’il avait bien une mère, une mère qui doit en savoir autant que lui, si ce n’est plus ! Mais d’elle ou de lui, je préfère et de beaucoup m’entretenir avec son fils, car une mère aurait toujours tendance à vouloir le couvrir. Or ma position d’Ange déchu ne m’aurait point permis de parler d’égal à égal. C’est très bien ainsi ! Entre esprits, entre spiritualistes, dieu sait si l’on se comprendra davantage. Me comprenez-vous Anges blancs ? D’ailleurs pouvez-vous, Ange blanc, m’expliquer pourquoi vous m’entourez d’une myriade d’Anges comme s’il s’agissait d’une cohorte ? Un peu comme les gendarmes terriens viennent mettre les menottes à un voleur. Serais-je un 11
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