La déprime, pourquoi pas? - Page 1 - La déprime, pourquoi pas ? 3 Béatrice Fortage La déprime, pourquoi pas ? Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2009 5 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 81 42 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1757-2 Dépôt légal : Août 2009 © Béatrice Fortage L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 6 Nous ne sommes jamais un. Nous ne resterons jamais immuables (au sens littéraire). Notre corps, nos pensées, les rencontres que nous ferons, les voyages, vont nous faire passer par différents stades. Nous sommes le produit de notre histoire, nous changeons, nous évoluons, mais nous ne sommes pas attentifs à ces évolutions et fonctionnons comme si aucune influence extérieure n’avait agi. Nous pensons être un. Au fil du temps, de l’âge, des expériences, nous allons passer par différentes étapes. Le nourrisson deviendra enfant, adolescent, homme ou femme mûrs, personnes âgées. Au niveau caractériel (pris ici dans le sens du caractère et non le jugement de valeur : être caractériel…) l’être humain passera par plusieurs typologies liées aux premières définitions d’Hippocrate : De lymphatique, l’individu deviendra sanguin, puis bilieux enfin nerveux. En caractérologie le type lymphatique (relatif à la lymphe) est mou, lent, c’est l’activité digestive qui domine : la petite enfance. 9 Le type sanguin (relatif au sang) est impulsif. C’est l’activité musculaire : l’enfance et l’adolescence. Le type bilieux (la bile) est actif, travaille intellectuellement, se projette dans l’avenir (trop parfois), se pose des questions, veut réussir : l’âge adulte. Le type nerveux (relatif aux organes des sens). C’est la pensée qui domine, et la vieillesse. Au niveau de la morphologie : De rond et mou, l’homme passera par la tonicité, le muscle. D’inactif et dépendant, il deviendra hyperactif (ne sachant se discipliner), puis actif et indépendant, enfin il réfléchira, pensera et pour finir le corps régressera, deviendra plus mou et repassera par le stade inactif et dépendant. L’activisme sera passé, la réflexion sur la mort prochaine prendra enfin tout son sens. Nous n’avons pas le temps avant, car il faut agir, réaliser, faire. Le vrai temps de la réflexion ne peut se mettre en place que lorsque nous n’avons plus à prouver à nousmêmes, ou à l’autre. C’est le temps où l’homme se trouve face à sa réalité, c’est le temps où l’individu prendra toute sa dimension, il ne peut y avoir de réelles réflexions dans l’action, mais il faut avoir agi pour pouvoir tirer quelques leçons. Chaque étape est signifiante, importante et indispensable. Nos angoisses enfouies par nos parents avec les non-dits, par nous-mêmes, de crainte d’aborder des sujets ou situations qui nous posent problème, peuvent nous faire passer à côté de certains moments. 10 Quand on parle d’angoisses, de névroses, souvent une connotation péjorative va y être associée, il n’en est rien. Sans angoisse, sans névrose, pas d’évolution. La névrose va, soit nous aider à grandir, soit nous enfermer dans des craintes du lendemain et de l’après. Ces craintes sont essentiellement la résultante de la philosophie cartésienne qui a fait bien des dégâts, voulant aplanir toute expression émotionnelle, pour ne mettre en place que le raisonnement, en niant l’activité des sens et de l’émotion, en ne fonctionnant que sur ce qui est visible et logique. En ne mettant en place que le raisonnement, ce qu’on nomme la logicomathématique, le quotient intellectuel. La pensée cartésienne fait évoluer une société vers la technicité, mais détruit en même temps la vraie richesse de l’homme, ses émotions. On ne tient pas compte du cerveau émotionnel. Le cerveau émotionnel se construit biologiquement avant le raisonnement, donc nous stockons sans en avoir conscience des informations que nous n’avons pu comprendre, mais qui sont malgré tout inscrites, c’est ce qu’on nomme « des ancrages ». En effet, sans émotion, l’homme n’est qu’une machine à reproduire. Ce sont nos souffrances, nos conflits qui vont nous aider à grandir, nos joies aussi. Pour pouvoir grandir, évoluer, nous sommes obligés de passer par de phases conscientes ou pas, heureuses ou pas de l’enfance. Conscientes, car nous conservons le souvenir, mais le plus souvent inconscientes, nous étions trop jeunes pour avoir une pensée et un raisonnement logique, rationnel, nous avons emmagasiné des informations (odeurs, visions, 11 sons, touchers) mais qui ne sont pas passées par le registre de la compréhension. Nous avons tous nos « Madeleines de Proust ». Par contre, si la régression est indispensable, (le souvenir, le retour sur certains moments du passé), la fixation dans un état va nous empêcher d’être et de vivre. La régression : c’est revenir en arrière sur une période de notre vie puis revenir sur notre présent et notre vie actuelle. La fixation, c’est rester sur cette période ou stade du passé, de l’ancien. Exemple : avoir envie de sucre est un plaisir, une régression, un retour sur la première période de la vie ou seules nos papilles réceptrices existaient (les autres, salé, amer, acide, ne se formeront que beaucoup plus tard dans le développement physiologique de l’enfant) où le besoin de téter, de sucer était normal, mais, se ruer sur le sucre à chaque fois que nous avons un problème, est une fixation. Vérifier une ou deux fois avant un départ en vacances que les portes sont bien fermées est une régression, vérifier dix fois et s’inquiéter pendant toutes les vacances est une fixation. Une fixation ne peut amener au plaisir, une régression va nous permettre de prendre du plaisir. Régresser, c’est donc revenir en arrière sur une étape de notre évolution d’enfant. Cette étape a pu poser problème. Elle n’a pas été comblée ou a été surinvestie (on lui a donné trop d’importance), personne n’y échappe et aucun éducateur, parent, même les plus aimants, ne peut donner à un enfant tout ce dont il a besoin, donc, nous avons tous besoin de régresser. Le parent ou l’éducateur donne par rapport à ce qu’il croit juste et bien avec ses propres repères innés, (son héritage génétique, physiologique), mais aussi 12 par rapport à ses acquis (son lieu de naissance, l’école, ses relations amicales), bref son histoire personnelle. Mais l’enfant est une autre personne, ses besoins innés sont différents (nos enfants n’ont pas forcément et complètement notre codage génétique, ils peuvent avoir celui de grands-parents). Il est donc normal que même la personne la plus aimante ne sache pas décoder ce que l’autre ne sait pas encore exprimer. Premièrement, parce qu’il n’a pas encore la parole, le mot, deuxièmement, parce que l’enfant, même avec les mots, devine assez vite que certains états émotionnels ne peuvent ou ne doivent pas être verbalisés. Un enfant, même s’il ne comprend pas avec son intelligence, avec son raisonnement, perçoit très vite que certaines émotions ne peuvent être exprimées. Exemple, je suis né avec une émotion peur, je suis donc prudent, ne prends pas de risque, le conflit m’est insupportable, j’y suis en souffrance. Si tout le monde dans ma famille est chasseur, je ne pourrai peut-être pas exprimer mon aversion pour la chasse et jugerai très vite les chasseurs comme des assassins. Je ne serai jamais bien dans ce cercle. Je serai un étranger… Avant d’avancer, rappelons que l’enfant va passer par différentes étapes d’évolution, dans le premier âge entre 0 et 2 ans c’est le stade de l’oralité où le plaisir est prédominant, puisqu’il en va de sa survie, qu’il n’a pas encore de construction intellectuelle et physiologique suffisante (le cerveau n’est pas fini), l’enfant tend à la satisfaction de tous ses besoins et désirs, les deux étant étroitement liés à cet âge. Puis 13 l’opposition, la phase de réaction de 2 à 4 ans où l’enfant se différencie de l’autre, il comprend qu’il est une autre personne de celle, celui qui le nourrit et s’occupe de lui. Cette phase d’opposition est indispensable à la construction identitaire (du moi), aux interdits moraux et sociaux. C’est l’analité. L’enfant prend conscience du pouvoir qu’il a sur l’autre. C’est le stade de l’apprentissage de la propreté, l’enfant développe une maturité sphinctérienne (il prend conscience de son anus, peut le serrer ou le lâcher). C’est le stade de la possession, du pouvoir de donner ou garder (acheter ou thésauriser). Enfin, le stade phallique (4 à 6 ans) où le corps est autonome, la motricité expansive, (débordant, exubérant, ouvert, communiquant) l’enfant a avant tout besoin de bouger, il construit son schéma corporel. Le raisonnement se met en place, l’enfant peut physiologiquement commencer à réfléchir par luimême, son cerveau se développe. On peut du reste associer ces différentes étapes à l’analyse transactionnelle : l’enfant, le parent, enfin l’adulte. Rien à voir avec les mots : enfant, parent et adulte communément employés. Dans cette théorie, très schématiquement, existe trois modes de fonctionnement. L’enfant qui ne fonctionne que sur le plaisir immédiat, le parent, qui suit l’ordre, la loi, les interdits et l’adulte, qui échange, essaie de comprendre, réfléchit. Même à l’âge de la maturité nous passons d’une étape à l’autre. Nous pouvons avoir un mode « enfant » à quatrevingt-dix ans en ayant un fou rire irraisonné, en 14 mangeant du foie gras alors que nous avons du cholestérol. Nous pouvons à sept ans ne pas jouer (mode enfant) car nous avons peur de ne pas réussir à l’école (mode parent). Nous pouvons à quarante ans ne pas payer nos impôts (mode parent) et se moquer de l’avenir (mode enfant). Nous ne sommes équilibrés que si nous passons sur tous les modes, même dans une seule journée. Les gens qui vont mal se cantonnent sur un état, ne savent pas débrancher (revenir sur le mode de l’enfance) sont toujours graves (restent sur le mode parent) ou ne font que réfléchir sans agir (mode adulte). Ces trois stades sont indispensables pour notre construction identitaire et notre équilibre physiologique et psychologique et nous passerons tous de l’un à l’autre même à l’âge adulte. On ne parle pas de philosophie (mode adulte) en boîte de nuit, on paie ses impôts (mode parent) en temps voulu pour ne pas subir de sanction, on sait faire la fête (mode enfant) dans les moments de joie, sans culpabilité. Lorsque nous sommes en déséquilibre psychologique, c’est bien souvent parce que nous sommes sur un stade qui ne correspond pas au moment. Nous avons déjà dit que tout le monde à des névroses, des éléments qui n’ont pas été comblés ou trop surinvestis. Nous élevons nos enfants avec nos névroses, nos manques, nos angoisses. Ce qui n’est pas un problème en soi si l’adulte est conscient de celles-ci. Il n’est pas 15
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