L'enfer, c'est fini, plus jamais ça - Page 1 - Jacques M. Arnault Rafales et arcs-en-ciel Tome I L’enfer, c’est fini, plus jamais ça Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 93200 Saint-Denis – 2010 5 www.edilivre.com Édilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 175, boulevard Anatole France, 93200 Saint-Denis Tel : 01 41 62 14 40 - Fax : 01 41 62 14 50 - mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-345-3 Dépôt légal : mars 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 1 Quelques pages de l’histoire oubliée Sarajevo ! Sarajevo ! À la une de tous les journaux, le monde ignorant de la géographie allait apprendre, au fil des jours, une leçon de géopolitique pour en suivre le cours. Sur les trottoirs des rues des capitales européennes, brandissant leurs papiers, les petits vendeurs de journaux s’époumonaient. Ils criaient, en séparant bien les syllabes, le nom d’une ville inconnue où venait de se dérouler un drame. Les passants interpellés ralentissant leurs pas, n’entendaient plus qu’un seul mot, comme en un écho : guerre, guerre. Pour en savoir davantage, les plus curieux achèteraient un journal. Émile, apprenant la nouvelle, s’était précipité, cœur battant, au Café du Commerce. Attendu par ses amis, pour participer à leur partie de billard quotidienne, arrosée en fin de parcours d’une anisette bien tassée, il tenait en mains un exemplaire du journal portant ce titre tonitruant : Sarajevo, la guerre à notre porte. Que s’était-il passé ? 9 L’un des compères d’Émile, Antoine Loriot, au su de l’information, pour lui inquiétante, s’était écrié : – Tout ça, c’est de la faute à Eugénie. Sur le champ, mobilisable. Sa réaction avait été brutale. Qui était donc cette femme pouvant causer tant d’émoi à l’homme de la rue, oublieux de l’histoire. – Mais Eugénie de Montijo, l’épouse de Napoléon III. En 1914, la mémoire historique faisait déjà défaut aux Français. Quarante-quatre années, l’espace-temps de deux générations, s’étaient écoulées depuis l’aventure de Sedan avec la capitulation de l’armée française, commandée par Bazaine. À la suite de cette confrontation malheureuse avec l’Allemagne, deux de nos belles provinces de l’Est, l’Alsace et la Lorraine avaient été soustraites à la terre de France. Elle écornait la belle image sécurisante d’une figure hexagonale presque parfaite. À l’origine, une querelle de famille. Un prince allemand s’était porté candidat au trône vacant d’Espagne. Agréée par les plus hautes autorités du pays, la France en la personne d’Eugénie de Montijo, d’origine espagnole, s’y était opposée. À l’injonction faite aux Allemands de renoncer à ce projet, le chancelier de l’époque, Bismarck, avait signifié une fin de non-recevoir, par l’expédition d’une dépêche en provenance de la ville d’Ems pour en faire un évènement majeur. Rédigé en termes peu diplomatiques, son texte désapprouvé avait fait grand bruit dans toutes les chancelleries. C’est ma guerre, aurait dit légèrement l’impératrice, un propos démenti par l’intéressée. Le 10 contenu de la note, jugé offensant, allait être l’élément déclencheur d’une guerre vivement approuvée par la foule parisienne. Dans un délire communicatif, elle hurlait : – À Berlin, à Berlin. Pour nous rendre au rendez-vous, nous disposions du fusil chassepot obsolète, d’un canon à balles, ancêtre de la mitrailleuse. Il était alimenté par la gueule, alors que la partie adverse avait peaufiné son armement avec le canon Krupp en acier se chargeant par la culasse. À la faiblesse de notre armement désuet, serait observée la qualité de la stratégie plus élaborée de l’adversaire lui conférant, dans l’immédiat, une supériorité évidente. Face à Bazaine, partisan de la guerre de position Clausewitz s’avérerait être meilleur stratège dans la suite des évènements. Encore proche dans les souvenirs des états-majors, l’Allemand ferait le choix de la guerre de mouvement élaborée par Napoléon sur ses champs de bataille. Curieusement, le neveu n’avait pas su tirer avantage des leçons de l’oncle victorieux. La défaite des armées de la France de l’époque allait mettre fin au régime du troisième empire. Une seconde République lui succéderait avec en toile de fond, le projet majeur d’obtenir, le moment venu, le rétablissement de la souveraineté française sur l’Alsace et sur la Lorraine. Après ce petit cours sur les enchaînements historiques rappelé aux patriotes du billard club du café du commerce, ses amateurs présents s’étaient séparés. Sur un fond de tapis vert, devenu soudain pâle d’espérance, flottait dans les airs, l’odeur d’une 11 poudre d’escampette. À la place de leurs cannes, des images de fusils leur étaient venues en tête, tandis que les boules caracolant, s’entrechoquant, devenues explosives étaient transformées, sous leurs yeux, en grenades. Dans l’instant, chacun aurait aimé en savoir plus, rempli d’inquiétudes sur son avenir immédiat, s’il était mobilisable, et de celui à plus long terme sur les conséquences de l’événement, s’il ne l’était pas. Le groupe s’était finalement disloqué pour permettre à ses membres de quêter, chacun dans son coin, les dernières nouvelles de demain. Émile, abasourdi, s’était mis en tête de se rendre chez Léa, sa bonne amie qu’il n’avait pas revue depuis une quinzaine de jours. La dame le recevait, comme il le souhaitait, pour lui remonter, à toute occasion le moral. Dans l’urgence, elle lui fournissait encore le gîte et le couvert pour s’offrir à lui au dessert. Ce jour-là , elle l’avait reçu, comme à son ordinaire mais en fin de programme, Émile avait été très déficient. Contrariée, Léa avait tenté de prendre ses choses en mains pour le sortir de sa torpeur amoureuse. Elle avait dû renoncer en dépit de sa disponibilité bienveillante. C’est au petit jour, reposé, qu’il s’était avéré meilleur soldat que la veille ayant reconstitué sa provision de munitions. – Comme à la guerre, avait soupiré Léa, à laquelle il échapperait. 12 2 Rappel des évènements Le vingt-huit juin 1914, un étudiant nationaliste serbe assassinait de propos délibéré FrançoisFerdinand de Habsbourg, l’archiduc d’Autriche et sa femme. En Europe, l’attentat commis sur des têtes couronnées avait engendré la consternation générale au point d’affoler les chancelleries. Sur le champ, les gouvernements en place avaient requis leurs généraux, pour mettre leurs armées sur le pied de guerre, avant de se déterminer pour la faire, après un temps de réflexion. C’était l’époque des alliances conclues entre États européens, sous la forme de traités d’assistance dans la ligne de leurs intérêts nationaux. Dès le vingt-huit juillet, l’Autriche, concernée au premier chef, déclarait la guerre à la Serbie pour lui demander des comptes avec l’entrée en lice, à ses côtés de la Russie. Elle serait la première des nations, appelée à honorer ses engagements, envers un peuple frère. L’Allemagne, dans un réflexe d’opportunisme, ne tardait pas à déclarer la guerre à la Russie, sachant 13 pertinemment que la France, son alliée ne pourrait pas s’empêcher, à son tour, de décréter la mobilisation générale. De proche en proche, l’incendie allait grignoter une autre frontière suite à l’envahissement de la Belgique en dépit de sa déclaration de neutralité. Ce petit pays ne disposait pas de moyens suffisants pour stopper les troupes allemandes commandées par des généraux sûrs de leurs plans d’attaque pour mettre la France, à genoux au bout de quelques mois. La Grande Bretagne ne tarderait pas à réagir, contrainte de prendre sa part au conflit aux fins d’honorer son pacte d’assistance la liant à la Belgique dans le respect de ses frontières. Alors comme une pandémie, la contamination du virus guerrier, allait s’étendre à d’autres pays, avec l’entrée du Portugal, de la Grèce, de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Turquie pour toucher, un peu plus tard, au-delà des océans, le Japon et les États-Unis. La première guerre mondiale s’enclencherait dans toutes ses dimensions, sans que puisse être prédit combien de temps, elle durerait et quel en serait le coût payé en vies humaines. Quelques années plus tard, le célèbre journaliste Albert Londres, s’étant transporté sur les lieux d’origine de ce drame mondial, en avait fait la description. « Je contemple le trottoir d’où est partie la balle qui a tué des millions d’hommes. » Pour les Français, leur était donnée l’occasion de prendre une revanche sur l’ennemi spoliateur de nos belles provinces avec pour objectif la libération de ses territoires. 14 En quelques jours, plus qu’une ardente obligation, s’était imposé un devoir, en dépit d’une contradiction de taille. On se découvrait brutalement dans la logique d’une guerre imposée dont on aimerait bien pouvoir sortir, avant d’y être entré, compte tenu de l’incapacité des dirigeants présents d’en imaginer les conséquences sur le long terme. En pantalon garance, bien visible aux regards, la fleur au fusil, le soldat français ne doutait pas un instant de son bon droit pour le conduire à la victoire. « En chantant, elle ouvrait la barrière, la liberté guidant ses pas, pour combattre les ennemis de la France ». Au pas cadencé ou sur les quais des gares, des chœurs mobilisateurs reprenaient les paroles de la musique guerrière avec enthousiasme avant de retenir les paroles d’une nouvelle chanson célébrant, cette fois, les mérites d’une Madelon superbe, à la taille gracile, virevoltant sur des mollets cambrés. Toute dévouée à la cause de son régiment, la fille n’appartenant à personne allait devenir un personnage mythique pour nourrir dans la pensée de chacun un souvenir délirant ou la promesse d’une aventure. C’était bon pour le moral ! En face, on se nourrirait de semblables images pour évacuer de son mental, les dangers perceptibles, sinon évidents. Chaque combattant des deux bords était conscient d’être une cible à risques, que lui faisait courir un fusil tenu par celui d’en face, parfaitement inconnu. Des batailles avaient été immédiatement engagées par des généraux inexpérimentés requis pour exercer leur logistique d’exercices sur le terrain en temps réel, 15 tandis que les bons peuples hébétés et corvéables des arrière–pays seraient conviés à suivre le cheminement de leurs armées, à la lecture de communiqués, plus ou moins laconiques. Au travers de la rétention volontaire d’informations d’un gouvernement, il serait loisible à chacun de découvrir, au travers des commentaires publiés, l’once de vérité retardée sur le non-dit de l’évènement frappant du jour. Les hostilités enclenchées dans le processus des combats débuteraient par des initiatives malheureuses dans le cours de la bataille des Ardennes. Nos armées sous les coups de boutoir des forces ennemies se trouveraient contraintes de se replier en vue d’une retraite pénible qui s’étendrait des Vosges à la Somme. Si le front de Lorraine avait pu tenir bon, ainsi qu’à Verdun, des troupes allemandes n’en approchaient pas moins de Paris, lorsque son commandement imprudemment avait découvert son flanc droit. C’était une chance à saisir. Bien informés de la situation, Gallieni avec Joffre décidaient alors de contre-attaquer, à la tête d’une armée confiée pour mener le combat, au général Maunoury. Il le fallait pour réussir une organisation sans failles pour faire monter les troupes en réserve, sur un front fluctuant et prendre l’ennemi de vitesse. Les taxis de Paris, mobilisés pour le transport des troupes au plus près des lignes ennemies représenteraient la première force motorisée de l’histoire moderne. Tandis que Sarrail s’arc-boutait à Verdun, l’ennemi perdait de son côté les villes de Reims et de Soissons pour se rétablir sur le « Chemin des Dames », sinistre lieu de rencontre, pour se disputer 16
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